mercredi 27 novembre 2013

Collectionneurs de livres au pays de Pocahontas



Un « livre de psaumes » datant de 1640, le premier ouvrage imprimé sur ce qui allait devenir le territoire américain, est devenu mardi 26 novembre 2013 le livre le plus cher jamais vendu aux enchères, adjugé à 14.165.000 $ à New York, chez Sotheby's.








lundi 25 novembre 2013

La Bibliothèque des Le Peletier






D’une famille originaire du Mans, illustre dans la magistrature, Michel Le Peletier, seigneur de Souzy, fils de Louis, et de Marie Leschassier, est né à Paris le 12 juillet 1640. Avocat du Roi au Châtelet en 1661, conseiller au Parlement le 23 août 1666, intendant de Franche-Comté en février 1668, de Lille au mois de juin suivant, Conseiller d’État en 1683 ; intendant des finances en janvier 1684 ; directeur général des fortifications du royaume en août 1691 ; conseiller au Conseil royal des finances en octobre 1702, honoraire de l’Académie des inscriptions et belles-lettres la même année ; membre du Conseil de Régence en novembre 1715 ; quitta les affaires et la Cour en 1720, pour se retirer à l’abbaye de Saint-Victor, à Paris ; une arête qui lui perça l’œsophage, et qu’il fut impossible de retirer, lui causa, pendant les trois dernières années de sa vie, des douleurs aiguës ; il mourut doyen du Conseil d’État le 10 décembre 1725. Il avait épousé en août 1669 Marie-Madeleine Guérin, morte le 21 septembre 1691, et inhumée à Saint-Paul, fille d’Étienne Guérin, seigneur des Forts, conseiller au Parlement de Paris, puis conseiller d’État, et de Marie Bruneau.   



Déjà propriétaire d’une maison à l’angle des rues d’Anjou et du Grand Chantier (aujourd’hui 76 rue des Archives, IIIe),





il avait fait construire par Pierre Bullet, de 1686 à 1690, un hôtel rue Culture-Sainte-Catherine (aujourd’hui 29 de la rue de Sévigné, IIIe) qui porte le nom de son descendant régicide ; la Bibliothèque historique de la ville de Paris, formée par Jules Cousin en 1871 à l’hôtel Carnavalet, 23 rue de Sévigné, a été transférée dans cet hôtel en 1898, puis à l’hôtel Lamoignon, 24 rue Pavée (IVe), en 1968.  
Le jurisconsulte troyen Pierre Pithou était son bisaïeul maternel. Homme de lettres au milieu de ses occupations, il connaissait tous les auteurs latins des bons siècles ; il les avait lus avec tant de fruit et d’application que dès qu’on lui en indiquait quelque endroit remarquable, il le rapportait communément dans les termes de l’original : Cicéron, Horace et Tacite étaient les compagnons inséparables de ses voyages, et il savait presque tout le dernier par cœur. Il parlait aisément et avec grâce l’Italien et l’Espagnol, et Jacques de Tourreil (1656-1714), de l’Académie française, avait coutume de le définir par cette expression de Cicéron : « Homo limatissimi judicii » [Homme d’un goût exquis]. Il communiqua fréquemment à l’Académie des inscriptions et belles-lettres des inscriptions et des médailles découvertes dans les fouilles qu’il faisait faire pour les fortifications, et il a enrichi le cabinet du Roi d’un assez grand nombre de fragments d’antiquités.



Le Peletier des Forts (atelier de Hyacinthe Rigaud)
Paris, Drouot, 7 juin 2013 (est. 20.000/30.000 € : non vendu)
Paris, Drouot, 2 décembre 2013 (est. 8.000/12.000 €)


Son fils, Michel-Robert Le Peletier, seigneur des Forts et de Saint-Fargeau, naquit le 25 avril 1675. Conseiller au Parlement de Metz le 29 avril 1695, au Parlement de Paris le 3 février 1696, il devint maître des requêtes le 27 avril 1698, intendant des finances en survivance le 20 décembre 1700, titulaire en juin 1701 ; conseiller d’État en juin 1714 ; du Conseil des finances en novembre 1715 ; du Conseil de la Régence en janvier 1719 ; commissaire des finances le 7 juin 1720 ; contrôleur général le 14 juin 1726 ; ministre d’État le 30 décembre 1729, dont il se démit le 19 mars 1730 ; gouverneur et grand bailli de Gien (Loiret) en février 1729, mort le 11 juillet 1740. Il avait épousé, le 12 septembre 1706, Marie-Madeleine de Lamoignon, morte le 8 août 1744, âgée de 57 ans, fille de Nicolas de Lamoignon de Bâville, comte de Launay-Courson, conseiller d’État, et d’Anne-Louise Bonnin de Chalucet.





Il avait acheté le château de Saint-Fargeau (Yonne) au financier Antoine Crozat (1655-1738), le 16 décembre 1715.
Ce fut sur les conclusions de son petit-fils, Michel-Étienne Le Peletier de Saint-Fargeau (1736-1778), avocat général, que les Jésuites furent supprimés en 1761. Son arrière-petit-fils, Louis-Michel Le Peletier de Saint-Fargeau (1760-1793), déshonora un nom illustre par ses fureurs révolutionnaires et par sa lâche conduite à la Convention ; il fut assassiné, peu de jours après, par un garde-du-corps, qui avait résolu de venger la mort de Louis XVI sur le premier conventionnel qu’il rencontrerait.






La bibliothèque formée par Le Peletier de Souzy, considérablement augmentée par son fils Le Peletier des Forts, fut vendue à partir du lundi 10 avril 1741 : Catalogue des livres de feu M. Le Peletier des Forts, ministre d’État, etc. (Paris, Jacques Barois, 1741, in-4, xij-291-[1 bl.]-27-[1bl.] p., 2.711 lots [i.e. 2.720 lots, dont 9 numéros doublés]), avec une Table alphabétique des auteurs.    
La vente eut lieu au couvent des Grands Augustins, car il n’existait pas encore, au xviiie siècle, d’espace fixe dévolu aux ventes publiques, comme ce fut le cas ensuite avec les hôtels d’Aligre, rue Saint-Honoré, et de Bullion, rue Plâtrière, puis l’hôtel Drouot. Les ventes se déroulaient donc dans trois lieux différents : la boutique, le domicile du défunt, ou le couvent des Grands Augustins, sur le quai du même nom, où étaient pratiquées de nombreuses activités commerciales et judiciaires.








Les livres d’histoire dominent (1.214 lots), suivis par les belles-lettres (515 lots), les livres de jurisprudence (412 lots), de sciences et des arts (313 lots) et de théologie (257 lots).







jeudi 21 novembre 2013

Les Fondateurs et les Premiers Sociétaires de la Société des Bibliophiles français

« MM. de Chateaugiron, de Pixerécourt, Walkenaer, de Malartic, Durand de Lançon, Berard, Edouard de Chabrol, & de Morel-Vindé, tous Amateurs de Livres et Possesseurs de Bibliothèques, ayant conçu le projet de former une Société dont le but serait de faire imprimer des Ouvrages inédits ou de faire réimprimer des Ouvrages devenus très-rares, ont arrêté les Statuts suivants :
Article 1er .
La Société prend le nom de Société des Bibliophiles Français [« François » à partir de 1846]. Elle est fondée à dater du 1er janvier 1820.
Le nombre de ses Membres est fixé à vingt-quatre ; elle pourra néanmoins s’adjoindre cinq Associés étrangers.
Art. 2.
Aucune personne faisant le commerce de Livres ne pourra être admise dans la Société.
Art. 3.
Pour faire partie de la Société, il faudra être présenté par deux de ses Membres.
L’admission aura lieu au scrutin secret et sans ballottage : le scrutin sera réitéré jusqu’à ce qu’un des candidats ait réuni la majorité absolue des suffrages des Membres présents.
Art. 4.
La Société nommera un Président, un Secrétaire et un Trésorier, qui, réunis, formeront le Conseil d’Administration.
Ils sont élus pour un an.
Art. 5.
Il y aura chaque année deux assemblées générales, l’une au mois de Mars et l’autre au mois de Décembre.
Pour des motifs imprévus, le Président, et en son absence le Secrétaire, pourront, dans l’intervalle de l’une à l’autre assemblée, convoquer les Membres de la Société.
Art. 6.
Toute décision sera prise à la majorité des voix des Membres présents et au scrutin secret.
Art. 7.
Toute discussion politique est interdite aux Sociétaires assemblés.
Art. 8.
Tous les ans, dans l’assemblée du mois de Décembre, chaque Sociétaire versera entre les mains du Trésorier la Somme de 100 francs, à titre de Souscription pour l’année suivante.
Les dispositions du présent article ne sont pas applicables aux associés étrangers.
Art. 9.
Le Trésorier présentera ses comptes dans l’assemblée générale du mois de Décembre de chaque année ; ils seront discutés et approuvés par la Société.
Art. 10.
Le montant des Souscriptions sera employé à faire imprimer, soit des ouvrages français inédits ou devenus très-rares, soit des ouvrages en langues étrangères, avec la traduction française.
Art. 11.
La Société ne fera imprimer d’ouvrages manuscrits d’auteurs vivants que ceux dont la propriété lui aura été exclusivement garantie.
Art. 12.
La collection publiée par la Société portera le titre général qui suit :

MÉLANGES
PUBLIÉS PAR LA SOCIÉTÉ DES BIBLIOPHILES FRANÇAIS.

