jeudi 24 janvier 2019

Thomas Phillipps (1792-1872), le plus grand collecteur de manuscrits de tous les temps.


Descendant d’une famille établie depuis longtemps à Broadway [Worcestershire, Angleterre], Thomas Phillipps est né hors mariage, à Manchester [Lancashire, Angleterre], 32 Cannon Street, le 2 juillet 1792, fils unique de Thomas Phillipps (1742-1818), industriel, et de Hannah [i. e. Anna] Walton (1770-1851), qui épousera Frederick Judd en 1812.

Middle Hill House et la Tour de Broadway

Il fut élevé à Middle Hill, propriété située près de Broadway, que son père avait achetée en 1794 :

« Dans une des parties les plus riantes du Worcestershire, non loin de la petite ville d’Évesham, se présente une chaîne de collines assez hautes, qui surplombent le hameau de Broadway et offrent l’aspect le plus pittoresque. Une belle maison de campagne, construite à mi-côte, s’élève entre de sombres massifs de verdure et domine toute la contrée, jusqu’aux montagnes de Morvan dans le pays de Galles. Le propriétaire de ce beau domaine, sir Thomas Phillipps, a consacré sa vie entière aux sciences et aux lettres. »
(Ernest Van Bruyssel. « La Bibliothèque de sir Th. Phillipps, Bart ». In Compte-rendu des séances de la commission royale d’histoire. Bruxelles, 1862, Troisième série, t. III, p. 119)

Il commença ses études en 1800 dans une académie privée de Fladbury [Worcestershire, Angleterre], avant d’entrer en 1807 à l’école de Rugby [Warwickshire, Angleterre], puis en 1811 à l’University Collège d’Oxford [Oxfordshire, Angleterre]. Il obtint son baccalauréat en 1815 et son diplôme de maîtrise en 1820.


À la mort de son père, le 1er novembre 1818, il hérita de Middle Hill et, le 23 février 1819, à Cheltenham [Gloucestershire, Angleterre], 

Harriet Molyneux

il épousa Harriet [i. e. Henrietta] Molyneux (1795-1832), fille du général Thomas Molyneux (1767-1841) et d’Elizabeth Perrin (1769-1831). Le jeune couple eut trois filles : Henrietta, née à Londres le 21 novembre 1819 ; Maria, née à Salisbury [Wiltshire, Angleterre] le 14 mars 1821 ; Katharine, née à Berne [Suisse] le 26 avril 1823.

Veuf depuis dix ans, Phillipps épousa en secondes noces Elizabeth Mansel (1814-1879), fille du révérend William Mansel (1792-1823) et de Harriet Oliver († 1877), le 2 juin 1842, à Leamington [Warwickshire, Angleterre]. 

Phillipps fut membre de la Society of Antiquaries de Londres en 1819, de la Royal Society [équivalent de l’Académie des sciences, en France] en 1820 et de l’Athenæum Club en 1826. Il fut nommé administrateur du British Museum en 1861 et élu en 1863 membre honoraire de la New-England historic, genealogical Society.
Il fut créé baronnet [titre donnant droit à l’appellation « sir »] en 1821.

Dès son plus jeune âge, il avait manifesté un amour pour la littérature et dépensait tout son argent de poche dans l’achat de livres. Ses modèles étaient Robert Cotton (1571-1631) et Robert Harley (1661-1724) :  

« My principal search has been for historical, and particularly unpublished manuscripts, whether good or bad, and particularly those on vellum. My chief desire for preserving vellum manuscripts arose from witnessing the unceasing destruction of them by goldbeaters ; my search for charters or deeds by their destruction in the shops of glue-makers and tailors. As I advanced the ardour of the pursuit increased, until at last I became a perfect vello maniac (if I may coin a word), and I gave any price that was asked. Nor do I regret it, for my object was not only to secure good manuscripts for myself, but also to raise the public estimation of them, so that their value might be more generally known, and consequently more manuscripts preserved. For nothing tends to the preservation of anything so much as making it bear a high price. The examples I always kept in view were Sir Robert Cotton and Sir Robert Harley. »

[Ma principale recherche a été faite pour les manuscrits historiques, en particulier inédits, qu’ils soient bons ou mauvais, et plus particulièrement ceux sur vélin. Mon désir principal de préserver les manuscrits sur vélin est né de la destruction incessante de ceux-ci par des batteurs d’or ; ma recherche de chartes ou d’actes par leur destruction dans les magasins de fabricants de colle et de tailleurs. Au fur et à mesure que je progressais, l’ardeur de la poursuite s’intensifiait. Je finis par devenir un parfait vellomaniaque (si je puis dire un mot) et je donnai le prix que l’on me demandait. Je ne le regrette pas non plus, car mon but n’était pas seulement de me procurer de bons manuscrits, mais aussi d’en faire une estimation publique, afin que leur valeur soit plus largement connue et, par conséquent, plus de manuscrits conservés. Car rien ne tend à préserver quoi que ce soit, mais à en faire payer le prix fort. Les exemples que j’ai toujours gardés en vue sont Sir Robert Cotton et Sir Robert Harley]

On lui doit la conservation de très nombreux manuscrits précieux, qu’il a sauvés de la destruction après la suppression des maisons religieuses et durant les guerres qui éclatèrent au début du XIXe siècle.
Dès 1820, il effectua un séjour de plusieurs années sur le continent, en Belgique, en Hollande, en France, en Allemagne et en Suisse, où il acheta des lots très importants de manuscrits.
Il fut en relation avec les plus grandes librairies étrangères et anglaises, dont celle de Thomas Thorpe (1791-1851), à Londres.


Collectionneur compulsif, il fut le principal acheteur dans les ventes  de bibliothèques, dont celles de Charles Chardin (1742-1827) en 1824, à Paris ; de Gérard Meerman(1722-1771) et de Jean Meerman (1753-1815) en 1824, à La Haye ; de Leander Van Ess (1772-1847) en 1824, à Darmstadt ; Gregory Page Turner (1785-1843) en 1824, à Londres ; de Luigi Celotti (1759-1843) en 1825, à Londres ; de Theodore Williams (1785-1875) en 1827, à Londres ; Henry Drury (1778-1841) en 1827, Londres ; de Robert Lang (1750-1828) en 1828, à Londres ; de Craven Ord (1756-1832) en 1829, à Londres ; de Frédéric North, comte de Guilford (1766-1827) en 1829, à Londres ; de Richard Heber (1773-1833) en 1836, à Paris.

