vendredi 11 octobre 2019

Denis-Simon Magimel (1766-1831), beau-frère de Firmin Didot



Destruction de l'église Saint-Barthélemy, Paris (1792)
par Pierre-Antoine Demachy (Musée Carnavalet)

Descendant d’une famille d’orfèvres parisiens remontant au XVIIe siècle, Denis-Simon Magimel est né à Paris, le 2 avril 1766, et a été baptisé en l’église Saint-Barthélemy [IVe, détruite en 1792], fils de Augustin-Simon Magimel (1730-1792), syndic des orfèvres, et de Élisabeth-Anne-Marguerite Rieutort (1741-1790). 

Philippe-Antoine Magimel (1692-1772)
Grand-père de Denis-Simon Magimel


Son oncle, Antoine-Édouard Magimel (1724-1793), orfèvre, était échevin de la ville de Paris, époux de Marie-Louise Aubert (1735-1810), fille du violoniste Jacques Aubert (1689-1753) et de Marie-Louise Lecat.

En 1789, le 2e fils de François-Ambroise Didot, dit « l’Aîné », Firmin Didot (1764-1836), libraire 116 rue Dauphine [VIe], succéda à la fonderie de son père et épousa Catherine-Denise-Élisabeth Magimel, sœur cadette de Denis-Simon Magimel, née à Paris le 13 août 1770.



Devenu « Libraire pour les Mathématiques, l’Art Militaire et l’Architecture », Firmin Didot céda en 1793 à son beau-frère la partie de son fonds de librairie concernant l’art militaire, pour qu’il puisse ouvrir sa librairie « pour l’Art militaire et les sciences et arts », quai de la Vallée, c’est-à-dire 73 quai des Augustins [n° 61 de 1805 à 1807, avant le déménagement], près le Pont-Neuf [VIe].

Le 26 décembre 1793, à Paris, Denis-Simon Magimel épousa Geneviève-Aglaé Luce, fille de Michel-Vincent de Paul Luce (1740-1791) et de Jeanne-Joseph Séjean (1752-1835), qui lui donna deux enfants : Aglaé, née le 29 octobre 1794, et Albert, né le 2 floréal An VII [21 avril 1799].

Catalogue [1795]

Vers 1800, Charles-Louis-Étienne Bachelier (1776-1852) entra comme apprenti chez Magimel ; il épousa la fille de l’imprimeur-libraire Louis Courcier (1755-1811) en 1804 et ouvrit sa librairie en 1805, au 55 quai des Augustins.





Geneviève-Aglaé Luce décéda prématurément le 1er septembre 1806, à l’âge de 31 ans ; sur sa tombe, au cimetière de Vaugirard [XVe], fut gravée l’inscription suivante :

« La douleur qu’elle ressentit de la
mort successive et prématurée de son père,
de son frère, et de deux de ses sœurs,
l’a conduite au tombeau.

Douée de toutes les vertus, exempte de
tout défaut, le modèle en un mot de son sexe,
sa vie entière fut consacrée à rendre heureux
tout ce qui l’entoura. Sa mort est pour
son mari, ses enfans, ses parens, ses amis,
le sujet d’une douleur éternelle. »

Le 26 décembre 1807, Denis-Simon Magimel épousa, en secondes noces, la jeune veuve de Alexis-Claude-Étienne Dejean, Angélique-Marguerite-Jeanne Guénard-Demonville, fille du libraire Antoine Guénard-Demonville († 4 germinal An V [24 mars 1797]), imprimeur de l’Académie française, et de Angélique-Catherine Brunet (1748-1785).


En 1808, la librairie de Magimel déménagea au 9 rue de Thionville [XIXe], 


Entrée de la rue Dauphine, vue du Pont Neuf (1830)
1. Immeuble du quai des Augustins
2. Immeuble du 9 rue Dauphine

puis revint, en 1814, près de sa première localisation, à l’angle du quai des Augustins, 9 rue Dauphine [VIe].  