Toute pièce qui entrera dans la composition d’un volume, sera imprimée séparément, aura sa pagination distincte et un titre particulier : elle sera en outre marquée d’un timbre sec portant le chiffre de la Société.
Chaque volume de la Collection sera indiqué par le millésime de l’année dans laquelle il aura été imprimé : il contiendra le titre général, portant le fleuron de la Société, une table des matières et la Liste des Sociétaires.
Chaque exemplaire portera le numéro et le nom du Sociétaire auquel il appartient.
Art. 13.
Les ouvrages imprimés pour le compte de la Société, seront tous de format Grand In-8°. Rien ne devra être négligé pour atteindre le plus haut degré possible de perfection typographique.
Art. 14.
La Société fera tirer à vingt-quatre exemplaires, destinés aux Membres qui la composent, les volumes qui formeront sa collection.
Un vingt-cinquième exemplaire sera donné à la Bibliothèque du Roi.
Il es sera tiré en outre un pour chaque associé étranger.
Lorsque la Société aura reçu un ouvrage manuscrit inédit, elle pourra en faire imprimer un exemplaire particulier pour la personne de qui elle le tiendra.
Art. 15.
La distribution annuelle des volumes sera faite dans l’assemblée générale du mois de Décembre.
Chaque Sociétaire aura le droit de proposer dans cette assemblée un ouvrage à imprimer.
Une Commission, composée du Conseil d’Administration et de deux Membres, fera son rapport dans l’assemblée du mois de Mars, et la Société votera sur l’acceptation ou le rejet de chaque ouvrage ; l’adoption devra avoir lieu à la majorité des deux tiers de voix.
Art. 16.
L’impression sera surveillée par le Conseil d’Administration et par deux Membres que la Société désignera.
Art. 17.
Tout volume de la collection qui sera exposé dans une vente publique, sera couvert, au nom de la Société, d’une enchère de cent francs.
Art. 18.
Les Procès-Verbaux des Séances de la Société, rédigés par le Secrétaire, seront inscrits sur un registre tenu à cet effet ; ils seront signés du Président, du Secrétaire, et de trois au moins des Membres présents à la Séance. » [sic]



Articles supplémentaires adoptés dans la séance du 4 août 1823 :

« Article 1er.
Si la Société juge convenable de livrer au public un des Ouvrages qui seront entrés dans la collection de ses Mélanges, il pourra être réimprimé, mais dans un format différent de celui de la Collection.
Art. 2.
Le timbre sec qui devait, aux termes de l’Article 12 des Statuts, être apposé sur toutes les feuilles des volumes de la Collection, est supprimé. Chaque pièce à l’avenir sera imprimée sur papier fabriqué exprès au filigrane de la Société. » [sic]

Article supplémentaire adopté dans la séance du 27 juin 1825 :

« A l’avenir, pour être reçu Membre de la Société des Bibliophiles Français, il faudra présenter au moins une pièce susceptible d’être insérée dans ses Mélanges. Il sera fait à la Société un rapport sur les pièces présentées par les divers concurrents. » [sic]

Articles supplémentaires adoptés dans la séance du 9 janvier 1826 :

« Article 1er.
La Société se réunira le premier et le troisième Lundi de chaque mois.
Art. 2.
Tout Membre, résidant à Paris, qui aura passé un an sans assister aux Séances de la Société, et sans avoir fait connaître le motif de son absence, sera censé avoir manifesté le désir de cesser d’en faire partie, et en conséquence il sera remplacé. » [sic]

Article supplémentaire adopté dans la séance du 6 avril 1829 :

« Les Mélanges de la Société seront clos avec le sixième volume, qui sera terminé par une Table générale des matières, et par ces mots : Fin du sixième et dernier volume des Mélanges de la Société des Bibliophiles français. » [sic]

Articles supplémentaires adoptés dans la séance du 1er juin 1829 :

« Article 1er.
A l’avenir, la Société publiera séparément les pièces dont elle aura ordonné l’impression ; ces pièces seront tirées format grand in-8°, pareil à celui de ses Mélanges, à moins que, par des considérations particulières, elle n’en décide autrement.
Art. 2.
Chacune de ces publications aura au moins une feuille d’impression, et dans le cas où le manuscrit adopté ne suffirait pas pour la composer, on le réunira avec un ou plusieurs autres, à peu près du même genre, autant qu’il sera possible, pour que la feuille soit complète.
Art. 3.
Les pièces publiées porteront sur leur titre l’indication suivante : Publié par la Société des Bibliophiles français, le fleuron de la Société [changera en 1882], le millésime, et sur le verso du faux-titre, le numéro et le nom du Sociétaire auquel l’exemplaire appartient.
Art. 4.
La Société, par une délibération conservée dans ses archives, fixera le prix auquel les pièces publiées successivement devront être rachetées par elle, en cas de vente publique.
Art. 5.
Chaque année, la Société publiera séparément une Table indicative de toutes les pièces qu’elle aura fait imprimer dans le cours de cette année, de leur format et du nom de ceux qui les auront publiées. On placera avant cette Table les Statuts et la Liste des Sociétaires.
Art. 6.
Le nombre des pièces qui doivent être publiées chaque année, sera au moins de six ; et le mode de publication sera le même que celui que prescrit le réglement. » [sic]



Les premiers sociétaires furent :

I. le marquis de Châteaugiron, fondateur, président.
II. Guilbert de Pixerécourt, fondateur, secrétaire.
III. Walckenaer, fondateur, trésorier.
IV. Alphonse de Malartic, fondateur.
V. Durand de Lançon, fondateur.
VI. Bérard, fondateur.
VII. Édouard de Chabrol, fondateur.
VIII. le vicomte de Morel-Vindé, fondateur.
IX. 30 janvier 1820. La duchesse de Raguse.
X. 30 janvier 1820. Sensier.
XI. 13 février 1820. Le comte de Noailles.
XII. 13 février 1820. Le baron Hély d’Oissel.
XIII. 27 février 1820. Le marquis Scipion du Roure.
XIV. 27 février 1820. Hippolyte de La Porte.
XV. 27 février 1820. de Monmerqué.
XVI. 27 février 1820. Coulon.
XVII. 27 février 1820. Le duc de Crussol.
XVIII. 3 avril 1820. Le comte d’Ourches.
XIX. 3 avril 1820. Le chevalier Langlès.
XX. 3 avril 1820. Duriez.
XXI. 30 avril 1820. Le marquis Garnier.
XXII. avant avril 1821. Le chevalier Artaud.
XXIII. avant avril 1821. L’abbé de La Bouderie.
XXIV. avant avril 1821. Le comte de Fortia d’Urban.

Associés étrangers :

I.                   1821. Le prince Alexandre Labanoff, à Saint-Pétersbourg.
II.                25 mai 1821. Le comte Spencer, à Londres.
III.             1821. Le révérend Th. Frognall Dibdin, à Kensington.
IV.              9 février 1824. Le comte Orloff, à Paris.
V.                 3 septembre 1827. Le baron de Reiffenberg, à Louvain.
VI.              3 septembre 1827. L’abbé Costanzo Gazzera, à Turin.



Les Mélanges publiés par la Société des Bibliophiles français (Paris, de l’imprimerie de Firmin Didot, 1820-1829, 6 vol. gr. in-8, pap. vél.) se composent de pièces diverses, anciennes et modernes, de différents auteurs, et presque toutes inédites. La collection a été tirée à très petit nombre et pour les seuls membres de la Société. Il n’y a que 26 exemplaires du premier volume, 28 du second et 30 de chacun des autres. Ce recueil ne sera pas continué dans la forme où il a été commencé, mais les membres publieront séparément les ouvrages qu’ils feront imprimer, et toujours au nombre limité.

I. Fils de René-Joseph Le Prestre de Lezonnet (1753-1802), comte de Châteaugiron, et de Agathe de Trécesson, René-Charles-Hippolyte Le Prestre de Lezonnet, marquis de Châteaugiron, est né à Rennes,





 
rue de Corbin, le 17 septembre 1774, dans l’hôtel que sa famille occupait depuis 1731 et qui fut confisqué en 1790, quand son père émigra [aujourd’hui hôtel du Commandement, 10-12 rue de Corbin].

Après avoir passé une partie de sa jeunesse à l’étranger, Hippolyte de Châteaugiron entra au service militaire en 1793, comme aide de camp du général Marceau, et put faire rayer son père de la liste des émigrés.