Photographie University of California – Berkeley, Bancroft Library

Phillipps utilisait un timbre humide représentant un lion sur une barre, surmontant la mention « Sir T. P. Middle Hill » 

Photographie de Julian's books, New York

et un ex-libris gravé portant le même lion sur une barre, surmontant des armes [De sable, semé de fleurs-de-lis d’or, au lion rampant d’argent] avec la devise « DEUS PATRIA REX. » sur une banderole et la mention « Thomas Phillipps, Middle Hill, Worcestershire. »

Tour de Broadway

Afin de réaliser certaines publications – fac-similés de manuscrits et catalogues de sa bibliothèque - qu’il distribua gratuitement, il installa dès 1822 une imprimerie dans la tour de Broadway, construite en 1798 sur le domaine voisin de Spring Hill et qu’il avait achetée en 1819.

Sir Thomas Phillipps (1860)

En 1862, Phillipps dut déménager sa bibliothèque et son imprimerie dans une résidence plus vaste : 

Thirlestaine House en 1843

Thirlestaine House en 2010
Photographie de Philip Halling

il choisit Thirlestaine House, à Cheltenham. Le déménagement dura huit mois, mobilisa 160 hommes et 103 chariots tirés par 230 chevaux.

Eglise de Broadway

Thomas Phillipps mourut à Thirlestaine House le 6 février 1872 et fut inhumé dans l’église de Broadway.
Sa fille aînée, Henrietta, épouse de l’érudit shakespearien James Halliwell (1820-1889) le 9 août 1842, hérita de Middle Hill. La cadette, Maria-Sophia, épouse du révérend John Walcot (1820-1899) le 1er août 1844, était morte le 26 février 1858. La plus jeune, Katharine, épouse du révérend John-Edward Fenwick (1824-1903) le 4 juillet 1845, hérita de Thirlestaine House et de la bibliothèque. 

Bibliothèque de Thirlestaine House

Cette bibliothèque renfermait alors près de 60.000 manuscrits et 40.000 imprimés.

« Assurément tous ces volumes sont loin d’avoir la même valeur. Plusieurs même n’offrent qu’un intérêt très secondaire ou presque nul. Mais il se trouve aussi dans le nombre des monuments tout à fait précieux pour l’histoire de l’art. Parmi les manuscrits français, par exemple, nous rencontrerons un chef-d’œuvre du XIIIe siècle, les histoires de la Bible et une suite de médaillons des Césars qui peuvent être attribués en toute certitude à l’auteur des illustrations du Livre d’Heures de la reine Anne de Bretagne, le fameux Jean Bourdichon. Devant d’autres volumes de premier ordre, sans pouvoir aller jusqu’à une attribution formelle, nous serons autorisés à prononcer les deux plus grands noms de l’histoire de la miniature française au moyen âge, Pol de Limbourg et Jean Foucquet et à rappeler celui d’un des enlumineurs des ducs de Bourgogne, Jean Hennekart. Un autre livre à peintures est des plus intéressants comme rentrant dans cette catégorie, si peu nombreuse, des manuscrits dont l’enlumineur est nommé en toutes lettres. Non seulement il nous révèle l’existence d’un miniaturiste totalement inconnu jusqu’ici, Henry d’Orquevaulz, qui travaillait à Metz, mais il va jusqu’à nous fournir le portrait de cet artiste. Parmi les manuscrits étrangers, c’est l’Italie qui a la plus grosse part. Elle peut revendiquer les très curieuses illustrations d’un livre d’Évangiles exécuté sur les confins du XIe et du XIIe siècle, les remarquables dessins ombrés du XIVe siècle, insérés dans un exemplaire de la Thébaïde de Stace, l’ornementation d’une finesse exquise, digne d’être attribuée avec grande vraisemblance à Francesco d’Antonio del Chierico, le digne rival d’Attavante, d’un manuscrit des historiens de l’Histoire auguste venant des Médicis, les délicieuses petites miniatures de style florentin accompagnant les Fables d’Ésope, enfin l’exécution matérielle irréprochable de volumes transcrits au plus beau temps de la Renaissance pour les plus fins bibliophiles de l’époque, tels que le pape Nicolas V, Mathias Corvin et les rois aragonais de Naples. »
(Paul Durrieu. « Les Manuscrits à peintures de la bibliothèque de Sir Thomas Phillipps à Cheltenham ». In Bibliothèque de l’École des chartes. Paris, 1889, p. 382-383)

Thomas-Fitzroy Fenwick dans la bibliothèque de Thirlestaine (1936)



Première vente de la Bibliotheca Phillippica

Hormis une partie, qui fut dispersée de gré à gré avec plusieurs gouvernements étrangers, la « Bibliotheca Phillippica » fut vendue aux enchères chez Sotheby’s à partir de 1886, un changement dans la loi britannique permettant la vente par Thomas-Fitzroy Fenwick (1856-1938), petit-fils du vellomaniaque.
En 1945, des libraires londoniens, les frères Lionel Robinson (1897-1983) et Philip Robinson (1902-1991), achetèrent la bibliothèque pour 100.000 £.

Catalogues de Sotheby (1965 à 1976)


Catalogue 153 (1979) de H.-P. Kraus

Le célèbre libraire New-Yorkais Hans-Peter Kraus (1907-1988) acheta en 1977 les 2.000 volumes de manuscrits qui restaient de cette bibliothèque, ainsi que 130.000 lettres et documents manuscrits. 














vendredi 18 janvier 2019

Introduction à l’histoire méconnue d’Alexandre Hatier (1856-1928)


En France, le visage définitif de l’édition scolaire s’est constitué dans le courant du XIXe siècle : aux anciennes maisons Belin et Mame, se sont ajoutées les librairies Hachette en 1826, Larousse en 1852, Delagrave en 1865, Armand Colin en 1870, Henry Vuibert en 1876, Alexandre Hatier et Fernand Nathan en 1881.

Eglise Saint-Bénigne d'Ambonville

D’une famille originaire d’Ambonville [Haute-Marne], dont les membres signaient « Hastier » tout au long du XVIIIe siècle, François-Alexandre Hatier y est né le 9 juillet 1856, fils de Marguerite-Élisabeth Hatier (1829-1901), qui épousa Jean-Baptiste-Félix Persin, sabotier, à Beurville [Haute-Marne], le 26 janvier 1863, sans reconnaissance de l’enfant.


Alexandre Hatier vint à Paris à l’âge de 14 ans, pour travailler successivement chez des libraires du VIe arrondissement : Abel Pilon, 33 rue de Fleurus, de 1870 à 1876 ; L. Schulz & Fils, 12 rue de Seine, de 1876 à 1878 ; Alphonse Pigoreau, 9 quai des Grands-Augustins, de 1878 à 1880.

Au mois de décembre 1880, Hatier fonda sa propre maison d’édition, en reprenant le fonds de la « Librairie d’Éducation » d’Amable Rigaud, 33 quai des Grands-Augustins.

