samedi 4 avril 2020

La Bibliothèque des descendants de la fée Mélusine



Château de Sassenage
La vente de l’ancienne bibliothèque de Denis de Salvaing (1600-1683), qui eut lieu en 1897 à Grenoble [Isère], fut en réalité celle du marquis Raymond-Ismidon-Marie de Bérenger (1811-1875), conservée depuis deux siècles au château de Sassenage [Isère], porte orientale du Vercors.


Le château avait été bâti entre 1662 et 1669 par le baron Charles-Louis-Alphonse de Sassenage (1624-1679), marquis du Pont-en-Royans [Isère] – porte occidentale du Vercors -, seigneur d’Izeron [Isère] et de Montélier [Drôme], avec l’aide de son beau-père. Fils de Alphonse de Sassenage († 1660) et de Louise de Lattier, Charles-Louis-Alphonse de Sassenage avait épousé, à Vourey [Isère], le 14 septembre 1651, Christine de Salvaing (1634-1668), fille de Denis de Salvaing, seigneur de Boissieu [La Buissière, Isère], premier président de la Chambre des comptes du Dauphiné, à Grenoble, et d’Élisabeth Déageant (1609-1635), fille de l’influent Guichard Déageant (1574-1645), ancien premier président de ladite Chambre des comptes.


Au-dessus de la porte du château de Sassenage, la fée Mélusine se baigne dans une cuvette et tient de la main droite l’écu de Bérenger [« Gironné d’or et de gueules de huit pièces »] et de la gauche celui de Sassenage [« Burelé d’argent et d’azur de dix pièces au lion de gueules, armé, lampassé et couronné d’or »].

Blasons de Bérenger (à gauche) et de Sassenage (à droite)
« Il est peu de grandes Maisons, qui remontant jusqu’à leur origine ne rencontrent vne fable : Celle de Sassenage y trouve Melusine. Le Roman en a été composé par Jean d’Arras l’an M.CCCLXXXIII. Il donne à cette famille Melusine pour tige & cette fable a fait tant d’impression sur la credulité des habitans de la Terre de Sassenage, qu’ils sont persuadez que leur Seigneur est du sang de Melusine & qu’elle a finy ses jours en ce lieu.
On y montre vne grote spacieuse dans le sein d’vn rocher où tombe impetueusement vne source qui fait vu ruisseau qui coule au milieu du Bourg. On voit deux cuves que la nature a formées auprés de cette grote. Elles presagent, dit-on, la fertilité ou la sterilité de chaque année, selon qu’elles se trouvent d’elles-mêmes plus ou moins pleines d’eau la veille de la Feste des Rois. I’en ay fait mention dans l’Histoire de Dauphiné. On y montre l’endroit où Melusine avoit coûtume de prendre le frais & le bain & vu peu plus haut la table où elle mangeoit, qu’on appelle la table de Melusine. La fontaine du château de Montelliez dans le Valentinois, qui est vne des Terres de cette Maison porte le nom de Melusine : On croit qu’elle s’y est quelques-fois montrée. On voit aussi dans l’épaisseur du mur du château contigu au fossé vne ouverture ronde qui le perce de haut en bas, dont on ne sçait pas l’vsage. On l’appelle aussi le Trou de Melusine, par où, dit-on, elle passe sa longue queuë de serpent quand elle se veut faire voir. Neanmoins la possession de cette Terre n’est entrée dans la Maison de Sassenage qu’à la fin du treziéme siecle. Les ames éclairées doutent souvent de la verité, les autres ne doutent pas même du mensonge pour peu qu’il ait soin de se rendre agreable. […]
Voici d’où la fable de Melusine a pris son origine, pour ce qui regarde la Maison de Sassenage. Le Roman donne pour mari à Melusine Raimondin Comte de Forests en Bretagne. Il ajoûte que la Maison de Sassenage est vne de celles qui en sont descenduës. La verité a donné naissance à la fable, il lui a suffy que cette Maison fût venuë des Comtes de Forests. Il n’a pas distingué les païs. Il a confondu les Provinces & attribué à Melusine Comtesse de Forests dans le païs des Armoriques la posterité des Comtes de Forests dans celui des Segusiens, de mêmes qu’il a confondu Raimond de Poitiers Prince d’Antioche & Melusine de Lesignen sa femme avec son Raimondin & Melusine sa Fée & la Maison de Lesignen de la Terre Sainte avec Lesignen de France. C’est ainsi qu’en vsent les faiseurs de Romans. » [sic]
(Nicolas Chorier. Histoire généalogique de la Maison de Sassenage, branche des anciens comtes de Lyon et de Forests. Lyon, Jean Thioly, 1672, p. 2-7) 

Château de Vourey
La bibliothèque du château de Sassenage provenait du château de Vourey [Isère], propriété de la Maison de Salvaing - du nom d’une terre située près du lac de Genève -, établie en Dauphiné vers l’an 1100.

Plaque de marbre de la tombe de Charles de Salvaing, à Vourey
Denis de Salvaing y naquit le 21 avril 1600, de Charles de Salvaing († 1615), seigneur de Boissieu, et de Charlotte d’Arces (1574-1653). Il commença ses études à Saint-Geoire-en-Valdaine [Isère], les continua au collège des Jésuites à Vienne [Isère], puis à Lyon, et les termina à Paris, en 1618, au collège de Clermont [lycée Louis-le-Grand], où il eut pour maîtres les pères jésuites Denis Pétau (1583-1652) et Nicolas Caussin (1583-1651).
De retour en Dauphiné à la fin de l’année 1619, il se fit recevoir docteur en droit en la Faculté de Valence [Drôme], le 15 avril 1621. Après quelques essais littéraires et poétiques, qui lui avaient conquis l’estime de Louis de Bourbon, comte de Soissons, gouverneur de la province, il voulut goûter du métier des armes, mais dut y renoncer. En 1629, il fut substitut du procureur général au Parlement de Grenoble, et en 1632 vibailli de Grésivaudan, ancien bailliage du Dauphiné. Le 21 mai de cette même année, il se maria à Grenoble avec Élisabeth Déageant.

Denis de Salvaing
En 1633, Denis de Salvaing fit partie de l’ambassade du maréchal Charles de Créquy à Rome et, chargé de haranguer le pape Urbain VIII, il s’en acquitta d’une manière qui lui fit honneur, le 25 juillet. Après un séjour de quatre mois à Rome, qu’il employa à visiter les savants et les bibliothèques, il alla à Venise, par ordre du cardinal de Richelieu, pour prendre connaissance des difficultés qui existaient entre le pape et la république. En 1635, à son retour en France, il fut honoré d’un brevet de Conseiller d’État, mais eut la douleur de perdre son épouse, à Grenoble, le 8 novembre.
En 1639, son beau-père ayant donné sa démission de la charge de premier président de la Chambre des comptes du Dauphiné, il fut nommé pour lui succéder, et remplit cette charge pendant plusieurs années avec beaucoup de réputation. Veuf, il se remaria avec Élisabeth de Villers-la-Faye (1611-1673), veuve de Érard Bouton (1605-1636), seigneur de Saint-Léger, le 27 décembre 1640, à Mauvilly [Côte-d’Or].
La mort de sa seconde femme, dont il n’eut pas d’enfant, le 7 septembre 1673, au château de Vinay [Isère], le détermina à se démettre de sa charge en 1674 et à se retirer entièrement des affaires. Après sept mois de maladie, il mourut dans son château de Vourey, le 10 avril 1683, et fut inhumé le lendemain dans l’église Saint-Martin de Vourey [reconstruite au XIXe siècle]. 

Vulson de la Colombière. Recueil de plusieurs pièces et figures d'armoiries.
Paris, Melchior Tavernier, 1639 
Photographie BnF
Il avait édité Publii Ovidii Nasonis, equitis romani, libellus in Ibin (Lugduni, Antonii Pillehotte, 1633), avait donné des poèmes latins et fait imprimer ses harangues ou ses oraisons funèbres ; il avait publié un savant Traité du plait seigneurial et de son usage en Dauphiné (Grenoble, Jean Nicolas, 1652) et un autre De l’usage des fiefs et autres droits seigneuriaux (Grenoble, François Féronce, 1664) ; il avait participé à la rédaction d’ouvrages qu’il avait laissé à d’autres le soin de signer – comme La Science héroïque, traitant de la noblesse, de l’origine des armes, de leurs blasons, & symboles (Paris, Sébastien Cramoisy et Gabriel Cramoisy, 1644), par Marc de Vulson, sieur de la Colombière, et l’Histoire du chevalier Bayard (Grenoble, Jean Nicolas, 1650), dont Louis Videl reçut la paternité officielle.
Après sa mort, sa bibliothèque fut transportée au château de Sassenage, où ses livres restèrent jusqu’à leur vente.

Le mariage de Christine de Salvaing avait été la seconde alliance de la Maison de Salvaing avec celle de Sassenage : quatre cents ans auparavant, Hugues de Sassenage avait épousé, en secondes noces, Aymonette de Salvaing, fille de Hugues de Salvaing, seigneur de Boissieu, et nièce de Guiffrey de Salvaing, grand maître de l’Ordre des Templiers.
Devenu veuf, Charles-Louis-Alphonse de Sassenage épousa, le 3 mars 1669, Claude de La Motte, dont naquit Ismidon-René de Sassenage (1672-1730) et Gabriel-Alphonse de Sassenage († 1706), fait prisonnier à la bataille d’Höchstadt [Allemagne] le 13 août 1704. Ce dernier laissa, de Catherine-Ferdinande d’Hostun [Drôme], Marie-Françoise-Camille de Sassenage (1705-1786) pour unique héritière, qui fut mariée, le 9 juin 1718, à Charles-François de Sassenage (1694-1762), son cousin germain. Leur fille Marie-Françoise de Sassenage (1735-1786) épousa, en l’église Notre-Dame de Versailles [Yvelines], le 2 juillet 1755, Raymond-Pierre de Bérenger (1733-1806), fils de Pierre de Bérenger (1691-1751), comte de Charmes [Charmes-sur-l’Herbasse, Drôme] et de Le Gua [Isère], décédé à Champlay [Yonne], le 24 juillet 1751, et d’Antoinette-Françoise Boucher d’Orsay (1706-1753).

Autoportrait de Raymond-Ismidon-Marie de Bérenger
Coll. Château Sassenage
L’arrière-petit-fils de Raymond-Pierre de Bérenger, Raymond-Ismidon-Marie de Bérenger est né à Paris le 22 octobre 1811. Il n’avait pas deux ans lorsqu’il perdit son père, Gabriel de Bérenger (1786-1813), colonel d’un régiment, tué à la bataille de Dresde [Allemagne], le 14 août 1813, âgé de 27 ans. Il eut alors pour tuteur son aïeul paternel, Raymond-Charles-Ismidon de Bérenger (1762-1828), ancien major en second du régiment du maréchal de Turenne, héritier par sa mère du château de Sassenage, de ceux de Tallard [Hautes-Alpes] et de Lesdiguières [Le Glaizil, Hautes-Alpes], et du domaine du Mollard [Saint-Marcellin, Isère].
Elevé avec les princes d’Orléans, Raymond-Ismidon-Marie de Bérenger leur conserva de vives sympathies, au point de solliciter et d’obtenir, dans le but de se rendre utile à leur cause, d’être nommé député au corps législatif pour le collège de Saint-Marcellin, le 1er août 1846 ; il vota, le temps que dura cette courte législation de moins de dix-huit mois, avec la majorité ministérielle. Là se borna sa carrière politique.
Rentré, en 1848, dans la vie privée, il s’adonna à ses deux passions, l’horticulture et la photographie, et se livra au goût des livres. Il augmenta bientôt de beaucoup la bibliothèque du château de Sassenage, déjà riche en raretés bibliographiques et formée exclusivement d’ouvrages venus de Salvaing de Boissieu. Il collectionna à la fois des livres sur le Dauphiné et des livres dus à des Dauphinois. Il fit partie de l’Académie delphinale, de la Société de Statistique de l’Isère, de la Société des Bibliophiles de Paris et de celle des Bibliophiles dauphinois, dont il fut le président. On lui doit un recueil de Lettres inédites de l’abbé de Chaulieu (Paris, Comon, 1850, in-8).
Il forma aussi des collections d’estampes dauphinoises, d’autographes et de portraits dauphinois. Il apprit la photographie à Paris, auprès de Gustave Le Gray (1820-1884), photographe officiel de Napoléon III, fut membre de la Société française de photographie et reçut diverses médailles dans des concours.

Lucie de Bérenger, par Ernest Hébert (1817-1908)
Coll. Château Sassenage 
Raymond-Ismidon-Marie de Bérenger fut marié à Paris, le 12 avril 1853, avec Constance-Marie-Lucie du Bouexic de Guichen.  
Pendant la guerre de 1870, il ne voulut point quitter la capitale, où, durant le siège, il remplit ses devoirs de citoyen et de garde national ; c’est là qu’il aurait contracté le germe de la maladie qui devait l’emporter. Dans les derniers temps, il fut élu conseiller municipal à Sassenage. Il est décédé à Paris [VIIIe], 49 rue Jean Goujon, le 13 décembre 1875.


La vente de la bibliothèque du château de Sassenage eut lieu du lundi 13 au samedi 18 décembre 1897, à Grenoble, Salle des ventes, 15 rue de Bonne :

Catalogue d’une importante bibliothèque composée d’ouvrages anciens, rares et précieuxAncienne bibliothèque de D. de Salvaing de Boissieu, Conseiller du roi en tous ses Conseils, Premier président en la Chambre des Comptes de Dauphiné, 1600-1683 (Grenoble, Librairie dauphinoise, H. Falque et Félix Perrin, 1897, in-8, [5]-[1 bl.]-[11]-[1 bl.]-232-X-[16] p., avec 1 fig. et 9 pl. h.-t., 1.443 + 6 doubles [bis] = 1.449 lots), dont Théologie [121 lots = 8,35 %], Jurisprudence [144 lots = 9,93 %], Sciences et Arts [176 lots = 12,14 %], Belles-Lettres [260 lots = 17,94 %], Histoire [675 lots = 46,58 %], Mélanges [25 lots = 1,72 %], Supplément [48 lots = 3,31 %]. Le total a atteint environ 50.000 francs.