Celui-ci vendit en 1793 le château de Trécesson, à Campénéac (Morbihan), qui lui venait de sa femme,





offrit en 1794 le donjon et la tour de l’horloge à la municipalité de Châteaugiron (Ille-et-Vilaine), puis vendit le château et ses dépendances en 1795,


ainsi que ses terres d’Espinay, à Champeaux (Ille-et-Vilaine),





pour s’installer au château du Marais, à Argenteuil (Val-d’Oise), remarquable par ses eaux abondantes et les belles plantations de son parc, et qui appartenait avant la Révolution à Mirabeau.
Suspect comme ancien noble, Hippolyte de Châteaugiron dut quitter l’armée pour faire une carrière diplomatique. Il fut secrétaire de légation, puis d’ambassade à Berlin et à Saint-Pétersbourg. Membre du Conseil général du département de la Seine pour l’arrondissement de Sceaux (1826-1837), il fut élevé à la dignité de pair de France (1835), en considération des services rendus à l’État. Il demeurait à Paris, 4 rue de Castiglione (Ier), ou à Aulnay, hameau de Châtenay-Malabry (Hauts-de-Seine), près de Sceaux, et était membre de la Société royale des Antiquaires de France.
La bibliothèque du marquis de Châteaugiron, qui disait avec conviction que « les femmes ne sont pas, ne peuvent être bibliophiles » (P.-L. Jacob, bibliophile. « Les Bibliophiles et les Livres ». In Catalogue de livres anciens et modernes rares et curieux de la Librairie Auguste Fontaine. Paris, Auguste Fontaine, 1878-1879, p. IV),  fut « une des belles bibliothèques vendues avant 1830 » (Gustave Brunet. Dictionnaire de bibliologie catholique. Paris, J.-P. Migne, 1860, p. 430) : Catalogue des livres la plupart rares et précieux, et tous de la plus belle condition, faisant partie de la bibliothèque de M. le marquis de CH*** (Paris, J.-S. Merlin, 1827, in-8, [4]-iv-360 p., 2.754 lots).








« Le goût éclairé qui a présidé à la composition de cette Collection, le soin scrupuleux qu’on a vu mettre dans le choix des exemplaires, l’élégance et la richesse des reliûres ont fait regarder depuis longtemps cette bibliothèque comme une des plus belles de la capitale. […]
Nous nous bornerons à indiquer :
Dans la LITTÉRATURE ANCIENNE, les principaux classiques grecs et latins, dont l’Homère de Barnès, n°. 485 ; le Lucrèce de Wakefield, n°. 526 ; l’Horace de Combe, n°. 549 ; le César de Clarke, n°. 1829 ; une suite des éditions dites variorum , exemplaires du plus beau choix, la plupart non rognés, dont le Théocrite de 1699, avec notes autographes de Van Staveren, n°. 498 ; le Plaute de 1684, n°. 603 ; et diverses traductions de ces mêmes classiques, telles que celles de Térence par Mme. Dacier, 1717, gr. pap., et d’Hérodote par Larcher, Ire . et 2me. éditions in-4, pap. de Holl. et pap. vélin.
Dans la LITTÉRATURE FRANÇAISE, les poètes du premier âge, tant dans les anciennes éditions que dans les belles réimpressions modernes, tels qu’Alain Chartier de 1529, sur papier blanc, n°. 671, et sur papier jaune, n°. 672 ; Coquillart de 1599, n°. 674 (rarissime) ; les Fabliaux de M. Méon, de 1806 et de 1823, gr. pap. de Hollande, nos. 655 et 656, etc. ; les éditions les plus estimées du siècle dernier, dont le Molière de Bret, de 1773, non rogné, figures avant la lettre, n°. 903 ; les nouveaux chefs-d’œuvre de la typographie française, la plupart enrichis par M. de Ch… d’ornemens accessoires (lettres autographes des auteurs, portraits et vignettes de tous les genres). Voir les nos. 473 (*), 906, 910, 916, 925, 936, 1023, 1098, 1107, 1120, 1124, 1131, 1174, 1205, 1213, 1425, 1432, 1451, 1454, 1457, 1946, 2706, 2738, etc. ; le Longus, n°. 1137 ; les Mémoires de Grammont de 1772 et de 1792, nos. 1180 et 1181 ; le Rabelais de 1741, non rogné, n°. 1306, etc. ; la nouvelle Héloïse avec notes autographes de Rousseau, n°. 1186 ; et 4 vol. de Voltaire, dont la Henriade, chargés de notes autographes de Voltaire et d’Helvétius, n°. 1449.    
Dans la LITTÉRATURE ÉTRANGÈRE, Klopstock, n°. 1072, et autres beaux ouvrages allemands ; D. Quichotte, n°. 1245 ;  Milton, n°. 1102, etc.
Dans L’HISTOIRE MODERNE, nombre de productions curieuses du temps de la ligue, et de pièces satiriques du règne de Louis XIV ; une suite de Mémoires et de Recueils relatifs à la fin du règne de Louis XVI, aux diverses époques de la révolution et aux premières années de la restauration.
Dans L’HISTOIRE LITTÉRAIRE, le Journal allemand d’Iéna, 39 vol. in-4, diverses raretés bibliographiques et les beaux ouvrages anglais de M. Dibdin.
Dans les SCIENCES, le Dictionnaire des sciences naturelles, pap. vél., n°. 206 ;  le Buffon, de Sonnini, avec plus de 1000 fig. ajoutées, n°. 208 ; les Insectes de Mlle. de Mérian, dont toutes les figures sont peintes, n°. 233 ; les Insectes de Clerck, en pap. de Holl., n°. 234.
Les ARTS ne le cèdent point aux autres classes de cette Collection. Sans parler de tout ce qui a été ajouté de gravures et de dessins à divers ouvrages, nous rappellerons les nos. 335 à 411, parmi lesquels on distinguera le n°. 339 ; le Recueil de caricatures, n°. 340 ; le Musée dit de Filhol, épreuves choisies, n°. 344 ; la Galerie de Florence, avant la lettre, n°. 345 ; les Vignettes du Racine de M. Didot aîné, n°. 361, et le n°. 401 (les figures de ce numéro sont avant la lettre, sur papier de Chine, bien que le Catalogue n’en fasse point la mention). […]
Il nous semble inutile de parler des ouvrages imprimés à petit nombre, des exemplaires tirés sur des papiers particuliers ou sur peau de vélin. La rareté de ces sortes de livres suffit pour les recommander, bien que la plupart aient d’ailleurs un mérite plus réel ; mais nous ferons remarquer parmi les manuscrits, le n°. 8, Autographe du diacre Pâris ; le n°. 18, Autographe de Mme. de Maintenon ; et les Décades de Tite-Live, superbe manuscrit, décrit au n°. 1812. 
(*) On a omis d’indiquer au Catalogue qu’il a été ajouté à cet ouvrage 25 portraits gravés par Mellan, Savart, Marcenay, Gaucher, Saint-Aubin, Laugier et autres, plusieurs de ces portraits avant la lettre. » [sic]
(« Avertissement », Ibid., p. i-iv)

