samedi 12 novembre 2016

Un morvandiot providence des romantiques : Eugène Renduel (1798-1874)


Eglise de Lormes en 1841, détruite en 1865, par Corot
Wadsworth Atheneum, Hartford, Connecticut, USA


La famille Renduel a vécu à Lormes [Nièvre], dans le Morvan. La forme « Randuel » du patronyme, qui figure dans les actes, n’est pas qu’une erreur de leurs différents rédacteurs : tous les membres de la famille ont signé « Randuel », ou parfois « Randuelle », jusque vers la fin du XVIIIe siècle, quand Jacques adopta la forme « Renduel ».     

Généalogie simplifiée des Renduel

Claude [I] Randuel, huissier, épousa, le 9 décembre 1727, Anne, fille de Simon Pannetrat, lui-même huissier, et de Marguerite Collin. Il en eut six enfants, dont Claude [II], baptisé le 3 octobre 1736, qui devint armurier-serrurier et qui prit pour femme, le 15 septembre 1760, Reine Camusat, fille d’un drapier : elle décéda prématurément le 14 janvier 1763. Claude [II] se remaria, le 7 juin 1763, avec Reine Ducrot, qui lui donna six enfants, puis, le 24 novembre 1789, avec Gabrielle Girard ; il mourut le 22 nivôse An XI [12 janvier 1803].

Claude [I] Randuel, veuf en premières noces d’Anne Pannetrat le 10 juin 1740, s’était remarié le 18 octobre 1740 avec Françoise Droit, fille de Bernard Droit, tailleur d’habits, et de Élizabeth Chalumeau : il avait eu d’elle huit autres enfants et mourut le 23 décembre 1757 ; sa veuve lui survécut jusqu’au 4 septembre 1778.

Jacques Renduel, deuxième des enfants de Claude Randuel et de Reine Ducrot, naquit le 29 mars 1767, devint cabaretier et épousa Étiennette-Henriette Gourdault, fille de Pierre Gourdault, relieur à Avallon [Yonne], dont il eut deux filles et quatre fils : Marie, née le 18 messidor An III [6 juillet 1795] ; Jean-Alban-Louis, né le 17 floréal An V [6 mai 1797] ; Pierre, né le 28 brumaire An VII [18 novembre 1798], qui devint l’éditeur connu sous le prénom d’Eugène ; Hugues-Alban, né le 14 germinal An X [4 avril 1802] ; Jeanne-Françoise, née le 29 frimaire An XII [21 décembre 1803] ; Jean-Alban, né le 16 mars 1807.

***

Eugène Renduel en 1832
par Jean-François Gigoux

Pierre Renduel est donc né dans une famille modeste, le 28 brumaire An VII [18 novembre 1798], et non le 23, comme dit Adolphe Jullien, dans Le Romantisme et l’éditeur Renduel (Paris, Charpentier et Fasquelle, 1897, p. 12) :

« Le vingt neuf Brumaire an sept de la republique francoise à neuf heures du matin, devant moy nicolas heulhard du fery agent municipal de la commune de Lorme dept. de la nievre y demeurant, et en cette qualité chargé de dresser les actes de naissances et deces des citoyens, a comparu en la salle Publique de la maison commune dud. Lorme, Jacques Randuel cabaretier y demeurant, le quel assisté de pierre thieblot son oncle maréchal agé de soixante deux ans, et de marie Claudine Randuel sa tante agée de quarante ans femme de claude Jean francois Camusat, tous les deux demeurans aud. lorme, m’a déclaré que Etiennette henriette Gourdeau sa femme en légitime mariage est accouchée hier soir sur les trois heures d’un garcon qu’il m’a présenté et au quel il a donné le prénom de pierre, d’après cette déclaration que led. pierre thieblot et marie claudine Randuel m’ont certiffiée conforme a la vérité et la presentation qui m’a eté faitte de l Enfant denommé j’ay en vertu des pouvoirs qui me sont délégués dressé le présent acte que led. randuel père de l Enfant, et led. pierre thieblot ont signés avec moy, lad. marie claudine Randuel a déclaré ne scavoir signer : faît aud. lorme les jour an heure le lieu que dessus.
[signatures :]   pierre thiéblot        renduel        heulhard du fery » [sic]   

Dès la fin de sa scolarité, il fut clerc de notaire chez Pierre-Gaspard Lobbé (1756-1826), à Lormes. Parti avec ses parents, en 1816, pour Clamecy [Nièvre], il entra comme clerc d’avoué chez Vrain-Pierre-Gabriel Pellault. Bientôt atteint par la conscription, il fut peu de temps soldat, ayant pu se faire remplacer.  