« Le noyau primitif de cette collection remonte, en effet, à Charles de Salvaing, père du célèbre premier président de la Chambre des comptes du Dauphiné, gentilhomme adonné à la profession des armes, mais qui, chose rare pour l’époque, consacrait ses loisirs à l’étude spéciale des auteurs grecs, dont il recherchait avec avidité les manuscrits et les éditions imprimées, encore très rares alors. L’on sait qu’il connaissait parfaitement la langue d’Homère, qu’il avait couvert d’annotations les marges d’un exemplaire d’Aristophane et avait même entrepris de traduire le poète Lycophron, encore incompris de nos jours. Sous de tels auspices, il n’est point surprenant que son fils se soit adonné aux choses de l’esprit et ait considérablement augmenté la collection de livres, qu’à la mort de son père, il trouva réunie dans le château de Vourey.
Amateur éclairé et bibliophile distingué, Denys de Salvaing de Boissieu eut occasion d’accroître sa bibliothèque d’ouvrages les plus rares provenant des collections de Jean de Bellièvre et d’Ennemond Rabot, l’un et l’autre premier président au Parlement de Grenoble, ainsi que de celles de Jean-Antoine Lescurre et de Claude Expilly, savants jurisconsultes dauphinois. Ses relations, d’autre part, avec les savants et les écrivains contemporains les plus renommés, son vaste savoir et sa profonde érudition qui en avaient fait l’arbitre du goût littéraire dans sa province, lui valurent de nombreux dons d’auteurs. Ces hommages, qui vinrent s’ajouter aux importantes acquisitions qu’une fortune de grand seigneur lui permettait, ne tardèrent pas à faire de sa bibliothèque la plus riche de la région.
En savant qui tient plus à la substance de l’ouvrage qu’à son enveloppe, le collectionneur se contenta de reliures assez modestes ; ses livres sont simplement reliés en veau fauve ou brun, ou encore en vélin blanc. Cependant son faible, bien connu, pour l’illustration de sa race s’affirma ici par l’apposition de ses prétentieuses armoiries sur les plats de ses livres, et par de somptueux ex libris de dimensions et de dessins variant suivant le format des volumes. »
(Catalogue, p. [9]-[10])     

Ex-libris
Photographie BnF
Le plus ancien des trois ex-libris [268 x 212 mm] de Denis de Salvaing est celui dit « au chevalier ». Cette planche a été gravée pour La Science héroïque, par Marc de Vulson de la Colombière. Le frontispice, les planches et les nombreux blasons de cet ouvrage ne sont pas signés ; mais il est dédié au marquis de Rosmadec, et à la fin du livre se trouve une Généalogie succinte de la Maison de Rosmadec, dont le titre est orné de son blason signé « I. Picart f. ». Il est donc probable que Jean Picart a gravé toutes les figures de La Science héroïque et par conséquent celle de l’ex-libris du président de Boissieu. 

In La Science héroïque, p. 440
Elle forme, page 440, le verso de celle du duc de Bourbon dans La Science héroïque, et a été tirée spécialement pour servir d’ex-libris au président de Boissieu.

« 78426. Ex-libris. Aymon de Salvaing, seigneur de Boissieu, surnommé le Chevalier-Hardy, 1505. Magnifique pièce héraldique gravée au XVIIe siècle, représentant Aymon de Salvaing à cheval, armé de pied en cap, brandissant son épée, avec l’aigle à deux têtes sur le cimier de son casque et sur sa cuirasse, ses armoiries sur un drap bordé de fleurs de lis pendant à la tête du cheval et sur une couverture tombante couvrant son corps ; une lance brisée à terre et un guidon fleurdelisé. Un des plus beaux ex-libris connus. In-fol. ; le cadre des filets de la gravure, non compris l’inscription gravée rapportée ci-dessus, mesure 249 millim. de hauteur sur 212 millim. de largeur. 50 fr.
Cet ex-libris remarquable provient de la bibliothèque de Salvaing de Boissieu, président au Parlement de Dauphiné, formée dès le commencement du XVIIe siècle et qui a été dispersée il y a quelques mois à Grenoble. Cette pièce de grand format n’a été collée que sur quelques volumes. Il n’en existe pas plus que 20 à 25 épreuves ; la plupart des volumes auxquels ce magnifique ex-libris a été ajouté ayant été acquis par des amateurs, sont entrés dans des collections locales, de sorte qu’on peut être certain que cette pièce sera toujours recherchée et conservera, outre sa valeur artistique, le mérite d’une rareté bien déterminée. » [sic]
(A. Claudin. Archives du bibliophile, janvier 1898, p. 58)

Nous nous trouvons donc en présence d’une pièce qui a servi comme ex-libris et qui n’avait pas été gravée pour cette destination.


Le deuxième ex-libris [85 x 77 mm] de Denis de Salvaing présente un écu portant « D’or à l’aigle éployée de sable, becquée, membrée et diadémée de gueules ; à la bordure d’azur, semée de fleurs de lis d’or ». Casque taré de front et lambrequins. Cimier : l’aigle éployée issante, chaque bec tenant une banderole, celle de dextre portant : A SALVAIN LE PLVS GORGIAS [hardi] ; celle de senestre : QVE NE FAIROIS IE POVR ELLE. Supports : deux aigles regardantes tenant chacune dans leur bec une bannière, celle de dextre aux armes de l’écu, celle de senestre « De gueules à la croix d’or » [Allinges, Haute-Savoie, origine prétendue des Salvaing]. Le tout posé sur un carrelage de quatre rangs de carreaux portant alternativement : d’argent à l’aigle éployée de sable, et d’azur à une fleur de lis d’argent. Cette gravure n’a pas été retrouvée dans les livres du président de Boissieu : sa qualité d’ex-libris peut donc être contestée.


Le troisième ex-libris [131 x 160 mm] de Denis de Salvaing reproduit à peu près les mêmes armes que le précédent : les lambrequins sont plus abondants ; la banderole de dextre porte A SALVAING LE PLVS GORGIAS ; les bannières sont toutes deux d’or à la croix de gueules ; les aigles reposent chacune sur un rocher isolé. Entre ces rochers et un peu au-dessous est la signature L. Spirinx [né à Anvers le 2 mars 1596].

« 78426 bis. Autre ex-libris de Salvaing de Boissieu pour le format in-4, totalement diff. du premier. Cartouche des armoiries de Salvaing soutenu par deux aigles, cimier ornementé. Au-dessus l’aigle à deux têtes, des serres desquels s’echappent des banderolles portant ces devises : Salvaing le plus gorgias. – Que ne fairois-je pour elle. Pièce en travers très finement gravée au XVIIe siècle par L. Spirinx. Hauteur : 125 millim. sur 158 de largeur. Cette pièce est peut-être plus rare encore que la précédente, car elle ne s’est rencontrée que sur douze à quinze volumes de la même bibliothèque, en partie recueillis par des amateurs locaux. 30 fr. » [sic]
(A. Claudin. Archives du bibliophile, janvier 1898, p. 58)




Le relieur de Denis de Salvaing utilisait trois fers à dorer à ses armes.

« Dans l’assistance qui a suivi les vacations avec un intérêt soutenu, on remarquait : MM. de Terrebasse, Couturier de Royas, de Bouffier, Lanthelme, bibliophiles dauphinois ; M. Baudrier, de Lyon ; M. Masson, d’Amiens ; M. Claudin, le savant libraire bibliographe, M. Edouard Rahir, chef actuel de la grande maison Morgand ; M. Robson, libraire de Londres ; M. Maignien, bibliothécaire de Grenoble ; M. Pilot de Thorey, attaché aux archives de l’Isère, à qui l’on doit la partie savante de la rédaction du catalogue. […]
Les livres, à part quelques rares exceptions, étaient tous dans leurs anciennes et primitives reliures. Ceux qui portaient frappées sur les plats les armes de Salvaing de Boissieu étaient relativement en petit nombre, une centaine environ. Malheureusement ces volumes étaient presque tous des ouvrages latins de peu d’intérêt. Il faut faire exception pour les généalogies, livres de prédilection de Denis Salvaing de Boissieu, qui étaient pour la plupart admirablement reliées en veau fauve, avec l’écusson doré de leur possesseur. Par une singulière anomalie, les prix obtenus pour ces beaux livres ont été des plus médiocres. Le grand ex-libris gravé, représentant un chevalier armé, sur un cheval carapaçonné, avec, au-dessous, cette légende :

AYMON  DE  SALVAING  SEIGNEVR  DE  BOISSIEV
Surnommé le cheuallier hardy, 1505

était encore plus rare que les reliures armoriées ; il s’est vendu couramment de 20 à 25 francs. »
(Léon Galle. « La Bibliothèque dauphinoise du château de Sassenage ». In Revue du Lyonnais. Lyon, Imprimerie Rougin-Musand, 1898, t. XXV, 5e série, p. 52-64)

Catalogue, pl. II
8. Les Exposicions des Euvangilles en romant. Chambéry, Anthoine Neyret, 1484, pet. in-fol. goth., 50 fig. sur bois, rel. anc. en velours vieil or. Premier livre imprimé à Chambéry avec date. 5.850 fr. à Rahir.


9. Le grant vita xpi translate de latin en francoys. [à la fin du tome 2 :] Cy finist le tresbel et prouffitable liure des meditations sur la vie de iesuchrist, prins sur les quatre euangelistes, Et compose par venerable père Ludoulphe, religieux de lordre des chartreux.  Paris, Anthoine Vérard, [v. 1500], 4 part. en 2 vol. in-fol. goth. à 2 col., fig., ais en bois couverts de v. gaufré, traces de fermoirs (Rel. anc. en mauvais état). 790 fr.

Catalogue, pl. III
15. Incipit Missale ad usum ecclesiæ cathedralis sci appolinaris Valentinensis. Manuscrit sur vélin du XVe, in-fol. goth. à 2 col., ais en bois couverts de v. gaufré, fermoirs (Rel. anc. en mauvais état). 1.200 fr.
71. Le Plan de la sacrée chambre de Jésus-Christ et de la Vierge, sa mère. Grenoble, A. Galle, 1669, in-12, v. br., dos orné. 21 fr.

Catalogue, pl. IV
200. [Decisiones Guidonis Papæ]. Cet ouvrage de Guy Pape n’a ni titre, ni faux titre. [à la fin :] Hoc opus decisionū excellentissimi parlemēti Jalph. fuit gracionopoli, per Stephanū foreti deo fauente ante ecclesiam sancte clare impressum et finitū die penultima mens’ aprilis. Anno dni MM° cccc lxxxx. Grenoble, 1490, pet. in-fol., vél. bl. Premier livre imprimé à Grenoble. Ex. de Claude Expilly. 1.775 fr. à Couturier de Royas.

Photographie BnF
244. Le songe du Vergier qui parle de la disputacion du clerc & du cheualier. Lyon, Jacques Maillet, 1491, pet. in-fol. goth. à 2 col., v. gaufré à compart. quadrillé (Rel. anc.). 280 fr.


Photographies BnF
307. Le Jeu des eschez moralise. Paris, Anthoine Vérart [sic], 1504, pet. in-fol. goth. à 2 col., 4 grandes fig. sur bois, v. gaufré (Rel. anc. en mauvais état). 1.060 fr.

Photographie BnF
437. L’Instruction du Roy en l’exercice de monter à cheval. Par Messire Antoine de Pluvinel. Grandes fig. par Crispian de Pas le Jeune. Paris, Michel Nivelle, 1625, in-fol., v. éc., fil., dos orn. 850 fr.

Catalogue, pl. V
444. Grammatica græca Constantini Lascaris. Mediolani [Milan], 1476, in-4, v. br. (Rel. anc. en mauvais état). Premier livre imprimé en grec. 1.049 fr. à Rahir.

Catalogue, pl. VI
492. Hesiodi Ascræi opera et dies. Venetiis, Barth. Zanetti Casterzagensis, 1537, in-4, texte encadré de fil., v. La Vallière, dos à nerfs plats à compartiments géométriques avec fleurons, tr. dor. (Rel. anc.).
534. Pontani opera. Venetiis, in aedibus Aldi, 1513, in-8, v. br., compart. avec filets, arabesques et fleurons or, tr. dor. Rel. pour Grolier. 1er plat détaché. Sur le second plat se lit « Grolierii et amicorum ». Au bas du titre se trouve un ex dono de Grolier à Laurent Rabot, conseiller au Parlement de Grenoble : « Jo. Grolerius copiarum gallicarum quaestor Laurentio Raboto D. D. » [cet exemplaire n’est pas celui de Le Roux de Lincy. Recherches sur Jean Grolier. Paris, L. Potier, 1866, p. 264, n° 250] 1.120 fr.


557. Les Vigilles de la mort du roi Charles Septiesme. Paris, Robert Bouchier, s. d. [v. 1505], in-fol. goth. à 2 col., fig. sur bois, bas. jaune (Rel. anc. en mauvais état). 321 fr.


559. Le Grand Tombeau du monde, ou jugement final. Lyon, Jean Pillehotte, 1606, in-8, mar. v. jans., dent. int., tr. dor. (Niedrée). 60 fr.


564. Recueil des œuvres poétiques du sieur David Rigaud. Lyon, Claude La Rivière, 1653, in-8, vél. bl. fatigué et mouillé. 52 fr.


582. La Pastorale de la constance de Philin et Margoton. Grenoble, Edouard Raban, 1635, in-4, cart. demi-vél. bl., court de marges. 120 fr.

Catalogue, pl. VII
605. Aristophanis comœdiæ novem. Florentiæ, per heredes Ph. Juntæ, 1525, gr. in-4, v. br., dos à nerfs plats, encadrements fleuronnés or. aux armes d’une famille inconnue, tr. dor. (Rel. anc.). 48 fr.

Photographie BnF
624. La tresioyeuse plaisante & recratiue hystoire composee par le loyal seruiteur des faiz gestes triumphes et prouesses du bon cheualier sans paour et sans reprouche le gentil seigneur de Bayart. Paris, Galliot du Pré, 1527, in-4 goth., mar. r., fil., fleurons, dos orn., tr. dor. (Bauzonnet). 1.040 fr.


629. La Plaisante, et Ioyeuse histoyre du grand Geant Gargantua. Valence, Claude La Ville, 1547, in-16, fig. sur bois. – Second livre de Pantagruel, roi des Dipsodes. Valence, Claude La Ville, 1547, in-16, fig. sur bois. – Tiers livre des faictz et dictz héroïques du noble Pantagruel. Valence, Claude La Ville, 1547, in-16, fig. sur bois. Trois part. en 1 vol., v. br., dos orn., tr. marb. 160 fr.


746. Histoire de l’antiquité et saincteté de la cité de Vienne. Vienne, Jean Poyet, 1623, in-8, vél. bl. 16 fr.
756. La Vie de saint Estienne, evesque de Dye, tirée de Surius et d’un manuscrit. Grenoble, J. Verdier, s. d. [1688], in-12, v. br., dos orn. (Rel. anc. fatiguée et mouillée). 182 fr.
788. Relation de cérémonies et apparat de l’eglise de S. Pierre, en la canonization de S. François de Sales, evesque de Genève. Paris, Léonard, 1665, in-4, br. 22 fr.



790. Les Vies de IV. des premières mères de l’ordre de la visitation Sainte Marie – Les Vies de VIII. vénérables veves religieuses de l’ordre de la visitation Sainte Marie. Annessy, Jacques Clerc, 1659, 4 vol. in-4, vél. bl. 48 fr.