18. Instruction de Bourdaloue à Madame de Maintenon, in-18, mar. noir, tr. dor. Reliure ancienne. Manuscrit autographe de Madame de Maintenon, qui l’a copié sur l’original : 48 fr. à Pixerécourt.
339. Physiognomical portraits ; one hundred distinguished character, from undoubted originals. London, 1822 and 1823, in-4, 2 vol., d.-rel., dos de cuir de Russie, avec ornemens, non rognés. Thouvenin A. Magnifique exemplaire en gr. pap. vél., fig. avant la lettre, pap. de Chine : 295 fr.
340. Un Recueil de caricatures, en 5 vol. in-fol., d.-rel. Cette collection, composée de plus de 1.300 pièces, forme un monument historique extrêmement curieux. Disposée dans un ordre méthodique et chronologique, elle présente, sous une forme grotesque, le tableau des événemens qui se sont passés en France depuis 1813 : 1.220 fr.
574. Phædri fabularum æsopiarum libri V, nunc primum in lucem editi (à Petro Pithœo). Augustobonæ-Tricassium, Jo. Odotius, 1596, pet. in-12, mar. vert, dent., dos de mar. bleu, riches ornem. en or, tr. dor. 1re édition, rare. Exemplaire qui, au mérite d’une très belle conservation, joint celui d’une reliure de la plus grande élégance. Elle est de Lewis, premier relieur de Londres : 131 fr.
603. M. A. Plauti comœdiæ ; accedit commentarius ex variorum notis et observationibus, recensuit Joh.-Fred. Gronovius. Amst., ex typogr. blaviana, 1684, in-8, 2 vol., mar. bleu, dent., d. de tabis, non rognés. Thouvenin A. Très rare dans cet état : 80 fr.
610. Les Comédies de Térence, avec la traduction et les remarques de Mme. Dacier. Amst., Gasp. Fritsch, 1717, 3 vol. in-12, fig. de B. Picart, mar. r., dent., d. de tabis, tr. dor. Derome. Grand papier, bel exemplaire d’un livre fort rare sur ce papier : 210 fr. à Pixerécourt.
674. Les Œuvres de Guill. Coquillart. Paris, 1597. Imprimé l’an 1598. = Maistre Pierre Pathelin, farce à cinq personnages. Corrigé et imprimé l’an 1599. = Monologue du franc archier de Bagnolet ; par Fr. Villon. = Le Recueil des repeues franches de maistre Françoys Villon et de ses compaignons. = Le Monologue du résolu. = Recueil de poésie récréative. Pet. 1599, in-8, mar. bleu, fil., tr. dor. Cette édition rarissime paraît n’avoir été connue de nos bibliographes que par l’exemplaire de Lair, décrit par Brunet, et le même que nous présentons ici. Sous le seul titre d’œuvres de Coquillart, et sous une pagination commune de feuillets, dont le dernier est coté 285, le volume renferme les poésies de plusieurs auteurs. A la fin de Coquillart, il y a interruption de pagination, et le volume passe du feuillet 162 (qui est blanc) au feuillet 165 : 400 fr. Payé 82 fr. à la vente Lair en 1816.
1.812. Les Décades de Tite-Live, trad. en franç. et présentées à Jehan, roy de France, par frère Pierre Bercœur (Berchoire), prieur de Saint-Éloy. Gr. in-fol., rel. en velours rouge, tr. dor. Superbe manuscrit sur vélin, contenant 300 feuillets de 73 lignes à la page. Il est écrit sur deux colonnes, ornées de lettres initiales en or et en couleur, d’encadrements peints en arabesques, et de 30 magnifiques miniatures. Dans la première des deux grandes miniatures, l’auteur est représenté offrant son livre au roi Jehan, et dans la seconde la suite de son ouvrage au roi Charles VII : 1.200 fr. (adjugé 555 fr. en 1812 à la vente Firmin Didot).
1.820. Polybii historiarum quidquid superest, gr. et lat. Lipsiæ, Weidmann, 1789-1795, 9 vol. –  Supplementum editionis Polybii. Lipsiæ, Weidmann, 1818, 1 vol. : les 10 vol. in-8, pap. de Hollande, mar. bleu, fil., non rognés. Thouvenin A. : 320 fr.
2.546. The Bibliographical Decameron, by T. F. Dibdin. London, Bulmer, 1817, 3 vol. in-8, gr. pap. vél., fig., 3 vol., d.-rel., dos de mar. r., dent., non rognés. Thouvenin J. Magnifique ouvrage devenu rare : 190 fr.

La vente, en 30 vacations, du lundi 2 avril au jeudi 10 mai 1827, produisit la somme considérable de 62.596 francs.

Hippolyte de Châteaugiron revint dans le service diplomatique, fut consul général à Bucarest en 1837, à Tanger en 1839 – mais son état de santé ne lui permit pas de rejoindre ce poste –, puis à Nice en 1841. Il fut nommé membre honoraire de la Société des Bibliophiles français le 11 février 1846, et remplacé le 27 janvier 1847 par Prosper Mérimée. Il mourut à Nice le 6 juin 1848, sans postérité. Il fut enterré à Saint-Laurent-du-Var.

Catalogue de livres, musique, etc., provenant de la bibliothèque de feu M. le marquis H. de Chateaugiron [sic] (Paris, P. Jannet, 1849, in-8, [2]-25-[1] p., 225 lots)

Il avait aussi réuni une précieuse collection d’autographes, qui a beaucoup servi pour l’établissement de l’ Isographie des hommes célèbres ou Collection de fac-simile [sic] de lettres autographes et de signatures (Paris, A. Mesnier, 1828-1830, puis Th. Delarue et Truttel et Wurtz, 1843, 4 vol. in-4), publiée avec Bérard, Duchesne, Tremisot et Berthier. Cette collection fut dispersée le 15 octobre 1851 et jours suivants, par P. Jannet, libraire ; le catalogue comprenait 2.016 numéros, dont quelques manuscrits de Madame de Maintenon.
 

II. Fils d’un ancien officier, René-Charles Guilbert de Pixerécourt [sans accent aigu sur le premier « e » : prononcer « Pisserécourt »],





du nom du château familial à Malzéville (Meurthe-et-Moselle), est né à Nancy (Meurthe-et-Moselle), le 22 janvier 1773. Après des études au collège des chanoines réguliers de Nancy, il allait être reçu avocat lorsqu’il dut rejoindre les princes émigrés en 1791. Revenu en France en 1793, il ne parvint qu’à travers mille dangers à dérober sa tête au couperet de la guillotine, commença à écrire pour le théâtre et épousa en 1795 Marie-Jeanne-Françoise Quinette. Soucieux de s’assurer des revenus, il se fit attacher dès 1802 à l’administration de l’enregistrement et des domaines, et exerça jusqu’en 1836 les fonctions d’inspecteur, à Paris.








Auteur de 120 pièces, dont 59 mélodrames, et surnommé « le Shakespeare des boulevards » ou « le Corneille des boulevards », il fut directeur de l’Opéra comique de 1824 à 1827, puis du Théâtre de la Gaîté en 1830.





En 1835, il fut ruiné par la reconstruction de ce dernier après un incendie en février, fut victime d’un accident vasculaire cérébral en juin et se retira à Nancy, au 21 Cours d’Orléans [aujourd’hui Cours Léopold], où il mourut, solitaire et brouillé avec sa femme, le 25 juillet 1844, après avoir publié son Théâtre choisi de G. de Pixerécourt  (Paris, Tresse, et Nancy, chez l’auteur, 1841-1843, 4 vol. in-8, le 5e, annoncé dans le prospectus, n’a pas paru).




Tombe au cimetière de Préville, à Nancy

Il avait démissionné le 7 mai 1838 de la Société des Bibliophiles français. Il fut remplacé le 5 février 1840 par le duc de Caraman.

Il avait été obligé de vendre sa maison de Fontenay-sous-Bois (Val-de-Marne), qu’il avait achetée en 1809, et sa troisième bibliothèque : il avait déjà perdu au jeu la première, qui était composée d’environ 200 volumes de petits formats dits « de Cazin », et vendu la deuxième, composée principalement de grandes éditions des classiques de Didot. Il avait fait inscrire au fronton de sa bibliothèque :
                                     
«  Tel est le triste sort de tout livre prêté,
Souvent il est perdu, toujours il est gâté. »





Le catalogue de la vente de la troisième, qui eut lieu en 29 vacations, du mardi 22 janvier au mardi 26 février 1839, fut rédigé par lui-même et ses deux fidèles amis : Bibliothèque de M. G. de Pixerécourt, avec des notes littéraires et bibliographiques de ses deux excellens [sic] amis Charles Nodier et Paul Lacroix (Paris, [Crozet, Merlin, Silvestre, Techener], 1838, in-8, [4]-vii-[1 bl.]-342 p., 2.313 lots), suivi, en pagination continue (p. 343-414), du catalogue d’une collection de 168 cartons et 1 portefeuille formant atlas sur la Révolution française, détaillant le lot n° 1.910.
Outre ces 150 exemplaires en papier de Hollande, vendus ou distribués aux bibliophiles et aux riches amateurs, 1.000 exemplaires en papier ordinaire furent réservés pour la vente et reçurent un titre différent :





Catalogue des livres rares et précieux et de la plus belle condition, composant la bibliothèque de M. G. de Pixerécourt (Paris, J. Crozet, décembre 1838, [8]-4-vii-[1 bl.]-341-[1 bl.] p., 2.313 lots), suivi du même catalogue sur la Révolution française,





ou Bibliothèque de M. G. de Pixerécourt, […] avec des notes littéraires et bibliographiques de MM. Charles Nodier et Paul Lacroix (Paris, [Crozet, Techener], 1839, in-8, [8]-4-vii-[1 bl.]-342 p., 2.313 lots), suivi du même catalogue sur la Révolution française.
Cette bibliothèque était peut-être la plus riche qui existait en éditions elzéviriennes brochées ; la plupart des articles étaient tirés sur papier vélin ; les reliures anciennes, dont une réunion considérable de Derome, étaient les plus nombreuses ; les reliures modernes portaient la signature de Bozerian, de Thouvenin, de Bauzonnet ;






chaque volume était marqué d’un ex-libris lithographié sur papier vert, portant la maxime : « Un livre est un ami qui ne change jamais ».
Le total de la vente dépassa 82.000 francs.

