mercredi 19 décembre 2012

L’Impressionnante Bibliothèque Descamps-Scrive

Nul n’est prophète en son pays. La Bibliothèque municipale de Lille ne possède rien sur son illustre enfant :

« L’an mil huit cent cinquante trois, le vingt neuf décembre, à deux heures du soir […], a comparu Auguste Adolphe Descamps, négociant, âgé de vingt-cinq ans, né à Lille y domicilié rue des Fleurs, 14, lequel nous a présenté un enfant du sexe masculin, né ce jour à six heures du matin, de lui déclarant et de Léonie Rose Crespel son épouse, âgée de vingt-trois ans, née à Lille, auquel enfant il a déclaré donner les prénoms de René Léon, en présence d’Edmond Jules Descamps, négociant, oncle paternel âgé de vingt-sept ans, et d’Edouard Victor Groulois, rentier, âgé de vingt-huit ans, tous deux domiciliés à Lille »

Mineur quant au mariage et sans profession, il épousa à Lille, le 29 janvier 1877, Claire-Sophie-Léonie Scrive, née le 14 décembre 1857 à Lille, y demeurant rue Princesse, 21, fille d’un négociant. Un contrat de mariage a été passé le 24 janvier 1877 devant Maître Paul Deledicque, notaire à Lille.



(Cliché B. Hugonnard-Roche)


À partir de 1880, René Descamps-Scrive constitua une des plus belles bibliothèques existant en Europe, décrite par Léopold Carteret :

« Les livres anciens et modernes de tous les genres y sont représentés par des exemplaires de choix – depuis le Livre d’Heures, manuscrit ou imprimé, du xve siècle, jusqu’au volume contemporain illustré par Maurice Denis – depuis les éditions originales d’un Ronsard jusqu’à celles d’un Paul Claudel – depuis les reliures précieuses exécutées pour Grolier et ses amis, jusqu’aux merveilleuses mosaïques de Marius Michel et aux créations hardies de Legrain. […]
Grand amateur de reliures du xixe siècle, M. Descamps fut peut-être un des premiers à en réunir des séries vraiment représentatives. […]
La condition des exemplaires est parfaite : pas un livre qui présente le moindre défaut ; la plus petite tare suffisait à faire écarter impitoyablement le volume le plus intéressant.
Les livres illustrés, qui forment la base solide de cette collection, sont uniformément superbes d’épreuves ; chaque fois qu’il a existé des épreuves d’état, eaux-fortes, avant lettre ou tirages hors texte, l’amateur a fait l’impossible pour se les procurer […]
Ne pouvant tout acquérir, ne le désirant d’ailleurs pas, M. Descamps-Scrive a porté son choix sur un nombre restreint de volumes, mais d’une importance capitale et dont chacun caractérise à merveille un style et une époque. »

René Descamps-Scrive a aussi publié, à ses frais, une édition de luxe des Trophées (1907, in-4, 175 ex.), de José-Maria de Heredia (1842-1905), illustrée par Luc-Olivier Merson (1846-1920).
Membre de plusieurs Sociétés de bibliophiles, il utilisait un ex-libris discret : une étiquette, qui porte « Ex libris R. Descamps Scrive » dans une couronne de lierre. Il mourut à Lille le 20 octobre 1924. Son épouse lui survivra jusqu’au 23 novembre 1926.
 La bibliothèque Descamps-Scrive, qui contenait « des joyaux d’une rareté et d’une perfection telles que les amateurs ne les peuvent rencontrer plus d’une fois au cours d’une génération », fut dispersée à Paris, à la Galerie Georges Petit, 8 rue de Sèze (IXe), en 1925, par le ministère de Maître Fernand Lair-Dubreuil, commissaire-priseur, assisté de Léopold Carteret, libraire à Paris, 5 rue Drouot, et de Émile Raoust-Leleu, libraire à Lille, 11 rue Neuve. Trois catalogues in-4 furent rédigés par Léopold Carteret : VI-98 p. et 245 lots, 203 p. et 574 lots, VI-247 p. et 738 lots.


