dimanche 14 novembre 2021

Paul Ollendorff (1851-1920), le nouveau Dentu

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Rawitsch en 1895

La République des Deux Nations est née en 1569 de l’union du royaume de Pologne avec le grand-duché de Lituanie. Trois partages successifs entre la Russie, l’Autriche et la Prusse mirent fin à son existence en 1795. Devenue prussienne, la petite ville de Rawicz [Rawitsch, en allemand], à 80 km au sud de Poznan, appartint au grand-duché de Varsovie créé par Napoléon Ier de 1807 à 1814, redevint prussienne en 1815, puis polonaise en 1918.


 

Les ancêtres de Paul Ollendorff vécurent à Rawicz. Son grand-père, Gerschel Ollendorff, y est mort le 31 décembre 1813, son épouse, Minna Herschel, le 4 août 1830.

Son père, Heinrich-Gottfried [Henri-Godefroy] Ollendorff y est né le 15 décembre 1803. Il montra des dispositions particulières pour l’enseignement et un goût prononcé pour les langues étrangères. À peine eut-il terminé ses études qu’il émigra à Londres, où il apprit la langue anglaise et où il donna des leçons d’allemand ; il employa dans ses leçons la méthode qu’il développa plus tard et qui fit sa renommée :

« La différence fondamentale qui distingue cette Méthode de toutes celles qui ont été usitées jusqu’à ce jour, c’est qu’elle enseigne à écrire et à parler par l’analyse graduée des règles grammaticales, tandis que les autres n’enseignent qu’une stérile nomenclature et procèdent par morceaux détachés où les principes ne se rencontrent qu’au hasard, sans jamais former un système qui se grave dans la mémoire ; la Méthode du docteur Ollendorff est à la fois théorique et pratique. » (Publications de la librairie Paul Ollendorff. Paris, 1880, p. 3-4)

Henri-Godefroy Ollendorff arriva à Paris en 1828. Demeurant 67 rue de Richelieu [IIe], en face de la Bibliothèque royale, il publia La Déclinaison allemande déterminée (1831) et la Nouvelle méthode pour apprendre à lire, à écrire et à parler une langue en six mois, appliquée à l’allemand (1835), qui lui valurent le titre de docteur ès-lettres décerné par l’Université d’Iéna et le qualificatif d’« Euclide de la langue allemande » par le capitaine Basil Hall (Scloss Hainfeld ; or, A winter in lower Styria. Paris, A. et W. Galignani, 1836, p. 95).

Le 16 juin 1845, à la mairie de l’ancien IIe arrondissement, il épousa Dorothéa Ollendorff, non parente avec lui, née à Rawicz le 24 mai 1824, fille de Jacob Ollendorff et de Sarah Weill.



Il déménagea en 1849 au 28 bis rue de Richelieu [Ier], en face de la fontaine Molière, dans un immeuble mauresque du XVIIe siècle.

En 1850, sa Nouvelle méthode pour apprendre à lire, à écrire et à parler une langue en six mois, appliquée à l’anglais (1847) fut contrefaite à Francfort-sur-le-Main par Charles Jugel et introduite en France par Benoît Visconti (1816-1873), libraire depuis 1839 sur le Cours [cours Saleya], à Nice [Alpes-Maritimes], qui fut condamné le 7 décembre 1854.

Henri-Godefroy Ollendorff mourut le 4 avril 1865 ; son épouse décéda le 20 août 1905, en son domicile de Chatou [Yvelines], 5 avenue des Chalets.

Paul Ollendorff naquit 28 bis rue de Richelieu, le lundi 24 février 1851. Il déclara sa librairie le 22 juillet 1875, à cette adresse. Poursuivant la publication des fameuses méthodes de langues étrangères de son père, il y ajouta une collection de manuels pratiques de correspondance publiée sous la direction de J.-B. Melzi, 



les productions de la littérature anglaise et américaine de la collection Asher, 



les guides de voyage Baedeker, et inscrivit à son catalogue :


 

1. Des ouvrages de littérature française : 

Deux épées brisées (BertrandRobert), par Ernest Legouvé (1876) ; Molière et Bossuet. Réponse à M. Louis Veuillot, par M. Henri de Lapommeraye (1877) ; 



Dictionnaire du jargon parisien. L’Argot ancien et l’Argot moderne, par Lucien Rigaud (1878) ; Sermon prononcé par le révérend père Esprit de Tinchebray, capucin, dans l’église des dames religieuses de Haute-Bruyère, le 22 juillet 1694, fête de sainte Madeleine, réimprimé avec une étude sur la Bibliothèque bleue (1878) ; L’Art d’écrire, enseigné par les grands maîtres, par Charles Gidel (1879) ; L’Art de bien dire, par H. Dupont-Vernon (1880) ; L’Art et le Comédien, par C. Coquelin (1880).

2. Des publications dramatiques :

Photographie BnF


Théâtre de campagne, recueil périodique de comédies de salon par les meilleurs auteurs dramatiques contemporains (Première série, avec une préface de M. E. Legouvé, 1876 ; Deuxième série, 1877 ; Troisième série, 1878 ; Quatrième série, 1878 ; Cinquième série, 1879 ; Sixième série, 1880). Théâtre bizarre. Une vocationUn ménage grecL’Athlète. Trilogie fantaisiste, par R. Palefroi (1879). Nouveaux proverbes. Le Page vénitienAprès la pluie le beau temps Un bijou n’est jamais perdu, par Tom Bob. (1879).