Jean-Amable Rigaud, fils d’Antoine Rigaud, ancien garde magasin général de l’armée d’Italie devenu maître d’école, et de Rose Chiesa, mariés à Milan [Italie] le 16 avril 1797, était né à Déville [Seine-Maritime] le 12 juillet 1810.
Amable Rigaud avait été commis libraire, avant de devenir gérant de la maison de Madame Deschamps, 5 et 7 galerie Vivienne [IIe], à laquelle il avait succédé vers 1840. Il avait déménagé 50 rue Sainte-Anne vers 1855, puis 33 rue des Grands-Augustins [ancienne maison Féréol-Alexis-Joseph Vermot (1828-1893)] en 1869.


Devenu, en 1856, propriétaire du Journal des enfants et Conseiller des enfants, il y avait écrit sous les pseudonymes de « Charles de Ribelle » et « Céline d’Ornans », puis avait publié plusieurs ouvrages, sous les dits pseudonymes, qui eurent quelque succès : 


La Morale en action (1858), Histoire des animaux célèbres (1859), Le Livre des jeunes personnes vertueuses (1859), Le Monde et ses merveilles (1859), Les Récits amusants (1859), Les Fêtes de l’enfance (1859), La France. Types, mœurs et merveilles de la nature (1859), Les Fastes de la marine française (1860), Les Voyages de mon oncle Vincent (1860), Histoire des siècles et des principales inventions et découvertes (1860), Les Aventures du cousin Simon (1861), Les Récits du père François (1861), La Morale amusante (1861), La Jeune Fille chez tous les peuples (1862), L’Œuvre de Dieu (1862), Le Grand Livre des petits chérubins (1862), Histoire de la famille à Riquiqui et du fameux Gargantua (1863), Les Infortunes de ma tante Josuette et du cousin Bernard (1863), Voyage à travers le monde et l’industrie des nations (1863), Les Confidences de Gribouille (1864), Histoires pour rire (1865), Mémoires et souvenirs de Cadet-Roussel et de son ami Dumolet (1865), Les Métamorphoses de Gringalet (1865), La Civilité honnête, instructive et amusante (1866), Les Trente-Six histoires du père Laridon (1867).


Le 25 septembre 1883, Hatier épousa, à Neufchâtel-sur-Aisne [Aisne], Marie-Alphonsine Lefèvre, née le 30 avril 1858, fille de Auguste-Adolphe Lefèvre, négociant, et de Célinie Nottellet.


La librairie Hatier fut orientée, dès sa création, vers l’édition scolaire. Après les livres de prix, reliés en percaline rouge riche en dorures, 


les fameux manuels de Pierre-Albert Brémant (1855-1908), fils d’instituteur et directeur des cours de l’École d’horlogerie de Paris, destinés à l’enseignement primaire, furent, à partir de 1884, un des grands succès de la maison.



L’Histoire de la littérature française, par Charles-Marc Des Granges (1861-1944), professeur au lycée Henri IV, connut 50 éditions entre 1910 et 1958 ; la même année 1910 parut ses Morceaux choisis des auteurs français.

A l'angle de la rue Séguier

En 1910, les inondations de la capitale submergèrent magasins et bureaux, anéantissant les stocks. 


La librairie émigra alors vers le 8 rue d’Assas [VIe], propriété de la baronne de Grovestins. Au siècle précédent, ces locaux étaient occupés par la Société Fée et Cie, brocheur en livres. La librairie Hatier s’étendra progressivement, en traversant le bloc d’immeubles jusqu’aux 59 et 63 du boulevard Raspail d’une part, en englobant le 6 de la rue d’Assas d’autre part.




Dès 1912, Charles Georgin (1868-1932) publia chez Hatier son Manuel latin en vue de la traduction.
En 1913, Hatier racheta les droits d’éditer le Dictionnaire des huit mille verbes usuels de la langue française, dont la 1ère édition était de 1843, par les frères Louis-Nicolas Bescherelle (1802-1883) et Henri-Honoré Bescherelle (1804-1887).

Le 16 juillet 1913, à Chaillenois [Aisne], Blanche-Marie-Augustine-Élisa Hatier, née à Paris le 24 juin 1884, épousa Adrien-Paul-Marie Foulon (1875-1931).
Le 25 février 1916, à Nevers [Nièvre], Jean-Marie-Alexandre-Julien Hatier, né à Paris le 20 mai 1890, épousa Aimée-Rose-Honorine-Hélène Collin (1891-1980). 


Sous-lieutenant au 122e régiment d’infanterie, il fut tué au Mort-Homme, sur la commune de Chattancourt [Meuse], le 20 août 1917.

En 1917, Charles Georgin publia chez Hatier Œdipe-Roi de Sophocle.


En 1925, parut La Littérature anglaise par les textes, par Georges Guibillon.

Alexandre Hatier mourut à Trélissac [Dordogne], le 15 juillet 1928 : son acte de décès mentionne « fils des défunts Jean Baptiste Hatier et de Elisabeth Hatier » … En vertu d’un arrêt rendu le 5 juin 1923 par la Cour d’appel de Dijon [Côte-d’Or], Alexandre Hatier avait été adopté par son oncle Jean-Baptiste-François Hatier. Alexandre Hatier fut inhumé au cimetière du Montparnasse le 18 juillet.
Son épouse Marie-Alphonsine Lefèvre lui succéda, jusqu’à son décès, le 21 février 1931 à Bordeaux [Gironde], puis ce fut sa fille Blanche Foulon qui dirigea la maison jusqu’à son décès, à Paris, le 15 novembre 1934.

Marque de la Librairie Alexandre Hatier
" Je sers le lecteur "


dimanche 13 janvier 2019

Édouard Meaume (1812-1886), biographe de Jacques Callot


Il y avait autrefois en Lorraine quatre bibliophiles, passionnés pour les livres relatifs à l’histoire de cette province : Jean-Nicolas-Pascal-Antoine-Modeste Gillet (1803-1865), à Nancy ; Jean-Nicolas Beaupré (1795-1869), à Nancy ; George-Gustave Chartener (1813-1884), à Metz ; Édouard Meaume, à Nancy.


D’une famille originaire du village de Farges, sur la commune de Saint-Marc-à-Frongier [Creuse], en Limousin, passée en Saintonge [Charente-Maritime], à Saint-Jean-d’Angély, puis à Landes, Édouard Meaume est né à Rouen [Seine-Maritime], le 18 janvier 1812, fils de Jean-Jacques-Germain Meaume (1774-1856), professeur de mathématiques, et de Renée-Marie Lagarosse (1777-1862), mariés à Saintes [Charente-Maritime], le 5 fructidor an VI [22 août 1798].


Jean-Jacques-Germain Meaume était le cousin germain de Jean-Augustin Meaume (1762-1819), imprimeur à Saintes [Charentes-Maritime].