794. La Vie de Messire Jean Antoine Le Vachet. Paris, Antoine Vuarin, 1692, in-12, portr., mar. r., dos orn., fil., compart. et fleur. dorés, tr. dor. 80 fr.
816. La Vie de Marguerite de Bourgogne, femme de Guy VIII, comte dauphin, fondatrice du monastère des Hayes. Grenoble, A. Galle, 1670, pet. in-4, v. marb., dos orn. Mouill. 86 fr.



862. Lucan suetoine & saluste en frāçoys. Paris, Anthoine Vérard, 1500, in-fol. goth. à 2 col., 2 fig. sur bois, ais en bois recouverts de v. br. 651 fr.

Catalogue, pl. IX


867. Herodiani histor. lib. VIII. Lyon, Veuve Ant. de Harsy, 1611, in-8, mar. br., dos orn., dent., fleur., rosaces et éventails (Rel. anc.). Aux armes du cardinal Melchior de Polignac, abbé d’Auchai.

904. Le premier [second, tiers] volume de enguerran de monstrellet. Ensuyuant froissart nagueres imprime a paris des cronicques de France. Paris, Anthoine Vérard, [v. 1500], 3 tomes en 2 vol. in-fol. goth. à 2 col., ais en bois recouverts de v. gaufrés, traces de fermoir (Rel. anc.). 421 fr.


1.013. Histoire de Bresse et de Bugey. Lyon, Jean Antoine Huguetan & Marc Ant. Ravaud, 1650, 4 part. en 1 vol. in-fol., fig., v. f. aux armes de Salvaing de Boissieu. 328 fr.
1.061. Discours mémorable de la prise du chasteau d’Allières. Lyon, B. Rigaud, 1577, pet. in-8, cart. 162 fr.

Photographie Université de Liège
1.277. Boccace des nobles maleureux. Imprime nouuellement a paris. [à la fin :] Cy finist le neufuiesme & dernier liure de Jehan boccace des nobles hōmes et fēmes infortunez translate de latī en frācois. Paris, āthoine verad [sic], 1494, gr. in-fol. goth. à 2 col., ais en bois couverts de v. gaufré, traces de fermoirs (Rel. anc. en mauvais état). 740 fr. à Rahir.

Photographie BnF
1.278. Le liure de Iehan bocasse de la louenge et vertu des nobles et cleres dames trāslate & īprime nouuellemēt a paris. Paris, Anthoine Vérard, 1493, in-fol. goth., 80 fig. sur bois, v. gauf. (Rel. anc. en mauvais état). 1.103 fr. à Rahir.


1.308. Histoire de Humbert II. dauphin de Viennois. Grenoble, J. Verdier, s. d. [1688], in-12, v. br., dos orn. (Rel. anc. en mauvais état). 100 fr.


1.321. Discovrs de la vie et faits héroiqves de Monsievr de la Vallette Admiral de France, Gouuerneur & Lieutenant general pour le Roy en ProUence. Metz, Domenge Brecquin, 1624, in-4, v. marb., dos orn. Aux armes de H. J. N. de Caumont, duc de La Force, avec chiffre du même sur le dos. 80 fr.

Lucie du Bouexic de Guichen mourut à Paris [VIIIe], le 6 décembre 1894. Son fils, Raymond-Pierre-Ismidon de Sassenage (1872-1945), dernier marquis de Sassenage, épousa à Paris [XVIIe], le 26 juin 1922, Pierrette-Élisa Baudin (1894-1971) qui, n’ayant pas eu d’enfant, légua le domaine à la Fondation de France.



vendredi 27 mars 2020

Le Baron Taylor (1789-1879), passionné de bienfaisance



Baron Justin Taylor
Cimetière du Père-Lachaise
D’une famille d’origine irlandaise, établie en Flandre depuis le XIVe siècle, Isidore-Justin-Séverin Taylor est né à Bruxelles [Belgique], le 5 août 1789, de Hélie Taylor (1762-1830), naturalisé français et professeur à l’Université de Leyde [Pays-Bas], et de Marie-Jacqueline-Antoinette Walwein (1759-1833) ; il fut baptisé en la cathédrale Saints-Michel-et-Gudule.


Justin Taylor débuta ses études à Paris, dans un pensionnat du quartier de Belleville [XXe], dirigé par Sané puis par Jacob. Porté vers les arts, il entra, après une brève rencontre avec le peintre Joseph-Benoît Suvée (1743-1807), dans l’atelier d’Ignace Degotti (1759-1824), décorateur de l’Opéra. Artiste de cœur et voyageur de tempérament, Justin Taylor entreprit dès 1810 l’exploration artistique de la Bretagne, puis en 1812, de la Flandre, de l’Allemagne et de l’Italie.

Justin Taylor, vers 1810
par Jean Alaux (1786-1864)
 De retour en France en 1814, Justin Taylor fit partie des volontaires de la Garde nationale et se distingua, le 30 mars, à la défense de Paris, ce qui lui valut le grade de sous-lieutenant. Le 16 juin 1814, il entra dans les gardes du corps de la Compagnie de Wagram [artillerie] et fut nommé lieutenant le 16 juin 1815 ; il était aide de camp du général comte d’Orsay. Le 18 septembre 1816, il passa lieutenant de cavalerie. Le 20 janvier 1819, il devint lieutenant au corps royal d’état-major, par suite de concours, et, le 14 septembre de la même année, il fut nommé à l’état-major du général marquis de Lauriston. Chevalier de la Légion d’honneur en 1822. 

Bataille du Trocadéro, le 31 août 1823
Le 15 avril 1823, il fut attaché à l’état-major général de l’armée d’Espagne ; au retour, il quitta l’armée avec le grade de chef d’escadron, rapportant son manteau de soldat, dans lequel il manifesta le désir d’être enseveli.
Pendant cette époque, il voyagea en Allemagne, en Hollande et en Angleterre, et fournit au théâtre du Panorama-Dramatique, 40 boulevard du Temple [XIe], des pièces de théâtre qu’il composa avec quelque succès.
     
En récompense de ses services dans l’armée, Charles X le nomma baron le 28 mai 1825, à la veille de son sacre. 

Première d'Hernani, par Albert Besnard (1849-1934)
Hauteville House, Guernesey, Royaume-Uni
Le 9 juillet suivant, il fut nommé commissaire royal à la Comédie française, fonction qu’il occupa jusqu’en 1838 ; il fit représenter Hernani de Victor Hugo, le 25 février 1830, et remit Le Mariage de Figaro de Beaumarchais au répertoire. Il habitait alors 46 rue de Bondy [Xe, détruit en 1850 ; rue René Boulanger depuis 1944].

Belle Kreilssamner
Cahiers Alexandre Dumas, N°24, 1997
 Le baron Taylor eut une liaison avec Belle Kreilssamner, née à Lyon [Rhône, Division du Midi], le 15 ventôse An VIII [6 mars 1800] : elle accoucha, le 12 février 1828, à Toulouse [Haute-Garonne], dans la maison du Docteur Laniès, d’une fille, Mélanie-Adèle Kreilssamner, qui fut transportée au « tour des enfants trouvés » de l’Hôtel-Dieu Saint-Jacques. Le baron Taylor fit débuter Belle Kreilssamner à la Comédie française le 15 juillet 1828, sous le nom de « Mélanie Serre ». En 1830, recrutée par un théâtre de Versailles [Yvelines], elle devint la maîtresse d’Alexandre Dumas (1802-1870).

Ce fut en 1830 que le baron Taylor fut envoyé en Égypte, pour traiter de l’acquisition de l’un des deux obélisques du temple de Louxor : 

Erection de l'obélisque de Louxor, par François Dubois (1790-1871)
 Musée Carnavalet
rapporté par bateau spécialement construit à cette fin, il fut érigé, le 25 octobre 1836, au centre de la place de la Concorde, à Paris [VIIIe]. Officier de la Légion d’honneur en 1834.

En 1835, il fut chargé d’aller en Espagne afin de réunir une collection de tableaux représentatifs de l’art espagnol : 

El Greco : Le Christ en croix adoré par deux donateurs
la « Galerie espagnole », qui comprenait 505 tableaux, 11 gravures et 2 dessins, fut ouverte au Palais du Louvre le 7 janvier 1838 ; le baron Taylor avait fait aussi l’acquisition de sculptures, moulages et plâtres (126 articles), de meubles, poteries et verreries (961 articles).
Commandeur de la Légion d’honneur en 1837. Le 17 octobre 1838, le baron Taylor fut nommé Inspecteur général des Beaux-Arts.

Photographie BnF
En 1841, il fut chargé d’aller chercher en Angleterre les livres et les tableaux légués par Lord Franck Hall Standish (1799-1840) au roi Louis-Philippe : d’abord déposés au Louvre, ils furent réclamés comme propriété privée après 1848 ; les livres passèrent au duc d’Aumale.
Dans l’intérêt de ses travaux, le baron Taylor reprit de temps en temps ses excursions en Italie, en Grèce, en Turquie, en Asie Mineure, en Syrie, en Égypte et sur les côtes d’Afrique.

Lettre de remerciements adressée au comte de Nieuwerkerke, sénateur et surintendant des Beaux-Arts
 Il attacha son nom à la création de cinq sociétés de secours mutuels destinées à soutenir les gens de lettres et les artistes : Association des Artistes dramatiques (1840), Association des Artistes musiciens (1843), Association des Artistes peintres, sculpteurs, architectes, graveurs et dessinateurs (1844) – aujourd’hui dénommée « Fondation Taylor », 1 rue La Bruyère [IXe] -, Association des Inventeurs et Artistes industriels (1849) et Association des Membres de l’enseignement (1858).
De même, à son initiative, le Suprême Conseil de France présida, le 27 décembre 1842, à la formation d’une Association des Maçons Écossais, dans le but de créer et de constituer un capital dont les intérêts seraient employés à soulager des maçons malheureux.

Le 6 mars 1847, le baron Taylor fut élu membre libre de l’Académie des Beaux-Arts, à la place laissée vacante par le décès du comte Charles de Clarac (1777-1847), archéologue.

Le baron Taylor n’a jamais été riche. Il dépensait tout ce qu’il avait en livres. Son secrétaire et bibliothécaire fut Joseph Goizet, qui avait rédigé la Table générale du catalogue de la bibliothèque dramatique de M. de Soleinne (Paris, Alliance des arts, 1845). 


En 1848, quand le changement de gouvernement lui enleva en un seul jour toutes ses pensions, il fut forcé de vendre une partie de sa bibliothèque, du mardi 17 octobre au mercredi 15 novembre 1848, en 26 vacations, 4 rue de la Bibliothèque du Louvre : Catalogue de livres rares et précieux composant la première partie de la bibliothèque de M. J. Taylor (Paris, J. Techener, 1848, in-8, XII-511-[1] p., 2.636 + 10 doubles [bis] = 2.646 lots), dont Théologie [197 lots = 7,44 %], Jurisprudence [45 lots = 1,70 %], Sciences et Arts [438 lots = 16,55 %], Belles-Lettres [968 lots = 36,58 %], Histoire [998 lots = 37,71 %].

« D’abord nous parcourrons, à grandes enjambées, la Théologie. Elle ne nous offrira, à vrai dire, qu’un nombre infiniment restreint d’articles dignes d’intérêt. Le premier de ceux qui doivent nous arrêter dans notre course rapide est un volume très remarquable, composé de 77 sujets tirés de la Bible et gravés sur bois par Hans Sebald, le vieux Nurembergeois ; il est richement relié par Duru, et a été vendu 43 fr. 50 c. 


Le titre de cet ouvrage gothique, qui ne porte pas de date, est celui-ci : “ Biblische historien figürlich fürbildet Durch den wolberun meten Sebald Behem. Francoforti, Christ. Egenolphus excudebat. ” Accordons également quelque attention à une pièce excessivement rare, composée de 8 feuillets imprimés seulement au recto et en caractères gothiques ; c’est une des premières éditions du “ PATER (sans lieu ni date, in-8. mar. r.. Duru) ” ; elle a été adjugée à 35 fr. Voici deux livres d’Heures sur peau de vélin ; le premier : “ Horæ intemeratæ Virginis Mariæ, secundum usum Romanum ...”, fut achevé d’imprimer le XVIe jour de septembre l’an mil cccc. iiii xx et xix (in-8., anc. rel.) ; il n’a pas été abandonné au dessous de 110 fr. Moins heureux, le second, à l’usage de Rouan, 1502, n’a point dépassé 40 fr. 50 c. ; il est vrai que ce dernier volume se trouvoit incomplet de quelques feuillets. Un exemplaire, différent de celui vendu à la vente d’Aimé Martin, d’un manuscrit autographe de madame de Maintenon, non moins précieux par le nom de l’auteur que par la main qui nous l’a conservé : “ Instruction générale ” (composée par Bourdaloue, pour l’illustre veuve du poète Scarron, in-18. de 56 pages, mar. r. fil tr. d.), a été payé 44 fr. par M. Grangier de la Marinière, qui a de même voulu donner 40 fr. 50 c. des “ Pensées de Simon Morin (avec ses cantiques et ses quatrains) ; 1647, in-8. mar. r. ” Pendant que nous en sommes à cette infortunée victime de l’intolérance religieuse, disons, en quelques mots, qu’un recueil de 5 pièces relatives à son procès et à son exécution faisoit partie de la bibliothèque de M. Taylor : ces curieux documens ont été adjugés à 50 fr.
Notre attention s’arrêtera, à cette heure, sur un petit vol. in-8. des plus rares, orné de charmantes figures en bois, et, en outre, fort joliment relié par Duru ; il porte pour titre : “ Sanctorum et martyrum Christi icones artificiosissimæ. Franc., apud hæredes Chr. Egen, 1558 ”, et s’est vendu 60 fr. Nous pensons qu’il convient de clore cette liste, trop succincte peut-être, des principales adjudications de la classe de Théologie, en mentionnant un bel ouvrage, laissé pour 95 fr. à M. D***, de Rouen : il provenoit de la bibliothèque de Pixérécourt [sic], et est intitulé : “ Les Vies des SS. Pères et des SS. Solitaires d’Orient et d’Occident. Anvers (Amsterdam, P. Brunel), 1714, 4 vol. in-8., papier de Holl., fig. mar. v., Padeloup. ”
La Jurisprudence ne nous présentera rien d’important. Esprit facile, et homme de goût avant tout, M. Taylor aime surtout ce qui a rapport aux arts, aux belles-lettres, qu’en des temps heureux il sut protéger et cultiver en grand seigneur : des études graves et arides, il ne prit, en revanche, jamais grand souci.
La première division des Sciences et Arts étoit également peu nombreuse chez lui. Quand nous aurons cité : “ Le livre intitulé Sydrach le grant philosophe, fontaine de toute science : contenant mille nonante et quattre demandes, et les solutions dicelles (On les vent chez Raulin Gaultier demourant à Rouen … in-4. goth., mar. bleu, Duru) ”, obtenu pour 41 fr. 50 c., par M. Boranni ; “ l’Essai sur la physiognomonie, destiné à faire connaître l’homme et à le faire aimer, par Jean- Gaspard Lavater ; La Haye, I. Van Kieef, 1781-1803, 4 vol. gr. in-4., fig., cuir de Russie, vendu 59 fr. ” ; 


“ La génération de l’homme, ou tableau de l’amour conjugal dans l’état du mariage, par Nic. Venette ; Londres (Paris), 1751, 2 vol. in-12., gr. pap., fig., mar. rouge, Padeloup ”, acquis par M. Potier pour 59 fr. ; et, enfin, un excellent traité espagnol, sur l’art culinaire : Libro de cozina, copuesto por maestro Ruberto de Nola ”, Toledo, Ramo de Petras, 1525, in-4. goth., abandonné à 55 fr., nous n’aurons pas d’omissions graves à nous reprocher, et il ne nous restera plus guère qu’à passer en revue les livres à gravures relatifs à l’histoire de l’Art : c’est, sans aucun doute, une des divisions les plus importantes du catalogue qui nous occupe ; elle est abondante en ouvrages de prix, et commandera, durant un temps assez long, notre attention tout entière.
Nous y remarquerons donc d’abord : “ l’Histoire de l’art par les monumens, depuis sa décadence au IVe siècle, jusqu’à son renouvellement au XVIe, par J. B. L. G. Seroux d’Agincourt ; Paris, Treuttel et Wurtz, 1823 (3 vol. de texte et 3 vol. de planches in-fol.) ”, abandonné à 151 fr. 


