dimanche 2 février 2014

Charles Bouret, libraire hispaniste et bibliophile paradoxal

Fils d’un vannier, Adolphe-Émeri Bouret (Orléans, Loiret, 28 novembre 1816 – Paris, 25 mars 1876) fut envoyé à Paris pour être commis dans la librairie espagnole de Jacques-Frédéric Le Cointe et Antoine Lasserre, 6 rue de l’Éperon (VIe). Il s’associa en 1850 avec le libraire Frédéric Rosa, qui avait succédé à son père Frédéric-Guillaume Rosa (Wissembourg, Bas-Rhin, v. 1780 – Paris, 4 mars 1833), spécialisé dans la librairie espagnole ; ils devinrent les représentants d’Hachette à Mexico en 1854. D’abord 13 rue de l’Abbaye (VIe), la « Libreria de Rosa, Bouret et CIA » s’installa 23 rue Visconti (VIe), de 1862 à 1873.

 

En 1874, Bouret s’associa avec son fils, Charles-Adolphe-Henry Bouret (Paris, 27 novembre 1841 – 8 octobre 1892), qui lui succéda à sa mort en 1876. Après le décès de Charles Bouret en 1892, sa veuve, Anna-Faustine Esnault, dirigea la célèbre « Libreria española ».

 

 

Surtout attiré par le livre neuf, Charles Bouret avait constitué une collection composée presque exclusivement de livres contemporains. Il avait été guidé dans ses goûts bibliophiliques par Conquet. Il avait admis exceptionnellement sur ses rayons les principaux ouvrages illustrés du xviiie siècle, dont la condition était ordinaire, et quelques publications à gravures sur bois parues de 1830 à 1850.

 

 

 

Son ex-libris, illustré et gravé par Deville, porte son nom et la devise, en espagnol, « Siempre mas » [Toujours plus].

 

La première partie de sa bibliothèque fut dispersée du 16 au 18 février 1893 et a produit la somme respectable de 120.000 francs : Catalogue de très beaux livres modernes, livres à figures du xviiie siècle, livres illustrés du xixe siècle, livres modernes avec aquarelles originales […] composant la bibliothèque de feu M. Ch. Bouret (Paris, A. Durel, 1893, in-8, 93 p., 592 lots).

 

5. Tolla, éd. Hachette, in-4, ex. sur Japon avec une aquarelle de Myrbach et 3 dessins de Giraldon, reliure de Marius Michel, 780 fr.

35. Les Contes drolatiques de Balzac, 1855, ex. sur Chine, reliure de Reymann, 945 fr.

37. Balzac. Eugénie Grandet, édition des Amis des livres, reliure de Thibaron, 750 fr.

61. Béranger. Œuvres, 2 vol., 1828-1833, avec envoi autographe de Béranger. Ex. contenant les 40 lithographies d’Henry Monnier et les 103 figures de Devéria, Johannot, Charlet, etc., tirées sur Chine, 1.150 fr.

 

 

82. Aline, reine de Golconde, édition des Amis des livres, reliure de Marius Michel, 400 fr.

90. Le journal La Caricature, par Philipon, collection complète, 660 fr.

112. Les Chants et Chansons populaires de la France, Delloye, 1843, 4 vol., reliure de Chambolle, ex. sans les couvertures, 520 fr.

113. La collection du journal Le Chat noir, 485 fr.

115. Les Poésies d’André Chénier, Charpentier, 1862, 2 vol. avec 37 aquarelles de Paul Avril et reliure de Joly, 2.165 fr.

 

 

 

132. La collection complète du journal Le Courrier français, 1.000 fr.

139. A. Daudet. Les Contes du lundi, édition in-12 Charpentier, sur Hollande, illustrée de 250 aquarelles de Draner, 905 fr.

142. Fromont jeune et Risler aîné, collection des 12 dessins originaux d’Emile Bayard et épreuves d’artistes, édition Conquet, 2.220 fr.

225 et 225 bis. Émaux et Camées, édition Conquet, ex. sur vélin blanc, avec une aquarelle de Fraipont, et la collection des 112 dessins originaux de Fraipont ayant servi à l’illustration, reliure en mosaïque de Marius Michel, 1.925 fr.

227. Mademoiselle de Maupin, édition Conquet, ex. sur Japon, relié par Chambolle, 765 fr.

235. Gérard de Nerval. Sylvie, édition Conquet, ex. sur Japon, avec aquarelle de Rudaux sur le faux-titre, reliure de Marius Michel, 505 fr.

285. Les Mémoires de Grammont, par Hamilton, édition Conquet, ex. sur Japon, avec une aquarelle originale de Delort, somptueuse reliure de Cuzin, 850 fr.

 

 


Christie's, Paris, 11 mai 2011 : 5.000 €


296. Les Quatre Fils Aymon, édition Launette, ex. sur Japon, reliure en cuir incisé et incrusté par Marius Michel, 660 fr.

328. Les Chansons de La Borde, 1773, 4 vol., reliure de Reymann, 1.385 fr.

333. La Fontaine, 4 vol. figures d’Oudry, maroquin ancien, 1.240 fr.

362. La collection de la revue Les Lettres et les Arts, reliée par Champs, 930 fr.

 

 

 

369. Pêcheur d’Islande de Loti, édition Calmann-Lévy, 1886, ex. contenant 118 dessins et aquarelles de Jazet, reliure de Cuzin, 1.660 fr.

389. La Chronique de Charles IX, édition des Amis des livres, reliure de Marius Michel, 720 fr.

412. Scènes de la bohème de Murger, édition des Amis des livres, reliure de Chambolle, 745 fr.

441. Silvio Pellico. Mes Prisons, ex. de la reine Marie-Amélie, portant sur les plats son nom et son chiffre couronnés, 500 fr.

