mardi 5 mai 2026

De la Bibliophilie, par Léon de Duranville (1872)


Vue générale de Bézancourt [Seine-Maritime]



La famille Le Vaillant, originaire de Bézancourt [Seine-Maritime], était avec celles des Bongars, des Caqueray et des Brossard, une des quatre grandes familles de gentilshommes verriers de Normandie, qui avaient le privilège exclusif de la fabrication du verre à vitres, réservées exclusivement aux grosses verreries de la province.


Elle a formé de très nombreux rameaux, qui ont été maintenus dans leur noblesse le 10 février 1669 et qui portaient « D’azur, au dextrochère paré de gueules, mouvant d’une nuée d’argent et tenant une épée en pal aussi d’argent garnie d’or ». La branche de Duranville s’est éteinte avec Joseph-Léon Le Vaillant.

Nicolas Le Vaillant, sieur de Bergicourt [Somme], fils de Damien Le Vaillant de Bergicourt et de Marguerite de Bongars du Landel [Bézancourt], mariés en 1643, est né à Bézancourt le 25 janvier 1648, épousa le 21 février 1677 à Sommery [Seine-Maritime] Marguerite de Monsures et fut inhumé à Bézancourt le 12 août 1686 ; sa veuve mourut à Bézancourt le 20 septembre 1706, âgée de 47 ans.

Leur fils, Jean Le Vaillant, sieur de Valdolé [Bézancourt], est né le 10 septembre 1679 à Bézancourt et fut baptisé le 23 septembre en l’église Saint-Aubin. Le 6 octobre 1715, il épousa Marthe Le Cat en l’église Saint-Pierre de Gerberoy [Oise].

Pierre-François Le Vaillant, sieur de Valdolé et seigneur du Plix [Serqueux, Seine-Maritime], a été baptisé le 2 mars 1720 en l’église Saint-Aubin de Bézancourt et a épousé, le 28 novembre 1753, en l’église Saint-Jacques de Neufchâtel-en-Bray [Seine-Maritime], Suzanne de Béthencourt, née à Serqueux le 4 octobre 1731, dont le prénom a été remplacé par celui de Marie-Catherine, par décision du tribunal civil de Rouen le 2 fructidor An IX [20 août 1801], soit après sa mort, arrivée à Rouen [Seine-Maritime], le 26 floréal An IX [16 mai 1801]. Il décéda à Rouen le 7 avril 1808.

Pierre-Ferdinand Le Vaillant, sieur de Duranville [Eure], né le 13 mai 1757 à Neufchâtel-en-Bray, fut baptisé le lendemain en l’église Saint-Jacques. Le 24 septembre 1789 il épousa, en l’église Notre-Dame de Neufchâtel-en-Bray, Marguerite-Félicité de Dampierre, née le 21 décembre 1764 à Neufchâtel-en-Bray et décédée, veuve, le 28 mai 1849 à Rouen, 17 rue du Champ des Oiseaux.

 


Léon de Duranville

Joseph-Léon Le Vaillant de Duranville naquit le 12 messidor An XI [1er juillet 1803] à Rouen, 11 rue des Champs Maillets. A son mariage, le 24 avril 1839 à Saint-André-sur-Cailly [Seine-Maritime], il demeurait à Saint-Martin-Osmonville [Seine-Maritime] : il épousa Marie-Emmanuelle-Alphonsine de Valori, née le 15 décembre 1810 au château du Mesnil-Varin, à Saint-Paër [Seine-Maritime], qui demeurait alors au château du Bout Levet ; elle mourut à Rouen, 3 rue Alain Blanchard, le 2 septembre 1862. Lui-même décéda, sans postérité, le 31 janvier 1882 à Rouen, 3 rue Alain Blanchard.


Château du Bout Levet, à Saint-André-sur-Cailly [Seine-Maritime]

II avait légué sa bibliothèque au Petit Séminaire du Mont-aux-Malades [Mont-Saint-Aignan, Seine-Maritime] : plus de 4.500 livres y entrèrent ainsi en 1882.