« Lors de la nouvelle réglementation de l’imprimerie, par décret du 5 février 1810, sous le premier Empire, le nombre des imprimeurs fut réduit et limité dans chaque localité. Par arrêté du 27 janvier 1811, Antoine-Louis Guénard Demonville fut maintenu imprimeur en lettres à la résidence de Paris et compris sur la première liste de soixante imprimeurs qui, dans cette ville, devaient recevoir le brevet désormais exigé ; son nom était le septième sur cette liste.
Mais, en décembre 1813, il faisait paraître un volume intitulé : Cours de droit public. “ Le but de cet ouvrage était de montrer la tyrannie ou la folie du pouvoir exécutif de France et la faiblesse des Corps constituants.” L’ouvrage fut saisi et Demonville forcé de donner sa démission d’imprimeur. Il fut alors convenu que le brevet serait passé à M. Magimel, son beau-frère, qui accepta cette responsabilité, afin de pouvoir lui conserver l’état de ses pères sous son nom et de le lui rendre dans des circonstances plus heureuses. Denis-Simon Magimel fut breveté le 8 janvier 1814.
A l’époque de la première Restauration, Demonville voulut recouvrer son brevet, et son beau-frère, qui tenait le Magasin de Livres militaires, de Registres et d’Etats pour la Comptabilité des Corps, rue Thionville (aujourd’hui rue Dauphine), écrivait, le 28 octobre 1814, à M. le Directeur général de l’Imprimerie et de la Librairie : “ Vous connaissez sans doute les raisons qui, dans le temps, ont engagé M. Demonville, mon beau-frère, à donner sa démission du titre d’imprimeur et moi à demander à en être revêtu.
Ces circonstances n’existant plus, je vous prie de vouloir bien agréer la démission que je vous offre aujourd’hui du titre dont je m’étais chargé, et vous prie de vouloir bien en revêtir de nouveau M. Demonville.” […]
Napoléon revint de l’île d’Elbe et les Cent-Jours suspendirent les décisions définitives à prendre au sujet de Demonville. Toutefois, il ne fut jamais donné suite à sa demande en réintégration dans le titre d’imprimeur de l’Académie française, et sa situation d’imprimeur en lettres ne se trouva régularisée que le 15 octobre 1816, par la délivrance qui lui fut faite d’un brevet comme remplaçant Denis-Simon Magimel, démissionnaire ; il y joignit, le 15 mars 1817, un brevet de libraire. »
(Paul Delalain. Les Libraires & Imprimeurs de l’Académie française de 1634 à 1793. Paris, Alphonse Picard et Fils, 1907, p. 106-108)




Photographie Librairie Gil


Photographies Bertrand Malvaux

En 1816, Magimel prit deux associés brevetés le 19 janvier 1816 : Auguste-Édouard-Gabriel Anselin (1784-1853), un de ses anciens apprentis, et Augustin-Marie Pochard. 



Ils lui succédèrent en 1820 ; Anselin resta le seul successeur de Magimel en 1827.

Denis-Simon Magimel mourut le 19 mars 1831, à Paris [VIe].


lundi 7 octobre 2019

Jean-Nicolas Barba (1769-1846), infatigable éditeur de pièces de théâtre

Carte de Cassini


D’une famille d’ouvriers agricoles à Sommelans [Aisne], Jean-Nicolas Barba y est né le 23 janvier 1769, fils de Nicolas Barba (1746-1822) et de Marie-Jeanne Barrast (1744-1782), mariés le 23 janvier 1769, après s’être fait la cour pendant cinq ans.

Jean-Nicolas Barba fut envoyé en apprentissage chez Ledru, peintre et vitrier, à Gandelu [Aisne], dont le seigneur était le duc Louis-Joachim Potier de Gesvres (1733-1794).
En 1785, Barba partit pour Paris où il arriva chez Honoré-Clément Dehansy, libraire sur le Pont-au-Change [IVe], qui lui donna l’adresse de son oncle, frère cadet de son père, qui exerçait l’état d’assembleur [qui assemble des feuillets ou des cahiers dans l’ordre, pour constituer un livre]. 

Angle de la rue Pavée [rue Séguier] et du quai des Augustins

Jugeant son oncle trop sévère, Barba le quitta pour entrer chez Pierre-Michel Lamy (1752-v. 1829), libraire, quai des Augustins [quai des Grands Augustins, VIe].

Drapeau d'ordonnance

Sur un coup de tête, il s’engagea en 1788 dans le régiment de Boulonnais, en garnison à Cambrai [Nord] depuis le mois de mars. La Révolution ne tarda pas à éclater, entraînant le soulèvement d’une partie de l’armée, dont le régiment de Boulonnais, qui déserta presqu’entier : Barba déserta le 30 août 1789 et rejoignit Paris.

Arrivé dans la capitale, il s’enrôla dans le district du quartier des Filles-Saint-Thomas, caserné dans l’hôtel Richelieu [détruit], rue Neuve-Saint-Augustin [rue Saint-Augustin, IIe], puis fut engagé dans la compagnie Catol, 4e division, faubourg Poissonnière [Xe]. 


Après quelques mésaventures qui le conduisirent pour un mois à la prison de l’Abbaye, place Sainte-Marguerite [boulevard Saint-Germain, VIe, démolie en 1854], il s’associa avec un colporteur d’un village près de Bavay [Nord], qui vendait des mauvais livres édités par Charles Lehoucq (1748-1830), libraire à Lille [Nord]. L’association rapidement rompue, il partit pour la foire de Saint-Remi à Reims [Marne], où il ouvrit une boutique, que les libraires de la ville réussirent à faire fermer en quelques jours.