« M. Jean-Jacques-Germain Meaume est né le 24 septembre 1774, au petit bourg de Landes, près Saint-Jean-d’Angély, dans la Charente-Inférieure [Charente-Maritime]. Sa famille, aux mœurs patriarcales, appartenait à la riche bourgeoisie du pays. Sa mère était déjà d’un âge avancé, lorsque, après avoir eu onze enfants, elle le mit au monde en compagnie d’un autre frère, ce qui explique la petite stature et la frêle constitution qui le caractérisaient ; néanmoins, il survécut, et resta seul avec son frère aîné, qui fut son premier maître [son frère jumeau, Jacques-Ferdinand est mort le 23 octobre 1774].
Son éducation se continua chez un curé de campagne, qui joignait à beaucoup d’instruction une philosophie éclairée, et qui, tout en expliquant à son jeune élève les auteurs anciens, lui apprenait à la fois à connaître les hommes des temps passés, à bien apprécier les mœurs du siècle, et lui donnait des règles de conduite qu’il déduisait de ses observations et de son expérience.
“ Ce premier enseignement,” dit M. Meaume dans une notice autobiographique qu’il rédigeait en 1829 [i. e. 1839], “ a eu la plus grande influence sur ma vie entière ; je lui dois d’avoir appris à supporter, sans me plaindre, les dégoûts attachés à de pénibles fonctions et à des changements de position sociale ; à recevoir les consolations d’une amitié bienveillante ; à rire un peu des prétentions de la vanité, sans jamais la blesser, et en la couvrant de quelque indulgence. Heureux les enfants dont les premiers instituteurs se sont appliqués à former leur jugement ! Ce service est aussi utile que celui d’orner leur esprit et d’exercer leur imagination….”
De 1786 à 1793, M. Meaume acheva de parcourir le cercle des études scolaires au collège royal de Saintes, et se fit remarquer par son aptitude et ses succès ; il brilla dans les exercices littéraires et soutint avec éclat une thèse en philosophie, ce qui ne l’empêcha pas de s’adonner de préférence aux mathématiques, qui lui paraissaient plus claires et mieux démontrées que les autres parties des hautes sciences qu’on enseignait à cette époque.
Le décret de 1793, qui mettait en réquisition tous les jeunes gens de 18 à 25 ans, le transforma, bien malgré lui, en soldat pendant six mois. Ayant été fait prisonnier par les Vendéens à la prise de Fontenay-le-Comte, le 25 mai 1793, il fut rendu à sa famille par la protection de quelques chefs qui connaissaient ses parents ; mais bientôt il fut renvoyé à l’armée. Sans goût pour l’état militaire, et n’ayant pas d’ailleurs les forces physiques nécessaires pour en supporter les fatigues, il réclama du Gouvernement la faveur de passer dans une autre carrière. Le Comité de salut public l’autorisa à se faire examiner à Tours, pour entrer à l’Ecole centrale des Travaux publics, qui prit plus tard le nom d’Ecole Polytechnique. Il eut le bonheur d’y être admis, et il en sortit deux ans après avec le titre d’ingénieur-géographe. On le destinait, avec plusieurs de ses camarades, à faire partie de l’expédition d’Egypte, mais il préféra rester en France, et, vers la fin de 1796, il concourut pour la chaire de physique et de chimie à l’Ecole centrale de Saintes. Il sortit vainqueur de cette lutte. C’est ainsi qu’il passa sept années comme professeur dans ce même établissement où il avait été huit ans écolier. Ce furent sept années de bonheur ; en 1798, il se maria avec la fille [Renée-Marie Lagarosse] d’un administrateur du département de la Charente-Inférieure, et devint père. Mais des quatre enfants qu’il eut de ce mariage, deux seuls lui restèrent. Bientôt après, le Gouvernement consulaire supprima les Ecoles centrales ; mais on lui offrit un dédommagement en le nommant, en 1803, professeur de mathématiques au Lycée de Rouen. […]
Après trente-quatre ans accomplis dans la pénible carrière de l’enseignement, M. Meaume fut nommé, en 1830, inspecteur de l’Académie d’Amiens, et, dans ces délicates fonctions, il sut conquérir de nouveaux titres à l’estime publique, obtenir la haute approbation de l’Université ; aussi, lorsqu’à la fin de 1834, il sollicita sa retraite, reçut-il en même temps le grade d’inspecteur honoraire. Notre Académie lui avait déféré, en 1831, les honneurs de la vétérance.
Le recteur d’Amiens avait demandé pour lui la décoration de la Légion d’honneur ; elle lui avait été promise. Ce ne fut, néanmoins, qu’en 1846, que cette juste récompense de trente-huit années de travaux et de services publics lui fut octroyée.
C’est à Paris, auprès de sa fille [Isaure Meaume], mariée à M. Plougoulm, de Rouen, qui s’est fait un nom respecté dans le barreau et la magistrature, que M. Meaume a doucement écoulé le restant de ses jours, en conservant toutes ses facultés et cette aimable gaîté qui rendait son commerce si attrayant pour sa famille et ses amis.
Notre vénérable confrère a eu le bonheur de voir son fils [Édouard Meaume], né à Rouen en 1812, conquérir à Nancy une belle position sociale dans la profession d’avocat, et mériter, par ses travaux, la chaire de législation et de jurisprudence à l’Ecole forestière. Son vœu le plus cher était que ce fils appartînt à l’Académie de Rouen, pour continuer, pour ainsi dire, une tradition de famille ; ce vœu a été exaucé en 1853.
Le digne vieillard, dont je viens d’esquisser la vie si modeste et si utilement remplie, s’est éteint dans les bras de ses enfants le 6 septembre 1856 [à Nancy]. »
(J. Girardin. In Précis analytique des travaux de l’Académie impériale des sciences, belles-lettres et arts de Rouen, pendant l’année 1856-1857. Rouen, Alfred Péron, 1857, p. 133-137)

Édouard Meaume fit des études de droit à Paris. Demeurant alors chez ses parents, 39 rue de la Madeleine [rue Pasquier, VIIIe], il épousa à Nancy [Meurthe-et-Moselle], le 14 novembre 1837, Anne-Charlotte-Joséphine-Émélie Thouvenin (1816-1889), fille de Antoine-Nicolas Thouvenin (1792-1862), négociant, et de Anne-George-Émélie Millot (1796-1877), qui lui donna deux enfants : Georges-Édouard (1840-1867) et Marie-Isabelle (1841-1863), morts prématurément.