Un travail du même genre succédera immédiatement à celui d’Agincourt : ce sont les “ Monumens françois inédits, pour servir à l’histoire des arts depuis le VIe siècle jusqu’au commencement du XVIIe …, dessinés, gravés et coloriés d’après les originaux, par N. X. Willemin, classés chronologiquement et accompagnés d’un texte historique et descriptif, par André Pottier. Paris, Madame Willemin, 1839. ” Ces deux derniers volumes in-folio, ornés de nombreuses figures, ont été adjugés à 210 fr. La collection d’ouvrages sur les Antiquités et l’Architecture, de Piranesi. (Rome et Paris, 1756 à 1807, 31 tomes en 29 vol. in-fol.), immense encyclopédie artistique, a trouvé amateur à 565 fr. Différentes galeries de peinture se rencontreront actuellement : celle du Musée Napoléon, publiée en 10 vol. in-8. par Filhol, de 1804 à 1815, nous a été abandonnée pour 151 fr. Le même nombre de volumes, destinés, cette fois, à la reproduction des chefs-d’œuvre que contient la collection de peintures de Florence, n’a point dépassé 90 fr. ; ce remarquable recueil, acquis par la bibliothèque d’Aix, est intitulé : “ Reale Galleria di Firenze illustrata ; Firenze, Giuseppe Mollini et comp., 1817-24. Voici également une curieuse description d’un célèbre monument d’Italie : “ Il Vaticano descritto ed illustrato da Erasmo Pistolesi, con disegni a contorni diretti dal pittore Camillo Guerra ; Roma, tipografia della Società editrice, 1829, in-fol. ” Ce recueil est monté à 179 fr., bien que les six dernières livraisons manquassent à l’exemplaire.
Nous rencontrerons maintenant quelques échantillons de ces splendides publications que nos opulens voisins d’outre-mer éditent avec un luxe auquel on ne sauroit guère atteindre chez nous. Il convient de faire un choix parmi ces somptueux volumes.


Le premier, “ An inquiry into the origin and early history of engraving upon copper and in wood : with in account of engravers and their works from the invention of chalcography by Maso Finiguerra to the time of Marc Antonio Raimondi, by Wiliam Young Ottley. London, J. A. Arch, 1816, 2 vol. gr. in-4. pap. vél. planch. et fig. sur papier de Chine ”, s’est vendu 80 fr.
Le deuxième, “ Examples of gothic architecture selected from various ancient edifices in Engand, by A. Pugin ; London, Bohn, 1838, 3 vol. in-4. ”, s’est arrêté à 41 fr.
Le troisième, “ Plans, elevations, sections and details of the Alhambra ; London, 1842, 2 vol. in-fol. ”, a facilement atteint 168 fr.
Le quatrième, “ Portraits of illustrious personages of Great Britain, engraved from authentic pictures in the galleries of the nobility, and the public collections of the country, with biographical and historical memoirs of their lives and actions, by Edmund Lodge ; London, Harding, 1823-1826, 5 vol. gr. in-4. fig. sur papier de Chine ”, a été adjugé à 70 fr.
Le cinquième, “ The coronation of his most sacred Majesty king George the fourth, solemnized in the collegiate Church of Saint-Peter, Westminster, London, H. G. Bohn, 1837, gr. in-fol. avec planch. color. et vign. en bois ”, n’a pas été abandonné à moins de 150 fr., à M. Alfr. Chenest.
Nous ne saurions omettre ici un précieux livre, que rien ne peut remplacer pour l’étude de l’architecture du XVIe siècle : “ Architectura. De constitutione, simmetria ac proportione quinque columnarum ac omnis inde promanantis structuræ artificiosæ … constructa a Wendelino Dietterlin, pictore argentinensi, Norimbergæ, 1598, in-fol. fig. ” Il s’est vendu 79 fr. Le grand ouvrage de du Cerceau : “ Le premier (et le second) volume des plus excellents bastiments de France, par Iacques Androuet du Cerceau, architecte ; Paris, pour ledit Iacques Androuet du Cerceau, 1576, 2 tomes en 1 vol. in-fol. v. f. fil. compartim. coins fleurdelisés, anc. rel. ”, a été payé 129 francs. Un second recueil de la même nature : “ Veues, plans et profils des maisons royales et autres édifices considérables de Paris, in-fol. ”, s’est arrêté à 92 fr. Un ouvrage moderne, célèbre en Allemagne : “ L’histoire et description de la cathédrale de Cologne, accompagnée de recherches sur l’architecture des anciennes cathédrales, par Sulpice Boisserée ; Stuttgard, Cotta, 1823, 2 vol. in-fol. ”, n’a pu dépasser 109 fr., bien que le prix en eût été, pour les souscripteurs, de 700 fr. Enfin, un autre livre allemand, orné de gravures faites d’après de précieux dessins de Hans Burghmair : “ Le triomphe de Maximilien I ; Vienne, Mathias André Shmidt, et Londres, J. Edwards, 1796, in-fol. obl. cart. ”, a été laissé à 74 fr.
Nous touchons à la curieuse série des costumes du XVIIIe siècle. Le premier des recueils que nous aurons à citer contient “ Les costumes en vogue sous les règnes de Louis XV et de Louis XVI ; Paris, Basset, Esnauts et Rapilly, S. D. ” Ils sont, en très grande partie, dessinés par Leclere ou C. L. Desrais, et gravés par Dupin, Gaillard, Patas, Voysard, Baquoy, Pélissier, et forment, en tout, 254 planches. Ces deux volumes ont atteint le prix de 50 fr. Un recueil beaucoup plus important, dû, cette fois, à Bonnard (4 vol. in-fol., mar. r.), a été payé 328 fr. par M. J. Pichon. Il est vrai de dire que cette collection, des plus importantes, est, en outre, remarquable par la quantité de planches qu’elle renferme ; elle n’en compte pas moins de 820. Elle se compose comme il suit : 1° Messieurs à la mode, 208 pl. ; - 2° Mesdames à la mode, 315 pl. ; - 3° Hommes illustres, 185 pl. ; - 4° Costumes divers du siècle de Louis XIV, 172 pl. Une seconde galerie (aussi in-fol.) de modes du grand siècle, publiée par Mariette, et faisant suite à celle de Bonnard, s’est vendue 51 fr. On rencontre 57 portraits dans ce recueil, qui se compose de 99 pl., et qui est, à juste titre, de tous les livres de ce genre, le plus rare et le plus recherché.


Nous citerons actuellement un volume plus ancien, et non moins précieux, que ceux qui nous occupoit tout à l’heure : “ Icones principum, virorum doctorum, pictorum, chalcographorum, statuariorum necnon amatorum pictoriæ artis, numero centum, ab Antonio Van Dyck, pictore, ad vivum expressæ ejusque sumptibus aeri incisæ. Antverpiæ, Gillis Hendricx, S. D. (4636) [i.e. 1646], in-fol. ” M. Brunet dit que cette suite, due au pinceau du peintre de Charles Ier, est habituellement composée de 121 pièces, y compris le frontispice ; il cite, comme l’exemplaire le plus complet qu’il ait rencontré, un recueil qui alloit jusqu’à 130 planches. Plus riche que ses rivaux, l’exemplaire de M. Taylor atteignoit le chiffre de 160 ; aussi a-t-il été porté à 140 fr. par M. Potier. 


“ Les vrais portraits de quelques unes des plus grandes dames de la chrestienté déguisées en bergères (Amsterdam, Joost Broersz, 1640, 4 parties en 1 vol. in-4.) ”, vendus 39 fr. seulement, précèdent ici un “ Recueil de portraits des rois, princes et seigneurs françois et étrangers, gravés par Baltazar Moncornet (Paris, B. Moncornet, 1652, in-4. vél.), abandonné à 37 fr. Voici un précieux volume contenant 466 gravures sorties du burin des plus célèbres artistes flamands, Rembrand, Goltzius, de Bruyn, etc. Il porte ce titre : “ Emblemata sacra et precipuis utiusque Testamenti historiis concinnata (Amsterdam, Tymen, Houthaak, 1654, in-fol. oblong) ”, et s’est vendu 40 fr. M. Delion a obtenu, pour 43 fr. 50 “ La danse des morts (S. L. N. D. in-4. mar. noir, Duru) ”. Un ouvrage, d’un tout autre genre, représentant, en 35 planches “ La vie de Tiel Wlespiegel ”, le Villon de l’Allemagne, et contenant, en outre, treize autres compositions enjouées, du caractère le plus original, enfantées de même par J. Lagniet, et imprimées également à Troyes, chez N. Oudot, en 1657-1663, a été obtenu pour 32 fr. par M. Potier.
Parmi les Voyages et Vues pittoresques, nous signalerons : “ Les souvenirs du golfe de Naples, recueillis en 1808, 1818 et 1824, par le comte Turpin de Crissé ; Paris, Chaillon Potrelle, 1828, in-fol.), ” vendus 36 fr. ; “ l’Expédition scientifique de Morée, section des sciences physiques, sous la direction de M. Bory de Saint-Vincent ; Paris et Strasbourg, Levrault, 1832-1836 (4 vol. de texte, formant 3 t. gr. in-4. et 1 vol. d’atlas in-fol.), vendue 126 fr. ; 


un second ouvrage, plus important encore, et traitant de ces mêmes contrées : “ l'Expédition scientifique de Morée, ordonnée par le gouvernement français ; architecture, sculpture, inscriptions et vue du Péloponèse, des Cyclades et de l’Attique, mesurées, dessinées, recueillies et publiées par Abel Blouet ; Paris, Firmin Didot, 1831-1839 (3 vol. grand in-fol.), adjugé à 202 fr. ; enfin, “ le Voyage de l’Arabie Pétrée, par Léon de Laborde et Linant ; Paris, Giard, 1830 (in-fol. maximo), abandonné à 100 fr. La bibliothèque si variée de M. Taylor possédoit quelques collections d’œuvres de maîtres. Nous avons, par exemple, obtenu pour 54 fr. “ The works of William Hogarth, from the original plates, restoreb by James Heath ; London, 1822 (in-fol.), 83 planches d’études dessinées et gravées d’après nature, à l’eau-forte, par Eugène Blery ”, le digne continuateur de Boissieu, ont été achetées 130 fr.
En fait de Musique et de Chasse, nos citations seront très bornées : quand nous aurons indiqué un volume intitulé : 


“ Practica musicæ Franchini Gafori Laudensis … (In fine) : Impressa Mediolani opera et impensa Joannis Petri de Lomatio, per Guillermum Signerre, Rothomagensem, anno 1496, septembris (in-fol.) ”, vendu 40 fr., 


et le précieux traité de Geffori : “ Franchini Gafurii Laudensis, regii musici publice profitentis delubrique mediolanensis phonasci, de harmonia musicorum instrumentorum opus … Impressum Mediolani per Gotardum Pontanum calcographum, die  XXVII novembris 1518 ”, adjugé à 35 fr., il ne nous restera que deux articles à enregistrer ; le premier : “ Le livre du Faulcon, Imprimé à Paris par le Petit Laurens, en la rue Saint-Jacques près Saint-Yves, S. D. (in-4.), nous est resté pour 61 fr. ; 


le second : “ Les ruses innocentes, dans lesquelles se voit  comment on prend les oiseaux passagers … Amsterdam : Pierre Brumel, 1695 (in-8. mar. r., exemplaire de Nodier) ”, a été payé 28 fr. par M. de Montesson.
La classe des Belles-Lettres est, de bien loin, la plus riche et la plus intéressante des différentes divisions de la bibliothèque de M. Taylor. Parmi les nombreux volumes qui la composent, nous choisirons, suivant notre habitude, les articles les plus dignes de l’attention de nos lecteurs.
Nous y trouverons d’abord un “ Mémoire sur la langue celtique ; Besançon, Cl. Jos. Dactin, 1754 (3 vol. in-fol. v. marb. armoiries) ”, porté à 44 fr., et un livre rare imprimé à Caen, en 1554, chez Martin et Pierre Philippe, intitulé : “ La manière de tourner en langue françoyse les verbes … In-8.”, donné pour 35 fr. Mentionnons encore, avant d’aborder la poésie, un volume de toute rareté qui figura chez M. Nodier : “ Toutos las obros d’Augie Gailliard, Rondié de Rabastens en Albigez. Paris, Simon Ribardière, 1583 (pet. in-8. mar. bleu a la Rose, Bauzonnet). Il a été vendu 56 fr 50 c.
Parmi les poésies françoises, nous remarquerons les “ Ballades du bruyt commun sur les aliances des roys, des princes et provinces, avec le tremblement de Venise, par Andry de la Vigne (S. L. N. D., in-4., goth.). ” Ce même exemplaire, qui figura chez Héber, et fut payé 62 fr. à la dernière vente de M. Nodier, n’a point dépassé ici 35 fr. Une autre facétie rarissime a été donnée pour 28 fr. : “ C’est la grande et vraye pronostication générale pour quatre cens quatre-vingt-dix-neuf ans ; Paris, Nicolas Barbou, 1542, pet. in-12. goth. ” (elle fait actuellement partie du cabinet de livres précieux de M. Alfr. Chenest). M. de Lacarelle a obtenu, pour 127 fr., l’un des plus précieux volumes qui aient décoré le cabinet de M. Nodier : “ Le séiour d’honneur, composé par Octavien de Sainct Gelaiz … Imprimé à Paris pour Anthoyne Verard, le XXX aoust mil CCCCC et XIX, pet. in-4. goth. ”, splendidement revêtu, par Thouvenin, d’une de ces riches reliures qui rappellent si heureusement les couvertures du trésorier Grollier, et que les amateurs nomment communément à  la fanfare. Un poème de Gringore, en assez médiocre condition : “ Les menus propos de mère Sotte, Paris, Phelippe le Noir, S. D ”, nous est resté pour 40 fr., et un “ Romant de la Rose, imprimé à Paris, S. D., et portant les marques d’Anthoyne Verard et de Jehan Petit, a été laissé pour 35 fr. ; cette édition étoit, jusqu’ici, restée inconnue. “ Le messager d’amours (par Pilvelin), pet. in-4., goth., mar. rouge (Bauzonnet) ”, a été adjugé à 66 fr. ; “ Les lunettes des princes, par noble hôme Iehan  Meschinot, Paris, Galliot du Pré, 1528, pet. in-8., mar. noir (Bauzonnet-Trautz) ”, n’ont point dépassé 60 fr. ; et un exemplaire qui, à la vérité, laissoit à désirer, de la “ Grant dyablerie qui traicte côment Sathan fait demonstrance a Lucifer de tous les maulx que les mondains font selon leurs estatz ; Paris, en l’enseigne de l’Escu de France, S. D., pet. in-4. goth. à 2 col. ”, s’est arrêteé à 32 fr. 