Membre de plusieurs Sociétés savantes, dont l’Académie des Sciences, Belles-Lettres et Arts de Rouen, la Société libre d’Émulation de Rouen, la Société impériale académique de Cherbourg, la Société des Antiquaires de Normandie, la Société des Bibliophiles normands et la Société rouennaise des Bibliophiles, l’Athénée du Beauvaisis, Léon de Duranville se spécialisa dans l’histoire de la Normandie et rédigea de nombreux articles pour la Revue de Rouen et de Normandie.


Tiré à part (1873)

Il publia en outre « De la Bibliophilie », dans le Précis analytique des travaux de l’Académie des Sciences, Belles-Lettres et Arts de Rouen pendant l’année 1871-72 (Rouen, H. Boissel et Paris, E. Derache, 1872, p. 439-483), tiré à part à 60 exemplaires, qui donne aux bibliophiles quelques conseils venant « d’autorités plus ou moins fortes » :

« La salle Sylvestre [i. e. Silvestre] est le théâtre de véritables combats, pour lesquels chaque parti prend ses dispositions par avance ; on y lutte avec acharnement, et souvent le vaincu ne cède le terrain qu’après l’avoir défendu par tous ses efforts ; quant au vainqueur, son succès est à ses yeux un véritable triomphe, dont il s’applaudira toute sa vie. Les succès sont quelquefois enregistrés par la presse et divulgués par les cent bouches de la renommée. Le haut prix auquel certains livres sont adjugés flatte l’amour-propre des acheteurs, qui n’ont pas reculé devant une forte dépense ; ils y trouvent matière à vanité, tandis que, devant le tribunal des rigoristes, ils sont taxés de folie.

[…] le bibliophile n’est pas l’amateur de livres ; il est une variété de l’amateur de livres, il tient le milieu entre le savant et le bibliomane ; il n’a pas l’austérité du premier, il n’a pas non plus la folie du second. C’est une chose utile que d’être amateur de livres et c’est une bonne chose que d’être bibliophile ; cette seconde qualité est moins importante que la première. […]

Ce serait un tort que de flétrir un penchant qui, tout en pouvant aller jusqu’à l’abus, n’en est pas moins susceptible d’amener d’utiles résultats. Les bibliomanes, en faisant quelquefois les dépenses les plus folles, peuvent rendre de véritables services en conservant des livres qui auraient disparu complètement […]

La préoccupation de la reliure, lorsqu’elle n’est pas intelligente, et qu’on fait plus de cas de l’extérieur que du mérite intrinsèque de l’ouvrage, ne saurait valoir à qui que ce soit l’épithète de bibliophile. […]

D’Alembert a dit que : “ l’amour des livres, quand il n’est pas guidé par la philosophie et par un esprit éclairé, est une passion des plus ridicules ; ce serait à peu près la folie d’un homme qui entasserait cinq ou six diamants sous un monceau de cailloux.” […]

Il faut louer l’amateur qui recherche les éditions princeps : on y voit les pensées premières des auteurs, pensées qu’ils ont peut être [sic] modifiées plus tard […]. Un bibliophile de bon goût doit accorder quelque prédilection aux ouvrages du XVIe siècle et du commencement du XVIIe : on ne peut bien saisir toutes les délicatesses de notre langue qu’en examinant le travail de sa formation. […]

Après le choix des ouvrages, le bibliophile doit s’attacher à la correction du texte, ainsi qu’à l'exécution typographique. […] Mieux vaux le goût des belles marges ; il se comprend aisément, et les belles marges valent au texte ce que le cadre vaut au tableau.

Que dire de ceux qui, loin d’exclure de leurs bibliothèques les livres obscènes, les ornent d’une couverture remarquable, tout en les isolant peut- être sur quelques rayons moins en évidence que les autres, ou qui même leur accordent une place de choix, parce qu’ils sont rares ! Il est des gens qui en font leur spécialité. Ces possesseurs exclusifs d’objets fangeux ne méritent pas le nom de bibliophiles, auquel ils feraient honte. L’amour de l’utile, l’amour de l’honnête et l’amour du beau sont les qualités essentielles d'un bibliophile : celui qui ne possède pas les deux premières n’est qu’un bibliomane, et celui qui a l’amour du déshonnête mérite un tout autre nom.