Pièces de théâtre : Le Bibelot, comédie en un acte, par Ernest d’Hervilly (1877) ; Les Convictions de Papa, comédie en un acte, par Edmond Gondinet (1877) ; Jean Dacier, drame en cinq actes, en vers, par Charles Lomon (1877) ; Volte-face, comédie en un acte, en vers, par Émile Guiard (1877) ; Le Cabinet Piperlin, comédie-bouffe en trois actes, par Hippolyte Raymond et Paul Burani (1878) ; Le Droit du Seigneur, opéra-comique en 3 actes, par Paul Burani et Maxime Boucheron (1878) ; Babel-Revue, revue en quatre actes et onze tableaux, précédée de L’Esprit en bouteilles, prologue en deux tableaux, par Paul Burani et Édouard Philippe (1879) ; Le Billet de logement, opéra-comique en 3 actes, par Paul Burani et Maxime Boucheron (1879) ; D’un siècle à l’autre, comédie-à-propos en un acte et en vers, par Jules Salmson et Alphonse Scheler (1879) ; Louis XI en belle humeur, comédie en deux actes, en vers, par Auguste Robert (1879) ; 



Le Marquis de Kénilis, drame en 5 actes, en vers, par Charles Lomon (1879) ; Le Négociant absolu, comédie en 3 actes, en vers, par E. Cousté (1879) ; Le Coq et la Poule, proverbe en un acte, mêlé de couplets, par Louis Bogey (1880) ; Le Fils de Coralie, comédie en quatre actes en prose, par Albert Delpit (1880) ; Le Parapluie, comédie en un acte, par Ernest d’Hervilly (1880) ; Les Trois Bougies, comédie en un acte, par Louis Leroy et Henri Bocage (1880).

Monologues : Molière. Stances dites à la Comédie-Française par Mesdames Sarah Bernhardt et Lloyd, le 15 Janvier 1879, à l’occasion du 257e anniversaire de la naissance de Molière, par Charles Joliet (1879) ; Petit-Jean, a-propos en vers, par J. Truffier (1879) ; Les Bavardes, scène tirée du Mercure galant, par Boursault (1880) ; Scène tirée de Démocrite, par Regnard, arrangée par Coquelin Aîné (1880) ; L’Élection, monologue en vers, par Julien Berr de Turique (1880) ; Une présentation, monologue, par Melle  Jenny Thénard (1880) ; 



La Mouche, monologue, en vers, dit par M. C. Coquelin, de la Comédie-Française, par Émile Guiard (1882).


 

Histoire du théâtre contemporain en France et à l’étranger, depuis 1800 jusqu’à 1875, par Alphonse Royer (1878, 2 vol.).

Le Musée de la Comédie-Française, par René Delorme (1878).

La Comédie-Française à Londres (1871-1879). Journal inédit de E. Got – Journal de F. Sarcey, publiés avec une introduction, par Georges d’Heylli (1880).

L’Art et le Comédien, par C. Coquelin (1880).

Histoire de Ruy-Blas, par Alexandre Hepp & Clément Clament (1879).

La Question de l’Odéon. Lettre à son éditeur par *** [Paul Ferrier] (1879).

3. Des romans, des biographies et des voyages :

Artistes et cabotins, par Georges Duval (1878) ; Philippe Faucart, par Georges Glatron (1878) ; Claire Aubertin. Vices parisiens, par Vast-Ricouard (1878) ; Par mer et par terre. Le Corsaire, par Gustave Aimard (1879) ; Par mer et par terre. Le Bâtard, par Gustave Aimard (1879) ; Le Bel Armand, par Henri Bocage (1879) ; Renée, avec une préface à George Sand, par Henri Amic (1879) ; Mauroy, par Amédée Delorme (1879) ; Le Fils de Coralie, par Albert Delpit (1879) ; A la recherche du bonheur, par Charles Epheyre (1879) ; Le Roman d’une nihiliste, par Ernest Lavigne (1879) ; Voyage autour des Parisiennes, par le vicomte Georges de Létorière (1879) ; Sainte-Beuve et ses inconnues, avec une préface de Sainte-Beuve, par A.-J. Pons (1879) ; La Maison des deux Barbeaux. Le Sang des Finoël, par André Theuriet (1879) ; Histoire des d’Orléans, d’après les documents et mémoires légitimistes et orléanistes, par G. de V. [Gazeau de Vautibault] (1879, 1880 sur la couverture) ; Madame de Karnel, par Henri Amic (1880) ; L’Amoureuse de maître Wilhelm, par André Bertera (1880, eau-forte de Buland) ; L’Amour au village, avec une préface de André Theuriet, par Camille Fistié (1880) ; 



Souvenirs de Frédérick Lemaître publiés par son fils, avec portrait (1880) ; Les Armes de la femme, par Ernest d’Hervilly (1880, dessins de P. Outin) ; Les Fils de l’homme au cœur de pierre, traduit du hongrois par Antonine de Gerando-Teleki, par Maurice Jokaï (1880) ; Le Carnet d’un ténor, avec préface de Philippe Gille et notice biographique par Charles Chincholle, par G. Roger (1880, portrait de Roger) ; La Maison de lierre, par René Sosta (1880) ; Les Belles Millionnaires, par Léopold Stapleaux (1880) ; Séraphin & CIE, par Vast-Ricouard (1880) ; Voyage au pays des roubles, via Munich et Berlin, par un militaire français (1880) ; Un drame dans la rue de l’Échiquier, par Charles Warzin (1880).