En 1819, il s’en fut à Paris, où il trouva une place de commis chez deux libraires avant d’entrer, en 1821, chez Jean-Baptiste-Pierre-Louis Touquet (1775-1836), ancien colonel d’État-major, qui venait d’ouvrir une librairie, au 4e étage d’une maison, 18 rue de la Huchette [Ve] :

« Fidèle aux promesses qu’il a faites à ses nombreux souscripteurs, M. Touquet a publié ce matin le premier volume de son Voltaire. Cette première édition contient les soixante-deux premiers chapitres de l’Essai sur les mœurs et l’esprit des nations, c’est-à-dire plus de trois tomes de l’édition de Kehl. L’édition du Voltaire-Touquet, ainsi qu’on la désigne à la Quotidienne et autres lieux semblables, n’est pas comparable, sans doute, sous le rapport de l’exécution typographique au Racine de Didot, par exemple ; mais le papier est beau, l’impression est correcte, et la petite dimension des caractères ne fatigue point l’œil des lecteurs.
M. Touquet, déjà célèbre par son édition de la charte à cinq centimes, acquiert une nouvelle célébrité par son édition du Voltaire à trente francs, et pour achever de se mettre aux prises avec les partisans de l’obscurantisme, il vient de faire confectionner je ne sais combien de milliers de tabatières, dont nous avons déjà parlé, et qui se vendent, rue de Richelieu, n. 83, à l’enseigne de la Charte TOUQUET ; il répand la charte avec profusion, il place aux mains des artisans, des ouvriers, des plus modestes habitans de la campagne, les œuvres du plus philosophe des philosophes, et il fabrique des tabatières au moyen desquelles on a toujours le nez sur la charte. » [sic]
(Le Constitutionnel, journal du commerce, politique et littéraire, 25 septembre 1820, p. 3)  

Le magasin de Touquet fut transféré, en novembre 1822, au 1er étage du 40 rue de la Huchette, au coin du nouveau quai Saint-Michel et de la place du pont, puis, le 15 juillet 1823, au Marais, 21 rue Saint-Louis [rue de Turenne, IVe].

Les affaires amenaient fréquemment Renduel chez Jean-Joseph Laurens (1751-1833), dit Laurens « Aîné », imprimeur-libraire, alors 14 rue du Pot-de-Fer-Saint-Sulpice [rue Bonaparte, VIe]. 


Il y rencontra plusieurs fois la cadette des filles de l’imprimeur, Célestine-Rose Laurens, née à Paris le 21 septembre 1801, et la demanda en mariage. Mais la mort de Madame Laurens, Marie-Rose Grégoire, le 23 avril 1823, retarda cette union.
La librairie de Touquet commençant à décliner – en faillite déclarée le 15 mars 1824 -, Renduel travailla quelque temps chez la veuve de Étienne-Théodore Dabo, décédé le 20 août 1822, 5 rue Hautefeuille [VIe], et chez Herménégilde-Honorat Hautecoeur, libraire 7 rue de Grenelle-Saint-Honoré [rue Jean-Jacques Rousseau, Ier].

Dès 1825, devenu « Eugène » Renduel, il s’installa à son compte, 20 rue du Battoir [rue de Quatrefages, Ve].


L’ancien clerc édita alors, pour moitié avec Charles Froment, libraire-éditeur des classiques français, 37 quai des Augustins [quai des Grands-Augustins, VIe], Les Cinq Codes, avec indication de leurs dispositions corrélatives, qui furent imprimés par Jules Didot Aîné, 6 rue du Pont-de-Lodi [VIe], dans le format in-48.

Rue des Grands Augustins, vue de la rue Saint-André-des-Arts
Photographie de Charles Marville
Le n° 22 est à gauche, au niveau de la charette

En 1826, tandis que Touquet déménageait galerie Vivienne [IIe], Renduel déménagea son cabinet de librairie au 22 rue des Grands-Augustins [VIe] et devint, pour deux ans, directeur du Journal des avoués, rédigé par Adolphe Chauveau (1802-1868), avocat à la Cour royale de Paris. 


