mercredi 3 avril 2024

La Grande Librairie Médicale d’Alexandre Maloine (1849-1925)

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Sous le règne du roi Louis XV « le Bien-Aimé », Joseph Maloine, époux de Thérèse Dottin, était tailleur d’habits à Querrieu [Somme], village d’environ 600 habitants, situé à une douzaine de kilomètres au nord-est d’Amiens.

Leur fils Pierre-Hippolyte, né à Querrieu le 16 fructidor An II [2 septembre 1794] était « saietteur » : ce mot, qui n’était en usage qu’en Picardie, désignait le faiseur d’une étoffe de laine appelée « saie » ; le 16 juin 1819, il épousa Marguerite Évrard, dite « Eugénie », fille d’un peigneur de laine, née à Querrieu le 20 juillet 1793 et décédée au même endroit le 13 juin 1834 ; remarié à Léocadie Sagez, Pierre-Hippolyte Maloine mourut à Querrieu le 17 mai 1861.


 

François-Hippolyte Maloine est né à Querrieu le 18 mars 1822. Devenu brocheur à Paris, 5 rue Gît-le-Cœur [VIe], il épousa, le 15 juillet 1845, en l’église Saint-Sulpice, Adèle-Céline Chassinte, fille d’un doreur sur bois, née le 25 février 1825 au 7 rue Beautreillis [IVe], baptisée le 27 février en l’église Saint-Paul-Saint-Louis. François-Hippolyte Maloine disparut en 1873. Adèle-Céline Chassinte décéda le 18 août 1896 à Chaville [Hauts-de-Seine], dans sa « Villa des Orties », avenue de Sully : elle fut inhumée au cimetière du Montparnasse [17e division].

Alexandre-Adolphe Maloine naquit à Paris, 41 rue Descartes [Ve], le 11 février 1849 et fut baptisé en l’église Saint-Étienne-du-Mont.

Il fut employé chez son cousin, Louis Larose (° 1841), qui avait ouvert une librairie de livres de droit en 1862, au 22 rue Soufflot [Ve]. Demeurant alors avec sa mère au 1 place de la Vieille Estrapade [Ve], Alexandre Maloine épousa, le 27 septembre 1877, Émilie-Pauline-Louise Luce, brocheuse, demeurant avec sa mère 241 rue Saint-Jacques [Ve], née à Paris le 4 février 1856, fille de Geneviève-Pierrette Luce et de père non dénommé. Le couple eut cinq enfants : Mathilde-Émilie, née le 23 juillet 1878, 12 rue Gay Lussac [Ve] ; Berthe-Céline, née le 29 décembre 1879, 218 rue Saint-Jacques [Ve] ; Félix-Alexandre, né le 1er janvier 1884, 14 rue Saint-Sulpice [VIe] ; Norbert-Auguste, né le 12 mai 1886, 5 rue de l’Éperon [VIe] ; Maxime-Léon, né le 29 août 1895, 93 rue de Seine [VIe].  

in Le Progrès médical, 4 novembre 1882


 

En 1881, tandis qu’un nommé Forcel, employé de Larose, devenait associé de la maison sous la raison sociale « L. Larose et Forcel », Alexandre Maloine aurait hérité de la bibliothèque d’un médecin parisien et se décida alors à ouvrir une « Librairie médicale et littéraire », dans le quartier de l’École de Médecine : au 91 boulevard Saint-Germain, vis-à-vis la cour du Commerce [VIe], il pratiqua la vente et l’achat de livres neufs et d’occasion.




En 1891, Alexandre Maloine fut involontairement plongé au cœur d’une affaire d’attentat contre Ernest Constans (1833-1913), ministre de l’Intérieur, Eugène Étienne (1844-1921), sous-secrétaire d’État aux Colonies, et Georges Treille (1847-1926), directeur du Service de santé colonial. Chacun d’entre eux reçut, le jeudi 23 juillet, un colis postal expédié de Toulon [Var] le 22 juillet, qui renfermait un livre évidé en son centre, constituant une véritable « machine infernale ».

Le livre adressé à Constans, relié en noir et doré sur tranche, portait à la première page le titre de Missel de Paris latin-françois. Quatrième partie (Aux dépôts des librairies associées pour les usages du diocèse, 1741) ; ce volume contenait du fulminate de mercure et des balles, renfermés dans une petite boîte à sardines.

Celui apporté par la poste à Étienne était intitulé Mémoires de médecine, cartonné, dos en cuir, titre enlevé ; il contenait une boîte de biscuits Palmers, contenant des petites boîtes d’allumettes suédoises, pleines de fulminate et de poudre chloratée.

Celui envoyé à Treille était un livre de médecine cartonné, dos en cuir, titre gratté, portant sur la première page J.-B. de Larroque. De quelques maladies abdominales (Paris, J.-B. Baillière, 1831) ; il contenait des paquets de poudre chloratée, noyée dans du fulminate et des balles, le tout dans une boîte à sardines.

« Ces livres proviennent de la librairie médicale et littéraire de M. Alexandre Maloine, boulevard Saint-Germain, 91.