4. Des ouvrages à l’usage de la jeunesse :

Ivo, le fils du charpentier, ou une vocation au village, scènes de la forêt Noire. Traduction libre de l’allemand d’Auerbach, par Emmanuel Perrot (1876) ; 



Contes à mon perroquet, par Raoul de Najac (1879, dessins de Gaston Jourdain) ; Théâtre d’adolescents, par Adolphe Carcassonne (1880).

5. Des poésies :

Photographie Librairie Le Feu Follet


Livingstone. Poésie couronnée par l’Académie française, par Émile Guiard (1875) ; La Comédie de l’amour, par Émile Favin (1878) ; Le Roman de l’an passé, par Émile Favin (1878) ; Les Épaves. Première série, par Léonce de Larmandie (1878) ; Le Ruisseau et la Rivière. Fable lue au banquet des Fêtes de Florian, à Sceaux, le 5 octobre 1879, suivie du toast à Victor Hugo (1879) ; La Poésie de la science (1879) ; Myrtes et roses. Poésies intimes, par A. Cornier (1880).

6. Des ouvrages divers :

Bibliothèque diplomatique. Le Droit des neutres sur mer, par L. Gessner (1876, avec Guillaumin & CIE) ; Rapports de la commission allemande chargée de l’étude des épidémies cholériques. Explosion cholérique dans un pénitencier, par Max de Pettenkofer (1876, avec G. Masson, 8 pl.) ; 



La Vénus de Milo. Documents inédits, par C. Doussault (1877) ; Les Poisons de l’intelligence. Extrait de la Revue des Deux Mondes, par Charles Richet (1877) ; Le Congrès en miniature, par un diplomate (1878) ; La Statue de Diane par Jean-Baptiste Pigalle, par C. Doussault (1878) ; Vade-mecum à l’usage des agriculteurs, par Eugène Musatti et Ed. Vianne (1878) ; Charles Renouard, 1794-1878. Discours prononcés à la cour de cassation, 1871-1877, précédés d’une notice sur sa vie, par Charles Richet (1879) ; L’Armée de l’avenir. Nouveau système de guerre, par Pierre Morin (1880) ; La Routine militaire (1880) ; La Parole de Dieu ou la Chaire israélite ancienne et moderne, par Michel A. Weill (1880).

Le 12 août 1878, à la mairie du IXe arrondissement, Paul Ollendorff, qui habitait 28 bis rue de Richelieu avec sa mère, épousa Anna Cornély, née le 7 mars 1857 à Washington [U.S.A.], demeurant 80 rue Taitbout [IXe], chez ses parents, Émile Cornély, négociant, et Rosalie Lévy. Le couple s’installa 63 rue Sainte-Anne [IIe] où naquirent Jeanne, le 23 mai 1879, et Jacques, le 11 octobre 1881. Leur troisième et dernier enfant, Marcelle-Marthe, est né 55 rue d’Amsterdam, le 15 juillet 1885. Anna Cornély décéda prématurément le 24 janvier 1907, à l’âge de 49 ans.

Les collections de Paul Ollendorff furent remarquées pour leur qualité de fabrication et la perfection de leur typographie. En peu de temps, Ollendorff prit rang parmi les premiers éditeurs parisiens.



Le romancier qui lança la maison fut Georges Ohnet (1848-1918) : il y tint le rang que Émile Zola et Alphonse Daudet occupèrent chez Charpentier, Paul Bourget chez Lemerre et Anatole France chez Calmann Lévy. Ses premières œuvres de la série intitulée « Les Batailles de la vie » furent 

Photographie BnF


Serge Panine (1881), Le Maître de forges (1882), La Comtesse Sarah (1883), Lise Fleuron (1884), La Grande Marnière (1885), Les Dames de Croix-Mort (1886), Volonté (1888), Le Docteur Rameau (1889), Dernier amour (1889), Dette de haine (1891), Nemrod & CIE (1892), Le Lendemain des amours (1893), Le Droit de l’enfant (1894), La Dame en gris (1895), L’Inutile Richesse (1896), Le Curé de Favières (1897), Les Vieilles Rancunes (1897), Roi de Paris (1898), Au fond du gouffre (1899), Gens de la noce (1900).

« Un matin de janvier 1884 […]. J’allais avec enthousiasme exercer le plus beau des métiers chez le plus parisien des éditeurs.