Plan du Palais-Royal en 1818
Photographie BnF

De retour à Paris, il s’établit libraire, le 1er février 1791, au Palais-Royal [Ier], dit alors « Palais de la Révolution » ou « Jardin de la Révolution », dans la galerie vitrée, située au bout des galeries de bois et conduisant au Théâtre-Français, alors Théâtre de la République

« En m’établissant en 1791, j’avais deux cents francs, après avoir donné cent cinquante francs pour six mois d’avance. Le Prieur [Pierre-Sébastien Le Prieur (1758-1834)] me fit crédit de cinquante francs sur cent que je lui achetais de livres, et le bon Maradan [Claude-François Maradan (1762-1823)] me fit aussi crédit de cent francs. Bance père [Jacques-Louis Bance (1761-1847)] me vendit à crédit la Vie de Marie-Antoinette pour deux mille francs. Je fis en tremblant vingt billets à ordre, et je réussis. […] Puis vint mon père nourricier, Pigault-Lebrun, le Cuisinier royal avec lequel j’ai gagné cent mille francs. J’ai imprimé sept millions d’exemplaires de pièces de théâtre ; je ne réussissais pas toujours. […] Quant aux livres, je réussissais presque toujours, jusqu’aux Œuvres d’Alex. Duval. »
(Souvenirs de Jean-Nicolas Barba, ancien libraire au Palais-Royal. Paris, Ledoyen et Giret, 1846, p. 175-176)

En 1793, année de la mort de Marie-Antoinette Cailleau, veuve de Nicolas-Bonaventure Duchesne (1710-1765), libraire rue Saint-Jacques [Ve], Barba aurait racheté le fonds de théâtre de la maison Duchesne.
Rue Gît-le-Coeur, vue de la rue Saint-André-des-Arts (septembre 2018)

Rue Gît-le-Coeur 
A gauche : Bouton, relieur, est au n° 12 ;  Gennequin est au n° 6 ; Brunet est au n° 4. A droite : Barba est au n° 15.
 P
hotographie Charles Marville (1866)


Barba quitta sa petite boutique du Palais-Royal pour ouvrir un magasin rue Gît-le-Cœur [VIe] et édita dès 1793, avec Léonard Mongie, dit « Jeune », libraire au Palais-Royal, la première pièce de théâtre de Charles-Augustin Bassompierre, dit « Sewrin », Les Loups et les Brebis, ou la Nuit d’été, ainsi que L’Hiver, ou les Deux Moulins, par le même Sewrin et Vrain-Antoine Vée, dit « Duchaume ».


Il rencontra le romancier prolifique Guillaume-Charles-Antoine Pigault de l’Épinoy, dit « Pigault-Lebrun » (1752-1835), avec lequel il fit ses premières affaires en lui achetant des comédies en 1793 – Charles et Caroline, ou les Abus de l’Ancien Régime – et en 1794 : Les Dragons et les Bénédictines et Les Dragons en cantonnement, ou la Suite des Bénédictines. Par la suite, Barba édita tous les ouvrages de Pigault-Lebrun, dont la vente s’éleva à plus de 600.000 francs, et le proclama son « père nourricier ».


Dès 1793, Barba ouvrit également un « Magasin de pièces de théâtre » au 27 rue Saint-André-des-Arts [VIe], dans un hôtel particulier du XVIIe siècle, dit « hôtel Duchesne » [construit pour l’historien André Duchesne], voisin de la maison [n° 29, détruite] du célèbre notaire bibliophile Antoine Boulard (1754-1825).


Catalogue [1795]

Catalogue [1797]

Avant d’acheter 49.000 pièces de théâtre à Maradan, en 1795, Barba en édita quelques-unes avec lui, dont Robert chef de brigands et Le Tribunal redoutable, en 1793, par Jean-Henri Lamartelière.


En 1796, la veuve de Philippe Fabre d’Églantine, au nom de son fils, mineur, a fait saisir une contrefaçon de L’Intrigue épistolaire chez Barba, qui fut poursuivi (Les Tribunaux civils de Paris pendant la Révolution. Paris, Léopold Cerf, Noblet et Quantin, 1907, t. II, 1ère partie) :

-          le 5 floréal An IV [24 avril 1796], pour avoir contrefait, vendu et distribué l’ouvrage dramatique dit L’Intrigue épistolaire, comédie en cinq actes dont était l’auteur le feu Fabre d’Églantine, Barba fut condamné à payer à la veuve Fabre d’Églantine une somme équivalente à la valeur de 3.000 exemplaires de l’édition originale, ce qui sera évalué par experts ; le tribunal ordonna la confiscation des exemplaires contrefaits saisis.
-          le 24 thermidor An V [11 août 1797], pour avoir contrefait un ouvrage dit L’Intrigue épistolaire, dont le feu citoyen Fabre d’Églantine était l’auteur, Barba fut condamné à 3.000 livres, pour la valeur de 3.000 exemplaires dudit ouvrage ; les exemplaires saisis furent confisqués au profit de la veuve Fabre d’Églantine.
-          le 5 ventôse An VI [23 février 1798], vu le procès-verbal dressé le 7 pluviôse An IV [27 janvier 1796] par le commissaire de police de la division du Théâtre-Français constatant qu’il s’est trouvé dans le magasin de Barba 132 exemplaires contrefaits de l’imprimé intitulé L’Intrigue épistolaire, comédie en cinq actes de Fabre d’Églantine, et attendu que Barba est convenu d’avoir rendu 2 exemplaires à différents prix, mais qu’il n’est pas prouvé qu’il soit lui-même contrefacteur, Barba fut condamné à payer à la veuve Fabre d’Églantine la somme de 500 francs à laquelle elle a fixé elle-même, à raison d’un franc par exemplaire, la valeur de 500 exemplaires ; les 132 exemplaires saisis furent confisqués au profit de la veuve.   
Au Petit Dunkerque : enseigne
Musée Carnavalet

Au Petit Dunkerque, 3 quai Conti
Eau-forte par Ernest Laborde. In Gazette des beaux-arts, février 1913, p. 158




En 1798, Barba déménagea son Magasin de pièces de théâtre dans la maison « Au Petit Dunkerque » [détruite en 1913], 3 quai de Conti [VIe], en face du Pont Neuf, au coin de la rue de Nevers, ancienne boutique de Charles-Raymond Granchez, bijoutier de la reine Marie-Antoinette.