Deux de ces volumes, ceux traitant de matières médicales, avaient été achetés par M. Maloine, avec beaucoup d’autres du même genre, au moins [sic] de juillet 1890, à un médecin militaire alors en garnison dans une ville de Maine-et-Loire [médecin-major du 135e régiment d’infanterie de ligne, en garnison à Angers]. Quant au missel, expédié à M. Constans, M. Maloine ne saurait en donner d’une façon exacte la provenance.

Ces trois ouvrages avaient été mis en vente à l’étalage, à raison de cinquante centimes pièce, et c’est là qu’au mois d’août suivant un passant en a fait l’acquisition en disant au commis :

- Tenez, ces livres feront bien mon affaire. »

(Le Figaro, jeudi 27 août 1891, p. 2)

« Quant à celui reçu par M. Constans, on vient de découvrir sa provenance. Il a été acheté chez Mme Sauvat, brocanteuse, rue Saint-André-des-Arts.

Ce volume est un des neuf tomes dont l’ouvrage complet se composait. Mme Sauvat a acheté trois tomes de l’ouvrage à un inconnu et elle en a vendu un à une personne inconnue également. Les deux autres tomes sont encore entre les mains de Mme Sauvat. »

(Le Figaro, dimanche 30 août 1891, p. 3)

Les faits de l’enquête démontrèrent « d’une manière évidente que l’acte criminel du 23 juillet a été commis par une personnalité militaire d’état et qu’en cette situation il y a lieu, pour l’autorité militaire, d’exercer l’action publique. » (Le Figaro, vendredi 27 novembre 1891, p. 1). L’affaire n’a jamais été tirée au clair.


 

Dès 1895, la « Grande Librairie médicale » de Alexandre Maloine ouvrit une seconde librairie au 21, 23 et 25, place et rue de l’École-de-Médecine [VIe].

Rue de l'Ecole-de-Médecine, par Charles Marville (1866)
A gauche : de l'entrée de la cour du Commerce à la colonnade de la Faculté de Médecine ; les maisons furent démolies de 1875 à 1877, pour le prolongement du boulevard Saint-Germain et l'agrandissement de la Faculté. A droite : la maison au débouché de la rue Dupuytren fut démolie en 1912



Rue de l'Ecole-de-Médecine de 1881 à 1907 : librairies Maloine (rouge) ; Delahaye, Battaille, Bordier-Michalon, Vigot (rose) ; Asselin (bleu et vert) ; Aniéré (noir)


 

La place de l’École-de-Médecine était comprise dans la rue du même nom entre les numéros 15 et 23 : la librairie Asselin et Cie, formée après la mort de Pierre-Michel Asselin (1820-1877), entre sa veuve, son fils Alexandre et Léon-Jules Houzeau (1848-1923), employé depuis longtemps dans la maison, était au 17, ainsi qu’au 2 rue Antoine Dubois ; la Librairie Louis Battaille et Cie, successeurs de Anne-Félicie Voury († 1894), veuve de Adrien Delahaye (1826-1875), associée à Émile Lecrosnier,  était au 23.

La rue de l’École-de-Médecine allait du 26 boulevard Saint-Michel et de la rue Racine jusqu’au 1 rue Dupuytren : la Faculté de Médecine se trouvait au 12, le Musée Dupuytren au 15 [créé dans l’ancien réfectoire du couvent des Cordeliers en 1835, déménagé en 2016 à l’Université des sciences Pierre et Marie Curie de Jussieu].

La librairie de Henri Aniéré († 1867), dont les successeurs furent successivement Edmond-Albert-Antoine Broussois (1828-1891), puis François-Joseph Victorion (1842-1921), était au 4 rue Dupuytren.


 

Parmi les ouvrages présentés dans le catalogue de Maloine d’octobre 1895 :

Précis élémentaire d’Anatomie pathologique, par Abadie-Leroy (1887, in-18).

Exposé pratique du Traitement de la rage par la méthode Pasteur. Par Le Dr J.-R. Suzor (1888, in-8, fig. dans le texte, lettre autographe de Pasteur).

Rabelais Médecin. Notes et commentaires par le Dr Félix Brémond (t. II, 1888, in-18, portrait ; le t. I a été publié en 1879 par la Librairie de Madame Veuve Pairault, 55 rue de Lafayette).

Leçons de Gynécologie opératoire, par Vulliet et Lutaud (1890, in-8, 2e édition, 200 fig.).

Docteur R. Hagen. Manuel pratique de diagnostic et de propédeutique. Par le Docteur J. Toison (1890, in-8, 78 fig. et 1 pl. h.-t.).

Nouveau guide pratique de Technique microscopique appliquée à l’histologie et à l’embryogénie, par René Boneval (1890, in-8, 21 fig. dans le texte).

Précis théorique et pratique de Neuro-hypnologie, par Le Dr Paul Joire (1890, in-18).

Hygiène élémentaire, publique et privée, par le Dr A. Amblard (1891, in-18, fig.).

Étude sur les bassins viciés par boiterie, par Le Dr E. Prouvost (1891, in-8, 14 fig. intercalées dans le texte, demi-grandeur nature).