Une petite porte vitrée, peinte en bois veiné, entre deux étalages de livres, le tout sur quatre mètres cinquante de façade. A droite, en entrant, on était accueilli par le sourire d’un homme roux, à lunettes d’or, dont les talons se rejoignaient militairement. C’était Eugen Marquardt, employé supérieur de la maison, délégué à la vente des Méthodes Ollendorff et des Guides Baedecker. Le rayon de Marquardt, Allemand sympathique, avait constitué le premier fonds de la librairie. Le docteur Ollendorff, père de Paul et de Gustave, était professeur de langues vivantes. C’était un Berlitz amateur. Il avait créé ces fameuses méthodes à couverture bleue, où le choix pittoresque des exemples surprenait l’usager. Les vocables étaient destinés à frapper l’esprit, à graver les mots dans la mémoire. […]

Aux casiers bleus des méthodes Ollendorff succédait la percale rouge des guides Baedecker, vade-mecum universel des Parisiens en voyage et des excursionnistes anglo-saxons. Le Baedecker était d’une précision impressionnante. J’ai eu l’occasion de constater, personnellement, quel soin méticuleux la fameuse firme de Leipzig apportait dans la recherche de ses renseignements. […]

En face de Marquardt, toujours enfoui dans la “ Kölnische Zeitung ”, Jean Prosper de Préaux, caissier de la maison, faisait son régal de la légitimiste Gazette de France. Au milieu de ses registres immenses reliés en drap vert et garnis de coins de cuivre, il vivait dans une guérite en verre strié. Gardien vigilant du coffre-fort patronal, le père de Préaux s’était constitué une petite caisse secrète où les auteurs et collaborateurs d’Ollendorff venaient quérir le louis d’or dont ils avaient toujours le plus pressant besoin. Les “ jeunes ” d’alors, Montjoyeux, Alphonse Allais, Georges Feydeau, Alfred Capus, formaient le fond de cette petite clientèle.

Plus loin travaillaient les comptables. Enfin, tout au bout du magasin, contre une grande baie vitrée, deux bureaux face à face, celui du chef de la fabrication et celui du lecteur de la maison. Alfred Hellin, dit Paul Vernier, secrétaire particulier du patron. Ollendorff s’imposait très rarement la lecture des manuscrits. » [sic] (Gabriel Astruc. Le Pavillon des fantômes. Souvenirs. Paris, Bernard Grasset, 1929, p. 61-62)


 

L’écrivain Pierre Valdagne (1854-1937), pseudonyme de Lucien Louis, entra dans la maison comme directeur littéraire en 1886 et fut aussitôt édité par son employeur : « Allô ! Allô ! ». Comédie en un acte (1886).

Pour les romans qui avaient obtenu le plus de succès, la maison commença dès 1884 la publication d’une édition de luxe, gr. in-8, illustrée par les artistes les plus connus, et destinée aux bibliophiles : 



Le Maître de forge, illustré par Sahib (S. d. [1884]), Les Dames de Croix-Mort, illustré par Émile Mas (S.d. [1887]), 

Illustration pour Serge Panine
Photographie Petit Palais


Serge Panine, ouvrage couronné par l’Académie française, illustré par Adolphe Lalauze (1890), L’Âme de Pierre, illustré par Émile Bayard (1890), Le Maître de forge, illustré par Paul Avril (1891), Les Vieilles Rancunes, illustré par Simonaire (1895). Ce qui fut l’objet de critiques ironiques de la part d’auteurs jaloux :

« Serait-ce vrai, ô Justice immanente, cesserais-tu d’être torse, aveugle et sourde ?

Il paraîtrait que les derniers Ohnet se vendent maigrement et que le public ne s’enbéguine plus de forge comme au début ; les piles des éditions Eiffeliennes ne sont plus démontées aujourd’hui par la ferveur des Ohnetistes. Mais, ô prodige, Ohnet s’illustre, Ohnet vise aux suffragex des Bibliophiles, et nous allons être dotés des œuvres du dramatique romancier en éditions de luxe in-8°, avec eaux-fortes de Lalauze et de Paul Avril et de nos plus fameux vignettistes.

Seigneur ! Protégez-nous !

Nous avons entr’aperçu un certain Serge Panine en faveur duquel Lalauze a embourgeoisé ses meilleurs cuivres, - sans aucun talent d’ailleurs, - et il est question de faire mordre à l’acide toute l’épopée flatulente des romans d’Ohnet.

Qui donc osera s’offrir un Ohnet sur chine ou japon avec états de première morsure ? – O réalité ! Tu dépasses le cauchemar ! – Un Ohnet non rogné, texte réimposé, cela foudroie ! Quelle perspective pour un nouvel Enfer du Bibliophile !

Et tandis que Ollendorff embibliophilise son petit auteur à grand succès, il ne donne pas à Maupassant, ce vrai Roi littéraire de sa librairie, les honneurs des vignettes et des impressions de luxe qui nous feraient tous applaudir à son initiative, ne fût-elle que médiocrement réalisée. » [sic] (Octave Uzanne. Le Livre moderne. Paris, Quantin, 1890, premier volume, p. 136-137)

Guy de Maupassant (1850-1893), jusque-là édité chez Victor Havard, 175 boulevard Saint-Germain, finit par céder à l’invitation de Paul Ollendorff en apportant un recueil de 15 nouvelles parues dans les journaux Le Gaulois, Gil Blas et L’Écho de Paris : 



Les Sœurs Rondoli (1884) ; d’autres nouvelles, Monsieur Parent (1886), 



Le Horla (1887), Clair de lune (1888), La Main gauche (1889), La Maison Tellier (1891), Mlle Fifi. Nouveaux contes (1893), Miss Harriet (1894), La Petite Roque (1896), Contes de la bécasse (1898), L’Inutile Beauté (1896), Le Père Milon. Contes inédits (1899) ; des romans Pierre & Jean (1888), Fort comme la mort (1889), Notre cœur (1890), 



Bel-Ami (1895, première édition illustrée par Ferdinand Bac), Une vie (1899), Mont-Oriol (1900) ; des voyages, La Vie errante (1890, couverture illustrée par Riou) ; du théâtre, Musotte. Pièce en trois actes (1891, en collaboration avec J. Normand), La Paix du ménage. Comédie en deux actes en prose (1893), Histoire du vieux temps. Scène en vers (1899) ; des poésies, Des vers (1894, portrait de l’auteur gravé à l’eau-forte par Le Rat).