La vente de la première partie comprenait les livres anciens, éditions originales et livres illustrés des xve, xvie et xviie siècles, très beaux livres à figures du xviiie siècle, exemplaires richement reliés.

La salle fut envahie de bonne heure, ce samedi 21 mars 1925. Des fauteuils avaient été réservés aux bibliophiles connus, mais beaucoup se firent remplacer. On notait cependant la présence de Tristan Bernard, Beraldi, Paul Villeboeuf, Bordes, de Bormans, le duc de Grammont, la princesse d’Arenberg. Parmi les enchères les plus importantes : un manuscrit sur vélin, exécuté au quinzième siècle, qui atteignit 26.200 fr. ; La Passion de Jésus-Christ, gravée sur cuivre par Albert Dürer, 19.200 fr. ; La Vie de la Vierge, La Passion de N. S. J. C. et L’Apocalypse, gravés sur bois, d’après les dessins d’Albert Dürer, 56.200 fr. ; les Heures de Rome, dans une somptueuse reliure d’un des frères Ève, 34.000 fr. ; les Œuvres de Clément Marot, exemplaire de Sainte-Beuve, dans une riche reliure de Boyet, 19.000 fr. ; un superbe exemplaire de Roland furieux, d’Arioste, dans une reliure de Derome, 45.500 fr. ; un exemplaire du Decameron de Boccace, provenant des bibliothèques de Pixerécourt et de lord Gosford, 32.000 fr. ; Les Tourterelles de Zelmis, de Dorat, 42.000 fr. ; Les Baisers, de Dorat, 45.000 fr. ; Les Fables nouvelles, de Dorat, avec les illustrations de Marillier, 56.000 fr. 
Enfin, Les Estampes de Freudeberg et de Moreau, pour le Monument du costume physique et moral de la fin du dix-huitième siècle – le premier volume contenant la suite de Freudeberg en épreuves à la tablette blanche, avec son texte et avant les numéros, le second volume contenant le texte des trois parties avec la série complète des 36 planches ; aucun des 18 exemplaires connus ne réunissait ces particularités ; cette pièce unique fut adjugée 432.000 fr. au Docteur Abraham-Simon-Wolf Rosenbach (1876-1952) de New York et de Philadelphie ; elle fut poussée jusqu’à 431.000 fr. par Daulos  pour le compte d’un amateur français, mais celui-ci dut céder devant la puissance des dollars. Cette première journée atteignit, pour les 125 numéros vendus, la somme de 1.678.610 fr., auxquels il y a lieu d’ajouter 19,50 % de droits.

L’assistance était moins élégante le lundi 23 mars, pour la deuxième journée de la vente. Parmi les bibliophiles connus, on pouvait citer Vever, Georges-Emmanuel Lang, Leclerc, Tristan Bernard, Garnier, de Samblaux, Bouilly. Cette journée était réservée aux livres à gravures du xviiie siècle qui jouissaient à l’époque d’une vogue particulière.
Parmi les enchères les plus importantes : Formule de cérémonies et prières pour le sacre de S. M. Louis XVI, dans une superbe reliure du dix-huitième siècle aux armes de Marie-Antoinette, 35.000 fr. ; le Choix de chansons de La Borde, exemplaire en premier tirage dans une reliure de Derome, 51.000 fr. ; les Fables choisies de La Fontaine avec les planches de Oudry et Cochin, exemplaire sur Hollande, dans une somptueuse reliure de Padeloup, les plats ornés d’une large dentelle, 101.000 fr. ; les Contes et Nouvelles de La Fontaine, édition des Fermiers généraux, exemplaire dans la reliure dite « de présent », exécutée par Derome, provenant des bibliothèques Destailleur et Thévenni, 41.000 fr. ; les Contes et Nouvelles en vers de La Fontaine, exemplaire contenant le fleuron par Choffard, la suite des 20 figures du premier volume en deux états,eaux-fortes pures et épreuves avant les numéros, 81.000 fr. ; Œuvres de Molière, exemplaire du 1er tirage de l’édition de 1734 (Prault), dans un maroquin ancien de Anguerrand, relié pour le président de Lamoignon, 81.000 fr. ; les Métamorphoses d’Ovide, exemplaire (1767-1771) contenant la suite des estampes de Moreau, Boucher, Eisen, Monnet, etc., reliure de Padeloup, 41.000 fr. ; les Œuvres de Rabelais, exemplaire sur grand papier (1741, Jean-Frédéric Bernard), reliure de Padeloup, 76.000 fr. ; les Œuvres de Regnard (Didot, 1789), exemplaire sur papier fin avec les figures en épreuves à la lettre grise dans une reliure du dix-huitième siècle, à dentelles, 80.000 fr. ; Paul et Virginie de Bernardin de Saint-Pierre (1806), exemplaire tiré sur papier vélin avec les figures en trois états, reliure mosaïquée de Simier, aux armes de la duchesse de Berry, 54.000 fr. ; les Georgiques de Virgile (C. Bleuet), sur hollande, provenant de la bibliothèque de L. de Montgermont, 31.000 fr. ; les Estampes destinées à orner les éditions de M. Voltaire, édition imprimée à Kehl par les soins de Beaumarchais en 1785, reliure de Bradel-Derome, 60.000 fr. Le total de la journée a atteint la somme de 1.753.390 fr.  

