vendredi 8 juillet 2016

Le Chevalier Delambre (1749-1822), le plus grand astronome de l’Europe

Le Système métrique décimal imposé à partir du 1er janvier 1840


D’une famille originaire de l’Artois [Pas-de-Calais], installée au tout début du XVIIIe siècle à Amiens [Somme], sur la paroisse Saint-Rémi, pour y exercer le commerce de vêtements d’occasion, Jean-Baptiste-Joseph Delambre naquit à Amiens, rue de la Viéserie [rue Delambre], le 19 septembre 1749, et fut baptisé le même jour en l’église Saint-Firmin-en-Castillon [détruite en 1806]. Il fut l’aîné des sept enfants de Jean-Nicolas-Joseph Delambre, né le 28 décembre 1718 et décédé le 23 thermidor An VIII [11 août 1800], marchand fripier, puis drapier, et de Marie-Élisabeth Devismes, née le 22 février 1717 et décédée le 28 brumaire An VI [18 novembre 1797], mariés depuis le 27 janvier 1749 et domiciliés, à leur décès, rue des Sœurs grises [rue Condé].

Rue des Soeurs grises, Amiens

Delambre fut atteint, vers l’âge de 13 mois, de la petite vérole [variole, officiellement éradiquée en 1978], maladie infectieuse qui occasionnait alors 10 % des décès : on crut, pendant huit jours, qu’il avait perdu entièrement la vue. On comprend pourquoi il devint membre de la « Société pour l’extinction de la petite Vérole en France, par la propagation de la Vaccine », quand elle fut créée le 14 germinal An XII [4 avril 1804].

Arbre généalogique simplifié

Destiné à la prêtrise par ses parents, il entra en 1758 au collège des Jésuites d’Amiens, où un Père lui donna le goût de la littérature et où, après l’expulsion des Jésuites, il connut Jacques Delille (1738-1813), comme professeur, futur confrère au Collège de France et à l’Institut.
Delambre avait tant d’ardeur et de facilité pour le travail, qu’il occupait toujours le premier rang dans ses classes, et Jean-Baptiste Gossart, son professeur de rhétorique, mit tout en œuvre pour le faire aller à Paris : le grammairien Noël-François de Wailly (1724-1801), natif d’Amiens, lui fit obtenir une bourse pour recommencer sa rhétorique au collège du Plessis, rue Saint-Jacques [Ve].

Sorti du collège sans ressources et sans protecteurs, il s’imposa les plus dures privations pour rester à Paris, dans l’attente d’une meilleure situation, et étudia l’histoire, la littérature, les sciences et les langues anciennes et modernes.
En 1770, Charles-Simon Favart (1710-1792), célèbre auteur d’opéras-comiques et père de son ami Charles-Nicolas Favart (1749-1806), le fit entrer comme précepteur chez Le Féron, à Compiègne, puis, l’année suivante à Paris, chez Jean-Claude Geoffroy d’Assy (1729-1794), receveur général des finances, dont la générosité et l’amitié lui assurèrent une existence indépendante.


Delambre commença à s’intéresser à l’astronomie vers 1780 et se présenta aux leçons du Collège de France le 10 décembre 1782 : à compter du 10 décembre 1782, l’élève de Joseph-Jérôme Lefrançois de Lalande (1732-1807) fut son collaborateur et son ami.
En 1788, dans son hôtel acheté l’année précédente, rue de Paradis [58 bis rue des Francs-Bourgeois, IIIe], Geoffroy d’Assy fit construire un observatoire [disparu vers 1912], que Delambre garnit d’instruments et où il fit beaucoup d’observations.

Le 15 février 1792, il fut élu à l’Académie des sciences, dont il deviendra le secrétaire perpétuel pour les sciences mathématiques le 11 pluviôse An XI [31 janvier 1803].
La même année 1792, il fut chargé, avec Pierre Méchain (1744-1804), de mesurer l’arc du méridien compris entre Dunkerque et Barcelone, afin de réformer le système de mesure et d’adopter comme unité de longueur, baptisée « mètre », la dix-millionième partie du quart du méridien ; 

In Jules Verne. Aventures de trois Russes et de trois Anglais dans l'Afrique australe
(Paris, J. Hetzel et Cie, s. d. [1872], p. 49)

cette opération, faite à l’aide d’un instrument nouveau, le cercle répétiteur de Jean-Charles de Borda (1733-1799), fut sans cesse interrompue par les vicissitudes de la Révolution et ne put être terminée qu’en 1799. 