Précis d’Assistance aux Opérations. Préparation du malade et des instruments, par le Dr Paul Thiéry (1892, in-18).

Neurasthénie et Arthritisme – Urologie, régime alimentaire, traitement, par Le Dr R. Vigouroux (1893, in-12)

Leçons de Clinique chirurgicale. Par le Dr H. Duret (1894, in-8).

Dr Emile Laurent - La Médecine des âmes (1894, in-32, caractères elzéviriens, encadrement rouge).

Nouveaux éléments d’Histologie normale, à l’usage des étudiants en médecine, par Henri Berdal (1894, in-8, 4e édition, fig. dans le texte).

Compendium moderne de Médecine pratique, publié sous la direction du Docteur de Maurans (1894, in-8).

Traité pratique de Médecine clinique et thérapeutique, publié sous la direction de Samuel Bernheim et Émile Laurent (1895, 6 vol. in-8).

Atlas microphotographique des Bactéries, par Georges Itzerott et Franz Niemann (1895, in-4, 21 pl. comprenant 126 fig.).

Dr Émile Laurent - Mariages consanguins et dégénérescences (1895, in-18).

Formulaire de Gynécologie. Thérapeutique -Traitement des Maladies des femmes, par Le Dr R. Vaucaire (1895, in-18).

Précis de Posologie infantile, par Le Dr Raymond Nogué (1895, in-18).

Précis clinique de Pathologie générale, par le Dr Ludolf Krehl (1895, in-8).

Manuel pratique du traitement des Maladies de l’oreille, par Le Dr Antoine Courtade (1895, in-12).

DR Samuel Bernheim - Immunisation et sérumthérapie (1895, in-12).

Dr Émile Laurent - La Neurasthénie et son traitement - Vade-Mecum du médecin praticien (1895, in-18).

Sanatoria des Alpes françaises - Guide pratique de la Savoie & Haute-Savoie médicale et pittoresque, par Le Docteur Ch. Linarix (1895, in-12, 16 photogravures).

Technique du Traitement manuel suédois (Gymnastique médicale suédoise), par Le Dr Arvid Kellgren (1895, in-8).

Dyspeptiques et obèses du ventre, par Le Dr Zabé (1895, in-12 carré, 6 dessins d’après nature).

Traité de L’Œil artificiel, par le DR P. Pansier (1895, in-18, fig.).

Premiers soins aux blessés et aux malades. Manuel du secouriste (1895, in-18, fig.).

Le Médecin militaire, par Le Docteur F. Gils (1896, in-18).

Précis iconographique des Maladies de la peau, par le Docteur Élie Chatelain (1896, 2e édition, in-8, 50 pl. h.-t. en couleurs par Félix Méheux).



  

En 1897, la librairie Maloine est uniquement au 23-25 rue de l’École-de-Médecine.



La Librairie Vigot Frères, 10 rue Monsieur-le-Prince, avait été fondée en 1890 par Paul Vigot (1864-1937) : sa maison de détail, dirigée par Bordier et Michalon, succéda en 1897 à Louis Battaille et Cie au 23 place de l’École-de-Médecine. À partir du 1
er juillet 1898, la maison Vigot Frères fut transférée au 23 place de l’École-de-Médecine et réunie à sa maison de détail, « toujours acquéreurs des ouvrages de médecine d’éditions récentes, et de tous beaux livres médicaux, avec figures et planches en noir et en couleur, collections médicales, scientifiques et philosophiques ».              




 

En 1903, Maloine est au 25-27 rue de l’École-de-Médecine, au coin de la rue Dupuytren, au rez-de-chaussée d’un immeuble qui fut détruit et remplacé en 1904, sur les plans des architectes Charles-Hippolyte Ragache (1848-1929) et ses deux fils, qui signaient collectivement « H. Ragache ».


 

En 1905, Alexandre Maloine reprit la « Librairie médicale, scientifique et industrielle » de Louis Savy, à Lyon, 6 rue de la Charité, près la place Bellecour, dont Valentin Renaux devint le gérant.   

En 1915, Alexandre Maloine s’adjoint comme associé son fils Norbert Maloine (1886-1967), sous la raison sociale « A. Maloine et Fils ». Ce dernier épousa alors, le 24 novembre 1915, à Paris [Xe], Blanche-Victoria Chazot, née à Paris [XIIe] le 14 juin 1888 ; ils divorcèrent le 15 février 1923.



Alexandre Maloine mourut à Nice [Alpes-Maritimes], 14 rue Maccarani, le 27 mars 1925 : ses obsèques eurent lieu à Paris, en l’église Saint-Sulpice, le jeudi 2 avril ; il fut inhumé au cimetière du Montparnasse [17e division].


Norbert Maloine épousa, en secondes noces, le 16 juin 1926, à Paris [VI
e], Véra de Vorogeykine, née le 7 septembre 1903 à Poltava [Russie, aujourd’hui en Ukraine] : l’éditeur Ernest Flammarion (1846-1936), 26 rue Racine [VIe], était l’un des deux témoins.

 

 

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