La seconde partie de cette collection comprenait les livres de l’époque romantique : éditions originales des grands écrivains, illustrés du xixe siècle, livres anglais illustrés, albums de costumes et caricatures. Outre le catalogue de luxe, Carteret imagina un catalogue résumé, plus maniable et laissant une grande marge destinée aux observation et aux prix d’adjudication.

Parmi les amateurs présents, ce lundi 25 mai 1925, on remarquait Leclerc, Pradeau, Bloch-Levalois, de Bormans, Seymour de Ricci, Georges-Emmanuel Lang, Gaston Scrive, de Meulenaere. Les enchères les plus importantes : Les Œuvres du cardinal de Bernis (N. Delangle, 1825), exemplaire sur vélin, dans une reliure mosaïquée par Simier, 25.500 fr., adjugé à Blaizot ; Les Œuvres complètes de Cervantès, traduites de l’espagnol par H. Bouchon-Dubournial (Paris, Méquignon-Marvis, 1821), exemplaire avec les figures avant la lettre, dans une reliure de Thouvenin, au même ; Œuvres de Delille (Giguet et Michaud, 1804), exemplaire recouvert d’une curieuse reliure au vernis Martin portant cette étiquette « Brevet d’invention, reliures en vernis sans odeur établies au Grand Châtelet, quai de la Mégisserie », 19.000 fr. ; La Reliure, poème en six chants, par Lesné (Renouard, 1827), exemplaire provenant de la bibliothèque A. Rouart, reliure mosaïque de Masquillier, 23.500 fr. ; Œuvres choisies de Marot (Paris, Janet et Cotelle, 1826), exemplaire sur vélin, ex-libris H. Beraldi, reliure mosaïquée de Vogel, 30.000 fr. à Giraud-Badin ; Œuvres choisies de Parny (Paris, Lefèvre, 1827), exemplaire sur vélin, reliure de Simier, relieur du Roi, 30.000 fr. ; Œuvres complètes de Racine (Furne, De Bure, 1829), reliure mosaïque par Scharge, relieur belge, 23.000 fr. ; Émile, par J.J. Rousseau, tomes I à III des Œuvres complètes (Paris, Dalibon, 1824-1825), trois volumes avec les figures sur Chine, reliure de Thouvenin, 24.100 fr. ; Mémorial de Sainte-Hélène, par Las Cases (Ernest Bourdin, 1842), deux volumes sur Chine, reliure du temps, 28.000 fr., adjugé à Meynial ; le Journal de l’expédition des Portes de Fer, par Charles Nodier (1844), exemplaire sur Chine (il n’en existe que cinq), provenant de la bibliothèque Jules Brivois, contenant quelques lettres autographes dont une du baron de Claye, relative à l’ouvrage et à cet exemplaire, 35.000 fr. à Carteret.