[…] à part les exagérations, la belle reliure, décernée d’une manière équitable, est un hommage aux bons livres, un acte de reconnaissance pour le plaisir ou l’avantage que ces livres ont procuré. En prolongeant la durée de l’objet matériel, elle assure la durée de l’œuvre de l’esprit. […]

Lorsque les livres sont en bon nombre, il faut les cataloguer de telle sorte que l’étude en soit facile. […]

D’Alembert enjoignait le prêt des livres. Mais un bibliophile a dit que, si l’on reconnaît ordinairement trois ennemis d’une bibliothèque, l’humidité, les vers et la poussière, il faut y ajouter les emprunteurs, ennemis aussi dangereux que les trois autres, pour ne pas dire encore plus dangereux […] que les emprunteurs soient bibliophiles, et les bibliophiles ne se montreront pas difficiles sur le prêt. »

Cet article se termine par la présentation de quelques ouvrages bibliographiques anciens et contemporains : Manuel du Libraire et de l’Amateur de Livres (Paris, Firmin Didot Frères, Fils et Cie, 1860-1865, 6 vol.), de Jacques-Charles Brunet ; Oratio De Bibliothecis, Earumque Origine, Necessitate & usu (Halae Saxonum, Christophori Bismarci, 1615), de Johann Olearius ; Musei, sive Bibliothecæ tam privatæ quam publicæ Extructio, Instructio, Cura, Usus. Libri IV (Lugduni, Jacobi Prost, 1635), du Père Claude Clément ; Advis pour dresser une Bibliothèque (Paris, François Targa, 1627), de Gabriel Naudé ; Conseils pour former une Bibliothèque peu nombreuse mais choisie (Berlin, Ambr. Haude et J. C. Spener, 1746), de Johann-Heinrich-Samuel Formey ; Philobiblion (Spire, 1483), de Richard de Bury ; De la Bibliomanie (La Haie, 1761), de Louis Bollioud-Mermet ; Dictionnaire Bibliographique, ou Nouveau Manuel du Libraire et de l’Amateur de Livres (Paris, Ponthieu, 1824, 2 vol.), de Étienne Psaume ; Manuel du Libraire, du Bibliothécaire et de l’Homme de Lettres (Paris, Emler Frères, 1828), de Pierre Chaillot ; Mélanges tirés d’une petite bibliothéque [sic], ou Variétés littéraires et philosophiques (Paris, Crapelet, 1829), de Charles Nodier ; Mémoires d'un Bibliophile (Paris, E. Dentu, 1861), de Jean-Baptiste Tenant de Latour ; Voyages littéraires sur Les Quais de Paris. Lettres à un Bibliophile de Province (Paris, A. Durand, 1857), de Adolphe de Fontaine de Resbecq ; Ma République (Paris, Adolphe Delahays, s. d. [1861]), de P.-L. Jacob.


mercredi 22 avril 2026

Henri Ducup de Saint-Paul (1878-1958) et Les Liaisons dangereuses

 

Les Liaisons dangereuses de Stephen Frears (1988),
 avec Glenn Close, John Malkovich et Michelle Pfeiffer

La famille du Cup ou Ducup, dont les armes sont « D’azur à une bande d’or, accompagnée de deux étoiles d’argent », surmontées d’une couronne de marquis et supportées par deux lions, appartient à la noblesse du Languedoc et du Roussillon.


 

L’auteur de la branche à laquelle appartient Henri Ducup de Saint-Paul (1878-1958), fut Étienne Ducup, seigneur de La Bastide RougePeyre [Pennautier, Aude], entre la Montagne Noire et la cité historique de Carcassonne. Baptisé le 25 août 1586 en l’église Saint-Vincent de Carcassonne, il épousa Claire de Castaing le 5 octobre 1609 à Castelnaudary [Aude] et fut conseiller au présidial de Carcassonne.