Il édita, avec Charles Froment, le tome troisième des Lettres sur la Suisse, par Raoul-Rochette, intitulé Lettres sur la Suisse écrites en 1824 et 1825 et imprimé en un volume in-8 par Cosson, 9 rue Saint-Germain-des-Prés [rue Bonaparte, VIe].
Pendant ce temps, et avant le 16 mars 1826, Laurens « Aîné », installé alors 17 rue des Marais-Saint-Germain [rue Visconti, VIe], vendait son imprimerie à Honoré de Balzac (1799-1850) et quittait Paris pour Villers-Cotterêts [Aisne].

Renduel obtint enfin son brevet de libraire le 7 août 1827 et publia, avec Pichon-Béchet, libraire 47 quai des Augustins, successeur de Béchet « Aîné », le Code forestier expliqué par les motifs et la discussion (in-12), par Adolphe Chauveau.

En 1828, Renduel édita une Nouvelle grammaire italienne, élémentaire et raisonnée, divisée en vingt leçons, avec des thèmes (in-12), par Clément Pantini et Jérôme Monaci ; le Cours d’archéologie, professé par M. Raoul-Rochette, à la Bibliothèque du Roi, tous les mardis (in-8).

En 1829, il édita L’Homme blanc des rochers, ou Loganie et Délia (4 vol. in-12), par Toulotte ; 

Frontispice gravé sur bois, d'après un dessin de Eugène Sue

Soirées de Walter Scott à Paris (1829-1831, 2 vol. in-8), par P. L. Jacob ; Les Tarifs en matière civile, commerciale et criminelle, expliqués et commentés (in-18), par A. Vervoort, avec A. H. Devielbanc, 2 rue Saint-Étienne-des-Grès [rue Cujas, Ve] ; deux ouvrages de l’historien Alexandre-Fursy Guesdon, sous son pseudonyme « Mortonval » - Maurice Pierret, épisode de 1793 (5 vol. in-12) et Le Comte de Villamayor, ou l’Espagne sous Charles IV (5 vol. in-12) ; Les Marionnettes politiques ; (Mœurs contemporaines) (4 vol. in-12), par G. Touchard-Lafosse ; 


Palmerin d’Angleterre, chronique portugaise (4 vol. in-12), par Francisco Moraes ; etc.

Devenu le libraire à la mode, Renduel lança sur le marché un grand nombre de rééditions et d’ouvrages nouveaux. Il eut l’habileté d’attirer à lui tous ces écrivains, aujourd’hui célèbres, alors modestes débutants, de les enlever aux libraires qui avaient mis au jour leurs livres de début, par des propositions plus avantageuses et l’audace de publier tous leurs ouvrages, laissant au lecteur le soin de décider lesquels auraient le plus de succès et le dédommageraient des pertes occasionnées par les autres. Il s’entoura des meilleurs illustrateurs contemporains : Louis Boulanger (1806-1867), Tony Johannot (1803-1852) et Célestin Nanteuil (1813-1873).

« La vie littéraire était, en ce tems-là, une vie d’abnégation et de misère. Les grands journaux ne publiaient pas de romans. La vieille critique y jouait encore son jeu. Seuls, Loëve Weimars et Jules Janin avaient mis en œuvre l’esprit nouveau. Ce qui dominait alors, c’était le voltairianisme tombé en enfance. La mode était de railler le romantisme, - avec le rire de ceux qui ne sont pas contens. Il n’y avait donc pas à frapper à la porte des journaux. Restaient les libraires ; mais ces messieurs étaient des autocrates qui ne publiaient que les livres de leur bon plaisir. Eugène Renduel tenait le haut du pavé ; quand un nouveau venu se présentait devant lui, il le désarmait bien vite par un sourire moqueur. Il avait pourtant publié les Jeunes France, de Théophile Gautier ; mais cela ne voulait pas dire qu’il les eût payés. » [sic]
(Arsène Houssaye. Les Confessions. Souvenirs d’un demi-siècle. 1830-1880. Paris, E. Dentu, 1885, t. I, p. 289-290)

Aux deux premiers rangs des écrivains qui alimentèrent la librairie Renduel figurent Victor Hugo, puis les frères Lacroix.