 

 

 

490. Les Confessions de J.-J. Rousseau, édition de Launette, ex. sur Japon, avec une aquarelle de Maurice Leloir, reliure de Marius Michel, 1.565 fr.

546. Theuriet. Les Œillets de Kerlaz, édition Conquet, ex. unique sur Japon fort, avec les 12 dessins de Rudaux et Giacomelli, reliure de Marius Michel, 2.165 fr.

591. Richepin. La Mer, ex. de l’édition originale sur Hollande, orné des 54 aquarelles et dessins de Paul Léonnec, 910 fr.

   

« Il suivait le mouvement littéraire et se procurait, dès leur apparition, toutes les œuvres de quelque mérite ; épris des papiers de luxe, il possédait des exemplaires sur hollande, sur chine, sur wathman, etc., de la plupart des livres connus de notre époque, en éditions originales. Il était à l’affût de toutes les éditions de luxe que publiaient Jouaust, Conquet, Launette et Boudet, Ferroud, Calmann Lévy, Testard, Hachette, Quantin, etc. Il ne lui suffisait pas, le plus souvent, d’avoir des exemplaires exceptionnels de ces éditions, avec des tirages à part et des suites d’épreuves : il cherchait à les enrichir de dessins originaux ; il en faisait ainsi des exemplaires uniques qu’il confiait ensuite, pour les habiller richement, à Cuzin, ou à Marius Michel, ou à Chambolle, ou à Champs. Il jouissait de ses livres d’une façon quelque peu égoïste, ne les montrant qu’à un petit nombre d’initiés et les entourant de précautions minutieuses. Aussi leur fraîcheur était-elle parfaite.

[…] les livres à figures sur bois du milieu de notre siècle étaient fort beaux. Voici les prix d’adjudication de quelques-uns d’entre eux : les Chansons de Béranger, édition de 1828-1833, lithographies coloriées de Henri Monnier, avec nombreuses suites ajoutées, 1.150 fr. ; les Chants et Chansons populaires, 1843, 520 francs ; les Français peints par eux-mêmes, 1840-1841 550 francs ; le Journal de l’Expédition des portes de Fer, 1844, non rogné, dans un simple cartonnage, 450 fr. ; le Paul et Virginie, de 1838, dans une demi-reliure de Cuzin, 440 francs.

M. Bouret possédait toutes les publications de la Société des amis des Livres, dont il était membre. Leurs prix ne cessent pas de monter. C’est ainsi qu’Eugénie Grandet, 1883, s’est vendue 750 fr. ; Aline, reine de Golconde, 1887, 400 fr. ; la Chronique du règne de Charles IX, 1876, 720 fr. ; les Scènes de la Bohême, 1879, 745 fr.

Il y avait un exemplaire sur japon de l’Armée française, de Detaille ; il s’est vendu 1.650 fr. Il y avait toutes les éditions de Jouaust, en grand papier ; on a pu constater que les prix accusaient une hausse sensible ; la dépréciation causée, il y a deux ans, par la vente en bloc du fonds de la librairie tend à disparaître.

Il y avait des collections de journaux illustrés. La revue les Lettres et les Arts, collection complète de 1886 à 1889, a atteint le chiffre de 930 francs ; le Chat noir, 1882 à 1891, 485 francs ; le Courrier Français, depuis sa fondation, 1.000 fr. Après cela, il faut tirer l’échelle !

Un exemplaire des Quatre fils Aymon, 1883, dans une reliure en cuir ciselé de Marius Michel, a trouvé acquéreur à 660 fr. L’abbé Constantin, illustré par Mme Madeleine Lemaire, sur japon, avec une aquarelle originale, s’est vendu 620 fr.

Les diverses publications de Conquet se sont maintenues à des prix élevées.

Citons enfin, parmi les livres ornés de dessins originaux :

L’Album Parisien pour 1887, avec aquarelles originales d’Henriot, 900 francs ; le Chénier de 1862, avec dessins et aquarelles de Paul Avril, 2.165 francs ; Emaux et Camées de Th. Gautier, édition Conquet, sur papier vélin, avec aquarelles de Fraipont, 1.925 francs ; Pêcheurs d’Islande, de Loti, avec les dessins originaux et des compositions inédites de P. Jazet, 1.660 francs ; Fromont jeune et Risler aîné, de Daudet, édition Conquet, avec douze dessins originaux d’Emile Bayard, 2.220 francs ; les Contes du Lundi, du même, dessins de Draner, 905 francs ; les Œillets de Kerlaz, d’A. Theuriet, édition Conquet, dans une superbe reliure de Marius Michel et avec des dessins de Rudaux et de Giacomelli, 2.165 francs ; les Confessions de J.-J. Rousseau, édition Launette, avec une très belle aquarelle de M. Leloir, 1.565 francs ; la Mer, de Richepin, dessins de Paul Léonnec, 910 francs, etc., etc. » [sic]

(D’Eylac. « Vente Ch. Bouret ». In La Bibliophilie en 1893. Paris, A. Rouquette, 1894, t. II, p. 116-119)

 

 La seconde partie de la bibliothèque ne comprenait que des livres courants. Elle a été vendue du 9 au 11 mars 1893 : Catalogue de livres modernes bien reliés […] composant la bibliothèque de feu M. Ch. Bouret. Seconde partie (Paris, A. Durel, 1893, in-8, [4]-94 p., lots 593-1.328), et a produit la somme de 18.312 francs. 














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