vendredi 11 septembre 2026

Michel Bégon (1638-1710), un des plus grands amateurs du règne de Louis XIV

Michel Bégon V
Anonyme. Musée national de la Marine, Paris

 

Originaires de Bretagne,  les Bégon se fixèrent à Beaugency [Loiret] au XVe siècle, puis dans le Blésois au siècle suivant.

Michel Bégon V, par Jacques Lubin, 1690


Michel Begon, Ve du nom, dit « le Grand Bégon », est né le 26 décembre 1638 à Blois [Loir-et-Cher] et a été baptisé le lendemain en l’église Saint-Honoré.



Carte de Cassini


Il était fils de Michel Bégon (1605-1683), IVe du nom, seigneur de Villecoulon [Cravant, Loiret] et de La Bussière [Loiret], receveur des Tailles en l’élection de Blois, où il avait 



acheté, le 5 juillet 1637, l’hôtel d’Alluye, 8 rue Saint Honoré, et de Claude Viart (1616-1691).

Après ses études au collège des Jésuites de Blois, Michel Bégon V vint à Paris suivre ses cours de droit.


Carte de Cassini



Garde des sceaux au présidial de Blois depuis 1662, seigneur de La Picardière [Blois], des Murblins [Cour-Cheverny, Loir-et-Cher] et du Tertre [Cour-Cheverny, Loir-et-Cher], il épousa dans sa ville natale, en l’église Saint-Solenne [cathédrale Saint-Louis en 1730], le 16 février 1665, Madeleine Druillon, fille de Pierre Druillon (1605-1673), seigneur de La Morigonnerie 



et de La Sistière [Cour-Cheverny, Loir-et-Cher], née le 29 mars 1645 à Blois, où elle décédera le 25 décembre 1697 : elle lui donnera trois garçons et cinq filles.

Il devint président du présidial de Blois en 1667.

Grâce à la protection du Grand Colbert (1619-1683), dont la belle-mère était une Bégon, il fut successivement trésorier de la marine à Toulon [Var] en 1677, commissaire général de la marine à Brest [Finistère] en 1680, intendant du Havre [Seine-Maritime] en 1681, puis des Iles d’Amérique – Martinique et Saint-Domingue [Haïti] - de 1682 à 1685, intendant général des galères à Marseille [Bouches-du-Rhône ; l’hôtel de l’intendance, rue Lulli, a été démoli en 1781] de 1685 à 1688 et conseiller d’honneur au Parlement de Provence en 1686, enfin intendant du port de Rochefort [Charente-Maritime] de 1688 à sa mort, avec la fonction d’intendant de La Rochelle [Charente-Maritime] à partir de 1694.

Lorsqu’il était intendant de Marseille il engagea le père Charles Plumier (1646-1704) et Joseph-Donat Surian (1650-1712), savants botanistes, à aller exercer leurs talents dans les îles d’Amérique, où ils firent de belles découvertes. 

Begonia


En souvenir de Bégon, Plumier donna le nom de « Begonia » à un genre de plante à fleurs d’Amérique : 

[L’illustre Plumier l’a appelé Begonia pour rappeler sa considération durable envers l’illustre D.D. Bégon, conseiller personnel du Roi et intendant de la marine à l’embouchure des Santons (estuaire de la Charente)]

Joseph Pitton de Tournefort (1656-1708) a utilisé le premier le nom « Begonia » dans ses Institutiones rei herbariæ (Parisiis, E Typographia Regia, 1700, p. 660, pl. 442) et crédite Plumier de la création du nom, que ce dernier a peut-être utilisé dans ses dessins non publiés.

Bien que sa charge lui laissât peu de loisirs, Bégon trouva cependant le moyen de se livrer à l’étude des belles-lettres et des antiquités.

Rochefort en 1767, par  C. N. Cochin fils et J. Ph. Le Bas


En arrivant à Rochefort, Bégon disposait déjà d’un réseau constitué d’érudits et de collectionneurs avec lesquels il correspondait, mais aussi de fonctionnaires, de militaires et de savants, rencontrés dans les postes qu’il a occupés. Son séjour de vingt-deux ans à Rochefort lui permit de développer encore le réseau de ses correspondants, qu’il chargea de commissions et auxquels il passa de véritables commandes.