1830 : Les Deux Fous. Histoire du temps de François Ier. 1524 (in-8), par P. L. Jacob ; 


Contes fantastiques de E. T. A. Hoffmann (12 vol. in-12) ; Contes nocturnes de E. T. A. Hoffmann (4 vol. in-12) ; Législation et jurisprudence des tribunaux de simple police (in-8), par Bost et Daussy ; Le Bourreau (4 vol. in-12), par François-Eugène Garay de Monglave, sous le pseudonyme « Maurice Dufresne » ; Tableau de l’histoire moderne (2 vol. in-8), par Frédéric Schlegel, traduit de l’allemand par Joël Cherbuliez ; La Fin du monde, histoire du temps présent et des choses à venir (in-8), par Rey-Dussueil ; etc.

1831 : Le Roi des ribauds, histoire du temps de Louis XII (2 vol. in-8), par P. L. Jacob ; Plik et Plok (in-8), par Eugène Sue ; Don Martin Gil. Histoire du temps de Pierre-le-Cruel (2 vol. in-8), par Mortonval ; 


Les Intimes (2 vol. in-8), par Michel Raymond, pseudonyme de Raymond Brucker ; Le Caprice (2 vol. in-12), par Eugène Chapus ; Le Monde nouveau, histoire faisant suite à La Fin du monde, par Rey-Dussueil ; Marion Delorme, drame (in-8), par Victor Hugo, premier traité conclu entre le poète et Renduel ; etc.

Notre-Dame de Paris (1832)
Frontispice par Célestin Nanteuil

1832 : Œuvres de Victor Hugo.- Romans (I. Le Dernier jour d’un condamné. 18…. 5e édition, in-8. II. Bug-Jargal. 1791. 5e édition, in-8. III. IV. V. Notre-Dame de Paris. 8e édition, 3 vol. in-8) ; Œuvres de Charles Nodier (I. Jean Sbogar. in-8. II. Le Peintre de Saltzbourg. Adèle. Thérèse Aubert. in-8. III. Smarra. Triby. Mélanges. Hélène Gillet. in-8. IV. La Fée aux miettes. in-8. V. Rêveries. in-8. VI. Mademoiselle de Marsan. Le Nouveau Faust et la Nouvelle Marguerite. Le Songe d’or. in-8) ;  Œuvres de Charles Nodier. Le Dernier Chapitre de mon roman (in-8, pas de tomaison) ; Un divorce, histoire du temps de l’Empire. 1812-1814 (in-8), par P.-L. Jacob ; 


La Danse macabre, histoire fantastique du quinzième siècle (in-8), par P. L. Jacob, dont seule la 2e édition, la même année, présente une gravure par Johannot en page de titre ; Vertu et tempérament, histoire du temps de la Restauration. 1818-1820-1832 (2 vol. in-8), par P. L. Jacob ; Critiques et portraits littéraires (in-8), par C.-A. Sainte-Beuve ; La Salamandre, roman maritime (2 vol. in-8), par Eugène Sue ; Aux enfants. Contes de E.-T.-A. Hoffmann (in-12) ; Contes et fantaisies de E. T. A. Hoffmann (Le t. XVII porte la date de 1833, les t. XVIII et XIX la date de 1832, 3 vol. in-12) ; 

Paris, Alde, 16 octobre 2014 : 1.400 €
Reliure G. Mercier

Les Consultations du Docteur-Noir. Stello, ou les diables bleus (blue devils). Par le comte Alfred de Vigny. Première consultation (in-8, trois vignettes de Tony Johannot, gravées par Brevière), avec Charles Gosselin, 9 rue Saint-Germain-des-Prés ; 

Paris, Drouot, 21 novembre 2014 : 800 €
Reliure Salvador David, dorure Domont

Les Feuilles d’automne (in-8, préface datée de novembre 1831, vignette sur bois de Porret d’après Tony Johannot), par Victor Hugo ; Critiques et portraits littéraires (3 vol. in-8, les deux derniers ont paru en 1836), par Charles-Augustin Sainte-Beuve ; 


Le Roi s’amuse, drame (in-8, vignette frontispice gravée sur bois par Andrew, L. B., d’après Tony Johannot et tirée sur Chine), par Victor Hugo ; Les Deux Cadavres (2 vol. in-8), par Frédéric Soulié ; La Table de nuit (in-8), par Paul de Musset ; 

Traité conclu entre Martin et Renduel pour la publication de Minuit et midi
Coll. Bertrand Hugonnard-Roche

Minuit et midi1630-1649 (in-8), par Henri Martin ; etc.