1. Biblia Sacra, Vulgatae edit. Parisiis, Vitré, 1652, 8 tomes en 10 vol. in-12, l.-r. mar. bl. fil. tr. d. Padeloup. Superbe exemplaire de Longepierre : 471 fr. à Techener.
22. Prières de la messe. In-18, mar. bl. doré en plein, mors de mar. dent. tabis, tr. d. ; renfermé dans un étui de mar. v. Bozerian. Manuscrit sur vélin, xviie siècle, 46 f., 14 miniatures. Toutes les pages sont encadrées d’une très jolie bordure surmontée d’un vase de fleurs. 446 fr. à St. Amand.
53. Traités de l’existence et des attributs de Dieu. Par Clarke (trad. de l’angl. par Ricotier). Amsterdam, Bernard, 1727-28, 3 vol. pet. in-8, l. r. mar. r. fil. Tr. d. Padeloup. Magnifique exemplaire aux armes du comte d’Hoym. 300 fr. à Motteley.
291. Histoire naturelle, par Buffon, Daubenton et Lacepède. Paris, Impr. royale, 1752-1805, 90 vol. in-12, l. r. mar. v. du Levant, dent. tr. d. Bozerian. Magnifique exemplaire provenant de la bibliothèque d’Anisson du Perron. Nombreuses gravures ajoutées. 540 fr.
307. Les Roses, par Redouté. Paris, impr. de F. Didot, 1817-21-24, 3 vol. in-fol. gr. pap. vél. fig. coloriées et retouchées au pinceau, dos de mar. r. Purgold. Non rogné. Très bel ex. Vendu 700 fr. Galliot. 365 fr.
309. Histoire naturelle des colibris, par Audebert et Vieillot. Paris, Desray, 1802, 2 vol. gr. in-fol. pap. vél. fig. coloriées, mar. r. dent. tr. d. Bozerian. Superbe ex. avec le titre des planches imprimé en or. 370 fr. à Debas.
327. Le Pastissier françois. Amsterdam, Louys et Dan. Elzev., 1655, pet. in-12 fig. m. bl. fil. Bauzonnet. Très rare. Cet ex. est peut-être le seul qui existe avec toutes ses marges et dans un état parfait de conservation. L’ex. venduplus de 200 fr. en 1837 était bien inférieur à celui-ci. C’est le second qu’on a vu passer dans les ventes depuis 40 ans. 221 fr.
484. Livre de musique, orné de lettres initiales en or et en couleur, pet. in-4, rel. en vélin doré. Manuscrit de la fin du xve siècle, sur vélin et composé de 198 feuillets. 601 fr. à Crozet.
600. Les Œuvres feu maistre Alain Chartier. Paris, Galliot du Pré, 1529, pet. in-8, mar. viol., comp. mors de mar. dent. tr. d. Thouvenin. Ce magnifique exemplaire d’un livre rare qui figurait à l’exposition de 1823, est accompagné d’une lettre de Thouvenin à de Châteaugiron : « Je considère cette reliure comme ce que j’ai fait de mieux, et je suis flatté de voir la plus parfaite de mes productions dans votre bibliothèque. » 120 fr. à Crozet.
602. Cy est le chevalier aus dames (par Olivier de la Marche). Metz, Gasp. Hochffeder, 1516, in-4, goth. fig. sur bois, mar. r. fil. tr. d. Derome. Admirable ex. d’un livre très rare, avec la signature de Guyon de Sardière : il vient de la bibliothèque de Girardot de Préfond. 671 fr. à St. Amand [Cet exemplaire fut porté à 1.200 fr. sur le catalogue de Techener, 1853, n° 1.052].
618. Recueil des Œuvres de feu Bonaventure des Periers. Lyon, J. de Tournes, 1544, in-8, l. r. mar. r. fil. doublé de mar. r. dent. tr. d. Padeloup. Rare, ex. aux armes du comte d’Hoym. 259, 50 fr. à Techener.
906. Recueil de Pièces choisies rassemblées par les soins du cosmopolite (de Moncrif et le duc d’Aiguillon). Anconne, Uriel B. (Verret), 1735, in-4, v. f. Padeloup. Ce livre, imprimé par le duc d’Aiguillon dans sa terre de Verret, n’aété tiré qu’à 7 exemplaires : celui de La Vallière a passé dans une bibliothèque d’Aix ; celui de Labey, dans une bibliothèque de Saint-Wandrille ; celui de Châteaugiron appartient à Coste, de Lyon ; selui de Duriez, au duc de Rivoli ; les trois derniers sont ceux de Bignon, de La Bédoyère et de Pixerécourt. Nodier prétend en avoir vu 4 autres. 265 fr. à Duprat.
1.171. Les Amours pastorales de Daphnis et de Chloé. (Paris, Quillau), 1718, pet. in-8, fig. gravées par Audran, d’après les dessins du Régent, mar. r. du Levant, riches dent. tabis, tr. d. Bozerian. Ex. de J. P. G. Chastre de Cangé, qui y a mis sa signature et quelques notes bibliographiques. Les marges sont chargées des notes critiques du savant Lancelot. Enrichi d’un portrait d’Amyot, par Le Mire, avant la lettre ; le dessin original à la plume de la gravure dite « les Petits Pieds » par le Régent ; un autre dessin du même sujet, avec des différences, exécuté également à la plume par Massé ; l’eau-forte de la gravure faite par le comte de Caylus en 1728, avec une contre-épreuve ; une autre gravure du même sujet qui n’a jamais été publiée ; un feuillet in-4 autographe du Régent, contenant le premier projet des gravures qu’il voulait ajouter à son édition. 262 fr. à Sylvain.
1.278. Les Liaisons dangereuses. Londres (Paris), 1796, 2 vol. in-8, pap. vél., fig. avant la lettre, et eaux-fortes (rares), dos et coins de mar. r. Non rogné. Ex. unique orné des 14 dessins originaux de Monnet et de Mademoiselle Gérard. 160 fr. à Techener.
1.336. Les Aventures de Télémaque. Amsterdam, Wetsteins, 1734, pet. in-fol., fig. de Bernard Picart, mar. bl. large dent. tabis, mors de mar. dent. tr. d. Derome. Magnifique ex. de La Vallière, dans un étui en cuir de Russie. Pixerécourt assistait pour la première fois, en 1795, à une vente de livres, celle d’Anisson-Duperron : c’est là qu’il acheta au prix énorme de 101.000 francs, en assignats, cet exemplaire, qu’il céda depuis à son ami le comte d’Ourches, pour le racheter ensuite à la vente des livres de ce dernier. 311 fr. à Crozet.
1.360. Le Zombi du grand Pérou, ou la Comtesse de Cocagne (par Corneille Blessebois). Sans nom de lieu [Antilles], 1697, pet. in-12, mar. bl., tr. d. Bauzonnet. On n’en connaît que 3 ou 4 exemplaires. 100 fr. à Techener.
1.407. Les Œuvres de François Rabelais. Amsterdam, J. F. Bernard, 1741, 3 vol. in-4, gr. pap., fig. de Bernard Picart, v. f. fil. tr. d. Padeloup. Vient de la bibliothèque de Gaignat. Plus grand de marge (5 lignes en tous sens) que l’exemplaire de Girardot de Préfond vendu 560 fr. chez Mac- Carthy. 379 fr. à Techener.
1.632. Mélanges publiés par la Société des Bibliophiles français. Paris, Didot, 1820-1829, 6 vol. gr. in-8, pap. vél., brochés. 320 fr. Techener.
1.745. Voyage pittoresque de Naples et de Sicile, par l’abbé de St-Non. Paris, Lafosse, 1781-1786, 4 tomes en 5 vol. gr. in-fol., fig. avant la lettre, et eaux-fortes, v. marbr., fil. tr. d. Derome. De la plus grande rareté et sans doute unique, car contient toutes les fig. avant la lettre et toutes les eaux-fortes, dont la collection entière ne se trouvait pas même dans l’ex. vendu 1.650 fr. chez Le Gendre. 460 fr.
1.821. Abrégé chronologique de l’Histoire de France, par Mezeray. Amsterdam, Abr. Wolfgang, 1673-1674, 6 vol. fig. = Histoire de France avant Clovis, par le même. Ibid., Ant. Schelte, (au quaerendo) 1696. En tout 7 vol. in-12, l. r. mar. r. fil. doubl. de mar. r. dent. tr. d. Duseuil. Le plus bel exemplaire connu d’une édition rare et recherchée. 550 fr. à Techener.
1.923. Journal de Henri III. La Haye (Paris, Veuve de F. Gandouin), 1744, 5 vol. in-8, fig. = Cartons du Journal de Henri III. = Journal du règne de Henri IV. La Haye, (Vaillant, Paris), 1741, 4 vol. En tout, 10 vol. pet. in-8, mar. r. tr. d. et v. f. le 10e vol. contenant les cartons. Padeloup. Le plus bel exemplaire connu d’une collection très rare avec les cartons. On ne connaît de ces derniers que 3 exemplaires. 519 fr. au marquis de Ganay.
1.945. Les Heures françoises, ou les Vêpres de Sicile et les Matines de la Saint-Barthelemi. Amsterdam, Ant. Michiels (à la Sph.), 1690, pet. in-12, l. r. mar. bl. comp. tabis, mors de mar. dent. tr. d. Bozerian. Un des deux exemplaires connus. Il a passé de la bibliothèque de l’abbé Sepher dans celle de Mac-Carthy, à la vente duquel Pixerécourt l’acheté 153 fr. 140 fr. à Leber.
1.985. Registre de la Bastille, depuis le 12 octobre 1705, jusqu’au 11 décembre 1758, in-f. dos et coins de mar. r. Non rogné. Manuscrit de 116 feuillets, dont Charpentier, dans les 9 livraisons de la Bastille dévoilée, ne paraît pas avoir eu communication. 100 fr. à St. Amand.               