Cité médiévale de Carcassonne


Son fils Jean Ducup, seigneur de Salvaza [3 km à l’ouest de Carcassonne], baptisé le 8 août 1621 en l’église Saint-Michel de Carcassonne, épousa, le 16 septembre 1641 en l’église Saint-Martin-de-Jaur de Saint-Pons-de-Thomières [Hérault], Marquise d’Augier, qui fut inhumée aux Cordeliers le 12 décembre 1680 à l’âge de 60 ans. Conseiller au présidial de Carcassonne, il mourut en cette ville le 2 août 1686.

Son petit-fils, Pierre-François Ducup, seigneur de Salvaza, né au mois de mars 1644, fut baptisé en l’église Saint-Michel de Carcassonne le 6 janvier 1646. Le 2 février 1672, il épousa Antoinette de Rivals qui mourut à l’âge de 30 ans environ le 26 décembre 1686 et qui fut inhumée le lendemain en l’église des Cordeliers ; le 17 février 1688, en l’église Saint-Vincent, il épousa Françoise de Massia qui mourut le 10 novembre 1717 et qui fut inhumée le lendemain en l’église des Cordeliers. Conseiller au présidial de Carcassonne, il mourut en cette ville le 29 janvier 1728 et fut inhumé le lendemain en l’église des Cordeliers.


 

Trois des fils de ce dernier, Joseph et Jean-Jacques, nés du premier lit, et Paul, né du second lit, furent les auteurs de trois rameaux.

L’auteur du troisième rameau, Paul Ducup, né à Carcassonne le 26 février 1689 et baptisé en l’église Saint-Vincent le 4 mars, eut en partage la seigneurie de Saint-Paul, située dans les environs de cette ville. Il épousa, le 16 février 1713 en l’église Saint-Michel, Marie-Jeanne de La Porte, fille d’un conseiller en la sénéchaussée de Carcassonne, qui mourut à l’âge de 58 ans le 8 décembre 1753 er qui fut inhumée le lendemain au cimetière de la paroisse Saint-Michel.

Fonts baptismaux de l'église Notre-Dame-de-la-Réal, à Perpignan

 

Son fils, Pierre-François Ducup de Saint-Paul, né à Carcassonne en 1714, capitaine au régiment de Boulonnais-Infanterie, vint se fixer à Perpignan [Pyrénées-Orientales] après le mariage qu’il contracta, en l’église Notre-Dame-de-la-Réal le 10 février 1746, avec Marguerite-Jeanne-Gertrude Maris, née à Perpignan le 4 août 1718 et baptisée en l’église Notre-Dame-de-la-Réal, veuve d’Albert de Collarès, avocat en la Cour. Il mourut à Perpignan le 18 février 1766, âgé de 51 ans, et fut inhumé le lendemain au milieu de la nef de l’église Notre-Dame-de-la-Réal. Sa veuve décéda à Perpignan le 5 brumaire An XI [27 octobre 1802].

 

Son fils aîné, Paul-François-Narcisse Ducup de Saint-Paul, né à Perpignan, marié le 24 janvier 1774 à Marie d’Esprer [Asprer], en l’église de Millas [Pyrénées-Orientales], est décédé veuf à Perpignan, 6 rue de la Vieille Intendance, le 13 novembre 1828, âgé de 82 ans.

Le 18 janvier 1775 est né à Perpignan Pierre-Antoine-Jacques-Marie-Raymond Ducup de Saint-Paul, qui fut baptisé le jour même en l’église Notre-Dame-de-la-Réal. Le 30 fructidor An XIII [17 septembre 1805], à Perpignan, il épousa Marie-Thérèse-Magdelaine-Joseph-Colette Lucia, née à Perpignan le 6 mars 1775. Il décéda à Port-Vendres [Pyrénées-Orientales] le 9 avril 1835. Sa veuve mourut le 29 septembre 1851, à Perpignan, en son domicile, rue de la Fusterie.

Leur fils, Paul Ducup de Saint-Paul, né à Perpignan le 15 janvier 1808 et décédé le 21 septembre 1854 à Bagnères-de-Bigorre [Hautes Pyrénées], à l’hôtel du Grand Soleil [hôtel de la Paix], rue de Tarbes [9 rue de la République], avait eu de Thérèse-Isabeau Baillot, née à Elne [Pyrénées-Orientales] le 11 messidor An XII [30 juin 1804], Victor-Charles-Paul Baillot, né à Perpignan, 10 rue des Écoles Vieilles, le 30 septembre 1841. 