Hôtel de la Marine, Rochefort

Il fit venir de Blois à Rochefort, dans sa résidence de l’hôtel de la Marine, 2 rue Toufaire, la bibliothèque que lui avait laissée son père à sa mort, l’augmenta et l’ouvrit à toutes les personnes qui désiraient la consulter, sous le regard de Bulté, son bibliothécaire.

Elle comprenait 7.000 volumes, dont un quart in-folio, un quart in-4 et le reste in-8, in-12, in-16, parmi lesquels 62 volumes manuscrits en langue hébraïque, arabe, chinoise, persane, grecque, latine, française et autres, dont 8 volumes du « prince de la République des Lettres », Nicolas-Claude Fabri de Peiresc (1580-1637), 60 portefeuilles de pièces volantes sur toutes sortes de sujets, 6 volumes de plantes séchées d’Europe et d’Amérique, 4 volumes d’oiseaux et poissons peints au naturel sur du papier et du vélin, 

Tournesol peint par Nicolas Robert


2 volumes de plantes peintes par Nicolas Robert (1614-1685) et autres, 30 volumes de recueils de portraits des personnes illustres du XVIIe siècle et des précédents, 110 volumes d’estampes sur toutes sortes de sujets, 64 plans de plusieurs villes d’Europe et principalement des places maritimes de France, 12 vues et profils de villes, 40 dessins de vaisseaux, 18 cartes à la main de différentes provinces et pays, 20 dessins de poupes [arrière], éperons [partie saillante qui prolonge la proue] et bouteilles [galerie fermée située sur les flancs de la poupe, servant de latrines] des vaisseaux et galères du Roi, 20 volumes de recueils de cartes géographiques.



Son ex-libris [137 x 114 mm], gravé sur cuivre par René Daudin, montre un écu ovale, placé sur un cartouche surmonté d’une couronne de comte, portant les armes « D’azur, au chevron accompagné en chef de deux roses, et en pointe d’un lion rampant, le tout d’or », avec deux lions rampants comme supports. Le tout repose sur une console formée de rinceaux, au milieu de laquelle se trouve un médaillon avec une légende sur quatre lignes, « MICHAELI BEGON ET AMICIS 1702 ».

En 1688, il acheta, pour 2.078 livres, le cabinet d’antiquités de Honoré Sibon (1625-1686), trésorier général de France à Aix-en-Provence [Bouches-du-Rhône], qui comprenait 1.372 médailles antiques, 212 pierres gravées, 26 figures de bronze, 150 coquilles, 20 volumes d’estampes et un grand nombre d’instruments de mathématiques et d’objets de toutes sortes.

La collection d’estampes de Michel Bégon V était une des plus remarquables de son époque :  l’œuvre de Robert Nanteuil (1623-1678) y figurait pour trois cent quatre-vingts pièces, et tous les maîtres y étaient aussi dignement représentés.

Les Hommes illustres qui ont paru en France pendant ce Siecle, frontispice


C’est Bégon qui eut la première idée de réunir les éloges historiques de tous Les Hommes illustres qui ont paru en France pendant ce Siecle : Avec leurs Portraits au naturel (Paris, Antoine Dezallier, 1696-1700, 2 vol. in-fol., 2 frontispices et 102 portraits), publication mise au jour par Charles Perrault (1628-1703), et qui fit graver à ses frais presque tous les portraits du premier volume.

Dessin de Jacques Carrey


Il acquit les 43 dessins que le peintre Jacques Carrey (1649-1726) avait faits en 1674 du Parthénon d’Athènes, pour le marquis Charles-Olier de Nointel (1635-1685), alors ambassadeur de France dans l’Empire Ottoman.