En 1800, Barba s’installa définitivement au Palais-Royal, alors Palais du Tribunat, dans la galerie derrière le Théâtre-Français.

Barba avait épousé Marie-Françoise-Lucie Cavanagh († 1815) le 8 juin 1793. Ce mariage n’a pas été heureux. Il y avait entre les époux incompatibilité d’humeur et, après quelques années de mariage, ils avaient cessé de vivre ensemble. Ils divorcèrent le 3 germinal An XI [27 mars 1803].


Marie-Françoise Cavanagh ouvrit alors une librairie 5 passage des Panoramas [IIe], devint libraire du Théâtre des Variétés, puis déménagea en face de ce Théâtre, 2 boulevard Montmartre [IXe].


Le 5 fructidor An XI [23 août 1803], Marie-Françoise Cavanagh accoucha de Henri-Frédéric Barba.
Le 13 brumaire An XII [4 novembre 1803], Barba présenta à l’état-civil, comme né de lui et d’Adélaïde Cavanagh, sœur de son ex-épouse, Gustave-Émile Cavanagh, dit « Barba » : cette déclaration impliquait un inceste, puisqu’en 1803 le mariage était prohibé de manière absolue entre le beau-frère et la belle-sœur, sans même qu’il fût possible de lever l’interdiction.

Jean-Nicolas Barba
In Souvenirs. Paris, Ledoyen et Giret, 1846

Spécialisé dans le théâtre et éditeur de Pigault-Lebrun, Barba fut aussi acteur au Théâtre de la Cité, place du Palais de Justice [IVe], et agent dramatique, ce qui lui permit de faire d’importants profits :

« Voyez, par exemple, ce gros monsieur, à la figure épanouie, à l’air franc et ouvert, qui vient de terminer ses comptes, de donner sa signature, et qui sort un sac d’argent à la main. Vous croyez sans doute que c’est quelque gai successeur de Panard et de Désaugiers, le soutien de quelque théâtre chantant, le géant du couplet de facture. Détrompez-vous : ce gros monsieur, c’est M. Barba.
-          M. Barba ! me direz-vous en faisant un bond ; M. Barba, auteur ! Pour qui me prenez-vous ? Je sais que M. Barba est l’éditeur de la Cuisinière bourgeoise, des romans de Pigault-Lebrun, du Cuisinier royal, des mélodrames de M. Pixérécourt [sic], et de douze à quinze cents pièces de théâtre. Mais M. Barba, auteur ! Vous voulez rire ?
-          En effet, M. Barba n’est pas auteur ; ce qui ne l’empêche pas de venir tous les mois toucher une somme assez ronde chez l’agent dramatique ; et voici comment :
Un vaudeville, un mélodrame a-t-il réussi sur l’un de nos théâtres, M. Barba offre du manuscrit trois, quatre, cinq cents francs, selon le succès.
-          Jusque là, me direz-vous, rien de mieux. Il fait son métier de libraire. Seulement il offre peu.
-          Oui, mais un instant. Voici venir le spéculateur. M. Barba, vous dis-je, offre trois, quatre ou cinq cents francs du manuscrit, somme que vous trouvez fort modique ; mais il l’offre à condition que vous lui céderez le tiers de vos droits d’auteur en province. Comprenez-vous maintenant ?
-          Mille fois trop ! vous écriez-vous. Mais c’est une horreur ! c’est un marché de dupe !
-          Attendez ! car il faut voir la question sous toutes ses faces. S’il y a avantage pour le libraire, et avantage énorme, peut-être aussi n’y a-t-il pas dommage complet pour l’homme de lettres, et voici comment. Vous comprenez que M. Barba, acquéreur d’une pièce nouvelle aux conditions que je viens de vous décrire, se hâte d’en adresser des exemplaires aux directeurs de tous les théâtres de France, avec une recommandation de sa propre main ! Et vous sentez ce que ce doit être qu’une recommandation de M. Barba ! Aussi un mois après, le nouveau chef-d’œuvre est-il à l’étude au Nord et au Midi ; on le répète à Marseille et à Cambrai ; on le joue partout. M. Barba apporte dans ses intérêts dramatiques toute son activité de commerçant ; il expédie les succès, franc de port, par toute la France ; il fait voyager par le roulage accéléré la tirade et le couplet, le marivaudage et le gros comique, le rire et les sanglots ; il ne néglige pas la plus petite bourgade, pourvu qu’elle ait un théâtre. La France ne sait vraiment pas tout ce qu’elle a d’obligations à M. Barba, ce grand pourvoyeur de ses plaisirs. Il résulte de cette sollicitude de l’infatigable éditeur, que si les droits de l’auteur sont diminués, ils sont plus fréquents ; que s’il touche moins dans chaque ville, il touche dans presque toutes : cela se compense. Je ne parle pas de l’avantage d’être représenté dans tous nos départements, d’être adulé, prôné, encensé, dans les circulaires de M. Barba, et au bas de ses factures : au temps où nous sommes, on tient si peu à la gloire ! Qu’il me suffise de vous avoir prouvé qu’entre M. Barba et les auteurs qui traitent avec lui, les profits se balancent.
-          Oui ; mais je vois aussi qu’au bout de six mois, M. Barba, rentré dans ses déboursés, s’est créé un revenu durable et certain ; que la somme qu’il offre n’est pas en rapport avec les bénéfices qu’il en retire, et que, moyennant ce genre de spéculation, c’est une véritable dîme qu’il prélève sur les travaux de nos auteurs dramatiques, sur les veilles de nos écrivains.
-          Permis à vous de le dire ; mais M. Barba n’impose à personne ses conditions ; libre à tout le monde de les rejeter : il ne fait point signer ses traités au coin d’un bois, et le pistolet à la main ; cela s’opère à l’amiable, et de gré à gré. Si nos auteurs veulent l’enrichir, qu’y trouvez-vous à redire ? Et puis vous ne songez qu’aux bénéfices ; il faut aussi songer aux pertes, aux non-valeurs, aux chutes de province, aux banqueroutes !
-          Laissez-moi donc tranquille ! Voyez donc seulement cet air de jubilation ! voyez la rotondité de ce sac d’écus ; voyez ce sourire qui annonce l’abondance de la récolte et la douce prévision de l’avenir ! Je vous dis que M. Barba mourra millionnaire, et dans l’impénitence finale.
-          Dieu vous entende ! dirait-il, s’il connaissait le vœu que vous formez. »   
(Léon Halévy. « Une agence dramatique ». In Paris, ou le Livre des cent-et-un. Paris, Ladvocat, 1832, t. IX, p. 299-302)