Victor-Charles-Paul Baillot-Ducup de Saint-Paul


Élève à l’École Polytechnique en 1861, puis à l’École d’Application de l’artillerie et du génie en 1863, il fut autorisé, par jugement du tribunal civil de Perpignan en date du 3 avril 1867, à s’appeler Baillot-Ducup de Saint-Paul. 

Camille-Léonie-Madeleine Bardou


Il fit la campagne contre l’Allemagne en 1870-1871, épousa, le 11 avril 1877 à Perpignan, Camille-Léonie-Madeleine Bardou, née le 6 février 1858 à Perpignan, au moulin dit « del Fuster », fille d’un fabricant de papier à cigarettes, dit « papier JOB », qui lui fit construire, de 1890 à 1892, le château du parc Ducup. 



Chef d’escadron sous-directeur d’artillerie à Toulouse [Haute-Garonne], il prit sa retraite en 1891. Chevalier de la Légion d’honneur en 1870, officier en 1890, il mourut à Perpignan le 11 septembre 1909, route du Soler, parc Ducup, et fut inhumé au cimetière Saint-Martin. 

Tombe de Victor-Charles-Paul Baillot-Ducup de Saint-Paul
Cimetière Saint-Martin, à Perpignan

Sa veuve, Camille Bardou, mourut à Perpignan le 3 mars 1934. Sa mère, Thérèse-Isabeau Baillot, était décédée à Perpignan, 17 rue du Pressoir, le 17 avril 1895.


 

Léon-Pierre-Henri Ducup de Saint-Paul est né le 23 novembre 1878, avenue de la Croix Morel [avenue de la Grande-Bretagne], maison Lamothe, à Clermont-Ferrand [Puy-de-Dôme], où son père était alors capitaine au 36e d’artillerie. Juge suppléant au tribunal de première instance de Lille [Nord], il épousa, le 14 janvier 1908 à Paris [XVIIe], Maria del Carmen-Victoria Suquet, fille de médecin, née le 6 juin 1888 à Épinay-sur-Seine [Seine-Saint-Denis], 8 avenue de Paris, qui mourut à Perpignan le 5 avril 1986. Devenu substitut du procureur de la République à Foix [Ariège], il y décéda le 16 décembre 1958.

Henri Ducup de Saint-Paul est l’auteur d’un « Essai bibliographique sur les deux véritables éditions originales des “ Liaisons dangereuses ” de Choderlos de Laclos et sur d’autres éditions françaises intéressantes de ce roman », publié dans le Bulletin du Bibliophile et du Bibliothécaire du 1er décembre 1927 (p. 536-543) et des 1er janvier (p. 17-32), 1er février (p. 63-87) et 1er mars 1928 (p. 111-134). Le résultat de ses recherches coïncide précisément avec ceux obtenus antérieurement par Rémy et Jean de Gourmont, Arthur Symons, Adolphe Van Bever, Édouard Champion, Fernand Caussy et autres, dont les études ont paru soit dans des articles de revues, soit comme accompagnant d’autres ouvrages du même auteur ou certaines éditions critiques modernes du roman, notamment l’édition publiée en 1903 par la Société du Mercure de France et celle publiée en 1919 par Les Maîtres du Livre, de Georges Crès et Cie.

 

Max Brun

Ingénieur des Arts et Manufactures, Max Brun (1910-1974) a complété les recherches de Ducup de Saint-Paul dans sa « Contribution bibliographique à l’étude des éditions des Liaisons dangereuses portant le millésime 1782 » (Bulletin du Bibliophile et du Bibliothécaire, 1958, p. 49 et 1961, p. 44) et dans sa « Bibliographie des éditions des Liaisons dangereuses portant le millésime 1782 » (Le Livre et l’Estampe, 1963, n° 33, p. 5-64).