1833 : Œuvres de Victor Hugo.- Romans (VI. VII. Han d’Islande. 4e édition, 2 vol. in-8) ; Œuvres de Victor Hugo. - Drames. (I. Le Roi s’amuse. 3e édition, in-8) ; 


Œuvres de Victor Hugo. Drames. (V. Lucrèce Borgia. 3e édition, in-8. VI. Marie Tudor. in-8) ; Œuvres complètes de Charles Nodier (VII. Le Dernier Banquet des Girondins ; étude historique, suivie de Recherches sur l’éloquence révolutionnaire. in-8. VIII. Souvenirs et portraits. in-8) ; Quand j’étais jeune, souvenirs d’un vieux (2 vol. in-8), par Paul L. Jacob ; De la France (in-8), par Henri Heine ; La Vie de E.-T.-A. Hoffmann, d’après les documens originaux (non tomé, mais forme le t. XX des Œuvres complètes de E. T. A. Hoffmann, in-12, portrait de Hoffmann gravé sur acier par P. Pelée, d’après Henriquel-Dupont) ; 


Les Jeunes France, romans goguenards (in-8, frontispice eau-forte de Célestin Nanteuil), par Théophile Gautier ; Les Deux Cadavres (3e édition, 2 vol. in-8), par Frédéric Soulié ; 


Champavert. Contes immoraux (in-8, vignette sur bois de Jean Gigoux, gravée par Godard), par Pétrus Borel, le lycanthrope ; Le Sabbat des sorcières, chronique de 1459 (in-8), traduit de l’allemand de Louis Tieck ; De la France (in-8), par Henri Heine ; Titime ? Histoires de l’autre monde (in-8), par Eugène Chapus et Victor Charlier ; 

"La Coupe et les Lèvres"

Un spectacle dans un fauteuil (in-8), par Alfred de Musset ; 


Les Écorcheurs ou l’Usurpation et la Peste, fragmens historiques. 1418 (2 vol. in-8, vignettes de Tony Johannot), par le vicomte d’Arlincourt ; L’Âme et la Solitude (in-8), par Achille du Clésieux ; Samuel, roman sérieux (in-8), par Paul de Musset ; L’Amulette. Étrennes à nos jeunes amis. - 1834 (in-18), édité avec F. Astoin ; Le Libelliste. 1651-1652 (2 vol. in-8), par Henri Martin ; Une grossesse (in-8), par Jules Lacroix ; 


Le Balcon de l’Opéra (in-8), par Joseph d’Ortigue, seule incursion de Renduel sur le terrain musical ; 


Poésies posthumes et inédites (2 vol. in-8), par André Chénier, avec Gervais Charpentier, 4 rue Montesquieu [Ier] ; etc.

Au cours de l’année 1833, Renduel fut aussi le libraire, pour la France, de L’Europe littéraire, journal de la littérature nationale et étrangère, paraissant trois fois par semaine, dont le premier numéro parut le 1er mars 1833, et le 69e et dernier, le 9 août 1833.

1834 : Œuvres complètes de Victor Hugo.- Poésie (I. II. Odes et ballades. 2 vol. in-8. III. Les Orientales. in-8. IV. Les Feuilles d’automne. in-8) ; Œuvres complètes de Victor Hugo. 1819-1834. Littérature et philosophie mêlées. (I. II. 2 vol. in-8) ; Œuvres complètes de Charles Nodier (X. Souvenirs de jeunesse. in-8. XII. Notions élémentaires de linguistique. in-8) ; Les Francs-Taupins, histoire du temps de Charles VII, 1440 (3 vol. in-8), par Paul L. Jacob ; Volupté (2 vol. in-8), anonyme [C.-A. Sainte-Beuve] ; Œuvres de Henri Heine (II. III. Reisebilder-Tableaux de voyages. 2 vol. in-8, t. I non paru) ; Paroles d’un croyant 1833 (in-8), anonyme [Félicité de La Mennais] ; La Sainte-Baume (2 vol. in-8), par Joseph d’Ortigue ; 