La collection révolutionnaire [n° 1.910], retirée faute d’enchère sur une mise à prix à 5.000 fr., fut acquise par la Bibliothèque de la Chambre des Pairs, moyennant la somme de 6.000 francs. Suivit une vente des Autographes et manuscrits de M. G. de Pixerécourt (Paris, [Techener], 1840, in-8, VII-[1]-114-[1]-[1 bl.] p., 1.024 lots), qui produisit environ 15.000 francs ; il avait été le premier à ajouter à ses livres des lettres autographes des auteurs.
Une dernière vente eut lieu après son décès : Catalogue de livres, manuscrits, autographes, provenant de la bibliothèque de feu M. G. de Pixerécourt (Paris, Jannet, 1849, in-8, 42 p., 280 lots).

III. Né à Paris le 25 décembre 1771, Charles-Athanase Walckenaer est le fils naturel de Charles-Nicolas Duclos du Fresnoy (1733-1794), notaire, financier du roi Louis XV et mécène du peintre Jean-Baptiste Greuze, et de Anne Pajot de Villepenot, marquise d’Asfeld. Il suivit des cours à l’Université d’Oxford, devint inspecteur général des transports militaires (1793-1794) avant de sortir parmi les premiers de l’École polytechnique (promotion de l’an III) et d’épouser sa cousine germaine. Sa fortune lui permit de conserver son indépendance, n’acceptant aucune fonction, et de commencer à rassembler sa splendide bibliothèque.




Château de Touteville (Val-d'Oise)

Habitant la campagne au château de Touteville, à Asnières-sur-Oise (Val-d’Oise), puis à Sèvres (Hauts-de-Seine) et à Ville-d’Avray (Hauts-de-Seine), ou résidant à Paris au milieu des jardins de l’hôtel de son père, 121 rue du faubourg Poissonnière (IXe) [aujourd’hui lycée Lamartine], il s’occupa d’entomologie. Il fut détourné de l’histoire naturelle par la géographie, qui fut toujours sa principale vocation. Il fut élu à l’Institut en 1813, en remplacement de l’académicien Champagne. Après le retour de la famille royale, donnant satisfaction à ses sentiments de royaliste, il accepta en 1816 les fonctions de maire du Ve arrondissement, puis celles de secrétaire général de la préfecture de la Seine. Comme récompense, Louis XVIII lui accorda en 1823 le titre de baron.






En 1826, il fut nommé préfet du département de la Nièvre, puis du département de l’Aisne en 1828. La Révolution de 1830 le poussa à s’établir, avec sa femme et ses deux filles, à Bayonne, tandis que son fils, sous-préfet, s’était retiré dans son domaine du Paraclet. Il fut nommé en 1831 conservateur adjoint au département des cartes et plans de la Bibliothèque royale. En 1836, démissionnaire de la Société des Bibliophiles français, il fut remplacé le 17 février par le baron Creuzé de Lesser. En 1840, il fut élu secrétaire perpétuel de l’Académie des Inscriptions et Belles-Lettres. Il ne travaillait bien qu’en été, à sa campagne de Villeneuve-Saint-Georges (Val-de-Marne), où il avait transporté sa bibliothèque. Il fut président de la Société de géographie de Paris en 1846. Atteint d’une fluxion de poitrine, il mourut le 27 avril 1852 [et non le 4, ni le 28]. Savant, il fut aussi écrivain et a laissé une production littéraire considérable, dont la Géographie ancienne historique et comparée des Gaules cisalpine et transalpine (Paris, P. Dufart, 1839, 3 vol. in-8) est son ouvrage capital. Il a excellé aussi dans la biographie : Histoire de la vie et des ouvrages de J. de La Fontaine (Paris, A. Nepveu, 1820, in-8), Histoire de la vie et des poésies d’Horace (Paris, L. Michaud, 1840, 2 vol. in-8) et Mémoires touchant la vie et les écrits de Marie de Rabutin-Chantal dame de Bourbilly marquise de Sévigné (Paris, Firmin Didot frères, 1842-1852, 5 vol. in-12, inachevé).






La vente de sa bibliothèque eut lieu en 42 vacations, du mardi 12 avril au mardi 31 mai 1853 : Catalogue des livres et cartes géographiques de la bibliothèque de feu M. le baron Walckenaer (Paris, L. Potier, 1853, in-8, XV-[1 bl.]-550 p., 6.539 lots).

« Cette bibliothèque est considérable, et relativement assez complète dans tous les genres ; mais ce qui y domine principalement, c’est l’histoire naturelle dans quelques-unes de ses spécialités ; ce sont surtout la géographie, les cartes et les voyages ; c’est la littérature du grand siècle ; c’est enfin l’histoire générale et particulière de la France. » (G. D. [Gratet-Duplessis]. « Préface ». Ibid., p. VIII)

43. Explication des maximes des saints sur la vie intérieure, par Fénelon. Paris, P. Aubouin, 1697, in-12, v. f. Ed. originale. 22 fr.
44. Réflexions sur la Miséricorde de Dieu (par Mad. de La Vallière). Paris, Ant. Dezallir, 1680, pet. in-12, v. br. Ed. originale très rare. 40 fr.
153. Réflexions ou Sentences et maximes morales (du duc de La Rochefoucauld). Paris, Cl. Barbin, 1665, pet. in-12, v. ant. fil. tr. dor. (Simier). Première éd. 36 fr.
169. Les Caractères de Théophraste. Paris, Est. Michallet, 1688, in-12, v. ant. fil. (Simier). Première éd. des Caractères de La Bruyère. 19,50 fr.
268. Dictionnaire des sciences naturelles. Strasbourg et Paris, Levrault, 1816-1830, 60 vol. in-8, et 13 vol. de pl, v. fauve fil. 165 fr.
492. Die Arachniden…Les Arachnides fidèlement représentées d’après nature, par C. W. Hahn et Herrich-Scheffer. Nuremberg, 1831-1848, 16 tomes en 3 vol. in-8 et 2 vol. de pl. color. dem. rel. mar. r. non rog. 110 fr.
513. Abbot’s Georgian spiders. Gr. in-4, dem. rel cuir de Russie. Recueil de 535 différentes espèces d’araignées de l’Etat de Georgie, aux U.S.A., dessinées et coloriées avec soin par Abbot. Acheté 600 fr. à Londres par Walckenaer. 225 fr.
552. Mémoires pour servir à l’histoire des insectes, par Ch. de Geer. Stockholm, 1752-78, 7 vol. in-4, fig. v. m., rare. 202 fr.
1.343. Contes et Nouvelles en vers de M. de La Fontaine. Paris, Cl. Barbin, 1665, pet. in-12, mar. bl. fil. tr. dor. (Simier). Seconde édition qui peut être regardée comme la première des Contes, car celle qui l’a précédée sous le titre de Nouvelles en vers tirées de Boccace et de l’Arioste, ne renferme que deux contes. 110 fr.
1.344. Nouvelles en vers tirées de Boccace et de l’Arioste, par M. D. L. F. Paris, Cl. Barbin, 1665, pet. in-12, mar. r. fil. tr. dor. (Rel. anc.) A appartenu à Méon. Réimpression de l’édition précédente. 100 fr.
1.345. Contes et Nouvelles en vers de M. de La Fontaine. Sur l’imprimé à Paris, chez Cl. Barbin, 1665, pet. in-12, mar. bl. tr. dor. Réimpression hollandaise du n° 1.343. 60 fr.
1.347. Contes et Nouvelles en vers de M. de La Fontaine. L. Billaine, 1667, pet. in-12 – Deuxième partie des Contes… Paris, L. Billaine, 1667, pet. in-12. Les deux parties en 1 vol. mar. r. fil. tr. dor. (Simier).Première édition des deux parties réunies. 121 fr.
1.374. Fables choisies, mises en vers par M. de La Fontaine. Paris, Cl. Barbin, 1668, in-4, fig. de Chauveau, portrait de La Fontaine par Ficquet, ajouté, mar. r. fil. tr. dor. aux armes du comte de Toulouse. Ed. originale des six premiers livres. 465 fr.
1.380. Fables choisies, mises en vers par M. de La Fontaine. Paris, D. Thierry et Cl. Barbin, 1678-79, 4 parties in-12. – Les mêmes, cinquième partie. Paris, Cl. Barbin, 1694, in-12. Les 5 vol. in-12, mar. r. fil. tr. dor. (Simier). Seule éd. complète que La Fontaine ait donné de ses Fables. Avec les cartons pour Le Savetier et le Financier, et Le Singe et le Léopard. 306 fr.
1.842. Histoires ou Contes du temps passé. Paris, Cl. Barbin, 1697, in-12, front. gravé, fig. v. br., aux armes de Condé. Ed. originale très rare des Contes des fées de Charles Perrault. A fait partie de la bibliothèque des princes de Condé à Chatilly. 301 fr. au duc d’Aumale.
1.859. Histoires des amans fotunez dédiées à très illustre princesse Madame Marguerite de Bourbon, duchesse de Nivernois. Paris, Gilles Robinot, 1558, in-4, dem. rel. mar. r. Première éd. 351 fr.
2.038. Lettres de Madame de Sévigné. Paris, Blaise, 1820, 12 vol. in-8, pap. vél., portr. vues et fac-simile, cuir de Russie, fil. tr.dor. (Purgold) et 3 vol. dem. rel. c. de Russie, tr. dor. 441 fr.
2.127. Collection des auteurs grecs, publiée par MM. Firmin Didot, 28 vol. in-4, v. bleu, fers à froid, dent. (Lebrun). 320 fr.
2.148. Mélanges publiés par la Société des Bibliophiles français. Paris, imp. de J. Didot, 1820-1834, 7 vol. gr.in-8, pap. vél. dem. rel. mar. r. non rogné (Caroll). 385 fr.
2.216. Geographiae veteris scriptores graeci minores, cum interpretatione latina, dissertationibus, ac annotationibus. Oxoniae, 1698-1712, 4 vol. in-8, vel. tr. dor. 128 fr.
2.236. Cl. Ptolemei cosmographia, 1478, in-fol., 27 cartes, dem. rel. mar. r. Deuxième éd. latine de Ptolémée et la première avec des cartes. 975 fr. au duc d’Aumale.
2.237. Ptolemaei cosmographia latine. Romae, Petri de Turre, 1480, in-fol., cartes color. mar. r. à compart. (Rel. xvie). Titre manuscrit, 27 cartes de l’éd. de 1478. 230 fr.
2.238. Cl. Ptolomaei cosmographia latine reddita a Jac. Angelo. 1462 [i.e. 1492], gr. in-fol., cartes gr. sur cuivre, mar. r. dor. (Rel. anc.). Provient de la bibliothèque de Colbert. 360 fr.
3.028. Plan de Paris, de Gomboust. 1642, 9 grandes feuilles assemblées sur toile. Rare et recherché. 700 fr.
5.759. Cy apres sensuyvent les nouvelles de la terre de prestre Jehan. S. l., s. d. [fin xve] , pet. in-4, goth., 13 f. n. chiffr., à longues lignes et 1 f. bl. 550 fr.