Le 23 mars 1782, paraissait pour la 1re fois à Paris chez Pierre-Étienne-Germain Durand (1728-179 ?), dit « Durand Neveu », libraire rue Galande, à la Sagesse, en quatre volumes in-12, un roman écrit sous la forme épistolaire ayant pour titre Les Liaisons dangereuses, ou Lettres Recueillies dans une Société, & publiées pour l’instruction de quelques autres. L’auteur signait son nom des lettres C….. de L…, initiales du nom de Pierre Choderlos de Laclos (1741-1803), alors capitaine de bombardier. C’est cette édition qui constitua la version originale princeps du livre, qui eut tout de suite un très grand succès.

Le contrat d’édition avait été passé le 16 mars 1782, et la vente fut si rapide que les 2.000 exemplaires constituant ce premier tirage furent épuisés dès le 1er mai suivant.

Entre temps, le 21 avril 1782, Choderlos de Laclos avait consenti à une seconde édition aux mêmes conditions que la première : tirée également à 2.000 exemplaires, elle constitua la seconde version originale du roman.

Ces deux éditions furent les seules que l’auteur reconnut avoir faites. Elles sont devenues aussi rares l’une que l’autre et sont très recherchées. Aussi importe-t-il de ne pas les confondre avec des réimpressions et des contrefaçons aussi nombreuses que défectueuses, qui trompent à plaisir amateurs et libraires par leur format in-12, leur date de 1782, le nom de l’éditeur Durand Neveu et l’adresse à Amsterdam et Paris.

Seize éditions différentes parurent à la date de 1782.

Seules onze portent au titre « Et se trouve à PARIS, Chez DURAND Neveu, Libraire, à la Sagesse, rue Galande ».



Une douzième semble inconnue des bibliographes :  

Première partie

Titre : « & » termine la 5e ligne ; « C (7 points) de L (5 points) » ; citation de Rousseau entre deux filets constitués de deux traits dont les extrémités sont terminées par de petites demi-lunes suivies d’un point ; le fleuron représente une lampe.

Avertissement de l’éditeur, de la page i non chiffrée à la page iv chiffrée : en haut de la page i, un filet composé de trois traits avec, au milieu, un motif de style rocaille et, à chaque extrémité, un croisillon suivi d’un point ; cul-de-lampe page iv.

Préface du rédacteur, de la page v non chiffrée à la page xij chiffrée : bandeau rectangulaire page v non chiffrée ; cul-de-lampe page xij.

Texte, de la page 1 non chiffrée à la page 177 chiffrée : bandeau rectangulaire page 1 non chiffrée ; la dernière lettre, « Lettre L », est datée page 177 « De…… ce 1er. Septembre 17** ».

Toutes ces versions annoncées à tort comme éditions originales se distinguent entre elles et des deux originales vraies, par des différences typographiques dans les caractères et dans les fleurons, qui varient non seulement d’édition à édition, mais encore, dans une même édition, de volume à volume. Elles se copient et se contrefont entre elles les unes et les autres, se différenciant encore par de nouvelles fautes de texte ou des changements dans la pagination que les catalogues ne mentionnent que très rarement.

Les éditions datées de la même année 1782, mais signées d’un nom autre que celui de Durand Neveu, et d’un format différent de l’in-12, ne sont pas des originales.

Parmi les éditions in-12, parues en 1782 à Amsterdam et à Paris chez Durand Neveu :



1° Celle qui contient un feuillet d’errata constitue le premier tirage de l’édition originale [Édition « A » de Max Brun].



2° Celle qui, tout en ayant le même nombre de pages que la précédente et qui est imprimée avec les mêmes caractères contient, suivant les indications portées à l’errata de la première et aux mêmes endroits, les mêmes passages mais corrigés. Elle constitue le deuxième tirage de l’édition originale [Édition « B » de Max Brun].

Les éditions « A » et « B » sont les seules légitimes, publiées par Durand Neveu, avec l’accord de l’auteur.

La seconde version originale du roman a été identifiée par Gérard Willemetz, conservateur à la Bibliothèque nationale, sur l’unique exemplaire alors connu, acheté à Camille Bloch en 1928 : « La véritable deuxième édition originale des Liaisons dangereuses » (Bulletin du Bibliophile et du Bibliothécaire 1957, n° 2, p. 45-52). 