Exemplaire de Charles Nodier
Librairie Camille Sourget
M. Taylor possédoit “ Le recueil Jehan Marot de Caen ; Paris, Anthoine Bonnemere, 1538 (pet. in-8 mar. rouge, Kœhler). ” C’étoit l’exemplaire de Ch. Nodier ; il a été laissé à 22 fr. 50 [à Robert Samuel Turner (1818-1887)], tandis que le numéro suivant, provenant de la même collection : “ L’adolescence Clémentine, autrement les Œuvres de C. Marot, Acheve d’imprimer Lan M.D.XXXII. pour Pierre Roffet, par Maistre Geofroy Tory, de Bourges (in-8. mar. rouge, Bauzonnet) ”, a été payé 161 fr. par M. de Clinchamp. Un second Marot, moins précieux, il est vrai, que celui-ci, mais cependant fort rare encore, et d’une belle conservation, est arrivé à 80 fr. ; il étoit de l’édition d’Anvers, Jehan Steels, 1539, in-8. (n° 355 du catalogue Nodier). “ Sensuit leschelle d’amour divine, coposée par frère Jehan Salvaige (Paris, S. D., pet. in-8. goth., mar. bleu Duru), ” tel est le titre d’un livret vendu 39 fr.
Nous ne devons pas oublier non plus, dans notre revue sommaire : “ Les cantiques du premier advenement de Iesu-Christ, par le conte d’Alsinois. Paris, veuve Maurice de La Porte, 1553, pet. in-8. mar. rouge. ” Ce magnifique exemplaire d’un recueil de Noels très piquants a fait partie de la collection de Ch. Nodier. Nous l’avons obtenu pour 51 fr. “ La louenge des femmes, invention extraite du commentaire de Pantagruel sus l’Androgyne de Platon, s. n. de v. ni d’imp., 1551, in-8. ”, petit volume très joli et imprimé à Lyon, s’est vendu 19 fr. 50. […]
Sous nos yeux se rencontre un bel exemplaire des “ Œuvres poétiques de Pontus de Tyard ; Paris, Galliot du Pré, 1575, in-4. ” ; il a été adjugé à M. Potier, pour 38 fr. 50. 


Exemplaire de Charles Nodier
Voici “ la Puce de Madame Des Roches (poëmes grecs, latins et françois, composez à Poictiers l’an M. D. LXXIX) ; Paris, Abel l’Angelier, 1582, in-4. mar. vert (Thouvenin). ” Ce magnifique recueil (n° 429 du catalogue de Ch. Nodier) a été adjugé à 53 fr. 50. Nous rencontrerons maintenant un fort bel exemplaire, sur peau vélin, de “ la Pucelle d’Orléans ”, 1786, 2 vol. grand in-8. mar. bleu ; vendu 96 fr. à M. J. Niel. La reliure de ce volume est un des plus jolis ouvrages de Bozérian ; les deux portraits, aussi sur vélin, représentent Voltaire à 45 et à 70 ans. Ce dernier poëme nous conduit tout naturellement aux poésies satyriques et gaillardes. Citons, en passant rapidement en revue cette classe de livres avidement recherchés : “ Le Parnasse satyrique du sieur Théophile, S. L. (Hollande, Elzevir), 1660, pet. in-12. mar. rouge (Thouvenin) ”, parvenu à 62 fr. 50 (cet exemplaire étoit celui de Pixérécourt) ; “ La petite varlope, en vers burlesques ; A Châlon, chez Antoine Delespinasse, S. D., pet. in-12., mar. vert (Kœhler) ”, vendue 50 fr. ; “ L’espadon satyrique, par le sieur d’Esternod ; Rouen, David Ferrand, 1624, in-12. mar. rouge ”, acheté 34 fr. par nous, et enfin “ Le colloque amoureux, ou est remarquée l’astuce et finesse des garçons et la fragilité des filles ; Cologne, Pierre du Marteau, 1670, in-12. mar. vert (Derome) ”, payé 28 fr. Ces trois articles firent partie de la dernière vente de Ch. Nodier.
La classe des Chansons nous présentera un livre de la plus grande rareté, acheté 39 fr. par M. Tripier : “ Recueil des plus belles chansons des comédiens françois. Caen, Jacques Mangeant, 1226 [i.e. 1626], pet. in-8. mar. rouge. ” Viendront à la suite : “ Les Chansons de Gaultier Garguille ; Londres, 1658, in-12. mar. rouge, Derome ” (exemplaire Pixérécourt), vendues 27 fr. 50 ; et le “ Recueil des chansons d’amours, composées par Daniel Drouin, Lodunoys ; Paris, Nicolas Bonfons, 1575, pet. in-12. mar. rouge (Thouvenin) ”, obtenu par nous pour 32 fr.
Notre hâte de terminer est extrême. Nous nous arrêterons donc peu au Théâtre, qui n’est ici qu’une très minime parcelle de la bibliothèque dramatique de M. Taylor, la plus complète qui existe aujourd’hui. Nous mentionnerons seulement deux volumes. Le premier, “ Mistère de la passion nostre Seigneur Ihesucrist, ioué a Angiers (imprimé a Paris par la veufue feu Iehan Trepperel et Iehan Iehannot, S. D., pet. in-4. goth.) ”, a été acheté 63 fr. par M. Potier ; 


le second, plus précieux encore, est “ Le balet comique de la Royne, faict aux nopces de M. le duc de Joyeuse et mademoyselle de Vaudemont, sa sœur, par Baltasar de Beaujoyeulx. Paris, A. Le Roy, R. Ballard et M. Patisson, 1582 (mar. vert, doublé de mar. rouge, Thompson). ” Cet exemplaire splendide a coûté 80 fr. 50 c. à M. de Montesson ; il provient du cabinet de Nodier, qui a écrit à son sujet une note fort piquante, qu’on peut voir à la page 291 des Nouveaux meslanges tirés d’une petite bibliothèque. […]
En commençant par les Romans, nous trouvons d’abord : “ Les grandes croniques, vertueux faicts et gestes de la saincte histoire des tres preux nobles princes et valeureux pontifes Natathias, et de son tant renommé filz le preux Judas Machabeus ; Paris, Ant. Bonnemere, 1514, in-fol. goth. ”, vendues 31 fr. 


Vient ensuite “ La très elegante, délicieuse, melliflue, et tres plaisante hystoire du roi Perceforest ; Paris, Gilles Gourmont, 1531, 3 vol. in-fol. mar. vert ”, obtenue pour 80 fr. par M. le comte Sobolewski, un des bibliophiles les plus distingués de l’empire russe, et “ les Cent histoires de Troye … Paris, Ph. Lenoir, 1522, in-4. goth. mar. v. (Derome) ”, payées 64 fr. par M. Tilliard.
Nous nous arrêterons, à cette heure, aux “ Aventures de M. d’Assoucy ; Paris, Claude Audinet, 1677, 2 vol. in-12. mar. r. (Duru) ”. M. Alfr. Chenest a donné 25 fr. de cette relation des traverses sans nombre du poète rival de Scarron. […]


Mais revenons à nos livres pour admirer un précieux exemplaire des “ Amours du chevalier de Faublas, Paris, Ambroise Tardieu, 1825, 4 vol. gr. in-8. fig. mar. citron, mosaïque (Thouvenin), ” payé, par nous, 66 fr. Dans ce bel ouvrage, chacune des gravures avant la lettre est précédée ou suivie de son eau forte. Nous avons de même obtenu, pour 75 fr., un “ Gil-Blas de toute beauté ; Londres, T. Davison, 1809 (4 vol. in-8. reliés par Lewis) ”. A Lesage succède ici Michel Cervantes : voici “ l’Histoire de l’admirable Don Quichotte de la Manche (traduite par Filleau de Saint-Martin) ; Amsterdam et Liepzig, Arkstée et Merkus, 1768, 6 vol. in-12. ” ; et les “ Nouvelles, Amsterdam et Liepzig, Arkstée et Merkus, 1768, 2 vol. in-12. ” Ces deux ouvrages ont fait partie de la bibliothèque de Pixérécourt : ils sont enrichis de gravures avant la lettre, et richement reliés par Bozérian. M. Potier les a obtenus, ensemble, pour 50 fr. Nous avons, de notre côté, donné 39 fr. de “ l’Histoire de Manon Lescaut ; Paris, Didot, 1797 ”, également sortie de la bibliothèque du célèbre dramaturge.


Nous ne pouvons pas omettre, dans la classe des Nouvelliers, les “ Comptes amoureux, par Madame Jeanne Flore, touchant la punition que faict Venus de ceulx qui contemnent et mesprisent le vray amour ; (Lyon,) S. D., mar. bistre ”. Ce charmant exemplaire (de Ch. Nodier) d’un livre des plus rares nous a été abandonné à 65 fr. En outre de l’édition de Berne, 1792, (3 v. in-8. non rogn.) des “ Nouvelles de Marguerite de Navarre ”, vendue 54 fr., nous aurons à mentionner, avant d’atteindre les facéties, cinq articles méritans. -1° : “ Les joyeuses aventures, et nouvelles récréations ; Lyon, Benoist Rigaud, 1582, p. in-12. mar. citr. (exempl. de Ch. Nodier) ”, vendu 29 fr. 50 c. ; - 2° “ Recueil de plusieurs plaisantes nouvelles, apophtegmes et recreations diverses, fait françois par M. Antoine Tyron ; A Anvers, chez Henry Heyndricx, 1578, pet. in-8. v. f. tr. d. (Derome) ”, vendu 40 fr. ; - 3° “ Les cent nouvelles de M. Iean-Baptiste Giraldy, Cynthien, mis d’italien en françois par Gabriel Chappuys ; Paris, Abel l'Angelier, 1582, 2 vol. in-8. v. f. (Derome), très bel exemplaire de C. Nodier, provenant de Pixérécourt ”, vendu 129 fr. ; - 4° “ Contes facétieux tirez de Bocace, et autres autheurs divertissans, par Du Four ; Paris, Loyson, 1670, in-12. mar. rouge (exempl. de C. Nodier) ”, vendu 30 fr. ; - 5° “ Les heures perdues d’un cavalier françois ; Paris, Etienne Maucroy, 1662, pet. in-12. mar. bleu (Thouvenin) ”, vendu 21 francs.
En abordant les Facéties, Dissertations singulières et enjouées, nous trouvons d’abord les deux “ Collections de Caron, 1799-1830, 2 vol. in-8. mar. rouge, non rognés (Thouvenin) ”. Ce bel exemplaire de C. Nodier, tiré sur papier rose, et des plus complets qui se puissent rencontrer, a été payé 425 fr. par M. Potier. 


Nous apercevons aussi, dans notre rapide revue, un bijou que Ch. Nodier citoit souvent comme le livre qu’il aimoit le mieux de son cabinet : nous voulons parler du Rabelais de 1556, imprimé à Troyes, par Louis qui ne se meurt point (Louis Vivant), obtenu par M. de Clinchamp, pour 150 fr. Deux autres éditions des œuvres du joyeux curé de Meudon ont été vendues 40 fr. l’une, et 41 fr. l’autre : la première fut donnée, à Amsterdam, par Jean Frédéric Bernard, 1741, en 3 vol. in-4. (mar. vert) ; la seconde est due à Claude La Ville, Valence, 1547 (3 tomes en un vol. in-16. mar. bleu, Duru). 


Nous devons accorder aussi notre attention à “ Trois déclamations, esquelles l’ivrogne, le putier, le joueur de dez … debatent … lequel d’eux trois, comme le plus vicieux, sera privé de la succession de leur père, suivant son testament. Paris, Vincent Sertenas, 1556, in-12. mar. v. (Thouvenin) ”. Ce curieux petit livre a été vendu 54 fr. 50 c. Il avoisine le “ Formulaire fort récréatif de tous contracts et autres actes qui sont faicts par Bredin le Cocu, notaire rural, etc. Lyon, Pierre Rigaud, 1610, pet. in-16. mar. vert, dent. tabis, tr. d. (Derome) ”. Cet exemplaire de Pixérécourt avoit appartenu à Méon précédemment ; malheureusement, au 8e feuillet de la signature D, on a restauré à la plume un coin qui avoit été déchiré ; aussi nous a-t-il été abandonné pour le prix modique de 35 fr. 