Ecole forestière de Nancy
In Louis Rousselet. Nos grandes écoles (Paris, Hachette, 1892, p. 519)
14 rue Girardet, Nancy

Meaume fut inscrit au tableau de l’Ordre des avocats de Nancy le 25 juillet 1838. Nommé juge suppléant au tribunal civil de Nancy, il songeait à faire carrière dans la magistrature, quand le directeur de l’École royale forestière, créée en 1824, l’engagea à devenir professeur de législation et de jurisprudence le 28 mars 1842.
Dès 1844 parut le premier volume de son monumental Commentaire du Code forestier (Paris, Delamotte et Cie, et Nancy, Grimblot, Raybois et Cie, 1844-1846, 3 vol. in-8), dédié « A Monsieur Plougoulm, Procureur général, Officier de la Légion d’honneur. Son beau-frère & ami, Edouard Meaume. »


Le 14 mai 1846, Meaume fut reçu membre correspondant de l’Académie de Stanislas, puis fut membre titulaire le 6 février 1851 et président en 1856.

Meaume partagea son temps entre ses travaux professionnels et les œuvres d’érudition, rassemblant une collection de livres, d’estampes, d’autographes, de monnaies et de médailles sur la Lorraine. Il ne séparait point de ses travaux projetés les objets qu’il avait achetés : le travail une fois achevé, il revendait la plupart des pièces qu’il avait eu tant de peine à recueillir, pour en rechercher d’autres et continuer ainsi la suite de ses études. C’est ainsi qu’il a vendu des livres en 1861 et des estampes en 1874 et en 1879.


Après plusieurs années de travail, Meaume produisit ses Recherches sur la vie et les ouvrages de Jacques Callot dans les Mémoires de l’Académie de Stanislas : première partie, contenant la biographie de Callot (1852, p. 191-327), seconde partie, se composant du catalogue de l’œuvre authentique de Callot (1853, p. 81-210 ; 1854, p. 363-430 ; 1855, p. 297-386 ; 1856, p. 275-382), troisième et dernière partie, comprenant les pièces douteuses, les pièces faussement attribuées à Callot, les pièces gravées par différents artistes d’après les dessins du maître, les imitations, les copies (1859, t. I, p. 58-310). La première partie, seule, fut publiée ensuite à part (Nancy, Grimblot et Veuve Raybois, 1853, in-8). L’ensemble de cet ouvrage, qui contribua le plus à la renommée de son auteur, ne fut publié que plus tard, l’impression du catalogue et de ses annexes ayant duré six années (Paris, Vve Jules Renouard, 1860, 2 vol. in-8).  

Meaume a beaucoup écrit. Outre une trentaine d’ouvrages juridiques et une collaboration aux Annales forestières, à la Revue des eaux et forêts, à la Jurisprudence générale par Désiré Dalloz (1795-1869), il a collaboré aux Mémoires de l’Académie de Stanislas, aux Mémoires de la Société d’Archéologie lorraine, au Journal de la Société d’Archéologie lorraine, au Bulletin du bibliophile, aux Mémoires de l’Académie de Metz, à L’Intermédiaire des chercheurs et curieux, au Journal de la Meurthe et au Peintre-Graveur français par Alexandre-Pierre-François Robert-Dumesnil (1778-1864). Il rédigea l’introduction du Catalogue des livres rares et précieux et des estampes, composant la bibliothèque de feu M. Gustave Chartener, de Metz (Paris, Vve Labitte, 1885, 2 vol. in-8, 1.733 lots).

Admis à la retraite le 26 décembre 1873, Meaume abandonna Nancy pour s’établir à Neuilly-sur-Seine [Hauts-de-Seine], 45 avenue de Neuilly, plus rapproché de ce qui lui restait de famille. Chevalier de la Légion d’honneur depuis 1855, Édouard Meaume mourut le 5 mars 1886. Son épouse lui survécut, à Paris, 94 rue de Rennes [VIe], jusqu’au 11 mars 1889.


La 1ère partie de la bibliothèque de Meaume fut vendue en trois vacations, du lundi 7 au mercredi 9 février 1887, en l’Hôtel des commissaires-priseurs, 9 rue Drouot, salle n° 3 : Catalogue de livres rares composant la bibliothèque de feu M. Édouard Meaume, ancien avocat à la Cour d’appel de Nancy, ancien professeur à l’École forestière, membre de l’Académie de Stanislas, chevalier de la Légion d’honneur. Première partie (Paris, Vve Adolphe Labitte, 1887, in-8, [3]-[1 bl.]-108 p., 487 lots).


9. Ces présentes heures à lusaige de Tou [Toul]. Paris, Simon Vostre, s. d. (Almanach de 1515 à 1530), gr. in-8, fig., mar. viol., fil. à fr., doublé de mar. r., large dent., étui (Duru). Sur vélin. 910 fr. [à Marigues de Champ-Repus].
10. Heures de Paris contenant plusieurs oraisons dévotes. Paris, Thielman Kerver, 1552, in-12, fig. et bordures sur bois, v. f., comp. dor. et à mosaïque sur les plats, fermoirs en argent ciselés ajoutés (Rel. époque). Ex-libris manuscrit Marie des Marquets, amie de Ronsard. A appartenu à Nodier, à Aimé-Martin, à Chedeau et à J. Renard. 635 fr.

Exemplaire Pierre Bergé
Drouot, 11 décembre 2015 : 145.000 €

53. Essais de Messire Michel, seigneur de Montaigne. Bourdeaux, S. Millanges, 1580, 2 tomes en 1 vol. in-8, mar. vert (Duru). Aux chiffres du comte Roger (du Nord). 226 fr.
« On recense aujourd’hui 39 exemplaires de cette édition de 1580 dans des collections publiques et environ 50 dans des collections privées, soit un total d’un peu moins de cent exemplaires. Il est difficile d’évaluer avec précision le tirage pour cette édition. La rareté des exemplaires laisse supposer que l’impression ne dépassa pas 300 ou, au plus, 400 exemplaires. [...] Les deux livres de cette première édition des Essais sont presque toujours reliés en un seul volume - du moins aux XVIe et XVIIe siècles - et les exemplaires en vélin sont extrêmement rares. » (Desan, Bibliotheca Desaniana, 2011, n° 8).
55. Les Caractères de Théophraste (par La Bruyère). Paris, Estienne Michallet, 1688, in-12, mar. r., dos orné, fil. et comp. à la Du Seuil, dent. int., tr. dor. (Bauzonnet-Trautz). Ex. de Yemeniz. 125 fr.


79. Pratique de la géométrie sur le papier et sur le terrain (par Séb. Le Clerc). Paris, Thomas Jolly, 1669, in-12, front. et fig., mar. r., dos orné, fil. et comp. à la Du Seuil (Thibaron-Joly). 85 fr.