Venezia la bella (2 vol. in-8), par Alphonse Royer ; Les Hirondelles (in-18), par Alphonse Esquiros ; 

Paris, Sotheby's, 19 juin 2013 : 1.250 €
Reliure Duplanil



Un roman pour les cuisinières (in-8, blason sur le titre, frontispice signé par Camille Rogier), par Émile Cabanon ; Études sur la science sociale (in-8), par Jules Lechevalier ; La Tête et le Cœur (in-8), par Paul de Musset ; Corps sans âme (2 vol. in-8), par Jules Lacroix ; Un accès de fièvre (in-8), par Juliette Bécard ; etc.

1835 : Œuvres complètes de Victor Hugo.- Poésie (V. Les Chants du crépuscule. in-8) ; Œuvres de Victor Hugo. Drames. (VII. Angelo, tyran de Padoue. in-8) ; Œuvres de Sainte-Beuve. Poésie (II. Les Consolations. 2e édition, in-8) ; Œuvres de Henri Heine (V. VI. De l’Allemagne. 2 vol. in-8) ; 

Lyon, Librairie ancienne Clagahe : 6.000 €
Reliure de Cuzin

Mademoiselle de Maupin – Double amour – (1835-1836, 2 vol. in-8), par Théophile Gautier ; Pélerinages (in-8), par Édouard d’Anglemont ; Lettres autographes de Madame Roland, adressées à Bancal-des-Issarts, membre de la Convention (in-8) ; 




Œuvres complètes de Berquin (4 vol. in-12), avec Félix Astoin, 60 rue Saint-André-des-Arts, et A. Biais, 26 rue des Bons-Enfants ; Une fleur à vendre (2 vol. in-8), par Jules Lacroix ; Le Monde comme il est (2 vol. in-8), par le marquis de Custine ; Outre-mer (2 vol. in-8), par Louis de Maynard de Queilhe ; etc.

1836 : Œuvres complètes de Victor Hugo. Drames. (I. II. Cromwell. 2 vol. in-8. III. Hernani. in-8. IV. Marion de Lorme. in-8) ; La Folle d’Orléans, histoire du temps de Louis XIV (2 vol. in-8), par P. L. Jacob ; Pignerol, histoire du temps de Louis XIV. 1680 (2 vol. in-8), par P. L. Jacob ; Mon grand fauteuil (2 vol. in-8), par P. L. Jacob ; Critiques et portraits littéraires (1836-1839, 5 vol. in-8), par C.-A. Sainte-Beuve ; 



Reliure "à la cathédrale"


Notre-Dame de Paris (1 vol. in-8, première édition illustrée, dite « édition keepsake », et 3 vol. in-8 avec les mêmes gravures), par Victor Hugo ; La Carte jaune, roman de Paris (2 vol. in-8), par Eugène Chapus ; Histoire des lettres avant le christianisme (2 premiers tomes, in-8), par Amédée Duquesnel ; etc.


En 1837, Renduel transféra sa librairie au 3 rue Christine [VIe] :

« Il y a bien des années, j’avais entrevu le Renduel des anciens jours, dans son dernier domicile de libraire, celui de la rue Christine (1837). Les établissements des éditeurs les plus renommés n’étaient pas alors, comme aujourd’hui, de véritables ministères. Ce magasin de Renduel occupait le rez-de-chaussée d’une vieille maison qui n’avait été ni repeinte, ni peut-être balayée depuis la première Révolution. C’était une vaste pièce tirant son jour d’une petite cour intérieure profondément encaissée. […]. J’aurais volontiers remercié Renduel, qui daignait me vendre lui-même un certain nombre de volumes in-8° à couverture jaune, de 250 à 300 pages en moyenne, dont plus de la moitié n’était que du papier blanc, ou plutôt gris ; - le tout au prix réglementaire de 7 fr. 50 le volume, sans escompte ni remise. […]. Le tout formait un gros paquet que Renduel aurait bien voulu se dispenser de me faire porter à domicile ; attendu, disait-il, que son unique commis était sujet à s’attarder aux vitrines des marchands d’estampes. Avec de si beaux bénéfices, et d’aussi belles économies sur les frais généraux, il ne pouvait manquer de s’enrichir promptement. Aussi il “ pensait déjà à faire la retraite ”, comme le Tircis de Racan. »
(Bon E. [Baron Ernouf]. « Causeries d’un bibliophile ». In Bulletin du bibliophile et du bibliothécaire. Paris, Léon Techener, 1880, p. 88-89)