Paul Ollendorff fut nommé chevalier de la Légion d’honneur le 29 octobre 1889.

En 1890, le catalogue de sa librairie comptait plus de 1.200 titres et plus de 600 auteurs. Six ans plus tard, le catalogue comptait plus de 2.000 titres, parmi lesquels se trouvaient :


 

Paul Adam (1862-1920) : Les Images sentimentales (1893) ; Le Mystère des foules (1895) ; Les Cœurs nouveaux (1896) ; L’Époque. Le Vice filial. Roman (1897) ; L’Année de Clarisse (1897, pointes sèches de Gaston Darbour) ; L’Époque. Les Cœurs utiles (1897) ; Le Triomphe des médiocres (1898) ; Le Temps et la Vie. La Force (1899).

Alphonse Allais (1854-1905) : La Nuit blanche d’un hussard rouge. Monologue dit par Coquelin cadet (1887, dessins de Caran d’Ache) ; Un mécontent. Monologue dit par Coquelin cadet (1889) ; Le Pauvre Bougre et le Bon Génie. Navrant récit sangloté par Coquelin cadet (1891, illustrations de Henry Somm) ; Amours, délices et orgues (1898) ; ses « Œuvres anthumes » : A se tordre. Histoires chatnoiresques (1891), Le Parapluie de l’escouade (1893), Rose et vert-pomme (1894), Deux et deux font cinq (2 + 2 = 5) (1895), 



On n’est pas des bœufs (1896), Le Bec en l’air (1897).


 

Émile Bergerat (1845-1923) : Le Faublas malgré lui (1883) ; Le Viol (1885) ; Le Petit Moreau (1887) ; Le Salon de 1892 (Champs-Élysées) – Figaro – (1892, 100 ex.) ; Les Drames de l’honneur. Le Chèque. Roman (1893) ; Le Cruel Vatenguerre. Mémoires d’un grand homme, recueillis, orthographiés et mis en un beau désordre, par Caliban (1898) ; Plus que reine. Drame en cinq actes et un prologue. Sept tableaux (1899).

Robert de Bonnières (1850-1905), « Janus » du FigaroLes Monach. Roman parisien (1885) ; Le Baiser de Maïna (1886) ; Jeanne d’avril (1887) ; 



Mémoires d’aujourd’hui (1883, 1885 et 1888, 3 vol.) ; Petit Margemont (1890).

René Boylesve (1867-1926), pseudonyme de René Tardiveau : Le Médecin des dames de Néans (1896) ; Sainte-Marie-des-Fleurs (1897) ; 



Le Parfum des îles Borromées (1898).

Paul Féval fils (1860-1933) et A. d’Orsay : Le Fils de Lagardère. Le Sergent Belle-Épée (1893) ; Le Fils de Lagardère. Le Duc de Nevers (1894) ; 



Les Jumeaux de Nevers (Fin du Bossu). Madame du Barry (1895).

Georges Feydeau (1862-1921) : La Petite Révoltée. Monologue en vers (1880) ; Le Mouchoir. Monologue en vers, dit par Félix Galipaux (1881) ; Un monsieur qui n’aime pas les monologues. Monologue dit par Coquelin cadet, de la Comédie-Française (1882) ; Trop vieux ! Monologue en vers, dit par Saint-Germain, du Gymnase (1882) ; Le Petit Ménage. Monologue en vers, dit et illustré par Saint-Germain, du théâtre du Gymnase (1883) ; Aux antipodes. Monologue provenço-comique, dit par Madame Judic, du théâtre des Variétés (1883) ; Les Célèbres. Monologue comique, dit par Coquelin cadet, de la Comédie-Française (1884) ; 



Le Volontaire. Monologue comique en vers, dit par Félix Galipaux, du Palais-Royal (1884) ; Gibier de potence. Comédie-bouffe en un acte (1885) ; L’Homme intègre. Monologue comique, dit par Coquelin cadet, de la Comédie-Française (1886) ; La Lycéenne. Vaudeville-opérette en trois actes. Musique de M. Gaston Serpette (1888) ; Les Fiancés de Loches. Vaudeville en trois actes (1888, avec M. Desvallières) ; C’est une femme du monde. Comédie en un acte (1890, avec Maurice Desvallières) ; Le Mariage de Barillon. Vaudeville en trois actes (1890, avec Maurice Desvallières) ; Tout à Brown-Séquard !... Monologue fantaisiste, dit par Coquelin cadet, de la Comédie-Française (1890, illustrations par H. Gerbaut).

Abel Hermant (1862-1950) : Le Frisson de Paris (1895) ; Le Disciple aimé (1895) ; 



Le Sceptre (1896) ; Les Transatlantiques (1897).