Jusque-là, Ducup de Saint-Paul considérait comme étant la deuxième édition originale celle qu’on nomme aujourd’hui « édition à la roue dentée » [Édition « C » de Max Brun].

 

 

 

 

mercredi 1 avril 2026

Les Bibliophiles. Essai de typologie raisonnée, par Jean-Paul Fontaine. Paris, L'Hexaèdre, 2026.



 

Remy Bellenger, l'éditeur. Château-Thierry [Aisne], 27 mars 2026





In-8, 506 p., front., 6 pl. h.-t.


In-8, 32 p., 26 pl.


Marque-pages


L'Hexaèdre, éditeur
info@hexaedre.fr




























lundi 2 mars 2026

Ernest Chapuis (1853-1931), dit « le Bibliophile Gaudot »

 


D’une famille originaire de Recologne [Doubs], Ernest-Albert Chapuis est né à Besançon [Doubs], 24 rue Fortuney, le 27 octobre 1853.


Château de Recologne

Son père, Jean-César Chapuis, horloger, était né à Recologne le 3 janvier 1832, avait épousé à Beaufort [Jura], le 5 octobre 1852, Marie-Eulalie Jeantelet, née à Beaufort le 25 décembre 1832 et décédée à Besançon le 24 juin 1857. Il épousa en secondes noces, à Beaufort, le 14 septembre 1858, sa belle-sœur Éléonore-Célestine Jeantelet, née à Beaufort le 12 mai 1830.

Son grand-père, Ignace Chapuis, jardinier, était né à Recologne le 5 août 1807, avait épousé à Lons-le-Saunier [Jura] le 26 août 1830 Claudinette Euvrard, née à Sauvagney [Doubs] le 7 thermidor An IV [25 juillet 1796], et était mort à Besançon le 22 août 1852.

Son arrière-grand-père, Basile Chapuis, manouvrier, était né le 2 décembre 1778 à Recologne, y avait épousé, le 15 brumaire An XIV [6 novembre 1805], Rose Simon, née à Recologne le 18 avril 1785, et y mourut le 3 juin 1845 ; sa veuve mourut à Besançon le 29 avril 1865.

Son quadrisaïeul, Nicola-Adrien Chapuis, manouvrier, était né le 5 mars 1749 à Recologne, où s’étaient mariés ses parents, Claude Chapuis et Anne-Claude Baussain, le 11 février 1738, où il s’était lui-même marié le 8 février 1774, avec Jeanne Fillon, née le 22 février 1747 à Recologne, où elle mourut le 9 ventôse An IX [28 février 1801], et où il mourut le 10 janvier 1822.


 

Ernest Chapuis fut élevé à l’Institution Notre-Dame Saint-Jean et débuta chez Alphonse Collardeau comme clerc de notaire, avant d’entrer dans les bureaux de la mairie de Besançon. Il demeurait 9 rue des Boucheries. Devenu chef de bureau, il épousa, le 24 mars 1884 à Besançon, Appoline-Estelle Cuénot, lingère, née le 21 janvier 1849 à Orchamps-Vennes [Doubs].

Passionné pour l’histoire et la littérature, fervent d’Alfred de Musset et surtout de Balzac, il monta à Paris, avec sa bibliothèque franc-comtoise d’une centaine d’ouvrages. Ses premières oeuvres publiées dans l’Annuaire du Jura et dans le Journal du Dimanche furent recueillies dans Récits et Légendes de Franche-Comté (Saint-Claude, Enard, 1885).

Il devint membre de la Société bibliographique et, à partir de juillet 1886, gérant et secrétaire de la rédaction du Polybiblion – Revue bibliographique universelle, où il écrivit sous son nom ou sous les pseudonymes de « E.-C. La Grette », « Sequando II » et « E.-C. Gaudot ». Il s’occupa de la Revue des questions historiques, fut le principal rédacteur de l’Almanach du bon Français et collabora à divers journaux ou recueils parisiens ou provinciaux.