Côté route, avec l'inscription "TERME BOREAL" [Nord]
Côté vers Melun, avec l'inscription "BASE DE LIEUSAINT A MELUN"

Le pyramidion ou borne de Lieusaint [Seine-et-Marne], face au 96 rue de Paris, classé monument historique en 1994, témoigne de la mesure de la distance entre Melun [Seine-et-Marne] et Lieusaint faite en 1798.

In Vulfranc Warmé. Opuscules (Amiens, R. Machart, 1835, p. 32)

Entre-temps, Delambre était entré au Bureau des longitudes, à sa création, le 25 juin 1795, et, de février 1796 à décembre 1797, un mètre étalon, gravé par le marbrier Jean-Baptiste-François Corbel, d’après le dessin de l’architecte Jean-François Chalgrin (1739-1811), avait été placé dans les 16 lieux les plus fréquentés de Paris, pour familiariser la population avec la nouvelle mesure ; il n’en reste que 4 exemplaires : 


36 rue de Vaugirard [VIe], le seul qui soit encore sur son site originel, et 13 place Vendôme [Ier], à Paris ; celui de la rue au Mètre, à Croissy-sur-Seine [Yvelines], est une copie dont l’original, rapporté par le maire de la ville en 1888, est conservé à la Mairie ; celui rapporté à Sceaux [Hauts-de-Seine], est conservé à l’ancienne Mairie, 68 rue Houdan.  

En 1802, Delambre fut nommé l’un des trois Inspecteurs généraux des Études et organisa le lycée de Moulins [Allier] en 1802, et celui de Lyon en 1803.

Delambre finit par se marier, dans un âge assez avancé : le 30 janvier 1804, il épousa sa compagne de longue date, Élisabeth-Aglaé Sinfray, née à Paris le 5 août 1761, veuve d'Achille-Claude-Étienne-François Leblanc de Pommard, ancien prévôt général de la maréchaussée de Touraine. 

Observatoire de Paris, côté Nord (v. 1820)

La même année, il succéda à Méchain, à la direction de l’Observatoire de Paris.
En 1807, il succéda à Lalande, comme professeur d’astronomie au Collège de France.
Nommé trésorier de l’Université en 1808, il dut quitter la rue de Paradis et renoncer à son observatoire, pour aller demeurer 10 rue du Dragon [VIe]. Il fut fait chevalier de l’Empire le 10 septembre 1808, puis baron de l’Empire le 24 août 1811.

Nommé membre du Conseil royal de l’Instruction publique en 1814, Delambre n’exerça plus de fonctions publiques après 1815. Il fut cependant fait, par le gouvernement royal, chevalier de Saint-Michel en 1817 et officier de la Légion d’honneur en 1821 ; il en était chevalier depuis la fondation de l’Ordre.

Membre des Sociétés royales de Londres, d’Uppsala, de Copenhague et d’Edimbourg, des Académies de Saint-Pétersbourg, de Berlin, de Stockholm, de Naples et de Philadelphie, de la Société astronomique de Londres, etc., Delambre consacra les loisirs de ses dernières années à écrire l’histoire de l’astronomie.
Malade depuis le mois de juillet 1822, il mourut à Paris, le 19 août 1822, à 10 heures du matin, en son domicile, 10 rue du Dragon [VIe]. Il fut inhumé le 21 août 1822 au cimetière du Père Lachaise [10e division].


Sa veuve, civilement séparée de son mari depuis 1811, décéda le 28 septembre 1833, au château d’Antiville [Bréauté, Seine-Maritime], qu’elle avait acheté le 2 ventôse An VIII [21 février 1800] pour 90.000 francs, dont 75.000 « payés en espèces sonnantes », au marquis d’Héricy ; elle fut inhumée dans l’enfeu du chevet de l’église Saint-Georges de Bréauté.

Outre ses « Mémoires », « Extraits », « Notices », « Éloges », etc., insérés en grand nombre dans la Connoissance des temps, à l’usage des astronomes er des navigateurs, de 1788 à 1822, et dans diverses collections académiques, on doit à Delambre :

Tables de Jupiter et de Saturne, par M. de Lambre (Paris, Moutard, 1789, in-4)

Tables du Soleil, de Jupiter, de Saturne, d’Uranus et des satellites de Jupiter (In Astronomie par Jérôme Le Français [sic] (La Lande). Paris, Veuve Desaint, 1792, 3e édition, 3 vol. in-4).