Maurice Irisson (1839-1893), comte d’Hérisson : Journal d’un officier d’ordonnance. Juillet 1870-Février 1871 (1885) ; Journal d’un interprète en Chine (1886) ; Le Cabinet noir. Louis XVII – Napoléon – Marie-Louise (1887) ; La Légende de Metz (1888) ; Autour d’une révolution (1788-1799) (1888) ; Nouveau journal d’un officier d’ordonnance. La Commune (1889) ; Journal de la campagne d’Italie – 1859 – (1889) ; Le Prince impérial (Napoléon IV) (1890) ; Un drame royal (1890) ; 



La Chasse à l’homme. Guerres d’Algérie (1891) ; Les Responsabilités de l’année terrible (1891) ; Les Girouettes politiques. Un constituant (1892) ; Les Girouettes politiques. Un pair de France policier – 1815, 1822 – (1894) ; Deuxième série. Les Girouettes politiques – Un secrétaire de Napoléon Ier (D’Iéna à Waterloo) (1894) ; Souvenirs intimes et notes du baron Mounier (1896).

Jean Lorrain (1855-1906), pseudonyme de Paul Duval : 

Photographie Librairie Le Feu Follet


La Petite Classe (1895).

René Maizeroy (1856-1918), pseudonyme du baron René-Jean Toussaint : Celles qu’on aime (1883) ; Au régiment (1885) ; Bébé million (1886) ; La Belle (1889) ; 



Les Parisiennes. Papa la vertu (1897).

Catulle Mendès (1841-1909) : 



Les Boudoirs de verre (1884) ; Les Poésies de Catulle Mendès (1885, 7 vol.) ; Un miracle de Notre-Dame, conte en vers dit par Mademoiselle Bartet, de la Comédie française (1886) ; La Princesse nue (1890).

Octave Mirbeau (1848-1917) : 



Le Calvaire (1887) ; L’Abbé Jules (1888). Mirbeau aurait été le nègre de André Bertéra (1853-1913) et de Dora Melegari (1849-1924), publiés chez Ollendorff, sous les pseudonymes respectifs de « Alain Bauquenne » et de « Forsan ».

Henri de Pène (1830-1888) : 



Trop belle (1886), prix de Jouy de l’Académie française ; Née Michon (1887) ; Demi-crimes (1888).

Jules Renard (1864-1910) : L’Écornifleur (1892) ; Sourires pincés (1892) ; Coquecigrues (1893) ; La Lanterne sourde (1893) ; La Demande. Comédie en un acte (1896, avec Georges Docquois) ; 

Photographie Librairie Koegui


Bucoliques (1898) ; Le Pain de ménage. Comédie en un acte (1899).

Léon de Rosny (1837-1914) : 



Le Pays des dix mille lacs. Quelques jours de voyage en Finlande (1886, illustré par W. Hégel) ; Taureaux et mantilles. Souvenirs d’un voyage en Espagne et en Portugal (1889).

Armand Silvestre (1837-1901) : Les Farces de mon ami Jacques (1881) ; Les Malheurs du commandant Laripète, suivis de Les Mariages de Jacques (1881) ; Sapho (1881) ; Les Mémoires d’un galopin, suivis de Petite histoire naturelle (1882) ; 



Le Filleul du Docteur Trousse-Cadet, suivi des Nouveaux malheurs du commandant Laripète (1882) ; Madame Dandin et Mademoiselle Phryné (1883) ; Les Bêtises de mon oncle (1884) ; Les Merveilleux Récits de l’amiral Le Kelpudubec (1884) ; Les Veillées de Saint-Pantaléon (1886).

Fernand Vandérem (1864-1939), de son vrai nom Fernand Vanderheym : 



La Cendre. Roman (1894) ; Charlie. Roman (1895) ; Les Deux Rives. Roman (1897).

La « Collection des moralistes », tirée, en plus des exemplaires sur papier ordinaire, à 5 exemplaires sur Japon, 5 ex. sur Chine et 15 ex. sur Whatman : 



Maximes de la vie, par la comtesse Diane (1883), Roses de Noël, pensées d’hiver, par la marquise de Blocqueville (1884), Les Patenôtres d’un surnuméraire, par Joseph Delaroa (1884), Sagesse de poche, par Daniel Darc (1885), Pensées d’un sceptique, par Ph. Gerfaut (1885), Morale mondaine, par Ange Bénigne (1886), Vous et moi, par Louis Dépret (1886), A travers la vie, par Louise d’Alq (1887), Le Livre de minuit, par A. Houssaye (1887), Heures grises, par Marie Valyère (1887), Pensées d’automne, par A. Tournier (1890).

La « Collection pour les Jeunes Filles », couronnée par l’Académie française : Choix de mémoires et écrits des femmes françaises, aux XVIIe, XVIIIe et XIXe siècles, avec leurs biographies, par Mme Carette, née Bouvet : Madame de Staal-Delaunay (1890), Mademoiselle de Montpensier (1890), Madame Campan (1891), La Duchesse d’Abrantès (1892), Madame la comtesse de Genlis (1893), 



Madame Roland (1894), Madame Vigée le Brun (1894), Madame de Motteville (1895). 

La « Collection Ollendorff illustrée » :


 

N° 1. Jean Rameau. Yan. Illustrations de Maximilienne Guyon (1895).