La vente a produit près de 80.000 francs. Les prix indiqués pour certains articles ne sont considérés comme élevés que par la condition fort médiocre des exemplaires qui, presque tous, nécessitèrent de grands frais de restauration et de reliure, avant d’être admis dans les collections d’élite.

IV. Charles-Jean-Baptiste-Alphonse de Malartic, né le 21 février 1786 à Paris, ancien conseiller d’État, ancien préfet des départements de la Drôme (1828), des Vosges et du Gers (1830), qui avait épousé en 1821 Louise-Laurence-Amélina Pasquier, nièce du baron Étienne-Denis Pasquier, président de la Chambre des Pairs, est décédé le 17 août 1860 au château de Fondat, à Arouille, aujourd’hui Saint-Justin (Landes).

Château de Fondat en 1846

Château de Fondat aujourd'hui
Démissionnaire de la Société des Bibliophiles français le 7 avril 1844, il fut remplacé par Benjamin Delessert le 3 juin 1846.

V. Pierre-Philippe-Clément Durand, né à Metz le 21 mai 1786, receveur des finances à Lure (Haute-Saône), à Béthune (Pas-de-Calais), à Heugnes (Indre), a été autorisé, par ordonnance royale du 4 novembre 1818, à ajouter à son nom celui de Lançon [Durand-Lançon], qui était celui de sa mère. Il était membre de la Société de l’Histoire de France.
Démissionnaire de la Société des Bibliophiles français le 2 août 1844, il fut remplacé par la vicomtesse de Noailles le 17 juin 1846. Sa bibliothèque fut vendue le 30 mai 1870 : Catalogue de livres rares et curieux [...] dépendant de la succession de feu M. Ph. Durand de Lançon (Paris, A. Claudin, 1870, in-8, 56 p., 565 lots).          

VI. Fils de l’un des administrateurs de la Compagnie des Indes, Auguste-Simon-Louis Bérard (Paris, 3 juin 1783 – La Membrolle-sur-Choisille, Indre-et-Loire, 23 juillet 1859), maître des requêtes au Conseil d’Etat (1814-1820), puis homme d’affaires, – créateur d’une banque, d’une compagnie française d’éclairage au gaz et des fonderies et forges d’Alais (Alès, Gard) – fut élu député d’Arpajon en 1827, réélu en 1830, puis se retira en Touraine et fut nommé receveur général des finances à Bourges (Cher) en 1839.





Il est l’auteur, anonyme, d’un Essai bibliographique sur les éditions des Elzévirs les plus précieuses et les plus recherchées, précédé d’une notice sur ces imprimeurs célèbres (Paris, Firmin Didot, 1822, in-8), que Alphonse Willems (Les Elzevier. Histoire et annales typographiques. Bruxelles, G.-A. Van Trigt, Paris, Adolphe Labitte, et La Haye, Martinus Nijhoff, 1880, p. XIX) qualifie :

« Son Essai est d’une insignifiance absolue, et nous avouons ne rien comprendre à la réputation dont il a longtemps joui parmi les bibliophiles français. C’est tout au plus s’il peut passer pour un catalogue descriptif de la collection particulière de l’auteur. Nulle méthode : les divisions sont purement arbitraires ; d’insipides bouquins sont cités et décrits tout au long, alors que bon nombre d’articles des plus importants et des plus rares ne sont pas même l’objet d’une simple mention. Nulle critique : tout volume pet. in-12 imprimé dans les Pays-Bas durant la seconde moitié du dix-septième siècle sort invariablement des presses elzeviriennes. Wolfgang, Foppens, Fricx, etc., autant de pseudonymes des Elzevier. A peine Bérard consent-il à faire honneur à d’autres typographes des livres parus après la mort de Daniel Elzevier ; encore a-t-il l’air d’hésiter, car citant telle production de Wolfgang parue en 1682 ou 1688, il constate qu’elle a été imprimée avec les caractères de Daniel et sous un de ses pseudonymes habituels.
Dans un travail spécial sur les Elzevier, nous ne pouvions nous dispenser de mentionner l’Essai de Bérard. Il fallait bien expliquer pourquoi dans le cours de ce travail nous l’avons constamment passé sous silence. A nos yeux Bérard n’a pas même eu le mérite de poser des jalons ; il n’y a pas lieu de discuter ses opinions, pour l’excellent motif qu’il ne s’est pas mis en frais de conjectures. Son livre, dépourvu de toute autorité, est comme non avenu, et si nous le citons ici c’est uniquement pour mémoire. »

Sa collection fort nombreuse de volumes imprimés par les fameux typographes hollandais fut vendue avec sa bibliothèque à partir du jeudi 7 mai 1829 : Catalogue des livres composant la bibliothèque de M. B*****, membre de la Société des Bibliophiles français (Paris, J.-S. Merlin, 1829, in-8, vii-250 p., 2.197 lots).
Démissionnaire de la Société des Bibliophiles français le 27 mars 1858, il fut remplacé par Prosper Blanchemain.

VII. Fils du comte Christophe de Chabrol-Crousol (1771-1836), ancien ministre de la Marine, puis des Finances, sous la Restauration, le comte Anne-François-Édouard de Chabrol-Crousol (Paris, 31 août 1798 - Le Molay-Littry, Calvados, 18 décembre 1883), fut maître des requêtes au Conseil d’État (1823) et gentilhomme de la Chambre de S.M. le roi Charles X. Démissionnaire en 1830, il se fixa au château du Molay (Calvados).






Maire de sa commune, il la dota d’une école de filles. Érudit et surtout linguiste des plus distingués, il s’attacha à réunir une bibliothèque composée des œuvres des poètes et des mémoires ayant trait à l’Histoire, qui fut vendue à Drouot : Catalogue de beaux livres anciens et modernes provenant de la bibliothèque de M. le comte de Chabrol-Crousol (Paris, Ch. Porquet, 1884-1885, 2 vol. in-8).

VIII. Charles-Gilbert Morel (Paris, 20 janvier 1759 - 19 décembre 1842), conseiller au Parlement de Paris (1778), épousa en 1780 Renée Choppin d’Arnouville, qui lui donna une fille.






Il acheta en 1791 le château de Magnanville (Yvelines), où il se réfugia pendant la Révolution, et le






vendit en 1797 pour acquérir en 1804 celui de La Celle-Saint-Cloud (Yvelines), où il éleva un important troupeau de moutons mérinos. L’agriculture devint chez lui une passion qui ne s’affaiblit jamais.