94. Histoire des peintres de toutes les écoles […] par M. Charles Blanc. Paris, Vve Jules Renouard, 1862-1876, 12 tomes en 10 vol. gr. in-4, fig., demi-rel. mar. r. et 2 vol. en feuilles. 280 fr.
111. Eaux-fortes et gravures des maîtres anciens tirés des collections les plus célèbres et publiées avec le concours d’Édouard Lelièvre. Paris, 1874-1878, 9 vol. in-fol. 370 fr.


117. L’Œuvre de Rembrandt, décrit et commenté par M. Charles Blanc. Paris, A. Quantin, 1880, 1 vol. in-fol. de texte et 2 atlas in-fol. de pl. dans des cartons. 225 fr.



123. Pinax iconicus antiquorum ac variorum in sepulturis rituum. Lugduni, apud Clementem Baldinum, 1556, pet. in-4 obl., 13 fig. par P. Woeiriot, mar. ol., plats semés de C entrelacés et de croix de Lorraine (Capé). 595 fr.



124. Devises héroïques, par M. Claude Paradin chanoine de Beaujeu. Lion, Jan de Tournes et Guil. Gazeau, 1557, in-8, titre gravé et fig., mar. citron, grand milieu doré, dent. int., tr. dor. (Trautz-Bauzonnet). 245 fr.


127. Jani Jacobi Boissardi Vesuntini Emblemata cum tetrastichis latinis. S. l. (Metz), Jean Aubry, s. d. (1584), pet. in-8 obl., 45 fig. d’Alexandre Vallée, de Bar-le-Duc, vél. 74 fr.



129. Jani Jacobi Boissardi Vesuntini Emblematum liber. Francfort-sur-le-Main, 1593, in-4, titre-front. gravé, portr. et 52 pl. par Théodore de Bry, mar. bleu, fil. à fr. et comp. dorés, dent. int., tr. dor. (Duru et Chambolle). 142 fr.

Frontispice du second tirage

133. Les Images de tous les saincts et saintes de l’année suivant le Martyrologue romain. Faictes par Jacques Calot (sic). Et mises en lumière par Israel Henriette (sic). Paris, Israel Henriette (sic), 1636, pet. in-fol., 490 fig., vélin. Ex-libris manuscrit du comte Ségur d’Aguesseau. 275 fr.
Exemplaire du 1er tirage, caractérisé par le titre où les noms de Callot et d’Henriet sont écrits « Calot » et « Henriette », par le frontispice où le cartouche du bas ne contient que les mots « A Paris chez Israel Henriet. Avec Privilège du Roy, 1636 », et par l’absece d’inscriptions dans les marges inférieures des sujets qui sont tous à l’eau-forte pure et portent tous le nom d’Israel.

Photographie Bibliothèque municipale de Lyon

139. Figures de la Passion de N. S. Jésus-Christ. Présentées à Madame la marquise de Maintenon, par son très humble et très obéissant serviteur Séb. Le Clerc. Paris, G. Audran, s. d., pet. in-4 obl., 36 pl.,  mar. r., milieu orné, dent. int., tr. dor. (Masson-Debonnelle). Neuf dessins originaux ajoutés. 580 fr.


140. Histoire sacrée en tableaux, avec leur explication, tirée du texte de l’Ecriture, […] par Monsieur de Brianville. Paris, Charles de Sercy, 1670, 1671, 1675, 3 vol. in-12, front. et fig. de Sébastien Le Clerc, mar. violet, fil. à fr., dent. int., tr. dor. (Duru). 125 fr.
148. Paul et Virginie, par J.-H. Bernardin de Saint-Pierre. Paris, L. Curmer, 1838, gr. in-8, front., portr., fig. et vignettes, demi-rel. mar. bleu avec coins, dos orné, fil., tête dor., ébarbé (Bauzonnet). 1er tirage, avec tous les portraits sur Chine, avant la lettre et la légende sur papier de soie. Le portrait du docteur est celui gravé par Cook d’après Parsons, que Curmer avait placé dans les premiers exemplaires en attendant celui de Meissonier. 157 fr.


160. Œuvres complètes de P.-J. de Béranger. Paris, Perrotin, 1847, 2 vol. gr. in-8, portr. et fig., demi-rel. mar. vert avec coins, dos orné, fil., tête dor., non rog. (Allô). 1er tirage. Suite complète des fig. de Grandville pour l’édition de Paris, 1836, sur Chine volant, ajoutée. 110 fr.


170. Les Hommes illustres qui ont paru en France pendant ce Siècle : avec leurs Portraits au naturel. Par Mr Perrault, de l’Académie Françoise. Paris, Antoine Dezallier, 1696-1700, 2 tomes en 1 vol. in-fol., 2 front. et 102 portr., mar. r., dos orné, comp. à la Du Seuil, dent. int., tr. dor. (Capé). Gr. pap. avec les portraits d’Arnauld et de Pascal, supprimés par ordre de Louis XIV dans la plupart des exemplaires, pour cause de Jansénisme. 210 fr.

Exemplaire Lignerolles (1894, n° 800)
Paris, 2 octobre 2015 : 9.000 €

206. Métamorphoses d’Ovide en rondeaux (par Isaac Benserade). Paris, Imprimerie royale, 1676, gr. in-4, fig., mar. r., dos orné, fil., tr. dor. (Rel. anc.). Ex. de présent aux armes royales (Bulletin du bibliophile, 1875, p. 285). 100 fr.  

Photographie Bibliothèque nationale de France

222. Le Rommant de la Rose. Paris, Arnoul et Charles, les Angeliers frères, 1538, pet. in-8 goth., fig. sur bois, mar. r. avec mosaïque de mar. vert, riches comp. au pointillé, dent. int., tr. dor. (Capé). 360 fr.

Photographie Bibliothèque nationale de France

232. Les Amours d’Olivier de Magny Quercinois, et quelques odes de luy. Paris, Estienne Groulleau, 1553, in-8, mar. bleu, dos orné, fil., dent. int., tr. dor. (Trautz-Bauzonnet). Des bibliothèques Chaponay, Behague et Bancel. 475 fr.


268. Les Baisers, précédés du Mois de Mai, poëme. (Par Dorat). La Haye, et se trouve à Paris, Lambert et Delalain, 1770, in-8, front., fig., vign. et culs-de-lampe gravés, mar. bleu, dos orné, large dent. int., tr. dor. (Lortic). Ex. en gr. pap. de Hollande, titre rouge et noir. 585 fr.


271. Fables nouvelles (par Dorat). La Haye, et se trouve à Paris chez Delalain, 1773, 2 tomes en 1 vol. in-8, front., titre, vignettes et culs-de-lampe gravés, mar. orange, dos orné, fil., dent. int., tr. dor. (Allô). Gr. pap. de Hollande. 405 fr.


