mardi 18 février 2014

Le Cardinal Loménie de Brienne, un des hommes les plus éclairés du clergé de France

Toutes les branches de la famille de Loménie ont leur origine dans la terre de Loménie, sur la paroisse de Flavignac (Haute-Vienne), « près de l’orme de la croix », ce qui explique l’arbre des armes : « d’or, à l’arbre de sinople sur un tourteau de sable, au chef d’azur, chargé de 3 losanges d’argent ».



La branche des Loménie de Brienne est issue du mariage de Henri-Auguste de Loménie (1595-1666) avec Louise de Béon, qui apporta en 1623 le comté de Brienne (Aube).

Étienne-Charles de Loménie de Brienne, né à Paris le 19 octobre 1727, fut docteur de Sorbonne en 1752, évêque de Condom (Gers) en 1760, puis archevêque de Toulouse (Haute-Garonne) en 1763 :

« ce prélat ne cessa pendant tout le temps que dura son épiscopat de travailler à l’embellissement de la capitale du Languedoc. Malheureusement il ne put réaliser ses vastes projets, qui auraient rendu Toulouse une des plus belles villes du Midi. Secondé par l’ingénieur Saget, il voulait faire de l’île de Tounis une promenade d’été ; de belles usines auraient bordé la rive opposée du canal de fuite. Il fit creuser dans l’intérêt de la navigation, le canal de Brienne, qui unit la Garonne, au-dessous du Bazacle, à l’immortel ouvrage de Riquet ; il usa constamment de l’ascendant qu’il exerçait dans les états du Languedoc, pour faire allouer à sa ville archiépiscopale la plus grande partie des fonds consacrés annuellement aux travaux de la province. Il fit doter des bibliothèques publiques déjà créées par le généreux abbé d’Héliot ; il établit les chaires de chimie et de physique expérimentale : appelé à l’archevêché de Sens et à la place de premier ministre en 1788, il ne cessa de favoriser les Toulousains ; et pourtant la capitale du Languedoc n’a pas élevé une statue à ce prélat bienfaiteur ! »
(Cayla et Perrin-Paviot. Histoire de la ville de Toulouse. Toulouse, Bon et Privat, 1839, p. 541)  



Les philosophes lui firent une réputation d’homme d’esprit et d’administrateur qui lui valut son admission à l’Académie française en 1770, puis en 1787 la place de contrôleur-général des finances et enfin de premier ministre. Sa politique de réformes financières le fit entrer en lutte avec le Parlement, et l’opinion se déclarant contre lui avec force, il fut remplacé par Necker en 1788. Le Roi le consola en lui donnant l’archevêché de Sens (Yonne) et en lui faisant obtenir le chapeau de cardinal. Malgré son serment à la Constitution civile du clergé, il fut arrêté par les patriotes en 1793, mais obtint la permission de retourner chez lui, faubourg des Sans-Culottes. Le 30 pluviose an II [18 février 1794], des soldats chargés de l’arrêter de nouveau se conduisirent à son égard avec tant de barbarie qu’on le trouva mort dans son lit le lendemain, 1er ventose an II [19 février 1794], à 9 h. 30.

Embrassant tous les genres, il s’était composé une riche et curieuse bibliothèque qui devint un dépôt universel. Elle contenait en particulier presque tous les ouvrages imprimés au xve siècle, la plupart des éditions de Mayence, et beaucoup d’autres de divers pays qui étaient restées jusqu’alors inconnues. Il fut obligé de se défaire d’une partie de sa collection pour payer ses dettes.



Le catalogue des incunables fut rédigé en latin par le Père François-Xavier Laire (1738-1801), son bibliothécaire depuis 1786 : Index librorum ab inventa typographia ad annum 1500. Prima [Secunda] pars (Senonis, apud viduam et filium P. Harduini Tarbé, 1791, 2 vol. in-8, viij-iij-[1 bl.]-475-[1 bl.] p., 723 lots et [4]-464 p., 639 lots dont 56 manuscrits), avec quatre tables alphabétiques (auteurs, matières, villes et imprimeurs). On y trouvait beaucoup d’articles extrêmement rares, classés dans l’ordre chronologique, qui passèrent alors dans le commerce pour la première fois.