N° 2. Abel Hermant. Eddy & Paddy. Illustrations de J.-E. Blanche (1895).

N° 3. Georges Rodenbach. La Vocation. Illustrations de H. Cassiers (1895).

N° 4. Jules Case. La Volonté du bonheur. Illustrations de André Brouillet (1895).

N° 5. Francisque Sarcey. Grandeur et décadence de Minon-Minette. Pataud. Illustrations de Georges Redon (1895).

N° 6. Charles Foley. Les Cornalines. Illustrations de Louis-Édouard Fournier (1895).

N° 7. Georges Ohnet. La Fille du député. Illustrations de René Lelong (1896).

N° 8. Paul Perret. La Robe. Illustrations de P. Kauffmann (1896).

N° 9. André Theuriet. Années de printemps. Illustrations de Maximilienne Guyon (1896).

N° 10. Henri Roujon. Miremonde. Illustrations de M.-G. Mendez (1895).

N° 11. J.-H. Rosny. Le Serment. Illustrations de Lucien Métivet (1896).

N° 12. Fernand Vandérem. La Patronne. Illustrations de Pierre Vidal (1896).

N° 13. Émile Pouvillon. Mademoiselle Clémence. Illustrations de Jeanniot (1896).

N° 14. Édouard Rod. L’Innocente. Illustrations de L. Kowalsky (1897).

N° 15. Louis d’Hurcourt. Le Sabre du notaire. Illustrations de Charles Morel (1899).



N° 16. Georges Rodenbach. L’Arbre. Illustrations de Pinchon (1899).

N° 17. Pierre Gauthiez. Ombres d’amour. Illustrations de F. Courboin (1899).

N° 18. Pierre Valdagne. Une rencontre. Illustrations de Maurice de Lambert (1899).

N° 19. Carmen Sylva. Par la loi. Traduit de l’allemand par Georges-A. Mandy. Illustrations de Minartz (1899).

N° 20. Armand Silvestre. Les Fleurs amoureuses. Illustrations de Louis Le Riverend (1899).

N° 21. Jules Case. Les Sept Visages. Illustrations d'Andréas (1899).


 

En 1896, Paul Ollendorff commença la publication de la Revue générale, internationale, scientifique, littéraire et artistique, qui parut tous les deux mois, puis tous les mois. 



Désirant se lancer dans d’autres activités, Ollendorff quitta la rue de Richelieu pour le 50 rue de la Chaussée d’Antin et vendit la librairie à une Société anonyme, la Société d’Éditions littéraires et artistiques, constituée le 19 octobre 1898, pour une durée de 50 ans. Le capital social était de 1.000.000 de francs, divisés en 10.000 actions de 100 francs. Le Conseil d’Administration était composé de 4 à 7 membres, nommés pour 6 ans, propriétaires de 250 actions : B. Chan, A. Pellerin, A. Lévy, E. Ricois, J. Pereyre, J. Pellerin.

« La librairie Ollendorff, après avoir connu la grande vogue, surtout avec Ohnet, tomba dans le marasme. Il fallut de l’argent frais pour lui redonner quelque éclat. Ollendorff demeura provisoirement directeur littéraire puis l’autorité tomba aux mains d’un certain M… [Isidore Mendel], effroyablement distant de toute littérature : petit homme presque rabougri, mais astucieux, ce M… gouvernait la maison comme un marchand de soupe et n’était d’ailleurs pas méchant. J’eus avec lui des conversations savoureuses, où l’art se mêlait étrangement aux pâtes alimentaires ou aux boutons de culotte… Je ne sais pas quelle marchandise les malins lui eussent fourré dans les mains sans la présence de Valdagne. Mais Valdagne, avec une vigilance discrète, empêchait la dégringolade. Mieux encadré, peut-être Valdagne eût rendu à la maison un peu de sa splendeur disparue…

On rencontrait Humblot [Alfred Humblot], grosse voix, visage agressif, au fond brave homme, Humblot qui connaissait mieux son affaire que l’autre, mais qui fut longtemps refoulé au second plan. Quand M… disparut, la librairie faisait eau par dix voies. Malgré des subsides abondants, le navire ne se releva point, de surcroît, il y eut la guerre et la maladie de Humblot, maladie noire, aggravée d’une sinistre neurasthénie.

Humblot qui se savait atteint aux racines de l’être, montrait une face trouble et mystérieuse ; chaque soir il fuyait éperdument vers la campagne avec, je suppose, une indécise confiance dans l’air pur… L’air pur ne le sauva pas de lui-même : on le trouva pendu dans la cage de son escalier. » [sic] (J.-H. Rosny (Aîné). Mémoires de la vie littéraire. L’Académie Goncourt. Les Salons – Quelques éditeurs. Paris, G. Crès et Cie, 1927, p. 195-196)

Toutefois, Willy, pseudonyme de Henri Gauthier-Villars (1859-1931), mari de Colette (1873-1954), se laissa séduire par cette nouvelle maison :  

Photographie Librairie Faustroll

Claudine à l’école (1900), Claudine à Paris (1901), Claudine s’en va (1903) [Claudine en ménage fut éditée par le Mercure de France en 1902].