Les deux dernières vacations des mardi 26 et mercredi 27 mai attirèrent le groupe habituel des bibliophiles connus : Robert de Machiels, Fernand Vaudiseur, le marquis de Jessé, Sacha Guitry, Martineau, Georges-Emmanuel Lang, Pradeau, Leclercq, Maître Dorville. Les prix les plus importants atteints durant ces deux journées : Les Contes drolatiques de Balzac (Paris, Bureaux de la Société Générale de Librairie, 1855), exemplaire contenant 330 fumés sur Chine d’après les bois des vignettes de Gustave Doré, reliure Cuzin, 26.000 fr. ; La Caricature, journal fondé et dirigé par Charles Philipon (1830-1835), cinq années en 10 volumes, reliure de Carayon, 21.000 fr. ; Faust de Goethe (Paris, Ch. Motte et chez Sautelet, 1828), exemplaire avec les figures sur Chine, on y avait ajouté un portrait de Delacroix par Lenoir, reliure du temps, 11.500 fr. ; Office de la Quinzaine de Pâques (Louis Janet, 1826), reliure de présent enrichie de pierreries, signée Sinicer, 13.100 fr. ; Cérémonies des gages de bataille (Paris, Crapelet, 1830), reliure somptueuse de Thouvenin, 20.500 fr. ; Histoire et cronicque du Petit Jehan de Saintré (Firmin-Didot frères, 1830), exemplaire colorié, dans une reliure triplée de Duplanil (1834), 26.100 fr. ; Les Roses, par J. P. Redouté (Paris, P. Dufart, 1828), 3 tomes en 2 volumes, exemplaire sur vélin, reliure doublée et mosaïquée de Duplanil, 51.000 fr. ; Mosaïque par P. Mérimée (H. Fournier jeune, 1833), édition originale, reliure mosaïquée de Cuzin, 11.026 fr. ; Le Rouge et le Noir, Stendhal, édition originale (A. Levavasseur, 1831), 2 volumes, reliure de Mercier, 15.150fr. ; La Chartreuse de Parme, par Stendhal, édition originale, reliure de Mercier, 15.200 fr. ; Le Bon Genre, observations sur les modes et les usages de Paris (Crapelet, 1822), reliure de l’époque, 20.000 fr.
Ces trois journées ont produit le total de 2.212.000 fr., lesquels augmentés des droits, font plus de 2.600.000 fr.

Les livres modernes furent l’objet de la troisième partie : éditions originales d’auteurs contemporains, très beaux livres illustrés modernes, dessins et aquarelles originales, très riches reliures mosaïquées.

Le lundi 23 novembre 1925, à quatorze heures précises, Maître Lair-Dubreuil gravit alertement la chaire présidentielle. Dans la salle, on reconnaissait le duc de Massa, le commandant Lefébure, Henri Leclerc, Joseph Descamps, Franz-Bemelmans, Borderel, Guerquin, Henri Prost, Garnier, Achalme, Villeboeuf, Hinstin, Lange.
Parmi les livres illustrés les plus disputés : Antar, exemplaire sur Japon, contenant une aquarelle originale de Dinet (Piazza et Cie, 1898), reliure de Cuzin, 11.200 fr., acquis par Blaizot ; Histoires et Aventures, d’Andersen, exemplaire unique, sur papier du Japon, orné des 52 aquarelles de Lunois, reliure de Mercier, adjugé 25.500 fr. à Giraud-Badin ; Eugénie Grandet (Société des Amis des Livres, 1883), exemplaire unique, contenant les dessins originaux de Dagnan-Bouveret, 11.500 fr. à Giraud-Badin ; Les Amours d’un poète, de Louis Barthou, exemplaire auquel on avait joint un album contenant les 11 dessins originaux de Legrand, 10.100 fr. à de Semblanc ; Les Sept Discours touchant les dames galantes et la suite complète des 9 dessins originaux illustrant cette édition (Jouaust, 1882), reliure de Marius Michel, 26.100 fr. à Carteret ; Aventures du dernier Abencérage, de Chateaubriand, exemplaire sud Chine, reliure mosaïquée de Mercier, 13.600 fr. ; Les Liaisons dangereuses, de Choderlos de Laclos (Carteret, 1914), exemplaire unique sur vélin, contenant, rehaussés d’aquarelle, tous les dessins originaux de Jeanniot, reliure de Noulhac, 31.000 fr. à Carteret ; Petites Fleurs de Saint François d’Assise, des Fioretti (Jacques Beltrand, 1913), illustrations de Maurice Denis, reliure somptueuse de Marius Michel, 19.300 fr. à Blaizot.
Parmi les éditions originales : Les Amoureuses, d’Alphonse Daudet, exemplaire enrichi de 68 aquarelles de Giacomelli, ont atteint 5.720 fr. ; Les Épaves, de Baudelaire (Amsterdam, à l’enseigne du Coq – Bruxelles, Poulet-Malassis, 1866), exemplaire sur Chine, provenant de la bibliothèque Latombe, 4.620 fr. ; Les Fleurs du mal, seconde édition, sur Chine, contenant le manuscrit de la pièce Obsession, exemplaire provenant de la bibliothèque Parrau, 8.005 fr. ; Les Fleurs du mal, édition originale (Poulet-Malassis et de Broise, 1857), exemplaire auquel on avait ajouté un sonnet autographe de Baudelaire, Épigraphe pour un livre condamné en 1857, 4.510 fr. à Dechenne. Le clou de la journée fut Les Fleurs du mal, édition originale, exemplaire sur Hollande, ayant appartenu à Poulet-Malassis, contenant des notes autographes et une lettre de deux pages de Baudelaire, reliure de Lortic : ce volume mis en vente à 25.000 fr. et poussé successivement par Josky, Davis, Carteret et Camille Bloch, fut finalement adjugé à ce dernier, moyennant 48.020 fr.