1837 : Œuvres complètes de Victor Hugo.- Poésie (VI. Les Voix intérieures. in-8) ; Œuvres complètes de Charles Nodier (XI. Contes en prose et en vers. in-8) ; Pensées d’août, poésies (in-18), par Sainte-Beuve ; Luccioles (in-8), par Théodore Guiard, avec Houdaille, 11 rue du Coq [rue de Marengo, Ier] ; Le Livre des communes, ou le Presbytère, l’École et la Mairie (in-8), par Roselly de Lorgues, avec la Société agiographique, 14 rue du Pot-de-Fer-Saint-Sulpice ; Arthur (in-8), par Ulric Guttinguer ; etc.    

1838 : Castille et Léon, drame (in-8), par Ferdinand Dugué ; Tout est bien, poésie (in-8), par Victor Leroux ; etc. Le libraire Henry-Louis Delloye, 13 place de la Bourse [IIe], reprit les Œuvres complètes de Victor Hugo. 

Château de Beuvron, vers 1880

Château de Beuvron, aujourd'hui
Photographie Ph. Poiseau

Cette même année 1838, Renduel, las de la librairie, acheta le château de Beuvron [Nièvre], à une quinzaine de kilomètres au sud de Clamecy et à une trentaine de kilomètres au nord-ouest de Lormes, avec 20 hectares de prés et 40 hectares de terres en culture. Ce château, bâti au XVe siècle, au bord de la rivière, a été fortement remanié aux XVIIe et XVIIIe siècles. Il se compose de deux corps de logis, disposés à angle droit, et flanqués d’une tour ronde à leur jonction ; on y pénètre par un portail carré défendu par une bretèche. Il y passa d’abord plusieurs mois par an.

1839 : Histoire des Français des divers états aux cinq derniers siècles XVIIe siècle (7e et 8e vol., in-8), par Amans-Alexis Monteil ; Le Vol des heures. Poésies (in-8), par Ferdinand Dugué ; etc.

Port-Royal (Paris, Eugène Renduel et L. Hachette et Cie, 1840-1859)

1840 : Port-Royal (t. I daté 1840, t. II daté 1842, 2 vol. in-8), par C.-A. Sainte-Beuve.

En 1841, le libraire Louis Hachette (1800-1864), 12 rue Pierre Sarrazin [VIe], reprit le fonds romantique de Renduel.
Renduel avait promis, en 1833, à Louis, dit « Aloysius », Bertrand de faire paraître son livre, Gaspard de la nuit. Bertrand essaya une dernière fois, le 5 octobre 1840, de faire sortir son manuscrit des tiroirs de son éditeur : celui-ci était absent et Bertrand lui laissa un sonnet, qui furent ses derniers vers. Quelques mois après, le 11 mars 1841, Bertrand entra à l’hôpital une troisième fois, cette fois à Necker, pour y mourir, le 29 avril. À la fin de l’année 1842, grâce aux efforts de Sainte-Beuve et de David d’Angers, qui racheta le manuscrit à Renduel, Gaspard de la nuit. Fantaisies à la manière de Rembrandt et de Callot (Angers, V. Pavie, et Paris, Labitte, 1842, in-8) vit enfin le jour.

Après avoir enfin épousé Célestine-Rose Laurens, le 29 février 1840, aux Batignolles [Paris XVIIe], Renduel, en libraire avisé - sentant peut-être le déclin du romantisme -, se retira des affaires et s’installa définitivement à Beuvron. Il s’occupa alors d’agriculture, obtint des prix aux comices, se fit aimer et élire maire d’octobre 1840 à octobre 1846 et de janvier 1871 à février 1874 : il se donna tout entier à ses fonctions municipales, veillant à mieux employer les fonds de secours et faisant exécuter des routes praticables, dont l’un, la route de Clamecy à Brinon-sur-Beuvron, fut appelé « le chemin de Renduel ».