275. Choix de chansons mises en musique par M. de La Borde. Paris, Lormel, 1773, 4 tomes en 2 vol. in-8, titres gravés, portr. de La Borde, fig., texte et musique gravés, dos orné, large dent. genre Derome, dent. int., tr. dor. (Capé). Chef-d’œuvre de J.-M. Moreau. Portrait de La Borde, dit « à la lyre », dessiné par Denon et gravé par Masquelier en 1774. 1.640 fr.  


280. Le Premier (et le Second) Volume du triumphant Mystère des Actes des Apostres […] dernierement ioue à Bourges. Paris, Arnoul et Charles les Angeliers frères, 1540, 2 tomes en 1 vol. in-4, goth. à 2 col., mar. r., dos orné, fil., dent. int., tr. dor. (Bauzonnet-Trautz). Des bibliothèques Cailhava, Chédeau et J. Renard. 235 fr.


281. Les Œuvres et Meslanges poétiques d’Estienne Jodelle. Paris, Nicolas Chesneau et Mamert Patisson, 1583, pet. in-12, mar. bleu, doublé de mar. rouge, large dent. (Trautz-Bauzonnet). Au chiffre du comte Roger (du Nord). 145 fr.


283. Les (six premières) Comédies facécieuses de Pierre de Larivey. Lyon, Benoist Rigaud, 1597. – Trois comédies des six dernières de Pierre de Larivey. Troyes, Pierre Chevillot, 1611. Ensemble 2 vol. pet. in-12, réglés, mar. vert jans., dent. int., tr. dor. (Thibaron-Echaubard). 118 fr.
285. La Salmée, pastorelle comique, ou fable bocagère, sur l’heureuse naissance du filz premier-né de très-hault et très-généreux prince Monseigneur de Vaudemont François de Lorraine, par Nicolas Romain. Pont-à-Mousson, Melchior Bernard, 1602, pet. in-8, mar. bleu, fil. à fr., dent. int., tr. dor. (Duru). 145 fr.


296. Œuvres de Racine. Paris, Denys Thierry, 1679, 2 vol. in-12, front. et fig. par Chauveau et Séb. Le Clerc, mar. r. jans., doublé de mar. bleu, large dent. dite « roulette Chamillard », tr. dor. (Trautz-Bauzonnet). Ex. Bancel. 679 fr.


306. La Folle Journée, ou le Mariage de Figaro, comédie en cinq actes, en prose. Par M. de Beaumarchais. (Kehl), Imprimerie de la Société littéraire-typographique, et se trouve à Paris chez Ruault, 1785, in-8, fig. de Saint-Quentin gravées par Halbou, Liénard et Lingée, mar. r., dos orné, fil. et comp. à la Du Seuil, dent. int., tr. dor. (David). Pap. vélin. Aux armes du prince d’Essling. 126 fr.


310. Les Amours pastorales de Daphnis et Chloé (par Longus). S. l. [Paris], s. n. [Quillau], 1718, pet. in-8, front. gravé, fig., mar. r., dos orné, large dent., doublé de tabis bleu, tr. dor. (Derome). Ex. réglé avec toutes les figures encadrées de filets vert et rouge. 900 fr.
311. L’Heptaméron des nouvelles de Marguerite de Valois, royne de Navarre. Paris, Gilles Robinot, 1560, in-4, mar. bleu, dos et plats ornés de marguerites (Trautz-Bauzonnet). Ex. Monmerqué. 350 fr.


313. Le Printemps d’Yver. Lyon, Benoist Rigaud, 1582, in-16, titre gravé, mar. r., dos orné, fil., tr. dor. (Du Seuil). Ex. de Nodier, aux armes du marquis de Coislin. 60 fr.


315. Histoire amoureuse des Gaules (par Bussy-Rabutin). Liège, s. n., s. d. (1665), pet. in-12, mar. or., dos orné, fil. et milieu à petits fers et au pointillé, dent. int., tr. dor. (Allô). Édition originale, dite « à la croix de Malte » ([2]-190-69-[4] p.). 51 fr.


334. Histoire de Gil Blas de Santillane. Par M. Le Sage. Paris, Libraires associés, 1747, 4 vol. in-12, 32 fig. non signées gravées par Dubercelle, mar. La Vallière, dos orné, large dent., petits comp. en mosaïque de mar. r. sur le dos et aux angles des plats, dent. int., tr. dor. (David). Premier tirage de la dernière édition et la meilleure du vivant de l’auteur. 161 fr.

Photographie Musée Médard, à Lunel

374. Œuvres de Monsieur Scarron. Amsterdam, J. Wetstein, 1752, 7 vol. in-12, portr. et fig., mar. bleu à long grain, dos orné, fil., tête dor., non rog. (Muller successeur de Thouvenin). 122 fr.

Photographie Library of Congress

380. Cosmographiae Introductio. Saint-Dié, 1507, in-4, fig. sur bois, mar. bleu, fil. à fr., dent. int., tr. dor. (Duru). Des bibliothèques de Yemeniz et du Dr Court. 1.080 fr.

Photographie Le Scriptorium d'Albi, à Montolieu

386. Chronologie universelle des souverains pontifes, anciens pères, empereurs, rois, princes et hommes illustres dès le commencement du monde. S. l. [Paris], s. d. [1622], gr. in-fol., titres manuscrits entourés d’un encadrement gravé, portr. et texte gravés, mar. r., fil., tr. dor. (Rel. anc.). Recueil connu sous le nom de « Chronologie collée » : ces portraits se débitaient en rouleaux ainsi que le texte et étaient ensuite collés pour former les volumes. 365 fr.


387. Chronique de Nuremberg. Nuremberg, Koberger, 1493, in-fol., 2.000 fig. en bois. 375 fr.


420. La Vie et Faits notables de Henry de Valois. S. l. (Paris), s. n. (Millot), 1589, in-8, 1 fig. sur bois, mar. r., dent., dos orné, tr. dor. (Bauzonnet). Édition originale attribuée à Jean Boucher. Des bibliothèques de Nodier et de M. de Montesson. 80 fr.

Exemplaire Guy Bechtel
Drouot, 6 mars 2015 : 19.000 €

450. Le Recueil ou Croniques des hystoires des royaulmes daustrasie ou france orientale dite à présent lorrayne. De hierusalem, de Cicile. Et de la duche de bar (par Symphorien Champier). Lyon, Vincent de Portunaris, 1510, in-fol. goth., fig. sur bois, dos orné, 6 fil., dent. int., tr. dor. (Bauzonnet-Purgold). 290 fr.
453. Chronicque abregee par petits vers huytains des empereurs, roys et ducz daustrasie (par Nicolas Volcyr de Serrouville). Paris, Didier Maheu, 1530, in-4 goth., mar. orange, fil., tr. dor. (Koehler). Ex. de Pixerécourt et Nodier. 255 fr.