Méthodes analytiques pour la détermination d’un arc du méridien (Paris, Duprat, An VII, in-4)

Tables trigonométriques décimales, ou Table des logarithmes des sinus, sécantes et tangentes (Paris, Duprat, An IX, in-4)

Tables astronomiques publiées par le Bureau des longitudes de France. Première partie. Tables du Soleil, par M. Delambre. Tables de la Lune, par M. Bürg (Paris, Courcier, 1806, in-4)

Base du système métrique décimal, ou Mesure de l’arc du méridien compris entre les parallèles de Dunkerque et Barcelone (Paris, Baudouin, janvier 1806-juillet 1807-novembre 1810, 3 vol. in-4)

Rapport historique sur les progrès des sciences mathématiques depuis 1789, et sur leur état actuel (Paris, Imprimerie impériale, 1810, in-4)

Etiquette de libraire sur un exemplaire de l' Abrégé d'astronomie

Abrégé d’astronomie, ou Leçons élémentaires d’astronomie théorique et pratique (Paris, Mme Ve Courcier, 1813, in-8, 14 pl.)

Astronomie théorique et pratique (Paris, Mme Ve Courcier, 1814, 3 vol. in-4, 29 pl.)

Tables écliptiques des satellites de Jupiter (Paris, Mme Ve Courcier, 1817, in-4)

Histoire de l’astronomie ancienne (Paris, Mme Ve Courcier, 1817, 2 vol. in-4, 17 pl.)

Histoire de l’astronomie du Moyen Âge (Paris, Mme Ve Courcier, 1819, in-4, 17 pl.)

Histoire de l’astronomie moderne (Paris, Mme Ve Courcier, 1821, 2 vol. in-4, 17 pl.)

Delambre a laissé deux ouvrages inédits : une « Histoire de l’astronomie au 18e siècle » et une « Histoire de la mesure de la Terre ».

Frontispice. In Histoire de l'astronomie au dix-huitième siècle

Il avait commencé, au mois de juin 1822, l’impression du premier ouvrage, mais des souffrances qui s’aggravaient chaque jour le forcèrent, un mois avant sa mort, de l’abandonner à la huitième feuille. Elle n’a pu être reprise que longtemps après et fut publiée par Claude-Louis Mathieu (1783-1875), de l’Académie des sciences et du Bureau des longitudes, sous le titre Histoire de l’astronomie au dix-huitième siècle (Paris, Bachelier, Successeur de Mme Ve Courcier, 1827, in-4, 3 pl.).
Le deuxième ouvrage fut publié encore plus tard, augmenté de notes et de cartes, par Guillaume Bigourdan (1851-1932), membre de l’Institut, sous le titre adopté par l’auteur Grandeur et figure de la Terre (Paris, Gauthier-Villars, 1912, in-8, 29 fig.).


La bibliothèque de Delambre fut vendue après sa mort, en 15 vacations, du lundi 10 au mercredi 26 mai 1824, en sa maison du 10 rue du Dragon. Le Catalogue des livres composant la bibliothèque de feu M. le chevalier Delambre (Paris, L. F. A. Gaudefroy et Bachelier, 1824, in-8, [1]-[1 bl.]-[1]-[1 bl.]-xiv-[2]-100 p., 1.554 + 9 = 1.563 lots) fut rédigé par le libraire Louis-François-André Gaudefroy (1758-1839), natif d’Amiens :

« Chargé, en 1815, de faire le Catalogue de la Bibliothèque de l’illustre Lagrange, je fus obligé d’en abandonner bientôt la rédaction pour me livrer à d’autres travaux bibliographiques beaucoup plus considérables, qui m’ont retenu à Bruxelles pendant huit ans. Maintenant que je viens reprendre à Paris les occupations auxquelles je m’étais livré pendant 30 années, je me trouve très flatté d’avoir été choisi pour rédiger le Catalogue de la Bibliothèque de mon savant Compatriote qui m’a honoré de son amitié, et qui fut mon premier protecteur. […]
Riche d’ouvrages du premier ordre, mais modeste dans ses apparences, j’ai contribué depuis 1781 à l’augmenter, en procurant à M. Delambre les livres relatifs aux divers genres d’études qu’il embrassait. Aussi la collection que nous allons offrir, beaucoup plus complète, en livres de Mathématiques et d’Astronomie, que ne l’était celle de son collègue De Lalande, et qu’aucune des bibliothèques de ce genre qui les précédèrent, pourra devenir un Répertoire classique pour les Amateurs de la Science » (« Avertissement de l’éditeur du catalogue », p. xii)

