mardi 9 juin 2020

Lettre sur les Français et la « Bibliographie matérielle »

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Walter Tiemann, 1923

J’ai toujours été très étonné de ne lire que des références à Roger Laufer (Introduction à la textologie. Paris, Larousse, 1974) - agrégé d’anglais, comme par hasard -, et à l’école anglo-saxonne, quand on parle de bibliographie matérielle.
Il est évident que la place manque ici pour développer un sujet qui n’est pas simple, et sur lequel, outre les anciens, de nombreux contemporains écrivent encore aujourd’hui. Je ne peux que rappeler quelques jalons, qui montrent néanmoins que les Français, et particulièrement les bibliophiles français, furent en avance sur le sujet : ils n’ont eu que le tort de ne pas publier suffisamment.

Seule la seconde partie de l’Introduction à la textologie de Laufer traite de bibliographie matérielle : Laufer avait traité le sujet dans un article publié en Australie dès 1966.
Les Anglo-Saxons, menés par Pollard, abordèrent le sujet peu avant la Première Guerre mondiale, à propos des éditions de Shakespeare, au sein de la Bibliographical Society, fondée en 1892.

Constantin, dans son Manuel de bibliothéconomie (1841), fait bien la différence entre « bibliographie littéraire », qui traite du mérite des ouvrages, et « bibliographie matérielle », qui fait « connaître le matériel des livres ».

Peignot, dans son Répertoire bibliographique universel (1812), traite du « matériel des livres », qu’il place dans la « bibliographie élémentaire ».


Achard, dans son Cours élémentaire de bibliographie (1806), écrit qu’il connaît des bibliopoles qui se distinguent « dans la partie matérielle des livres » et qui peuvent nous apprendre que pendant l’impression d’un ouvrage, un désordre dans les lettres d’un mot n’a été rétabli qu’après le tirage de plusieurs exemplaires.

Enfin, cessons de nous battre pour une terminologie, qui serait bien plus explicite avec l’utilisation de la paraphrase « analyse matérielle du livre », puisqu’il semble que l’expression « bibliographie matérielle » est incompréhensible pour certains.

C’est volontairement que j’ai séparé les « théoriciens », qui utilisent des données statistiques ou des mauvais exemples pour leurs démonstrations, des « praticiens bibliophiles ». Même si leurs travaux de bibliographie matérielle peuvent sembler manquer aujourd’hui de précision, ceux de Paul Lacroix, concernant les œuvres de Rétif de la Bretonne et de Molière, et ceux de Antoine-Augustin Renouard, pour ses célèbres catalogues, son néanmoins très antérieurs aux premiers travaux similaires anglo-saxons.
  

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