Voici une facétie, en vers, des plus rares, provenant du cabinet de M. Nodier ; elle a été vendue 40 fr. : “ Le parfaict macquereau suivant la cour, contenant une histoire nouvellement passée, à la foire de Saint-Germain, entre un grand et l’une des plus notables et renommées courtisannes de Paris. S. L. 1622, in-8. mar. orange. (Bauzonnet) ”. Un beau recueil général des “ Caquets de l’accouchée ” a été abandonné pour 110 fr. à M. Potier, qui a également acheté, au prix de 40 fr. “ Le thrésor des récréations, contenant histoires facétieuses et honnestes, tant pour consoler les personnes que du vent de bize ont été frappez au nez, que pour recréer ceux qui sont en la misérable servitude du tyran d’Argencourt. Rouen, Jean de la Mare, 1627, pet. in-12. mar. vert (Bauzonnet) ”. Ce volume provenoit de Ch. Nodier, ainsi que les trois articles suivans :
Les amours folastres et recréatives du filou et de Robinette, dediez aux amoureux de ce temps, par l’un des plus rares esprits ; A Bourg en Bresse, par Jean Tainturier, 1629, petit in-12. mar. vert (Kœhler), vendu 40 fr. 50 c.
L’enfant sans soucy, divertissant son père Roger Bontemps et sa mère Boute tout Cuire ; A Ville-Franche, chès Nicolas l’Enjoué, 1682, petit in-12. mar. bleu (Thouvenin) ; acheté 39 fr. par M. Potier.
La gallerie des curieux, contenant en divers tableaux les chefs-d’œuvre des plus execellens railleurs de ce siècle, par Gérard Bon-Temps ; Paris, Cardin Besongne, 1646, in-8. mar. brun (Thouvenin), payé 30 fr. par nous.
Nous dirons que “ Les facétieuses nuits du seigneur Jean François Straparole, nouvellement traduites d’italien en françois par Jean Louveau, Lyon, Pierre Rigaud, 2. v. in-16. mar. rouge (Duru) ”, ont été portées à 30 fr. ; que “ Les yeux, le nez et les tétons, ouvrages curieux, galans et badins, par J. P. N. Du C., dit V. ; Amsterdam, Jean Pauli, 1735-36, 3 vol. in-12. fig. mar. vert (Duru) ”, se sont vendus 34 fr. ; que “ Le grand dictionnaire des prétieuses, historique, poétique, géographique, etc., par le sieur de Somaize ; Paris, Iean Ribou, 1661, 2 vol. in-8. mar. rouge ”, a été obtenu, par M. Potier, pour 31 fr. 50, et, enfin, qu’un joli exemplaire d’un livre rare, auquel M. Nodier a consacré un article spécial dans ses Mélanges (p. 366), et qu’il attribue à Corneille Blessebois, nous est resté pour 58 fr. 


Autre exemplaire de Charles Nodier, dans une reliure de Thouvenin
Drouot, 11 décembre 2015 : 50.128 €
Si Corneille Blessebois n’a pas écrit “ Le Zombi du grand Pérou, ou la comtesse de Cocagne (Nouvellement imprimé le quinze février 1697, pet. in-12., mar. rouge, fil. Duru) ”, cette facétie est, à coup sûr, d’un imitateur du maître, et cette fois, la copie approche fort du modèle. Il nous reste encore, dans les Belles-Lettres françoises, à jeter un regard sur “ les Proverbes communs, S. L. N. D., pet. in-4 goth. mar. bleu ”, abandonnés à 29 fr. 50 c. N’oublions pas davantage “ Les proverbes et dicts sentencieux, par Ch. de Bouvelles, Paris, Sebastien Nivelles, 1557, et “ l’Anthologie, par Pierre Berslay, Angevin, Paris, J. Poupy, 1574 (2 ouvr. en un v. in-8. mar. r.), ” abandonnés à 25 fr. 50 c. ; enfin, mentionnons les “ Emblesmes d’Alciat, de nouveau tranlatez en françois (par Barth. Aneau) ; Lyon, Guill. Rouille, 1549, in-8. veau brun, peint et doré, tr. gauffrée (très anc. et fort curieuse reliure) ” ; ce remarquable volume est resté, au prix de 37 fr. 50 c., à M. Motteley.
Avant de passer à l’Histoire, appelons l’attention du bibliophile sur la littérature étrangère. La littérature espagnole, en particulier, est très nombreuse dans le cabinet de M. Taylor. Parmi les Italiens, nous ne trouverons que deux volumes ; le 1er est “ le Décameron de Jean Boccace (traduit en prose par Antoine Le Maçon) ; Londres (Paris), 1757 ”, 5 vol. in-8. ornés de figures qui ne se rencontrent pas dans la plupart des exemplaires. Le second est cette édition des “ Cent nouvelles de Boccace ”, en allemand, extrêmement remarquable par ses nombreuses fig. en bois, portant pour la plupart le monogramme A T ; en voici le titre : “ Bocace ; Centum Novellæ Johannis Boccatii ; Augspurg, 1535, pet. in-fol. (v. fauve à comp. Simier). ” L’un a été payé 45 fr. ; l’autre, 52 fr. 50 c. […]


Parmi les polygraphes, nous remarquerons les : “ Œuvres de J. J. Rousseau ; Paris, Didot le jeune, 1793, 18 vol. in-fol., mar. rouge. ” [incomplet du vol. de la Botanique illustré par Redouté] Ce magnifique exemplaire de Labédoyère nous est resté pour 280 fr. Voici encore une belle “ Collection de romans historiques, publiée par La Borde ; Paris, Didot, 1783-90, 15 vol. in-12., papier vélin, mar. rouge ”, abandonnée à 48 fr., et la “ Collection d’ouvrages françois, imprimée par ordre du comte d’Artois ; Paris, Didot, 1780-84, 64 vol. in-18., mar. bleu ”, obtenue, pour 202 fr., par un bibliophile distingué, M. Alf. Chenest.
Il ne nous reste plus que l’Histoire à parcourir. Nous y remarquerons : “ la Destruction de Hierusalem, faicte par Vespasien, Empereur de Rome. Paris, Nicolas Bonfons, S. D., in-4. goth. ”, parvenue à 35 fr. 50 cent. ; “ Les faictz et dictz de maistre Alain Chartier ; Paris, Galliot du Pré, 1526, petit in-fol. goth., veau fauve ”, vendus 50 fr. ; “ Les grands triumpes faictz à l’entree du très-chrestien et victorieux roy Henry second de ce nom, en sa noble ville de Paris ; Paris, Iehan Laumussier, S. D., pet. in-8. goth. mar. rouge (Bauzonnet) ”, poussés jusqu’à 70 fr. par M. Delion ; 

Photographie BnF
“ L’Histoire de l’entrée de la reyne mère du roy tres chrestien dans la Grande Bretaigne, par le sieur de la Serre, Londres, Jean Ravord, 1639, in-fol. ”, abandonnée à 48 fr. ; et, enfin, “ le Combat d’honneur concerté par les iiii éléments sur l’heureuse entrée de madame la duchesse de La Valette en la ville de Metz (par le P. Jean Molet, de Briançon) S. L. (Metz, A. Fabert), 1624, in-fol. mar. rouge ”, payé 30 fr. Voici encore une petite pièce fort curieuse : la “ Complainte à tous les estats de France cruellement brigandés et tyrannisés par les cruels bourreaux et sanguinaires le cardinal de Lorraine, et son frère de Guyse. S. N. de V. ni d’imp., S. D., in-8., mar. bleu (Duru) ” ; elle n’a point dépassé 31 fr.
Un ouvrage plus important, les “ Mémoires des œconomies d’estat de Henry le Grand ; Amsterdam, S. D., 2 tomes en 1 vol. in-fol., maroq. rouge, anc. rel., - suite, Paris, Courbé, 1662, et Bilaine, 1664, 2 vol. in-fol. ”, se présente actuellement. Nous l’avons obtenu au prix de 78 fr. Avant d’arriver à l’histoire particulière des provinces, il convient de mentionner trois volumes : le 1er, “ Codicilles de Louys XIII à son tres cher fils aisné et successeur ; Paris, 1643, 4 parties en 3 vol. in-24. mar. rouge (Derome) ”, est à grand’peine parvenu à 50 fr. Cet exemplaire de Pixérécourt avoit appartenu précédemment à Girardot de Préfond (il se conserve actuellement dans le cabinet de M. Grangier de la Marinière). Le 2e : “ Journal de M. le cardinal duc de Richelieu, années 1630 et 1631, tiré des mémoires écrits de sa main ; Amsterdam, Abraham Wolfganck, 1664, 2 part. en 1 vol. pet. in-12., cuir de Russie, non rogné (Purgold) ”, est resté à M. Potier, pour 34 fr. Le 3e : “ La déroute et l’adieu des filles de joye de la ville et faubourgs de Paris, avec leur nom, leur nombre, etc. S. L., 1668, mar. v. (Derome) ”, a été abandonné à M. Grangier de la Marinière pour 33 fr. 50.
Dans l’Histoire particulière des provinces, nous trouverons : “ Les Antiquitez, croniques et singularités de Paris… par G. Corrozet ; Paris, N. Bonfons, 1586, in-8. ”, adjugées à 32 fr. ; “ L’Histoire agregative des annalles et cronicques d’Aniou : On les vend à Angiers en la boutique de Charles de Boingne et Clément Alexandre, - acheuees d’imprimer à Paris par Anthoyne Couteau, 1529, in-fol. goth., veau ”, également achetée par nous pour 30 fr. 50 ; “ les grandes Annalles de la Grant Bretaigne et de nostre petite Bretaigne… (par Alain Bouchard) : Imprimé à Paris, par Jehan de la Roche, le XXV de novembre mil cinq cens et XIIII, pet. in-fol. goth., v. br. ”, vendues 40 fr. Le titre de cet exemplaire est refait à la plume. Enfin, disons que “ l’Histoire ecclésiastique et civile de Bretagne, par Dom Morice (avec les Mémoires pour servir de preuves), en tout 5 vol. in-fol. ”, a atteint 80 fr. […]
Nous avons encore à passer en revue : “ Le nouveau traicté de la vraye noblesse, translate nouvellement de latin en françoys ; Paris, Denys Janot, 1535, pet. in-8. mar. r. (Duru) ”, vendu 22 fr. ; 


“ La galerie des femmes fortes, par Pierre Le Moyne ; Leyde et Paris (Elzev.), 1660, in-18. mar. doublé de mar. (Duru) ”, poussée jusqu’à 44 fr. ; et, enfin, pour terminer cette partie de notre travail, une collection des différens ouvrages de Jean Le Maire, payée 51 fr. par M. Tilliard ; elle comprenoit : “ Les Illustrations de Gaule et singularitez de Troye. Lyon, Estienne Baland, (vers 1509), in-4. goth. – Le second liure des Illustrations de Gaule et singularitez de Troye. Paris, Geoffroy de Marnef, 1512. in-4., goth. – Le tiers liure des Illustrations de Gaule et singularitez de Troye, intitulé nouvellement de France orientale et occidentale. Paris, Geoffroy de Marnef, 1513, in-4., goth. – L’Epistre du roy a Hector de Troye. Paris, Geoffroy de Marnef, 1513, in-4. – Le traicté intitulé, de la difference des schismes et des concilles de leglise, et de la preeminence des concilles de la sainte eglise gallicaine. Lyon, Estienne Balland, 1509. – La légende des Vénitiens. Paris, Marnef, 1509. Ensemble six pièces reliées en veau, aux armes. » [sic]
(J. T. « Revue des ventes ». In Bulletin du bibliophile. Paris, J. Techener, 1848, Nos 22-23-24 – octobre-novembre-décembre, p. 891-913)

Le baron Taylor fut élu membre du Comité de la Société des Gens de lettres à la fin du mois de novembre 1848.


Une deuxième partie de la bibliothèque du baron Taylor fut dispersée à Londres, du mercredi 1er  au jeudi 16 juin 1853, en 14 vacations : Catalogue of the highly important, extensive, and valuable library of M. le baron J. Taylor, membre de l’Institut, président fondateur des Associations des artistes dramatiques, musiciens, peintres, sculpteurs, architectes, graveurs et dessinateurs ; président honoraire de la Société des Gens de Lettres (London, S. Leigh Sotheby & John Wilkinson, 1853, in-8, [2]-224-[1 bl.] p., 3.322 + 16 doubles [*] = 3.338 lots). La vente rapporta 4.087 £.

« Cette riche collection, dans laquelle plusieurs œuvres d’éminents artistes ont été vivement disputées, a produit une somme de 105,000 fr. La Collection de Boucher [n° 457. 240 grav., elephant folio : 18 £ 10] a pris place dans le précieux cabinet du baron de Rothschild. On peut citer divers livres françois importants, tels que Ogier le Danois [n° 2.348. Paris, Ant. Vérard, v. 1498, in-fol., mar., ex. du prince d’Essling : 52 £], l’un des plus rares romans de chevalerie, qui se trouve maintenant dans la belle collection de M. Bischoeffseim [Raphaël Bischoffsheim (1823-1906), banquier], 

Racine. Oeuvres dramatiques, t. II
et le magnifique Racine [n° 2.631. Œuvres dramatiques. Paris, Didot, 1801, 3 vol. in-fol., 57 fig., rel. Simier : 50 £], orné du portrait de mademoiselle Rachel et d’une splendide reliure qui a remporté une médaille à l’exposition. » [sic]
(« Revue des ventes ». In Bulletin du bibliophile. Paris, J. Techener, 1853, juillet et août, p. 374)

Membre de l’Institut, chef d’escadron au corps impérial d’état-major en retraite, commandeur de la Légion d’honneur, commandeur de l’Ordre Auratae Militiae [Ordre de l’Éperon d’Or, décerné par le Pape], chevalier de première classe de l’Ordre du Nichan Iftikhar [ancien Ordre tunisien], décoré de la croix en brillants de l’Ordre de Vasa [Suède], commandeur de l’Ordre de Dannebrog [Danemark], chevalier de l’Ordre de Léopold [Belgique], commandeur de l’Ordre d’Isabelle la Catholique [Espagne], président de la Société des Artistes de Paris, le baron Taylor régularisa une situation qui durait depuis plus de vingt ans : le 3 août 1854, à Charenton-le-Pont [Val-de-Marne], où il demeurait 27 rue Gabrielle, il épousa Théodorine-Louise Guido (1810-1893). Elle lui avait donné deux enfants, qui furent reconnus le jour même : Isidora-Ernestine, née à Paris le 24 octobre 1833, qui épousa son cousin Eugène-Joseph-Emile Walwein (1817-1885), eut deux enfants, autorisés en 1876 à joindre le nom de Taylor à leur patronyme, et qui mourut à Roscoff [Finistère], place de l’Église, le 2 septembre 1884 ; Félix-Justin, né à Paris le 4 janvier 1840, qui mourut célibataire le 9 juin 1889, au domicile de sa mère, 68 rue de Bondy, immeuble de cinq étages construit en 1830.  

Maison de campagne du baron Taylor (mai 2013)
Le baron avait acquis une maison à la campagne, à Bourron-Marlotte [Seine-et-Marne, 17-19 rue Armand Charnay].