Le Bibliophile Gaudot, Bisontin, orgiaquant sur les quais de Paris (juillet 1898)


Il a publié encore : Les Collectionneurs et l’ « Armorial du Bibliophile », in Les Annales franc-comtoises (Besançon, novembre-décembre 1891), « Rouget de Lisle et l’hymne national », in Les Annales franc-comtoises (Besançon, septembre-octobre 1892), Trois légendes jurassiennes (Paris, Lamulle et Poisson, 1892), « Deux généraux barons de l’Empire à Besançon et en Franche-Comté », in Les Annales franc-comtoises (Besançon, juillet-août 1893), « La Franche-Comté comique - Voyage de Tiénon-Zaza à Paris », in Les Annales franc-comtoises (Besançon, novembre-décembre 1893), « Une évasion du fort de Joux (1805) », in Les Annales franc-comtoises (Besançon, mars-avril 1894), « Un Franc-Comtois malgré lui, Victor Hugo », in Les Annales franc-comtoises (Besançon, novembre-décembre 1894), « Pasteur entrevu dans l’image », in Les Annales franc-comtoises (Besançon, novembre-décembre 1895), « La Franche-Comté tintamaresque - Dey d’Alger ? », in La Vérité (Paris, 15 février 1897), « Pasteur, d’après un livre récent », in Les Annales franc-comtoises (Besançon, septembre 1901).

Membre de l’Association des Journalistes parisiens depuis 1897, il fut élu membre correspondant de l’Académie des sciences, belles-lettres et arts de Besançon en 1907.

Malade depuis deux mois, il mourut le 22 mars 1931 à Chaville [Hauts-de-Seine], 69 rue de Jouy. Sa veuve lui survécut jusqu’au 4 février 1941.

Il avait réuni une bibliothèque considérable sur la Franche-Comté : environ 6.000 volumes ou brochures, 20.000 gravures et 600 cartes géographiques.

« Quant à sa bibliothèque générale, indépendamment des choses comtoises, elle renferme près de trois mille volumes traitant de littérature, de critique (Sainte-Beuve, Pontmartin, etc.), d’histoire générale, de bibliographie et de sujets originaux et curieux.

[…] les livres illustrés sont légion, un certain nombre remontent aux XVIIe et XVIIIe siècles. Toutes les Revues comtoises sont là, ainsi que les Mémoires des sociétés savantes et les annuaires départementaux.

Les monographies locales et les biographies sont rangées par ordre alphabétique sur les rayons. Les romans comtois, les poésies, ainsi que la géographie et les voyages ont leur coin spécial. J’ai même remarqué au-dessus d’un meuble ancien des cartons placés sur champ et refermant, sous des rubriques particulières, une foule de brochures ayant trait à des sujets suggestifs et variés. Je vous en donnerai un aperçu par les titres suivants : Alésia, Horlogerie, Industrie laitière, Guerres du XVe siècle, Guerres du XVIIIe siècle, Folklore, Chemins de fer, Voies navigables, Procès politiques, Procès criminels, Mœurs, usages et coutumes, Hydrologie et spéléologie, Archéologie, etc. »

(Charles Léger. Figures franc-comtoises. Paris, C. Boutet, 1913, p. 48-49)



                                            © Bibliothèque municipale de Besançon, EST.FC.P.219


Son ex-libris [74 x 67 mm], gravé par Adolphe Lalauze, est un ex-libris parlant, inspiré d’un jeu de mots sur son patronyme : un chat tirant d’un puits des livres franc-comtois [Boyvin, D. Monnier, Annales franc-comtoises, Ed. Clerc, Gollut, Dunod, Chifflet, Castan, Besson, Marmier], avec, sur les pages d’un livre ouvert, la mention « EX LIBRIS ERNEST CHAPUIS » ; dissimulée au regard du chat par la margelle du puits, une souris grimpe parmi les volumes. Un second état de cet ex-libris fut reproduit par la lithographie.

 

 

























 

 

 

 

 

 

 

 

 


 








mercredi 24 décembre 2025

A paraître en 2026


 


L'édition d'un livre est un travail de longue haleine ...
Couverture et titre probablement définitifs :