À Paris, on l’oublia, malgré quelques brefs retours : il descendait à l’hôtel des Colonies, 27 rue Paul Lelong [IIe], et dînait au Restaurant Magny, qui fonctionna de 1842 à 1895, 3 rue de Contrescarpe-Dauphine [rue André Mazet, VIe]. On se demande pourquoi Edmond Werdet n’a pas un mot de souvenir pour son ancien confrère, dans De la librairie française (Paris, E. Dentu, 1860).
Pour soigner une ancienne maladie du foie, Renduel allait presque chaque année aux eaux de Bourbonne-les-Bains [Haute-Marne]. Il était encore alerte et solide, quand il fut subitement frappé d’une paralysie partielle ; une seconde attaque plus violente l’emporta le 19 octobre 1874.
La plupart des journaux se contentèrent d’annoncer cette mort comme un simple fait divers, tous le croyant enterré depuis longtemps :
 

« Eugène Renduel vient de mourir dans sa soixante-seizième année, au château de Beuvron (Nièvre).
A ce seul nom, ce qui reste de la génération de 1830 n’a pu s’empêcher de dresser l’oreille. Eugène Renduel a été celui des éditeurs qui a le plus contribué à affermir l’école romantique dans son triomphe. C’est lui qui a prononcé une sorte de fiat lux pour les œuvres magistrales d’alors ; ses in-octavos, illustrés de vignettes de Poret et des Johannot, donnaient plus de relief encore à Victor Hugo, à Charles Nodier, à Théophile Gautier et aux autres. […]
S’il faisait de bonnes affaires avec les grands écrivains de son temps, il les mettait de moitié dans la réussite de l’entreprise. Un livre édité par lui avait, rien que sur le nom de celui qui l’avait fabriqué, un passe-port sûr auprès du public.
Les catalogues qu’il a laissés sont des monuments littéraires. Il n’y a pas de bibliophile qui ne se fasse un devoir de les consulter, afin de se rendre compte de ce que pouvait être l’esprit français en 1830. Eugène Renduel, très-téméraire, a été le premier éditeur des deux ouvrages les plus audacieux de ce temps : Reisebilder, d’Henri Heine, et les Paroles d’un croyant, de Lamennais. » [sic]
(Philibert Audebrand. « Courrier de Paris » In L’Illustration, samedi 7 novembre 1874, p. 295)

« Renduel en avait gardé beaucoup de ces livres précieux, mais il en avait perdu aussi beaucoup par manque de prudence et par la bêtise des paysans qui fouillaient librement dans ces volumes, en regardaient d’abord les images et puis les déchiraient pour allumer leur feu. Ne surprit-on pas un jour la bonne et le jardinier qui s’escrimaient de la plume et du crayon sur une brochure dont l’édition princeps vaut de l’or aujourd’hui : le Sacre de Charles X, par Victor Hugo ? Renduel n’avait pas perdu des livres de ce seul fait : il en avait aussi donné à de prétendus amateurs ; il en avait prêté qui n’étaient jamais revenus […] mais sa bibliothèque, après tant de malheurs, était encore assez bien garnie en éditions originales, et le vieux libraire regardait surtout avec amour des tirages sur beau papier de Chine ou des Vosges, sur papier rose ou vert, qu’il avait faits pour lui-même et seulement pour des volumes de choix, ceux signés de Victor Hugo, de Sainte-Beuve et de Lamennais, de Charles Nodier et d’Alfred de Musset ; il couvait enfin d’un œil jaloux deux recueils médiocrement élégants et qui n’étaient rien moins que les épreuves complètes des Voix intérieures et de Cromwell, avec corrections de la main de l’auteur.
Vous figurez-vous quelle quantité inconcevable de lettres : offres, requêtes, demandes d’argent, reproches, engagements, Renduel dut recevoir pendant les dix ans qu’il fut le libraire attitré de l’école romantique ? Et dans cet énorme masse de papiers qu’il avait conservés, que de noms illustres dans les lettres, les arts et la politique à côté d’autres de notoriété moyenne ou même absolument inconnus ! » [sic]
(Adolphe Jullien. Le Romantisme et l’éditeur Renduel. Paris, Charpentier et Fasquelle, 1897, p. 76-79)

Eugène Renduel, par Auguste de Châtillon (1836)
Musée Carnavalet 
 

















































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