150. Archimedis quæ supersunt omnia, græcè et lat., cum Eutocii Ascalonitæ commentariis, ex recensione Jos. Torelli, cum nova versione lat. Oxonii, 1692 [i.e. 1792], in-fol., br.
155. Euclidis quæ supersunt omnia, græcè et lat., ex recensione Dav. Gregorii. Oxoniæ, 1703, in-fol., bas.
164. Apollonii Pergæi conicorum libri octo, cum Pappi Alexandrini Lemmatis et Eutocii Ascalonitæ commentariis ; accedunt Sereni Antissensis de sectione cylindri et coni libri duo, gr. et lat., edente Edm. Halleio. Oxoniæ, 1710, in-fol. cart. magn. v. j.
171. Diophanti Alexandrini arithmeticorum libri VI et de numeris multangulis liber unus, gr. et lat., cum commentariis C. G. Bachet et observationibus P. de Fermat. Tolosæ, 1670, in-fol., cartâ magnâ. v. b.

« Parmi les Mathématiciens modernes, compris depuis le n°. 178 jusqu’au n°. 454, on remarquera les œuvres de Stévin, Viete, Tacquet, de Fermat, Huygens, Wallis, Newton, Leibnitz, Bernoulli, Horrebow, Simpson, Euler, D’Alembert, Lagrange, De Prony, Lacroix, Laplace, Legendre et autres. » (Ibid., p. xiij)


371. Opus palatinum de triangulis a G. J. Rhetico coeptum : L. Valentinus Otho, mathematicus, consummavit. Neostadii, 1596, in-fol. vél.


372. Thesaurus Mathematicus, sive canon sinuum ad radium 1,00000,00000,00000, et ad dena quæque scrupula secunda quadrantis ; una cum sinibus primi et postremi gradus, ad eundem radium, et ad singula scrupula secunda quadrantis : adjunctis ubique differentiis primis et secundis atque ubi res tulit, etiam tertiis ; supputatus a G. J. Rhetico, et editus à B. Pitisco. Francofurti, 1613, in-fol. Ouvrage légué à Delambre par Lalande : ex. en veau fauve aux armes d’Auguste de Thou.

« Dans la division ASTRONOMIE, qui s’étend du n°. 455 à 1020, on trouvera d’abord les ouvrages des Astronomes anciens, et ensuite les meilleurs traités qui ont paru sur cette science depuis le commencement du 16e. siècle jusqu’à ce jour. Parmi tous ces articles, beaucoup sont enrichis des notes de M. Delambre : nous avons indiqué ceux où elles étaient plus considérables. Dans cette partie, ainsi que dans la division MATHÉMATIQUES, sont classées toutes les Œuvres de M. Delambre, publiées de son vivant […].
Les autres Classes offriront presque tous les bons auteurs grecs et latins : » (Ibid., p. xiij)
  
1.080. M. Tullii Ciceronis opera omnia. Lugd. Batav. ex offic. Elseviriana, 1642, 10 vol. pet. in-12, mar. r. à compart.
1.197. Collection des Auteurs Italiens, dite de Prault et Molini. Paris, 1767-1778, 44 vol. pet. in-12, v. ec. fil.

« L’HISTOIRE présente plusieurs Atlas et des Cartes particulières estimés, ainsi que divers Voyages savans [sic] qui ont eu pour objet des observations ou des découvertes astronomiques. » (Ibid., p. xiv)

1.515. Histoire et Mémoires de l’Académie royale des Inscriptions et Belles-lettres, depuis son établissement. Paris, imp. roy. 1736, et ann. suiv., 50 vol. in-4, v. m.
1.516. Histoire et Mémoires de l’Académie des Sciences, depuis son établissement en 1666 jusqu’en 1790. Paris, 1701-1793, 154 vol. in-4, fig. v. m. et dem. rel.
1.518. Mémoires de l’Institut de France. Paris, 1796 et années suiv., 39 vol. in-4, br. en cart., et dem. rel.













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