Le troisième volume du catalogue, intitulé Catalogue des livres de la bibliothèque de M *** faisant suite à l’Index librorum ab inventa typographia ad annum 1500. Tome III (Paris, G. De Bure l’aîné, 1792, in-8, [4]-112 p., 632 lots), fut rédigé par Guillaume De Bure « l’aîné » (1734-1820) et refermait une collection de livres aussi précieux que ceux des deux premiers volumes :

« Outre les superbes livres imprimés par les Baskerville, Ibarra, Didot & Bodoni, les meilleures & les plus belles éditions des auteurs classiques grecs, latins & françois, en grand papier, on y trouvera des livres rares, des livres imprimés sur vélin, des manuscrits très-précieux écrits pas Nic. Jarry, ornés de fleurs & de miniatures, les plans coloriés & les profils des écluses, acqueducs, & autres ouvrages du canal de Languedoc, qui joint l’Océan à la Méditerranée ; des livres d’estampes ; une suite magnifique de livres d’antiquités, & la collection la plus belle & la plus complette des grands & des petits voyages de Théodore de Bry.
Le supplément contient la plus grande partie des Cartes marines & des ouvrages imprimés par ordre du gouvernement, pour perfectionner la navigation.
Pour satisfaire le goût des acquéreurs, on vendra tous les jours des livres contenus dans chacun des trois volumes. » [sic] (« Avertissement »)

Personne ne s’étant présenté pour l’acquisition de la bibliothèque en totalité, la vente en détail débuta le lundi 12 mars 1792, en l’une des salles de l’Hôtel de Bullion, rue J.-J. Rousseau :

« Le nombre des ouvrages vendus a été de 1371 [ ?] ; celui des exemplaires retirés, de 58 ; et le produit de la vente a été de 106,324 liv. 19 s. »
(G. Peignot. Répertoire bibliographique universel. Paris, A.-A. Renouard, 1812, p. 85)




Les livres de l’archevêque de Sens portent le plus souvent ses armes : « Ecartelé : aux 1 et 4, d’or, à deux vaches passantes de gueules accornées, colletées, clarinées et onglées d’azur, l’une sur l’autre (Béon) ; aux 2 et 3, d’argent, au lion de gueules, la queue nouée, fourchée et passée en sautoir, armé, lampassé, couronné d’or et d’azur (Luxembourg). Sur le tout, d’or, à l’arbre de sinople, au chef d’azur, chargé de trois losanges d’argent (Loménie). »




Le reste de la bibliothèque, qui avait encore de quoi piquer la curiosité des amateurs, fut vendu à partir du 29 thermidor an V [16 août 1797], en l’hôtel de Brienne, 14 rue Saint-Dominique (VIIe), acheté en 1776 par Louis-Marie-Athanase de Loménie de Brienne (1730-1794), confisqué en 1794 et restitué en 1795 [abrite aujourd’hui le ministère de la Défense]. Le Catalogue d’une partie des livres de la bibliothèque du cardinal de Loménie de Brienne (Paris, Mauger et Lejeune, an V-1797, in-8, viij-252 p., 2.754 lots) :

« s’il n’est pas recommandable par l’importance des grands articles, l’est du moins par le nombre des livres rares & singuliers, qu’on y trouvera dans toutes les classes. L’histoire littéraire sur-tout, & particulièrement celle d’Italie, fournit des articles qu’on chercheroit inutilement à Paris, même dans nos grandes bibliothèques publiques. » [sic] (« Avertissement », p. vi-viij)  




1 commentaire:

  1. Bibliothèque unique pour tout ce qui est incunable!
    Pour mémoire, deux bibles de Gutemberg sur papier reliées par Derome le Jeune :
    - la première en maroquin bleu, acheté en 1793 pour 100£ se trouve à la Bodleian Library à Oxford
    - la deuxième en maroquin vert, se trouve maintenant la la Bibliothèque Nationale du Portugal. Elle a été reliée à nouveau en 1860 en maroquin rouge aux armes royales du Portugal. Acquise ne 1805 auprès de Borel & Co. Booksellers à Lisbonne.

    Le Cardinal avait très bon goût!
    Dire que l'on a laissé s'envoler encore deux autres bibles à cette époque, celles De Bure et Mac Carthy Reagh!
    Ca fait beaucoup en vingt ans!

    Wolfi

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