Photographie Archives de Nantes

Outre d’innombrables pièces de théâtre, Barba édita, en particulier : 


Photographies BnF

La Religieuse, par Diderot (avec Le Prieur, An V-1797, 3 vol. in-12) ; Des calembourgs comme s’il en pleuvoit (An VIII-1800, in-16) 

Photographie G.F. Wilkinson, San Francisco

et Angotiana, ou Suite des calembourgs comme s’il en pleuvoit (An IX-1801, 6e édition), par Armand Ragueneau de la Chainaye ; 


Les Nouveaux Savans de société (An IX-1801), attribué à S.-J. Ducœurjoly ; 

Photographie Thierry Corcelle

Les Sérails de Londres (An IX-1801, 2 vol. in-16) ; 

Photographie Médiathèque Fontainebleau

Histoire de Bonaparte (An IX-1801) et Histoire du général Moreau (An X-1801) ; 

Photographie Bertrand Hugonnard-Roche

Vie philosophique
, politique et littéraire de Rivarol (An X-1802, 2 vol. in-12), par Sulpice de la Platière ; 


Abrégé chronologique de la révolution de France (An X-1802, 3 vol. in-12), par Antoine Fantin-Desodoards ; 


Vie de Chrétien-Guillaume Lamoignon Malesherbes (An X-1802), par Alphonse Martainville ; 


L’Ami des femmes (1804), par P. J. Marie de Saint-Ursin ; 


Souvenirs de Paris (An XIII-1805, 2 vol. in-12), par Auguste Kotzebue ; 



Le Cuisinier impérial (1806, in-8) - dont le titre devint Le Cuisinier royal en 1814 -, par André Viard ; 


Fêtes du mariage de S. M. l’Empereur Napoléon-le-Grand avec la princesse Marie-Louise (1810).

Barba fut breveté libraire le 1er octobre 1812. 


Photographie BnF
D’autres éditions suivirent : 


Photographie Musée Médard

Ligue des nobles et des prêtres contre les peuples et les rois (1820, 2 vol. in-8), par Paul de P. ; 


Promenade de Dieppe aux montagnes d’Écosse (1821), par Charles Nodier ; 


Œuvres de L. B. Picard (1821-1823, 10 vol. in-8) ; Œuvres complètes d’Alexandre Duval (avec Chasseriau, 1822-1823, 9 vol. in-8) ; 


Œuvres complètes de Pigault-Lebrun (1822-1824, 20 vol. in-8) ; Histoire de France, abrégée, critique et philosophique (1823-1828, 8 vol. in-8) ; 


Dictionnaire théâtral (1824, in-16), par François Harel, Maurice Alhoy et Auguste Jal ; Dictionnaire historique de Paris (1828, 2e édition, 2 vol. in-8), par Antony Béraud et P. Dufey ; Histoire philosophique de Marc-Aurèle (1830, 2e édition, 4 vol. in-8), par feu Louis Ripault ; 


Almanach perpétuel des gourmands (1830, 6e édition, in-18) ; 


Rabelais analysé (1830), par Francisque Michel ; 


La Ruine de Missolonghi (avec Garnier et Blosse, 1836), par Alphonse Muzzo Mauro.
À partir de 1824, Barba fut également le premier éditeur des œuvres de Charles-Paul de Kock (1793-1871). 