« Les Minutes parisiennes » constituèrent une série de 11 volumes in-12, tirés à 108 exemplaires sur Chine et 28 exemplaires sur Japon, tous numérotés : 

Photographie Librairie Le Feu Follet

Midi. Le Déjeuner des petites ouvrières, par Georges Montorgueil, illustrations de A. Lepère (1899) ; 1 heure. La Bourse, par Gabriel Mourey, illustrations de Charles Huard (1899) ; 2 heures. La Cié et l’Île Saint-Louis, par Gustave Geffroy, illustrations de A. Lepère (1899) ; 3 heures. Les Courses, le Grand Prix de Paris, par Léon Millot, illustrations de A. Gérardin (1899) ; 4 heures. L’Essayage, par Pierre Valdagne, illustrations de Balluriau (1901) ; 5 heures. La Rue du Croissant, par Henry Fèvre, illustrations de Sunyer (1901) ; 6 heures. La Salle d’armes, par Georges Ohnet, dessins de Flasschoen (1902) ; 7 heures. Belleville, par Gustave Geffroy, dessins de Sunyer (1903) ; Huit heures du soir. Dîners parisiens, par Maurice Guillemot, illustrations de Jeanniot (1901) ; 1 heure du matin. Les Soupeuses, par Gustave Coquiot, illustrations de Georges Bottini (1903) ; 6 heures du matin. La Chapelle, par Désiré Louis, dessins de G. Prunier (1904).



En 1905, la maison décrocha le Prix Goncourt avec Les Civilisés, par Claude Farrère (1876-1957), pseudonyme de Frédéric Bargone.


 

« Paul Ollendorff, juif, aurait pu tenter cette aventure, mais, en transformant son entreprise personnelle en “ Société d’éditions littéraires et artistiques ”, en novembre 1898, afin de lui procurer une assise financière beaucoup plus importante, il a dû céder l’essentiel du pouvoir à ses associés, Isidore Mendel et Auguste Pellerin. Sans introduire de changements considérables dans les publications Ollendorff, les actionnaires majoritaires ont privilégié la rentabilité, donc la notoriété des écrivains. Le fondateur a pu introduire quelques titres ostensiblement favorables à la révision du procès Dreyfus dans ses catalogues mais ils ne sont pas très nombreux. On y trouve cependant La Conscience chrétienne et l’affaire Dreyfus, une brochure du courageux abbé Pichot qui paya cher son engagement dans ce camp puisqu’il dut quitter son diocèse et trouver asile sur le rocher de Monaco pour continuer à exercer son ministère. Quincampoix fit également paraître ici La Voix d’un catholique ami de la Justice et de la Vérité, en 1899, rappelant que des chrétiens authentiques refusaient de céder à l’air du temps. Toujours chez Ollendorff, il conviendrait de citer les trois ouvrages publiés par André Suarès, sous le pseudonyme de A. de Séipse, Lettres d’un solitaire sur les maux du temps.  I, Barrès, II, Jules Lemaitre, et Que le véritable honneur est dans la vérité, mais ces volumes eurent peu de lecteurs. » [sic] (J.-Y. Mollier. « La Bataille de l’imprimé ». Dans Les Représentations de l’affaire Dreyfus dans la presse en France et à l’étranger. Tours, 1994, p. 20)


 

Écarté par ses associés, Paul Ollendorff racheta, avec Antonin Périvier (1847-1924), ancien co-directeur du quotidien Le Figaro, le journal politique, littéraire et mondain Gil Blas, quotidien, qu’il co-dirigea du 10 janvier 1903 au 13 novembre 1909.

Le 28 septembre 1911, à Choisy-au-Bac [Oise], Paul Ollendorff épousa, en secondes noces, Suzanne-Stéphanie-Noëlle Destrem, née à Paris [IXe] le 24 février 1861, qu’il avait éditée, sous le pseudonyme de Jean de Ferrières : Leur fille (1897) ; 



Les Messieurs de Séryac (1899) ; Une âme obscure (1901). Paul Ollendorff demeurait toujours 55 rue d’Amsterdam [VIIIe], un hôtel particulier bâti en 1858, constitué d’un grand corps de logis, avec un avant-corps à chaque angle, que des terrasses réunissaient sur la rue ; à l’arrière, il y avait un jardin ; une deuxième cour, couverte d’une immense verrière, précédait un second bâtiment, dévolu aux communs ; cet hôtel fut détruit en 1929. Il possédait aussi une propriété au 6 rue du Chemin de fer, à Saint-Cloud [Hauts-de-Seine]. 



Paul Ollendorff mourut à Choisy-au-Bac, dans sa villa « Le Port L’Épine », le 15 décembre 1920, et fut inhumé le 18 au cimetière de Montmartre. 



Deux discours furent prononcés : le journaliste Pierre Brisson (1896-1964), petit-fils du critique dramatique Francisque Sarcey (1827-1899), au nom de son père, l’écrivain Adolphe Brisson (1860-1925), indisposé, rappela les qualités de l’homme et la brillante carrière de l’éditeur ; le dramaturge Georges de Porto-Riche (1849-1930) prononça du défunt un éloge ému.

(1921)

La librairie Ollendorff passa ensuite aux mains d’un groupe présidé par Gabriel Alphaud (1879-1952), directeur du quotidien Comœdia depuis 1922, qui la rétrocéda en 1924 à l’éditeur Albin Michel (1873-1943), 22 rue Huyghens [XIVe].