Le lendemain, mardi 24 novembre, la lutte fut encore plus chaude que la veille, et les enchères firent des bonds impressionnants. Ce fut le triomphe du maître relieur Marius Michel. On reconnaissait, parmi les fervents bibliophiles : le comte Recoppé, le dessinateur Hansi, Seymour de Ricci, de Bormans, Georges Esnault, Duclos, le docteur Lereboullet, Emile Prat, Tauber, de Galard, Lefebvre, Marcel Gerbidon, René Charles Philippe.
Parmi les livres illustrés : Bouvard et Pécuchet, de Flaubert (Piazza et Cie, 1904), un des 30 exemplaires, auquel on avait ajouté une aquarelle originale de Huard et 4 feuilles de croquis au crayon, reliure de Gruel, fut adjugé 13.500 fr. à Carteret ; La Légende de saint Julien l’Hospitalier, suite complète des 26 dessins originaux de Luc-Olivier Merson, exécutés pour l’édition Ferroud, en 1895, reliure de Mercier père, décorée d’un grand cuir incisé de Lepère, 43.600 fr. à Blaizot ; La Fille Élisa, d’Edmond de Goncourt (Paris, Testard, 1895), exemplaire unique, imprimé sur vélin, contenant les dessins originaux de Jeanniot et 47 croquis à la plume ayant servi à ces compositions, reliure de Marius Michel, 29.100 fr. à Giraud-Badin ; L’Œuvre de Ed. Hédouin, recueil de l’œuvre dessinée et gravée par cet artiste, contenant 170 planches, dont 9 croquis de personnages, reliure mosaïquée de Marius Michel, 15.200 fr. à Carteret ; À rebours, de Huysmans (Les Cent Bibliophiles, 1903), un des 130 exemplaires contenant une très rare suite des fumés des bois, reliure doublée de Mercier, 22.100 à Blaizot ; La Cathédrale, de Huysmans (A. Blaizot et Kieffer, 1909), exemplaire sur Japon contenant composition originale de Jouas et la suite complète unique des croquis et études de cet artiste, reliure de Marius Michel, 49.100 fr. à Blaizot ; Le Livre de la jungle, de Kipling (Le Livre contemporain, 1919), exemplaire auquel on avait ajouté une suite d’épreuves d’artistes, reliure de Marius Michel décorée d’une plaquette en argent, œuvre originale de Jouve, 33.100 fr. à Blaizot.