Barba fut impliqué dans divers procès l’opposant à des auteurs ou à des éditeurs, et fut également condamné pour outrage à la morale publique et religieuse :


-          le 26 juin 1821, Victor Ducange fut condamné à 6 mois d’emprisonnement et à 500 francs d’amende, pour avoir composé, fait imprimer, publier, vendre et distribuer Valentine, ou le Pasteur d’Uzès (Paris, J.-N. Barba, 1820, 3 vol. in-12) ; la cour a en outre déclaré définitive la saisie de l’ouvrage et a ordonné la suppression et la destruction des exemplaires saisis, ainsi que de tous ceux qui pourraient l’être ultérieurement.
-     

        le 3 décembre 1824, Barba a été condamné à 1 mois de prison et 520 francs d’amende, pour avoir fait réimprimer, publier et distribuer Monsieur de Roberville (1824, 4 vol. in-12). Sur l’appel de ce jugement, la Cour royale de Paris, par arrêt rendu le 15 janvier 1825, a infirmé ledit jugement et déchargé Barba des condamnations prononcées contre lui, attendu qu’il a pu être induit en erreur par une édition publiée en 1818 ; mais néanmoins la Cour a maintenu l’ordre que les exemplaires saisis et tous ceux qui seraient trouvés par la suite, seraient supprimés et mis au pilon.


-          le 25 juin 1825, Barba a été condamné à 8 jours d’emprisonnement, 16 francs d’amende et aux dépens, pour avoir fait imprimer, publier et vendre L’Enfant du carnaval (1824, 3 vol. in-12) ; le même jugement ordonna que les exemplaires saisis soient confisqués pour être détruits.

Une ordonnance royale du 7 août 1825 retira à Barba son brevet, mais il continua à exercer son état de libraire en s’associant à Théophile Grandin, pourvu d’un brevet depuis le 20 novembre 1820. Des poursuites furent alors dirigées contre Barba, comme exerçant la librairie sans brevet, et le Tribunal correctionnel les condamna le 5 juillet 1826 tous deux à 500 francs d’amende, pour avoir éludé le règlement de la librairie de 1723, au moyen d’un acte de société simulé, par lequel Grandin s’établissait en réalité le prête-nom de Barba. Ils en appelèrent, et la Cour royale, par arrêt du 19 avril 1827, a infirmé ce jugement en considérant que la loi ne défendait pas à un libraire d’avoir un associé, et qu’ainsi il n’y avait pas de délit de la part de Barba. Le ministère public s’est pourvu contre cet arrêt, et la cour de cassation, dans sa séance du 28 juillet 1827, l’a annulé et a renvoyé l’affaire devant la Cour royale d’Amiens, pour statuer sur la condamnation. La Cour royale d’Amiens les a renvoyés des poursuites dirigées contre eux, par le motif qu’aucune loi pénale ne pouvait leur être appliquée. Le ministère public s’est pourvu en cassation contre cet arrêt. Le 13 février 1836, la Cour de cassation rejeta le pourvoi.

« Les galeries de bois, appelées dans l’origine Camp des Tartares, et la galerie adossée au Théâtre Français, ont toujours été un sujet continuel d’alarmes. On eût appris avec autant de peine que de surprise qu’elles avaient été la proie des flammes ; ce pronostic, fondé sur la frêle construction des baraques qui déparent cette partie du plus beau palais de la capitale, s’est réalisé dans la nuit du 28 au 29 octobre 1827, dans la galerie adossée au Théâtre Français. Le feu éclata vers 3 heures du matin. Un soldat en faction dans la cour donna le premier signal d’alarme. Les secours furent prompts, mais toute la partie qui longe la cour était déjà consumée ; elle se composait de légers étalages en planches, occupés par des marchands de chaussures. L’étalage de librairie de M. Lécrivain, établi sur la partie intérieure de la cour, fut entièrement brûlé. Heureusement pour le propriétaire, qu’il s’était fait assurer ; mais pour peu que les secours eussent tardé, les lettres et le commerce subissaient une perte peut-être irréparable ; la librairie de M. Barba était dévorée par les flammes. Déjà toutes les boutiques en face ne formaient qu’un seul foyer. Les flammes enveloppaient dans toute sa largeur la devanture du magasin de M. Barba ; l’épaisseur et la solidité des volets et des portes, avaient résisté aux premières atteintes du feu ; mais un instant plus tard, tout périssait. Le même danger menaçait le magasin de comestibles de Chevet. Les huiles, les liqueurs, tous les corps gras qui s’y trouvaient amoncelés, eussent augmenté l’intensité et la violence de l’incendie, dont les ravages auraient bientôt atteint le Théâtre Français, la galerie de tableaux et les appartemens du prince. Echappée aux flammes par la prodigieuse rapidité et l’habile application des secours, la librairie Barba fut endommagée par le jeu des pompes. Tous les livres furent plus ou moins avariés, mais rien ne fut entièrement détruit. Cette perte aurait dû désarmer la sévérité de la direction de la police, qui, récemment, avait retiré à M. Barba son brevet de libraire, à la suite d’un jugement qui l’avait condamné pour un ouvrage dont il était éditeur depuis trente-cinq ans, et dont la publication n’avait jamais éprouvé le plus léger obstacle.
Les renseignemens donnés sur la cause de ce désastre l’attribuaient à l’imprévoyance de M. et madame Warnier, dont la boutique avait été ou présumée être le premier foyer de l’incendie ; on répétait qu’une chaufferette allumée y avait été oubliée, et qu’un chat resté dans l’étroit magasin avait renversé cette chaufferette, dont la braise avait promptement enflammé le plancher et le comptoir. Le fait, eût-il été prouvé, ne constituait point délit d’incendie par imprudence. Les époux Warnier ont été traduits en police correctionnelle. Un premier jugement ordonna une plus ample information ; mais les nouvelles dépositions furent aussi vagues, aussi insignifiantes que les premières, et au jugement du 16 janvier 1828 a renvoyé M. et madame Warnier de la plainte portée contre eux. » [sic]
(Antony Béraud et P. Dufey. Dictionnaire historique de Paris. Paris, J.-N. Barba, 1828, Seconde Edition, t. II, p. 685-686)    