Château de Vindey (Marne)

Dans le département de la Marne, ses fermes de Vindé [auj. Vindey], de Le Meix-Saint-Époing et de Chichey ont, des premières en France, présenté de nombreuses prairies artificielles.






Devenu pair de France en 1815, il prit le titre de vicomte de Morel-Vindé, ses ancêtres étant vicomtes de Morel depuis 1657. Membre de l’Académie des sciences depuis 1824, il mourut des suites d’une chute qu’il fit en allant s’asseoir pour assister à l’ouverture d’une écluse qui venait d’être achevée dans sa propriété. Le baron Jérôme Pichon le remplaça, le 5 avril 1843, à la Société des Bibliophiles français.

Contraint de déménager et faute de place, il avait été forcé de vendre en 1819 le cabinet de dessins et estampes de Gilbert Paignon-Dijonval (1708-1792), riche manufacturier du textile à Sedan, son aïeul maternel, dont il était l’unique héritier, à un marchand anglais, Samuel Woodburn (1786-1853) :





Bénard, peintre et graveur avait rédigé l’état détaillé et raisonné du Cabinet de M. Paignon Dijonval (Paris, impr. de Madame Huzard, 1810, in-4, 420 p., 4.461 numéros pour les dessins, 11.055 numéros pour les estampes) ; de même, à partir du lundi 17 mars 1823, en l’une des salles de l’Hôtel de Bullion, pour la bibliothèque, qu’il avait augmentée :





Catalogue des livres rares et précieux, des manuscrits, etc. de la bibliothèque rassemblée par feu M. Paignon Dijonval, et continuée par M. le vicomte de Morel-Vindé, pair de France (Paris, De Bure frères, 1822, in-8, xvj-488 p., 3.892 + 28 lots), avec une table alphabétique des noms des auteurs et une table des titres des livres sans noms d’auteurs.

« Nous nous contenterons d’indiquer quelques uns des articles marquans dans chacune des classes : dans la Théologie on trouvera un grand nombre de figures de la Bible, dont plusieurs gravées en bois. Le n° 33, la Bible de Mortier, avant les clous ; le n° 39, un superbe exemplaire des figures de la Bible de Saurin, sans le texte ; un grand nombre de paires d’heures gothiques, manuscrites et imprimées sur Vélin, ornées de miniatures en or et en couleurs, dont plusieurs sont de la plus grande beauté, parmi lesquelles nous ne citerons que le n° 71, Breviarium fratrum minorum, etc.
Dans la Jurisprudence, qui ne se compose que d’un très petit nombre d’articles, on trouvera plusieurs manuscrits curieux, dont : le n° 321, Extrait de Loyseau fait par le président Hénault, et le n° 333, Procès de la Brinvilliers [vient de la bibliothèque de Lamoignon], etc.
Dans les Sciences et Arts, nous aurions beaucoup d’articles que nous pourrions faire remarquer ; mais nous nous bornerons aux plus importants, tels que, le n° 521, les Clavicules de Salomon, manuscrit ; de beaux livres de Botanique, d’oiseaux et de coquilles, avec les figures coloriées, dont : le n° 673, Oiseaux de la Grande-Bretagne [The Birds of Great Britain], par Lewin, 7 vol. in-4°, Imprimés sur Vélin, avec les figures peintes avec le plus grand soin. Le n° 686, Recueil de Coquilles ; le n° 697, les Genres des vers, etc. dont les figures sont peintes sur Vélin ; un très grand nombre de livres d’estampes, où l’on trouve tous ceux connus sous le nom de Galeries, telles que celle de Florence, le Musée françois de MM. Robillard Péronville et Laurent, etc. des livres sur les costumes et les modes des différens pays, parmi lesquels on remarquera différens livres de peintures Orientales, tels que le n° 945, Costumes turcs, manuscrit ; le n° 950, Peintures persanes et mogoles, l’un des plus beaux volumes de ce genre qui soit encore passé dans une vente ; le n° 1071, Collection de tous les uniformes militaires de France, 6 vol. in-folio ; les nos 1110 et 1111, Recueils de peintures chinoises représentant, l’un l’art de faire la porcelaine, l’autre celui de faire les étoffes.
Dans les Belles-Lettres, on trouvera parmi les orateurs, sous les nos 1161, un bel exemplaire du Cicéron d’Elzevier, et 1162, un du Cicéron variorum, in-8° qui ne se rencontre pas communément réuni. Parmi les poètes grecs et latins, le n° 1205, l’Anacréon, trad. par Moutonnet de Clairfons, avec les dessins originaux ; le n° 1220, Lucretius, Imprimé sur Vélin ; le n° 1228, Catullus de Coustelier, Imprimé sur Vélin ; une belle suite de poètes françois, dont plusieurs Manuscrits, tels que le n° 1375, le Roman de la vie des Pères ; le n° 1376, le Roman du Renard [vient de la bibliothèque de La Vallière, n° 2.717 du t. II] ; le n° 1379, les Œuvres de Jean de Meung, etc. tous sur Vélin, avec des miniatures ; le n° 1627, le Molière de Didot, avec les dessins originaux de Boucher, des figures peintes, etc. exemplaire unique. Dans les poètes italiens et anglois, le n° 1721, l’Orlando Furioso de Baskerville, in-4° très Rare de ce format ; le n° 1773, le Shakespeare, 10 vol. in-8° reliés à Londres, avec des paysages peints sur toutes les tranches, comme il y en a encore sur beaucoup d’autres volumes, entre autres au n° 3639, Hunter, Nummi vet. populorum, etc. gr. in-4°, volume d’autant plus Rare que M. Edwards, qui peignoit ces tranches ainsi que le plat des volumes, n’a presque jamais fait que des in-8°, et des in-12. Dans la mythologie, le n° 1792, le Temple des Muses, exemplaire unique, par la réunion des figures et autres ornemens qui y ont été insérés ; un très grand nombre de livres de facéties, de romans, dont plusieurs Romans de chevalerie, entre autres les nos 1920, la Nef des Princes ; 1923, la Fleur des Batailles, Paris, Vérard, 1501, Imprimé sur Vélin ; 1927, Histoire des nobles emprises, etc. connue sous le nom de Roman d’Alexandre. Superbe manuscrit sur Vélin, orné de 203 miniatures ; dans les Emblèmes, dont il y a une belle collection, on remarquera le n° 1287 [2.287], Alciati emblemata [vient de la bibliothèque de Beaucousin] ; exemplaire d’autant plus précieux, aujourd’hui que l’on recherche avec la plus grande ardeur des lettres originales et des signatures des personnages célèbres, que celui-ci renferme 180 signatures. Parmi les recueils de Polygraphes françois, on remarquera le n° 2317, Pièces diverses, manuscrit sur Vélin, du xive siècle ; et 2319, Collection des Poésies et Romans imprimés par ordre de Mgr Comte d’Artois ; cet ouvrage déjà très Rare par lui-même, l’est encore davantage lorsque, comme celui-ci, il est d’une aussi belle conservation, et qu’on l’a enrichi d’un grand nombre de gravures avant la lettre, et de plusieurs dessins originaux.
Il ne nous reste plus à parler que de l’Histoire. Cette classe n’est pas moins riche ni moins belle que les autres. Elle commence par une suite nombreuse de Voyages, parmi lesquels se trouvent les Voyages pittoresques, le grand ouvrage de M. de Humboldt. Dans l’Histoire-Sainte, on remarquera plusieurs manuscrits de Vies des Saints, sur Vélin, tels que les nos 2851 et 2858 ; dans l’Histoire des Religions, un bel exemplaire des Cérémonies religieuses, avec les figures de Bernard Picart, en Grand Papier ; et dans l’Histoire de France, qui est très nombreuse, nous citerons le n° 3024, Description de la France, avec les figures avant la lettre ; des Mémoires en Grand Papier, tels que les nos 3077, Mémoires de Commines, et 3132, Mémoires de Sully, avec les portraits d‘Odieuvre ; un grand nombre de pièces rares, in-8° et in-12 ; des Mémoires manuscrits, et le n° 3313, Figures des monnoies de France, par Haultin, volume extrêmement Rare ; une suite nombreuse et très curieuse de Descriptions de Fêtes et Cérémonies publiques, ornées de dessins, gravures, etc. Dans l’Histoire de l’Afrique, on trouvera sous le n° 3649 [3.549] le superbe ouvrage de la Description de l’Égypte, première édition, Papier Vélin. L’Histoire héraldique, ainsi que les additions qui se trouvent à la fin du Catalogue, renferment un grand nombre de manuscrits avec des blasons coloriés, tels que le n° 3583, Nobiliaire des Chevaliers du Saint-Esprit, des Nobiliaires de différentes provinces de France : la partie des Antiquités se compose des meilleurs comme des plus beaux livres sur cette matière ; mais ne voulant point multiplier les citations, nous nous contentons de renvoyer au Catalogue, et nous terminerons en disant que la condition des livres répond à leur rareté et à leur mérite. » [sic] (« Avertissement ». Ibid., p. vj-ix)