Enfin, le numéro sensationnel de la vacation (n° 137) : Les Trophées, véritable monument élevé par les soins de Descamps-Scrive à la gloire de José-Maria de Heredia, un exemplaire unique de cet ouvrage (Paris, 1907), orné d’une aquarelle originale de Luc-Olivier Merson, auquel on avait joint les 194 croquis de cet artiste et 3 volumes contenant les 50 dessins originaux exécutés pour cette édition, le tout relié somptueusement par Marius Michel, reliure mosaïquée en maroquin vert, au chiffre de Descamps-Scrive inséré dans les entrelacs du décor, fut acquis pour la somme de 70.000 fr. par Carteret. On retrouve cet exemplaire dans la bibliothèque d’Henri Petiet (Picard, 11 mai 1993, 52.000 F), puis dans la bibliothèque d’un amateur japonais (Alde, 18 avril 2009, 12.600 €).
Parmi les éditions originales : Madame Bovary, de Gustave Flaubert (Michel Lévy, 1857), exemplaire imprimé sur papier fort, contenant une lettre de Flaubert, reliure de Marius Michel, 35.100 fr. à Carteret ; Dominique, de Fromentin (Hachette et Cie, 1863), exemplaire sur Hollande, reliure de Lortic, 21.000 fr. à Carteret ; le même, dans une reliure de Marius Michel, 10.000 fr. à Carteret ; À rebours, de Huysmans (Charpentier, 1884), exemplaire sur Hollande portant la mention manuscrite « Exemplaire de l’auteur, J.-K. Huysmans », 9.000 fr. à Carteret.

Le mercredi 25 novembre, même affluence qu’aux deux précédentes vacations, même défilé et même lutte ardente pour les acquisitions : Le Jeu de l’amour et du hasard, de Marivaux (L. Conquet, 1894), exemplaire orné de 16 aquarelles originales de Maurice Loir, reliure somptueuse de Mercier, 29.500 fr. ; Colomba, de Mérimée (L. Carteret, 1904), un des deux exemplaires sur satin, reliure de Mercier, 16.100 fr. ; La Jacquerie, de Mérimée (Blaizot, 1909), exemplaire sur vélin, avec les figures en un état, le dessin original de Luc-Olivier Merson pour la vignette de la couverture, trois états des gravures, reliure de Mercier, 8.100 fr. ; Lettres persanes, de Montesquieu (Jouaust, 1886), exemplaire sur Whatman, reliure de Mercier, 11.000 fr. ; Scènes de la vie de bohème, de Murger (Romagnol, 1902), exemplaire sur vélin contenant trois états des gravures et une lettre autographe de Murger, reliure de Gruel, 41.500 fr. ; Les Nuits, de Musset (Meynial), exemplaire unique sur Japon mince, contenant les dessins originaux de Luc-Olivier Merson et l’album renfermant la série complète des 33 dessins originaux pour l’édition publiée aux frais de Couderc de Saint-Chamand, reliures mosaïquées de Marius Michel, 30.000 fr. ; Contes, de Perrault, deux volumes (Boussod, Valadon, 1886-1887), édition ornée d’aquarelles d’Édouard de Beaumont, reproduites en fac-similé, auxquels on avait joint un exemplaire unique de Barbe-Bleue et La Belle au bois dormant, contenant 41 aquarelles originales d’Édouard de Beaumont, reliures de Marius Michel, 40.100 fr. ; La Cité des eaux, d’Henri de Régnier (Auguste Blaizot et Kieffer, 1912), un des 20 exemplaires sur vélin contenant trois états des illustrations, 74 dessins originaux de Ch. Jouas, et une suite unique des eaux-fortes sur peau de vélin, reliure de Marius Michel, 23.000 fr.