464. Elegie de ce que la Lorraine a souffert depuis quelques années par peste, famine et guerre. Sur l’elegie latine de l’auteur et par soy mesme. Nancy, Antoine Charlot, 1660. – Deplorandi Lotharingiæ status ab aliquot annis. Elegia in qua videre est quid passa sit. Peste, fame, bello, author plurium testis est oculatus. Nanceii, apud A. Charlot, 1660. - De serenissimi atque invictissimi principis Lotharingiæ et Barri ducis. Caroli IIII. optatissimo reditu panegyris. Nanceii, apud Anthonium Charlot, 1660. Ensemble 3 pièces de Jean Heraudel en 1 vol. in-4 réglé, mar. vert jans., dent. int. tr. dor. (Capé). 100 fr.




466. Le Siège de Mets, en l’an M. D. LII (par Bertrand de Salignac). Paris, Charles Estienne, 1553, pet. in-4, plan de Metz, mar. r., fil. et comp. à la Du Seuil, tr. dor. (Rel. anc.). Aux armes et au chiffre de Philippe de Béthune. 120 fr.  


La 2e partie, qui ne comprenait que des livres courants, fut vendue en sept vacations, du jeudi 10 au jeudi 17 février 1887, 28 rue des Bons-Enfants, à la Maison Silvestre, salle n° 1 : Catalogue de livres anciens et modernes composant la bibliothèque de feu M. Édouard Meaume, ancien avocat à la Cour d’appel de Nancy, ancien professeur à l’École forestière, membre de l’Académie de Stanislas, chevalier de la Légion d’honneur. Deuxième partie (Paris, Vve Adolphe Labitte, 1887, in-8, [3]-[1 bl.]-140 p., 1.291 lots [chiffrés 488-1.778]).


Parallèlement, sa collection d’estampes fut vendue en trois vacations, du jeudi 10 au samedi 12 février 1887, à l’Hôtel des commissaires-priseurs, 5 rue Drouot, salle n° 4 : Collection de feu M. Édouard Meaume. Estampes anciennes. Œuvres de J. Callot, Claude Lorrain, Sébastien Leclerc, artistes lorrains. Portraits historiques pour l’histoire de la Lorraine, etc. (Paris, Maurice Delestre et Danlos fils et Delisle, février 1887, in-8, 57-[1] p., 708 lots).  
   
Sa collection de monnaies fut vendue le lundi 14 février 1887 : Catalogue d’un choix de monnaies françaises, monnaies et médailles des ducs de Lorraine provenant des collections de feu M. Édouard Meaume (Paris, Rollin et Feuardent, 1887, in-8, 163 lots). Pour le plus grand nombre, les monnaies et médailles recueillies par Meaume avaient fait partie de la collection Auguste Monnier (1801-1864) ; malgré cela, la plupart se sont vendues à bas prix. Mais les séries lorraines de la collection ne commençaient qu’à l’époque de la Renaissance ; il s’agissait plutôt d’une réunion de quelques médailles que d’une suite numismatique et Meaume s’était surtout occupé de l’art de la gravure en médailles.

Sa collection d’autographes suivit : Catalogue de l’importante collection d’autographes concernant la Lorraine et composant le cabinet de feu M. Édouard Meaume (Paris Étienne Charavay, 1887, in-8).

« Le 15 février 1887, fut dispersée la collection de l’érudit nancéen Édouard Meaume. Cette vente à Paris fit réapparaître une quarantaine de lettres de Bernardin et de Félicité Didot. Le comité d’acquisition de la bibliothèque [du Havre] accepta alors de consacrer 300 francs à cette éventuelle acquisition, sans se faire trop d’illusion quant à l’issue de la vente, craignant que le manuscrit ne soit acquis par la maison Didot, comme papier de famille. De fait le bibliothécaire Jules Bailliard ne put remporter que deux lots [une lettre de Saint-Pierre à M. Robin et une lettre à sa seconde femme], le principal lot étant adjugé pour 900 francs à la famille Didot. Mais l’histoire des lettres ne s’arrête pas là. Jean Ruinat de Gournier qui étudia cette correspondance échangée par Bernardin et Félicité rapporte avoir consulté ces lettres dans la collection Didot :

“ Aimé Martin fut pendant longtemps dépositaire de ces dernières lettres ; elles appartenaient à Mlle Virginie de Saint-Pierre, fille de Bernardin, qui avait épousé le général de Gazan. Lorsque Mme de Gazan fut morte, le général les conserva, et quand, en 1849, il succomba au choléra, elles furent vendues avec sa bibliothèque et achetées par un collectionneur dont j’ignore le nom. Paul de Saint-Pierre ne se porta pas acquéreur à cette vente ; il ne pouvait, étant fou, songer à la mémoire de son père. Je retrouve ces lettres à Nancy, en 1856, entre les mains de M. É. Meaume, avocat, puis juge, auteur de diverses brochures et président de l’Académie de Stanislas. Comment les a-t-il eues ? « par un heureux hasard », voilà tout ce qu’il dit. Je perds alors la trace de ces lettres et ne les retrouve que chez M. Pierre Gélis-Didot, l’architecte bien connu, qui est le petit-neveu de Bernardin ; il acheta une partie de ces lettres dans une vente publique, en février 1887, et compléta cette très belle collection, dont il est demeuré, depuis lors, l’heureux propriétaire.”

Pierre-Henri Gélis-Didot s’est plus tard défait de cette collection ; contact pris avec la ville du Havre, Didot proposa de les vendre pour 2 000 francs. Finalement, le 3 mai 1914, la bibliothèque du Havre les acquit pour 1 000 francs sous la forme d’un recueil [de 47 lettres autographes de Bernardin de Saint-Pierre adressées à Félicité Didot, d’une lettre de Bernardin de Saint-Pierre à la citoyenne Didot mère et de 6 lettres également autographes de Félicité Didot à Bernardin de Saint-Pierre. Précédées de considérations morales par Aimé Martin sur les calomnies répandues contre Bernardin de Saint-Pierre] somptueusement reliées par un maroquin signé de Jean-Édouard Niédrée que lui avait commandé Édouard Meaume. »
(Véronique Bui. « Bernardin de Saint-Pierre et la Bibliothèque municipale du Havre ou la construction d’un héritage littéraire ». In Sonia Anton. Vers une cartographie littéraire du Havre. Presses universitaires de Rouen et du Havre, 2014, p. 90-91)


En 1997, la médiathèque de Verlaine-Pontiffroy, à Metz, a acquis 304 gravures de Callot de la collection de Meaume, réapparue au moment de l’exposition « Jacques Callot » organisée au Musée historique lorrain de Nancy en 1992.