Construction de la galerie d'Orléans en 1829 [détail]

L’incendie du Palais-Royal força Barba, au mois de novembre 1827, de déplacer son magasin cour des Fontaines, entre la rue de Valois et la rue des Bons-Enfants [passage de la Cour des Fontaines, Ier], 



et au Magasin de pièces de théâtre, vis-à-vis le Café de la Régence, « À la Civette », 210 rue Saint-Honoré [Ier]. Les embellissements du Palais étant terminés dans la partie incendiée, le magasin y fut de nouveau transféré, Grande Cour, derrière le Théâtre-Français, à partir du 1er janvier 1829.


Catalogue 1830
Photographie BnF



En 1834, Barba, Pierre-Joseph-Victor Bezou (1795-1860) - boulevard Saint-Martin et 34 rue Meslay [IIIe] – et Charles-Alexandre Pollet († 1834) – rue du Temple [IIIe] -, qui fut remplacé en 1835 par Henri-Louis Delloye (1787-1846) – rue des Filles-Saint-Thomas [IIe], près de la Bourse -, fondèrent La France dramatique au dix-neuvième siècle, collection composée du répertoire de tous les théâtres de Paris.

Palais-Royal : galerie de Chartres

Atteint de cécité, Barba se retira des affaires, après avoir vendu son fonds de commerce, à son commis Christophe Tresse (1808-1867) :

« Suivant contrat passé devant Me Halphen et son collègue, notaires à Paris, le 6 juillet 1839, enregistré, M. Jean-Nicolas BARBA, libraire, demeurant à Paris, cour des Fontaines, n° 3, et Palais-Royal, galerie de Chartres, n° 2 et 3, a vendu à M. Christophe TRESSE, commis en librairie chez M. Barba, demeurant à Paris, cour des Fontaines, n° 3 ;
LE FONDS DE COMMERCE DE LIBRAIRIE exploité par M. Barba au Palais-Royal, galerie de Chartres, n° 2 et 3, et composé notamment de : 1° l’achalandage et la clientèle attachés audit fonds et au nom qu’il porte ; 2° tous les meubles et objets mobiliers, et généralement tout le matériel servant à son exploitation ; 3° tous les exemplaires des pièces de théâtre, tant anciennes que modernes ; 4° tous les livres de fonds et d’assortiment existant ; 5° la propriété de tous les ouvrages publiés jusqu’à ce jour par M. Barba, ou dont il est éditeur ou propriétaire ; 6° tous les livres, brochures, pièces mis en dépôt ou confiés en quelque lieu et à quelque personne que ce soit ; 7° la propriété de tous les exemplaires de la France Dramatique, appartenant à M. Barba ; 8° et tous les droits de propriété, possession et jouissance appartenant à M. Barba dans la France Dramatique, y compris la propriété des clichés et du matériel, sauf la réserve qui a été faite par M. Barba au sujet de ladite France Dramatique : le tout ainsi qu’il est expliqué audit contrat de vente ;
Cette vente a été faite moyennant cent soixante-onze mille francs, sur lesquels M. Tresse a payé comptant quatre-vingt mille francs ; pour le surplus de ce prix, payables aux époques indiquées dans le contrat de vente, M. Tresse a souscrit soixante-douze billets à l’ordre de M. Barba ; lesquels billets, acquittés à leurs échéances, vaudront quittance à M. Tresse de son prix. »
(Feuilleton du Journal de la librairie, 13 juillet 1839, p. 3)  

Jean-Nicolas Barba mourut à Paris, le 17 mai 1846, après avoir publié ses Souvenirs (Paris, Ledoyen et Giret, 1846, 2 portraits).