Dernière vacation le jeudi 26 novembre 1925. Comme aux vacations précédentes, les enchères furent chaudement disputées et quelques-unes d’entre elles dépassèrent de beaucoup toutes les prévisions.
Avec son autorité coutumière, Maître Lair-Dubreuil présida cette journée de gala, assisté de Léopold Carteret, expert, et de son précieux auxiliaire, le crieur Heibel.
Parmi les prix les plus élevés obtenus par les livres illustrés : Een mei van Vroomheid, de Maurits Sabbe, exemplaire unique tiré sur grand papier et enrichi de 101 aquarelles originales de Albert Gendens, reliure de De Samblaux, imitant les reliures romantique genre Thouvenin, adjugé 11.100 fr. à de Samblanc ; Aux flancs du vase, d’Albert Samain (Le Livre d’Art, 1898), exemplaire avec une suite à part des compositions originales de Gaston La Touche, reliure de Marius Michel, 12.600 fr. ; Hyalis, d’Albert Samain (Blaizot et Kieffer), exemplaire unique sur vélin, orné de 36 aquarelles originales de Malassis, reliure somptueuse de Mercier, 33.000 fr. à Carteret ; Sonnets et eaux-fortes (Lemerre, 1869), exemplaire sur Chine, admirable spécimen de reliure mosaïquée de Marius Michel, 19.000 fr. à Meynial ; Nos oiseaux, d’André Theuriet (Launette et Cie, 1887), exemplaire sur Japon, enrichi de 84 aquarelles originales de Giacomelli, sonnet autographe de Theuriet, reliure de Marius Michel, 12.100 fr. à Blaizot ; Le Jardin des caresses, de Franz Toussaint (Piazza, 1914), exemplaire sur Japon, contenant une aquarelle originale de Léon Carré, un état en couleurs des gravures sur Japon, sans cadre, et un état en noir sur vélin, avec cadre, reliure de Mercier fils, 11.880 fr. ; Nouveaux Contes à Ninon, d’Émile Zola (L. Conquet, 1886), exemplaire sur vélin blanc, contenant trois états des gravures dont l’eau-forte pure et enrichi des aquarelles originales de Giacomelli, reliure mosaïquée de Marius Michel, 12.500 fr. à Giraud-Badin.

Le clou de la journée : Zadig ou la Destinée, de Voltaire (Société des Amis des livres, 1893), exemplaire sur vélin contenant la série complète des dessins originaux de l’édition, dont les quatre de Félicien Rops ; on y avait joint une suite de gravures dans tous les états et la décomposition des tirages successifs et épreuves terminées, avant le filet d’encadrement, reliure très riche, de style oriental, mosaïquée, de Lortic fils, 77.600 à Carteret.
Parmi les éditions originales : Mon frère Yves, de Loti, exemplaire sur Hollande, renfermant la page 15 du manuscrit, 5.200 fr. ; La Maison Tellier, de Maupassant, exemplaire sur Hollande avec envoi à Maizeroy, 9.000 fr. ; Les Romanesques, d’Edmond Rostand, exemplaire sur Hollande, avec envoi à Hartog, 4.400 fr. ; Fêtes galantes, de Verlaine, exemplaire sur Chine, reliure de Marius Michel, 10.020 fr. ; La Bonne Chanson, de Verlaine, exemplaire sur Chine, 5.000 fr. ; Claudine à Paris, Claudine en ménage et Claudine s’en va, exemplaires sur Hollande contenant, le premier, quelques pièces manuscrites, le second, une lettre autographe de l’auteur, et le troisième une lettre autographe de Colette Willy, ensemble 10.600 fr.

Aucune bibliothèque française n’avait jamais atteint, en vente publique, le total de celle-ci.

20 commentaires:

  1. Comme quoi les chiffres font parfois mentir les plus sérieuses études économiques ;) 70000 fr par Carteret en 1925, 12600 euros en 2009 par un japonnais, suivant insee 1f 1925 = 0,78 euros( de 2008);donc en constant Carteret l'a payé 54600 euros, et l'acheteur de Alde 4,33 fois moins cher que Carteret. Les statisticiens du livre et les optimistes diront qu'il faut bien des exceptions.

    Merci pour ces données et cet article fouillé.

    Daniel B.

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    1. Bien sûr, Daniel, mais ne pensez-vous pas que le contexte économique et social était différent de celui d'aujourd'hui ? Le bifteck et les voyages coûtaient aussi plus cher en 1925 qu'en 2009.

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  2. 70000 francs en 1925 dans un livre, c'est toujours un meilleur placement qu'en actions !
    Carteret était un grand acheteur, mais était-ce toujours pour sa collection personnelle ?

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    1. Non, évidemment : c'était pour des clients qui voulaient rester anonymes.