« L’anniversaire de la naissance de Molière a été célébré lundi dernier, comme tous les ans, dans un banquet, par les écrivains dramatiques et par les principaux artistes des théâtres de Paris. M. le baron Taylor, ancien commissaire de la Comédie-Française, avait bien voulu accepter la présidence. A sa droite était placé le général Guédéonoff, directeur des théâtres impériaux de Russie, le Mécène de nos artistes à Saint-Pétersbourg. M. Anicet Bourgeois occupait la première place à sa gauche. On remarquait également à cette table M. Pierron, que l’artiste a représenté derrière le président, MM. Samson, près de M. le général Guédéonoff, Scribe, Régnier, E. Augier, Eugène Labiche, Chilly, Marc-Michel, Bataille, Albert Got, Ponchard père ; enfin la plupart des célébrités littéraires et artistiques de la scène moderne. »

(Léo de Bernard. In Le Monde illustré, 29 janvier 1859, p. 76)



En 1866, il proposa à la Société des Gens de Lettres la fondation d’un dîner mensuel, le « Dîner Taylor », 

Photographie Eugène Atget (1857-1927)
qui eut lieu au début chez Bonvalet, 29 boulevard du Temple [XIe], et qui, après sa mort, devint le « Dîner Dentu ».


Pour les mêmes raisons qu’en 1848, le baron Taylor mit sa bibliothèque en vente à l’Hôtel Drouot, salle n° 6, au premier, du lundi 10 au jeudi 13 avril 1876, en 4 vacations : Catalogue de livres anciens et modernes, rares et curieux, sur les beaux-arts, la littérature, les voyages, et principalement sur l’art dramatique. Provenant de la Bibliothèque de M. le baron T***. Membre de l’Institut, commandeur de la Légion d’honneur, chevalier de l’ordre de Léopold de Belgique, etc., etc. - Première partie - (Paris, Léon Techener, 1876, in-8, [3]-[1 bl.]-IV-136-[1]-[1 bl.] p., 846 + 8 doubles [bis] + 1 triple [ter] = 855 lots), dont Théologie-Morale [34 lots = 3,97 %], Beaux-Arts [184 lots = 21,52 %], Equitation [8 lots = 0,93 %], Musique [8 lots = 0,93 %], Belles -Lettres [411 lots = 48,07 %], Histoire [210 lots = 24,56 %]. Avec, en guise de préface, une « Lettre à M. le baron T…. » par P. L. Jacob, bibliophile.


108. Emblèmes ou devises chrestiennes composées par damoiselle Georgette de Montenay. Lyon, Jean Marcorelle, 1571, in-4, 100 fig. par Pierre Voeriot, d-rel. mar. 60 fr. au prince d’Essling.
132. Bléry (Eugène-Stanislas-Alexandre). Quarante-trois eaux-fortes. Très gr. in-fol., d-rel. veau brun. 365 fr. à Destailleurs.
133. Les Généalogies et Anciennes Descentes des Forestiers et Comtes de Flandres, par Corneille Martin. Anvers, 1578, 34 pl., pet. in-fol., cart. Ex-libris manuscrit de Daniel Elzevir, 1682. 80 fr. à Délicourt.


136. Vecellio (Cesar). De gli Habiti antichi et moderni di diverse parti del mondo libri due. Venetia, Damian Cenaro, 1590, in-8, 420 fig. sur bois, mar. bleu, tr. dor. (Lortic). 140 fr. à Délicourt.
137. Collection des costumes, armes et meubles pour servir à l’histoire de France. Par le comte Horace de Vieil-Castel. Paris, 1827-1833, 3 vol. gr. in-4, 300 pl. coloriées au pinceau, d-rel. dos et coins de mar. bleu, non rognés. 155 fr. à Délicourt.
140. Les Arts somptuaires. Paris, Hangard-Maugé, 1857, 2 vol. in-4 texte, 2 vol. in-4 pl. en coul., d-rel. mar. bleu, non rogn. 365 fr. à Henri Leroy.
256. Marguerites, de la Marguerite des princesses, très-illustre Royne de Navarre. Lyon, Jean de Tournes, 1547, 2 vol. in-8, fig. en bois, mar. r., fil., tr. dor. (Rel. anc.). Mouillure. 400 fr.
261. Les Passetems de Jan-Antoine de Baïf. Paris, 1573, in-8, cart. 400 fr. au baron James de Rothschild.
262. Les Jeux de Jan-Antoine de Baïf. Paris, Lucas Breyer, 1572, in-8, v. mar. 480 fr. à Édouard Bocher.
282. Contes et nouvelles en vers, par M. de La Fontaine. Amsterdam [Paris, Barbou], 1762, 2 vol. pet. in-8, mar. r., fil., tr. dor. Édition des fermiers généraux. 610 fr.
317. Mémoires du comte de Grammont, par Hamilton. Londres, Edwards, 1793, gr. in-4, 72 portr., mar. vert, fil., dent., tr. dor. (Rel. anglaise). 549 fr.
347. Le Décaméron de Jean Bocace. Londres [Paris], 1757, 5 vol. gr. in-8, 110 fig., mar. vert, fil., tr. dor. (Derome). 605 fr.
403. Fables nouvelles [par Dorat]. Paris, 1773, 2 part. en 1 vol. gr. in-8, d-rel. veau. 405 fr.


785. Œuvres satirique [sic] de P. Corneille Blessebois. Leyde, 1676, 7 parties en 1 vol. pet. in-12, mar. v., fil., dent., doublé de tabis, tr. dor. (Simier). Ex. de Pixerécourt. 3.250 fr.
798. Pierre Corneille. Son théâtre, suivant la copie imprimée à Paris [Amsterdam, Abr. Wolfgang], 1663-1669, 13 pièces reliées en mar. rouge, fil. (Koehler). 481 fr.
803. Le Cabinet satyrique ou Recueil parfait des vers piquans et gaillards de ce temps [Holl., à la sphère], 1666, 2 vol. pet. in-12, mar. r., fil., tr. dor. (Rel. anc.). 399 fr. au comte Foy.


Suivit la vente, toujours à l’Hôtel Drouot, salle n° 6, au premier, du lundi 22 au mercredi 24 mai 1876, en 3 vacations : Catalogue de livres anciens et modernes, rares et curieux, sur les beaux-arts, la littérature, les voyages, et principalement sur l’art dramatique. Provenant de la Bibliothèque de M. le baron T***. Membre de l’Institut, commandeur de la Légion d’honneur, chevalier de l’ordre de Léopold de Belgique, etc., etc. - Deuxième partie - (Paris, Léon Techener, 1876, in-8, [3]-[1 bl.]-VIII-71-[1] p., 399 + 3 doubles [bis] = 402 lots [numérotés 847-1.245]), composé exclusivement de livres relatifs au Théâtre. Avec, en guise de préface, une « Lettre à M. le baron T… » par P.-L. Jacob, bibliophile :

« Mais, pourquoi tous les livres qui vous ont appartenu ne portent-ils pas votre ex-libris, qui devrait être accolé à ceux de vos amis Guilbert de Pixerécourt et Charles Nodier ? C’est un oubli ou une négligence que les bibliophiles futurs ne vous pardonneront pas. » (p. I)


859. Maistre Pierre Pathelin restitué à son naturel. Paris, Galliot du Pré, 1532, in-16, lettres rondes, mar. orange, tr. dor. Notes manuscrites de Beauchamps. Des bibliothèques Pixerécourt et Soleinne. 1.420 fr.

Photographie BNF
863. Le Brave, comédie de Jan Antoine de Baïf. Paris, Robert Estienne, 1567, in-8, vél. 555 fr.
905. Rodogune, princesse des Parthes, tragédie par Pierre Corneille. Au Nord [Versailles], 1760, in-4, mar. rouge, fil., tr. dor., dent., doublé de tabis. Ex. de Soleinne. 551 fr.


927. Les Femmes sçavantes, comédie par J. B. P. Molière. Et se vend pour l’autheur à Paris, au Palais et chez Pierre Promé, 1673, in-12, cuir de Russie, fil. Édition originale [Second tirage à la date de 1673 ; un premier tirage est à la date de 1672]. 2.500 fr.
928. L’Escole des femmes, comédie par J. B. P. Molière. Paris, Gabriel Quinet, 1663, in-12, fig., mar. r., tr. dor. Édition originale. 1.205 fr.
935. Andromaque, tragédie [par J. Racine]. Paris, Théodore Girard, 1668, in-12, v. fauve, fil. Édition originale. 800 fr.


938. La Thebayde ou les Frères ennemis, tragédie. Paris, Claude Barbin, 1664, in-12, v. f., fil. (Koehler). Édition originale. 400 fr.
941. Œuvres diverses d’un auteur de sept ans [le duc du Maine]. S. l. n. d. [publié par Madame de Maintenon, v. 1686], 2 part. en 1 vol. in-4, br. Ex. de Pixerécourt. 420 fr. à Bancel.
956. Le Légataire universel, comédie [par Regnard]. Paris, Pierre Ribou, 1708, in-12, parch. Édition originale. 410 fr.
1.023. The Dramatic Works of Shakespeare, revised by Georges Steevens. London, Bulmer for Boydell [1791], 1802, 18 tomes en 9 vol. gr. in-fol., 97 fig., cuir de Russie, fil. (Rel. anglaise). 501 fr.


1.080. La Magnifica et Triumphale Entrata del christianiss. Re di Francia Henrico secondo di questo nome fatta nella nobile & antiqua Citta di Lyone. Lyone, Gulielmo Rouillio, 1549, in-4, cart. ital., 15 fig. sur bois, vel. bl. 260 fr. à Délicourt.

Baron Justin Taylor (1877)


Une troisième partie fut vendue 28 rue des Bons-Enfants, salle n° 2, au premier, du mardi 6 au samedi 17 mars 1877, en 11 vacations : Catalogue de livres anciens et modernes, rares et curieux, sur les beaux-arts, la littérature, les voyages, et principalement sur l’art dramatique. Provenant de la Bibliothèque de M. le baron T***. - Troisième partie - (Paris, Léon Techener, 1877, in-8, [3]-[1 bl.]-IV-310 p., 3.130 + 8 doubles [bis] = 3.138 lots [numérotés 1.246-4.375, avec erreurs de numérotation]), dont Théologie et histoire des religions [238 lots = 7,58 %], Jurisprudence [9 lots = 0,28 %], Sciences et Arts [218 lots = 6,94 %], Beaux-Arts [149 lots = 4,74 %], Belles-Lettres [512 lots = 16,31 %], Histoire [2.012 lots = 64,11 %]. Avec, en guise de préface, une « Lettre à M. le baron T… » par P. L. Jacob, bibliophile :

« Grâce à vous et à votre puissante intervention, le château de Chambord n’a pas été démoli et l’antique cathédrale de Reims a été consolidée. On apprend tout cela dans l’histoire de vos livres, qui ne sont déjà plus à vous et qui perdront bientôt la trace de leur séjour dans votre bibliothèque, puisque vous avez négligé, en vous séparant d’eux, de leur donner un glorieux état civil, en quelque sorte, par l’apposition d’un ex-libris. Honneur au livre qui pourra dire, dans un demi-siècle : “ J’appartenais au baron T…. ! ”
Ceci est un conseil que je vous donne, mon vieil ami, en faveur des livres de la nouvelle bibliothèque, que vous amassez déjà et qui, je le souhaite, doit être bientôt aussi nombreuse et aussi bien choisie que celle qu’il faudra chercher tout à l’heure dans le labyrinthe silencieux de quelques catalogues de vente. Quel emblême [sic] ferez-vous mettre sur cet ex-libris, que réclament les amis qui vous ont voué un culte de vénération et de reconnaissance ? Je vous propose tout simplement cet ex-libris de bibliophile, en guise d’écu d’armoiris [sic] : un livre fermé, avec la devise du sage : Tout est là. » (p. IV)

Cette vente n’a pas été retenue parmi les ventes importantes de l’année 1877 (W. O. « Chronique-Revue ». In Bulletin du bibliophile et du bibliothécaire. Paris, Léon Techener, 1877, p. 560-569).

Membre de l’Institut en 1847, sénateur en 1869, grand-officier de la Légion d’honneur en 1877, le baron Taylor passa les 14 derniers mois de sa longue vie dans sa chambre, cloué par neuf maladies, dont six mortelles. Une maladie de vessie a déterminé la fin. 



Il mourut le 6 septembre 1879, à son domicile, au 2e étage du 68 rue de Bondy. Ses obsèques eurent lieu le mardi 16 septembre 1879 :

« A onze heures et quart, a lieu la levée du corps, qu’on place sur un char magnifique de première classe, second degré. Il est impossible de disposer sur la galerie supérieure toutes les couronnes, tous les bouquets envoyés à la maison mortuaire. Des commissaires vont porter derrière le char les fleurs qu’on n’a pas pu y placer.
On se met en marche. Les cordons du poêle sont tenus par MM. le vicomte Henri Delaborde, représentant l’Institut, Edouard Thierry, Alexandre Dumas, représentant la Société des gens de lettres, Auguste Maquet, au nom de la Société des auteurs dramatiques ; Derval, pour celle des artistes ; Colmet d’Aage, Tresca, Huet.
La famille Taylor et M. Turquet, sous-secrétaire d’Etat, se placent derrière le corbillard, que précède la musique de la Garde républicaine, qui, conduite par M. Sellenick, joue une marche en ut mineur et qu’entoure un bataillon d’infanterie.
Trois mille personnes suivent le cercueil entre deux épaisses haies humaines. Toutes les fenêtres des maisons sont occupées. L’effet est immense. Chacun fait cette observation :
- On se croirait à l’enterrement de M. Thiers.
Midi. On va entrer à Saint-Eustache.
Déjà les bas-côtés sont pleins de monde. Ils contiennent deux mille personnes. […]
De mémoire de musiciens, il n’y a jamais eu plus beau service religieux. […]
Les chœurs et l’orchestre sont fournis par l’Opéra et l’Opéra-Comique. […]
La messe ne finit qu’à une heure quarante, et le cortège se dirige alors vers le Père-Lachaise, où le corps attendra dans un caveau provisoire que les Associations aient fait élever un monument digne de leur fondateur.
La pluie a heureusement cessé. […]
Chose rare, tous ceux qui ont assisté à l’office vont jusqu’au cimetière. [...]
Trois heures et quart. Nous entrons au cimetière déjà envahi par des milliers de curieux. […]
Après la descente du corps et les prières d’usage dites par l’abbé Legrand, le maître des cérémonies crie le nom de M. Delaborde qui, représentant l’Institut, vient adresser quelques mots d’adieu au baron Taylor. Les arrivants faisaient alors un tel bruit que nous regrettons de n’avoir pu saisir un seul mot.
Puis, il y avait, à dix pas du caveau, des scieurs de pierres qui, durant toute la cérémonie, n’ont cessé de faire grincer leur scie. […]
[Suivirent les discours de Jules Simon, l’ancien ministre, de Auguste Maquet, au nom des auteurs et compositeurs dramatiques, de Edouard Thierry, au nom de la Société des Gens de lettres, de Frédéric Thomas, de Derval, vice-président de quatre Sociétés fondées et présidées par le baron Taylor, du vice-président de la Société des artistes musiciens, du président de la loge maçonnique dont faisait partie le baron Taylor, etc. Victor Hugo avait écrit une belle lettre qui fut lue lors des obsèques.]
Il est quatre heures et demie. On jette l’eau bénite, et l’on se retire […]. »
(C. In Le Figaro, mardi 16 septembre 1879, p. 1-2)  

Cimetière du Père-Lachaise (Division 55)
La glorification du baron Taylor eut lieu le 15 mai 1884, au Père-Lachaise, lors de l’inauguration du monument élevé à sa mémoire par les cinq associations qu’il avait fondées, avec le concours de la Société des Gens de lettres, des auteurs dramatiques et du ministère des Beaux-Arts. Tout en haut du Père-Lachaise, à l’angle de l’avenue de la Chapelle et de l’allée Feuillant, la statue de marbre du baron Taylor repose sur un piédestal en pierre blanche, élevé lui-même sur une pierre tombale en granit bleu de Normandie. Elle se dresse au milieu d’une haute bordure de pierre en forme d’hémicycle et sur la face intérieure de laquelle sont sculptées des couronnes, puis, ça et là, des inscriptions rappelant les principales fondations du défunt, ses titres ou ses honneurs.