Après avoir travaillé deux ans dans la librairie de son père, Gustave-Émile Barba s’était installé en 1826, assembleur, satineur et brocheur, au 33 rue de Seine [VIe]. Devenu éditeur et « Propriétaire des œuvres de Pigault-Lebrun et de Paul de Kock », il s’était établi 34 rue Mazarine [VIe] en 1831, puis déménagea 31 rue de Seine en 1847, avant de se fixer 8 rue Cassette [VIe] en 1859. 


Aussi infatigable que son père, il s’occupa surtout, à partir de 1847, de publications populaires à bon marché. 
7 rue Christine (avril 2019)

7 rue Christine
Photographie Eugène Atget



Atteint d’une cruelle et douloureuse affection du pylore, il mourut le 15 mai 1867, en son hôtel - qui datait de 1771 -, 7 rue Christine [VIe], veuf de Lucie Noël.

Parmi ses publications : Œuvres complètes du capitaine Marryat (1838-1841, 60 vol. in-12) ; 


La Case du Père Tom (1853), première traduction française, par Émile de Labédollière, de Uncle Tom’s Cabin (Boston, 1852), par Harriet Beecher Stowe ; Géographie universelle (s. d. [1853], 3 vol. in-4, ill. Gustave Doré), par Conrad Malte-Brun ; Histoire de la guerre d’Orient (s. d. [1856], ill. par Janet-Lange, cartes par A.-H. Dufour), par Labédollière ; Abd-el-Kader (s. d. [1856], ill. par Janet-Lange), par Léon Plée ; Histoire des environs du nouveau Paris (s. d. [1860], in-8, ill. par Gustave Doré, cartes par Ehrard) 


et Le Nouveau Paris. Histoire de ses 20 arrondissements (s. d. [1860], gr. in-8, ill. par Gustave Doré, cartes par Desbuissons), par Labédollière ; Histoire de la guerre d’Italie (s. d. [1860], ill. par Janet-Lange), par Charles Paya ; Londres et les Anglais (s. d. [1862], ill. par Gavarni), par Labédollière.

S. d. [1863]
Photographie BnF

Fils adultérin de Gustave-Émile Barba et de Élise-Ismérie Coteau, Georges-Émile Barba avait succédé à son père dès 1862, 8 rue Cassette. Après avoir été breveté libraire le 24 mars 1863, il s’était installé 7 rue Christine. Il fit beaucoup de librairie courante et n’eut pas, comme éditeur, de spécialité particulière : ce fut lui qui édita l’Histoire de la guerre du Mexique (s. d. [1863-1868], ill. par Janet-Lange et G. Doré), par Labédollière.
Georges Barba mourut prématurément le 9 janvier 1877, à son domicile parisien, 63 boulevard Saint-Michel [Ve]. Sa veuve, Nathalie-Claire Rochette, née le 19 janvier 1841 à Paris, mariée à Paris [IXe] le 7 octobre 1867, céda le fonds de librairie, le 1er mars 1877, à Jules Rouff (1846-1927).

In Oeuvres complètes de Casimir Delavigne. Paris, Delloye et Lecou, 1836

Henri-Frédéric Barba, relieur-libraire, 38 rue Saint-Jacques [Ve], puis 4 rue des Poitevins [VIe], fut breveté le 6 septembre 1831, tint une simple boutique de détail et réalisa quelques ouvrages sérieux de science, de morale et d’histoire, 


telle que Jésus devant Caïphe et Pilate (1864), par André Dupin. Après qu’il eut appris que Gustave Barba venait de céder sa librairie à son fils Georges, Henri leur contesta le droit de porter le nom de Barba ; le Tribunal civil de la Seine jugea le 12 juillet 1866 :

« Attendu que la reconnaissance faite de Gustave Cavanagh par Nicolas Barba étant nulle, ledit Gustave Cavanagh et son fils Georges n’ont pas le droit de porter le nom de Barba […] ; - Dit que Georges Cavanagh, sans qu’il puisse jamais prendre le nom de Barba, sera néanmoins autorisé à mettre sur les livres qu’il publiera, sur les lettres et annonces relatives à son commerce, toute mention indiquant que sa librairie n’est autre que l’ancienne librairie Barba. »
(Bulletin de la Cour impériale de Paris, 1867, p. 823-826)

« Gustave et Georges Barba ont interjeté appel de ce jugement. De son côté, Henri Barba en a interjeté appel incident, et le fait seul de cet appel incident prouve que Henri Barba fait ce procès non dans un intérêt de famille, mais dans un intérêt commercial et de concurrence […]. M. l’avocat général Sallé a conclu à la confirmation du jugement, tant sur l’appel principal que sur l’appel incident.
La Cour, conformément à ces conclusions, a confirmé. »
(Gazette des tribunaux, 25 juillet 1867, p. 706-707)

Henri-Frédéric Barba mourut à Paris, à son modeste domicile du 55 rue des Moines [XVIIe], le 11 février 1879.