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  3. rentier ... négociant ... les deux mamelles de la bibliophilie ? (sourire)

    B.

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  4. Il fallait très probablement voir là un ordre qu'avait reçu Carteret par l'un de ses très nombreux et fortunés clients. Il en avait, comme aujourd'hui d'ailleurs en ont les maisons de vente ou les experts, sous leur vrai nom ou plus souvent sous un prête-nom (c'est à la mode dans la librairie ancienne les prête-nom), de très nombreux.

    B.

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  5. Merci pour ce portrait si instructif: on voit que les modes passent… (en bibliophilie: les illustrés xviiie et les livres de fête ont moins la cote; pour les reliures de Marius Michel ou de Charles Meunier, j'avoue que les résultats semblent assez fluctuant) et aussi en littérature: on a oublié aujourd'hui la gloire (très justifiée) de Heredia…

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    1. C'est bien vrai pour Heredia (et de nombreux autres), moins pour les illustrés du XVIIIe qui gardent des amateurs.

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  6. Mince Bertrand vous qui m'aviez dit que la bibliophilie c'était juste une question de goût, peut être aviez vous fait une faute de frappe et vouliez vous dire juste une question de coût, je suis déçu...pour la fortune c'est râpé, pour le goût j'avais une petite chance d'en avoir avec le temps et de devenir peut être bibliophile un jour. (sourire)

    Daniel B.

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    1. vous n'avez pas bien interprété mon (sourire) narquois Daniel ... si les deux mamelles de la bibliophilie sont bien pour beaucoup la rente et le négoce (la réussite dans le négoce il faut entendre - pas le négoce de la librairie ... qui est somme toute assez minable comme dirait Monsieur le premier ministre) alors je n'ai, moi aussi, aucune chance.

      B.

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    2. Amusant...
      Mais la rente sans le goût ... : j'ai eu l'occasion de visiter quelques bibliothèques privées réalisées de la sorte, quel gâchis !

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  7. Provenance hautement recommandable évidemment!
    Je regrette encore le "Romans et Contes" de Voltaire 1778 en maroquin rouge, qui est passé en mai dernier chez Sotheby's qui venait de cette bibliothèque.
    Mais il faut savoir s'arrêter dans les enchères parfois : 12.500 GPB au final, et un exemplaire exceptionnel qui me passe sous le nez!
    Depuis, je suis toujours sous Prozac, je ne m'en remets pas :))

    Cordialement,

    Wolfi

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    1. Avoir du goût ne rendrait donc pas heureux ? Je refuse de le croire. Laissez tomber le Prozac et vivez en vous répétant qu'on ne peut tout avoir.

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  8. Vous êtes un sage Jean-Paul!
    Mais je ne veux pas tout avoir : juste un "romans et contes" en maroquin d'époque !! :))
    A votre bon coeur...
    Je vais me prendre un petit traitement de choc en cet après-midi de congé : catalogues La Vallière et Gaignat!
    Cordialement,
    Wolfi

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  9. Je ne crois pas qu'il existe de telles bibliothèques aujourd'hui. Beaucoup de ces ouvrages ont-ils fini par atterrir sur les rayonnages de bibliothèques publiques (françaises et étrangères) ou tout ceci est-il encore chez des particuliers ? On peut le savoir pour le public, théoriquement ? Pierre

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  10. En me baladant sur le net j'ai vu les catalogues annotés et en bel état chez un collègue sérieux, pour info et sans aucun intérêt de ma part. http://cgi.ebay.fr/CARTERET-BIBLIOTHEQUE-DESCAMPS-SCRIVE-3-3-VOLUMES-RELIES-1925-/300780070178?pt=FR_GW_Livres_BD_Revues_LivresAnciens&hash=item4607e3a522#ht_7954wt_1157

    Daniel B.

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  11. Bonsoir
    j ai acquis sur une réderie
    Manon lescaut (ex libris DESCAMPS-SCRIVE)
    c est numéroté a 30ex et signé
    Je ne suis pas bibliophile
    L ouvrage est ornée entièrement et en parfait état
    j hésite a m en séparer
    ou puis m adresser
    Je désirerais savoir

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