Globe de Coronelli

Globes terrestre et céleste de Mercator


Il adjoignit à sa bibliothèque un riche cabinet de médailles, pour lequel il acheta le fameux recueil de médailles d’or formé par Jean Grolier (1479-1565), des tableaux, des bustes et figures de marbre et de bronze, des globes de Vincenzo Coronelli (1650-1718) et de Gérard Mercator (1512-1594), une cuirasse, un casque et un bouclier, un canot des Esquimaux, une pirogue des sauvages de l’Amérique méridionale, un râtelier dans lequel il y a des armes de toutes les nations du monde, et un cabinet d’histoire naturelle, contenant des coquilles, des costumes de sauvages, des dépouilles d’animaux curieux.

Il poussait la manie des collections si loin que, dans une lettre datée du 16 janvier 1695, il annonçait à son correspondant qu’il avait fait faire une figure de cire d’une fille à deux têtes, née à Surgères [Charente-Maritime].

Michel Bégon V, 1708, par Claude Duflos, d'après Rigault


Atteint de la maladie de la pierre [lithiase urinaire], il ressentait de cruelles douleurs depuis plusieurs années : après avoir testé en vain l’efficacité des eaux de Bagnères-de-Bigorre [Hautes Pyrénées], il se résigna en 1704 à tenter l’opération dangereuse de la taille, réalisée avec succès par le chirurgien lithotomiste François Collot (1630-1706).

Michel Bégon V mourut à Rochefort, le 14 mars 1710 : la chapelle du couvent des Capucins reçut sa dépouille mortelle et son cœur seul fut enlevé et transporté à Blois dans le monastère des Carmélites.

Michel Bégon VI, par Hyacinthe Rigaud


Après son décès, ses médailles, ses livres, ses tableaux, et divers objets de curiosité furent vendus par son fils aîné, Michel Bégon, VIe du nom, conseiller au Parlement de Metz [Moselle] de 1697à 1713, intendant du Canada de 1710 à 1726, né à Blois le 21 mars 1667, qui décédera à La Picardière le 18 janvier 1747 et qui avait épousé Jeanne-Élisabeth de Beauharnais le 9 janvier 1711. Le 5 août 1718, il avait revendu l’hôtel d’Alluye pour 9.000 livres.

Son second fils, Scipion-Jérôme Bégon, évêque de Toul [Meurthe-et-Moselle], né à Brest le 30 septembre 1681, qui décédera à Toul le 20 décembre 1753, conserva les manuscrits, les estampes et les pierres gravées, avant de les céder le 30 juillet 1747 à son neveu Michel Bégon (1717-1795), VIIe du nom, conseiller au Parlement de Metz de 1737 à 1757, intendant de la Marine à Dunkerque [Nord] de 1756 à 1761. 



Il utilisait un ex-libris [89 x 89 mm] gravé par Claude-François Nicole (1700-1783) en 1750 : dans un encadrement composé de palmiers aux troncs desquels s’enroulent deux serpents, et dont le haut est chargé d’une mitre, d’une croix et d’une crosse, des livres reposent sur un socle ; au-dessus, un ange armé d’un glaive flamboyant tient un écusson ovale aux armes du prélat, d’où jaillissent des éclairs ; dans le bas, un autre écusson porte un chiffre formé des lettres « S. H. B. » [Scipio Hyeronimus Bégon].

Le 23 avril 1770, Michel Bégon VII vendit au Roi les estampes que son père, son aïeul et lui avaient réunies, moyennant 16.481 livres et 10 sols, payées sous la forme d’une rente annuelle de 2.000 livres ; la collection avait été estimée par Hugues-Adrien Joly (1718-1800), garde de la Bibliothèque du Roi : 2.766 l.10 s. pour 8.133 portraits,  11.005 liv. pour 15.688 estampes, 2.710 liv. pour 925 cartes géographiques et autres. 



Disséminées au milieu des estampes de la Bibliothèque nationale, celles du cabinet Bégon se font reconnaître par la marque « Beg. », imprimée en haut de chacune d’elles dans l’angle à droite.

En 1793, les ossements de Michel Bégon V et ceux de sa fille, Catherine Bégon (1670-1708), marquise de La Galissonnière, furent profanés, pour récupérer le plomb des cercueils : recueillis par Jeudy, curé de l’église Saint Louis – ancienne chapelle des Capucins rebâtie -, 





ils furent réintégrés en 1839 dans la chapelle qu’ils occupaient avant la tempête révolutionnaire.

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