Son buste, en bronze, par le sculpteur Tony Noël (1845-1909), érigé au sommet d’une stèle de marbre blanc qu’ornent les attributs des divers arts, fut inauguré le jeudi 7 novembre 1907 sur le terre-plein du théâtre de l’Ambigu, 2 ter boulevard Saint-Martin ; un banc de granit est placé au pied du monument de l’architecte Constant Moyaux (1835-1911). Fondu en 1941, le buste fut remplacé par une réplique en pierre. Le monument fut déplacé devant le 46 rue de Bondy [place Johann Strauss, depuis 1979].

Parmi les ouvrages dont le baron Taylor fut l’auteur :

Voyages pittoresques et romantiques dans l’ancienne France (Paris, [Casimir Gide, puis Augustin-François Lemaître], 1820-1878, 24 vol. gr. in-fol., 3.282 pl. lith.).
Entrepris avec la collaboration littéraire de Charles Nodier (1780-1844) et Alphonse de Cailleux (1788-1876), avec le concours de 182 artistes, les volumes furent imprimés chez Didot et vendus par souscription et en livraisons : Normandie (3 vol.), Franche-Comté (1 vol.), Auvergne (2 vol.), Languedoc (4 vol.), Picardie (3 vol.), Bretagne (2 vol.), Dauphiné (2 vol.), Champagne (4 vol.), Bourgogne (2 vol.), Index (1 vol.). 
Voyage pittoresque en Espagne, en Portugal et sur la côte d’Afrique, de Tanger à Tétouan (Paris, Gide fils, 1826-1832, 3 vol. in-4).
La Syrie, l’Égypte, la Palestine et la Judée, considérées sous leur aspect historique, archéologique, descriptif et pittoresque (Paris, Bureau central des dictionnaires, l’Editeur et L. Mame, 1837, in-4, 100 pl.), avec Louis Reybaud (1799-1879).
Les Pyrénées (Paris, C. Gide, 1843, in-8).
Preuves de la découverte du cœur de Saint Louis (Paris, Firmin Didot frères, 1846, in-8), avec Berger de Xivrey, A. Deville, Ch. Lenormant, A. Le Prévost et P. Paris.
L’Alhambra (Paris, Firmin Didot frères, 1853, in-fol.), dessins et lithographies par Asselineau.
La Syrie, la Palestine et la Judée, et Pèlerinage à Jérusalem et aux lieux saints (Paris, Bolle-Lasalle, 1853, in-4), par le R. P. Laorty-Hadji [Taylor-Hadji].
La ville de Reims (Paris, A. F. Lemaitre et Reims, Brissart-Binet, 1854, in-12).
L’Égypte (Paris, Bolle-Lasalle, 1856, in-8), par le R. P. Laorty-Hadji [Taylor-Hadji].
Reims, la ville des sacres (Paris, A. F. Lemaitre, 1860, in-8).


Théodorine-Louise Guido, veuve du baron Taylor, mourut en son domicile du 68 rue de Bondy, le 5 décembre 1893, pendant la vente de ce qui restait de l’immense bibliothèque de son mari, 28 rue des Bons-Enfants, salle n° 2, commencée le lundi 27 novembre et qui dura jusqu’au mercredi 13 décembre 1893, pendant 15 vacations : Catalogue de la bibliothèque dramatique de feu le baron Taylor. Membre de l’Institut, fondateur et président des Sociétés des Artistes dramatiques, musiciens, peintres, etc. (Paris, Techener, 1893, in-8, XVI-491-[1 bl.]-[2] p., 2.989 lots), dont Théâtre ancien [85 lots = 2,84 %], Théâtre latin moderne [136 lots = 4, 55 %], Théâtre moderne français [1.655 lots = 55,36 %], Théâtre moderne italien [444 lots = 14,85 %], Théâtre moderne espagnol et portugais [38 lots = 1,27 %], Théâtre moderne anglais [39 lots = 1,30 %], Théâtre moderne allemand [23 lots = 0,76 %], Théâtre moderne flamand et hollandais [6 lots = 0,20 %], Autres théâtres étrangers modernes [11 lots = 0,36 %], Ecrits relatifs au théâtre [435 lots = 14,55 %], Supplément [117 lots = 3,91 %].
Cette collection était la plus importante en ce genre mise en vente depuis la bibliothèque Soleinne, dont elle comprenait une notable portion.

« Rien à dire du théâtre ancien, représenté cependant par les meilleures éditions, dont plusieurs assez rares, des trois tragiques grecs, d’Aristophane, de Plaute et de Térence. Le théâtre latin moderne forme une des sections les plus intéressantes ; on y trouvera les œuvres d’Harmonius Marsus, de Platus, d’Antonius Thylesius, la Dolotechne de Zambertus, l’Epirota de Medius Venetus, la Latina et recens comœdia, de J. Frachaeus Borbonius, qui manquait à la collection Soleinne, plusieurs éditions des Scenica progymnasmata de Reuchlin, le Ludus ludentem luderum ludens, vif pamphlet contre Luther et ses doctrines, le Mercator, le Pammachius et les autres pièces antipapistes du fougueux Naogeorgus, parmi lesquelles le rare Judas Iscariotes (de la bibliothèque Heber), les Studentes de Stummelius, le théâtre de Frischlinus, le Lutherus de Hirtzwig, la première édition de l’Acolastus et du Morosophus, un grand nombre de drames sacrés, les pièces de théâtre jouées dans les collèges des Jésuites et autres, enfin quelques œuvres contemporaines des événements politiques et religieux qui les ont provoquées (conquête de Grenade par Ferdinand le Catholique et Isabelle, la Réforme, les guerres de Gustave-Adolphe, etc).
Dans le théâtre français, qui occupe naturellement la plus large place, nous signalerons, parmi Mystères et Moralités : 

Photographie Université de Tours
Le premier (et le second) volume du triomphant mystère des Actes des Apostres (n° 232), première édition de l’œuvre d’Arnoul et Simon Greban ; Une dévote contemplation ou meditation de la croix de nostre saulveur et redempteur jhesucristpar maistre Jehan de Lacu, sans doute mise en vers par Gringore, seul exemplaire connu (n° 256) ; Moralité en vers sur les abus du temps présent, à cinq personnages, composée vers 1390, peut-être par Christine de Pisan, dramatique tableau des misères de la France pendant les premières années du règne de Charles VI, très précieux manuscrit (n° 258) ; le Jardin de Jennes avec la plainte de Religion et le Soulas de Labeur, avec figures sur bois, œuvre de Jean Marot ( ?), inspirée par la révolte de Gênes contre Louis XII, seul exemplaire connu, malheureusement incomplet (n° 261) ; le Combat de la Chair et de l’Esprit, de la bibliothèque du baron Léopold Double (n° 264).
Puis, dans l’ancien théâtre profane : les Marguerites de la Marguerite des princesses, dans une reliure ancienne bien conservée (n° 265) ; la Farce de maistre Pathelin, manuscrit sur vélin qui, malgré de regrettables lacunes, a fourni à M. Paulin Pâris plus de cent variantes, le plus ancien peut-être des textes de la célèbre farce, dont on pourrait tirer un utile parti pour une nouvelle édition (n° 276) ; 


Farce nouvelle, nommée la Folie des Gorriers à IIII personnaiges, manuscrit qui semble inédit, avec une figure en pied d’un dessin remarquable (n° 287) ; Dialogue noveau à trois personaiges, c’est à sçavoir l’Embasadeur de Lempereur, Dame Paix et Bellone la Déesse de guerre, 1544, relatif aux dernières luttes de Charles-Quint et de François Ier, seul exemplaire connu, provenant des bibliothèques La Vallière et Soleinne (n° 304) ; les Sept Marchands de Naples. Cest assavoir Ladventurier. Le Religieux. L’escolier. Laveugle. Le Vilageois. Le Marchant. Et le Bragart, pièce rarissime (n° 305).
Depuis Jodelle jusqu’à nos jours : le théâtre de Jacques Grévin de Clermont en Beauvaisis. Ensemble la seconde partie de l’Olimpe et de la Gelodacrye, 1562, avec les quatre feuillets de l’Elégie de Ronsard à Grévin, qui manquent souvent (n° 322) ; la Pastorale amoureuse, 1569, un des plus raresouvrages [sic] du fécond Belleforest (n° 343) ; la tragédie de feu Gaspard de Coligny iadis admiral de France… avec le nom des personnages, de François de Chantelouve (n° 346) ; 

Photographie BnF
un très bel exemplaire du théâtre d’Alexandre Hardy, parisien, 1625-28, avec les frontispices gravés par Crispin de Pas (n° 394) ; Les premières œuvres poétiques de Margarit Pageau, vandomois (n° 395) ; 


Les diverses poésies du sieur de la Fresnaye Vauquelin. Caen, 1612, édition qui manquait à la collection Soleinne (n° 408) ; le Recueil des divers poèmes et chants royaux, de J. Galaut (n° 420) ; un manuscrit de Mirame, chargé de corrections et donnant le texte primitif de la tragédie, très différent du texte imprimé en 1641 (n° 555) ; un grand nombre d’éditions originea lesde Pierre Corneill [sic], la réunion complète (sauf les Dames vengées)des éditions originales in-12 de Thomas Corneille (n° 656) ; les œuvres complètes, le plus souvent en premières éditions, des contemporains de Corneille et de Racine : Mairet, Rotrou, Scudéry, Boisrobert, Guérin de Bouscal, Charles Beys, Benserade, Desmarets, Tristan l’Hermite, Le Metel d’Ouville, Gilbert, Scarron, Poisson, Quinault, Montfleury, Boursault, Champmeslé, Pradon. Viennent ensuite les éditions originales de Dancourt, de Regnard, de Voltaire, de Crébillon etc., et la foule de ces pièces d’auteurs provinciaux, si rares et si recherchées, pleines de curieux détails sur les mœurs et les coutumes locales. […]
La série des ballets et des opéras se recommande spécialement à l’attention. Après le ballet-comique de la Royne faict aux nopces de Monsieur le duc de Joyeuse et Madamoyselle de Vaudemont… par Balthasar de Beaujoyeulx (n° 1540), le Grand Bal de la douairière de Billebahaut… avec maistre Galimatias (n°1551) et le Ballet des modes tant des habits que des dances depuis Charles VII jusqu’à présent (n° 1557), on y trouvera les ballets dansés par Louis XIV, la reine et les princes, la série des ballets de Molière, les divertissements de Fontainebleau, de Versailles, de Marly, de Choisy, les opéras de Cambert, de Lully, le répertoire de l’Académie royale de musique, etc. […]
La section italienne est des plus copieuses. Elle s’ouvre par deux pièces, fort rares, du théâtre religieux : la rappresentatione divota di Barlaam et Josaphat, per Bernardo Pulci, avec de très jolies figures sur bois de l’école florentine, et La rappresentatione di San Francesco (nos 1877 et 1878), l’une et l’autre sans lieu ni date, mais imprimées à Florence, à la fin du XVe siècle. […]
La réunion des Ecrits relatifs au théâtre ne le cède pas en intérêt à la bibliothèque purement dramatique. Nous signalerons d’abord la série : Fêtes, pompes et solennités publiques (nos 2474 à 2526) ; les Annales du théâtre français, de 1799 à 1805, manuscrit autographe et inédit de Lemazurier, archiviste de la Comédie française ; des mémoires pour servir à l’histoire de l’Académie royale de musique, depuis son établissement jusqu’en 1758 (n° 2564) et l’histoire de l’Académie royale de musique, 1645-1741 (n° 2566), manuscrits inédits, d’une haute importance pour l’histoire de notre grand opéra ; une très complète histoire du théâtre italien, 1577-1750, manuscrite, par Gueullette, avec lettres autographes et nombreux portraits, (n° 2570) ; une très abondante collection d’écrits de toute sorte relatifs à Corneille, à Molière, à Racine et à Voltaire (n° 2630-2670) ; 

Photographie Université de Toulouse
La Douctrino crestiano meso en rimos, per poude estre cantado sur diberses ayres, Toulouso, 1645, fort rare, (n° 2731) ; un manuscrit autographe de Mozart, six sonates pour piano et violon, composées par le maître à l’âge de dix-huit ans, avec un morceau de la 6e sonate entièrement refait. Dans les écrits sur la danse et les ballets : Le gratie d’amore di Cesare Negri milanese, professore di ballare. Milano, 1602, avec 58 belles planches gravées à l’eau-forte par Leone Pallavicino d’après Mauro Rovero (n° 2755) et un superbe exemplaire des Nuove inventioni di balli, autre édition, avec un nouveau titre, du livre précédent, (n° 2756). Dans l’architecture théâtrale : un recueil de plans de théâtres, 43 dessins au lavis (n° 2790) et la Comédie française du faubourg Saint-Germain, 199 dessins grand in-folio (n° 2791). Parmi les estampes : Neueroffneter Masquen-Saal… de Johann Messelreuter, Bayreuth, s. d., recueil très rare et non cité de costumes d’opéras, publié au XVIIIe siècle, (n° 2845) ; 


les Costumes et Annales des grands théâtres de Parispar M. de Charnois. Paris, Janinet, 1786-89, magnifique exemplaire en grand papier, relié en maroquin ancien, de ce précieux ouvrage, doublement intéressant par les renseignements qu’il fournit sur les théâtres parisiens, et par les portraits d’artistes dont il est orné, (n° 2847) ; une suite de recueils de costumes, de Galeries des artistes dramatiques, de portraits (nos 2848-2863) ; enfin un Album de caricatures par Horace Vernet, les unes à la sépia, les autres en couleur, toutes étincelantes de verve et d’esprit (2865). » [sic]
(« La Bibliothèque dramatique de feu le baron Taylor ». In Bulletin du bibliophile et du bibliothécaire. Paris, Techener, 1893, p. 489-495)

Signature du baron Taylor (1875)
Photographie BnF