L’excellent article de Jean-Paul
Fontaine sur M. de Sénicourt m’a conduit à visionner à nouveau un certain
nombre d’ouvrages que j’avais consultés à la bibliothèque Méjanes à
Aix-en-Provence, à la BnF ou encore lors de ventes aux enchères.
Et progressivement je me suis
aperçu que M. de Sénicourt père semblait avoir beaucoup d’affinités avec les
reliures dites « archaïsantes ».
Pour les bibliophiles qui ne
connaitraient pas ces reliures, je conseille la lecture du catalogue
d’exposition : Reliures françaises du XVIIe siècle : chefs-d’œuvre
du Musée Condé : grands décors (1615-1665) et reliures pour les curieux
(1690-1710) : [exposition au Musée Condé du 24 avril au 23 septembre 2002]
/ Isabelle de Conihout et Pascal Ract-Madoux - préf. de Jean Viardot.
Le grand mérite de cette
exposition est d’avoir mis en lumière différentes séries de reliures (dix sont
décrites mais j’en ai trouvé plus de quinze types), véritables pastiches de
reliures du XVIIe pour certaines, et dont les premiers propriétaires
sont appelés « les grands curieux ».
Ce travail de défrichage, après
des siècles d’approximations et d’erreurs dans les descriptions, est
remarquable. Cependant, je n’en partage pas du tout les conclusions, mais c’est
un autre sujet…
L’objet de ce modeste complément
est d’illustrer la bibliothèque de M. de Sénicourt père par ses véritables
exemplaires, ce qui peut être intéressant étant donné que celui-ci ne possédait
pas d’ex-libris.
Je crois que l’on retrouve deux
titres qui ont été donnés par Jean-Paul Fontaine dans sa description des
titres.
En espérant vous faire rêver
un peu…
Bibliothèque Méjanes,
à Aix-en-Provence
Commençons
par deux exemplaires qui ont appartenu de façon certaine à M. de Sénicourt,
puisque le Marquis de Méjanes a marqué à la plume où il les avait achetés et à
quel prix.
C’est
une pratique assez commune de ce grand collectionneur mais elle n’est pas
systématique.
Pour
chaque ouvrage, vous trouverez :
- le
numéro du lot de la vente de Sénicourt de 1766 avec le prix d'adjudication
- la
reliure (dos et plat)
- la
page de titre
- éventuellement une note
manuscrite sur une page de garde qui éclaire le sujet
Bibliothèque Méjanes C. 5645
Ex-libris manuscrit de Duvivier
en bas de la page de titre.
La reliure n’est pas à
proprement parlé une reliure archaïsante mais, outre le fait qu’elle ait
appartenu à Duvivier, on retrouve des exemplaires du même train de reliures sur
des textes de facéties, cette fois-ci avec des fameux écussons datés.
Ici un Rabelais in-8 de 1558
dont la reproduction est issue du catalogue de la librairie Sourget 1998,
n° XVII, lot n° 53 (qui n’a pas l’ex-libris manuscrit de Duvivier) :
Le deuxième ouvrage est un grand
classique des bibliothèques du XVIIIe siècle, sur une reliure
« au feuillage » extrêmement élégante.
La page du catalogue Sénicourt
n’est malheureusement pas disponible sur le catalogue en ligne sur HathiTrust
ou Internet Archive.
Bibliothèque Méjanes RES.
D. 0501
Aucun ex-libris de « grand
curieux ».
Puis des exemplaires qui
viennent de façon quasi certaine de la bibliothèque de Sénicourt :
Tout d’abord une reliure doublée
vraiment exquise avec sur les plats une roulette dite « à la
Vieuville ».
Bibliothèque Méjanes RES. S.177
Aucun ex-libris de « grand
curieux ».
On retrouve les « 5 #2 »
inscrits sur une page de garde vraisemblablement par le Marquis de
Méjanes :
Puis une reliure « au grand
W » :
Bibliothèque Méjanes RES.
D. 425
Ex-libris de Leriche sur la page
de titre. Notons que l’ex-libris a laissé son empreinte sur la feuille blanche
en face, preuve que l’ex-libris a été inscrit rapidement et ce, après l’exécution
de la reliure.
Une reliure qui a été frappée de
l’écusson « JUILLET 1696 » dans un premier temps, puis
complétée par un décor « Louis XIII et Anne d’Autriche sans
chiffres » (le prix à l’époque fait rêver…) :
Bibliothèque Méjanes RES. D.
0494
Ex-libris de Leriche et Duvivier
sur la page de titre. Là encore la marque en face sur la page blanche pour
l’ex-libris de Leriche, ce qui signifie que l’exlibris a été inscrit après
l’exécution de la reliure.
Une reliure avec un décor
« Louis XIII et Anne d’Autriche sans chiffres ».
On remarquera que le corps de la
reliure est d’une moindre qualité, ce qui me pousse à penser que les reliures
n’ont pas été réalisées systématiquement par le même atelier contrairement à la
dorure.
Bibliothèque Méjanes RES. D.
4898
Aucun ex-libris de « grand
curieux ».
Une autre reliure « au
grand W » : contrairement à ce qui est avancé, sans aucune preuve, ces
reliures n’ont rien à voir avec le Duc de Sully ou La Vieuville.
Bibliothèque Méjanes RES. D.
0498
Ex-libris de Leriche toujours
avec la décharge.
Et enfin, une reliure banale
j’allais dire, mais avec la signature de Duvivier :
Bibliothèque Méjanes G. 2758
Ex-libris de Duvivier.
Bibliothèque Nationale de France
La rareté de l’édition et/ou les
codes de libraire font que très certainement, ces deux reliures sont issues
également de la bibliothèque de Sénicourt père.
Une première reliure « aux
antiquités gauloises » :
BnF RES FOL-O2F-22
Aucun ex-libris de « grand
curieux ».
et une seconde reliure avec un décor assez curieux, avec le soleil central symbolisant Louis XIV le Roi Soleil
BnF RES J-846
Aucun ex-libris de « grand
curieux ».
Le prix d’achat de 36 livres a
été mis sous forme de code en haut à gauche de la première page de garde.
Diverses sources
Bien qu’il n’y ait pas
d’indication formelle, d’autres reliures viennent peut-être de la même
bibliothèque.
Ces titres ne sont pas courants
et la couleur du maroquin peut donner une indication favorable.
Un superbe exemplaire, qui
provient de façon quasi certaine de la bibliothèque Sénicourt père !
On a tout fait pour faire croire
qu’il venait de la bibliothèque de Louis XIV.
Si quelqu’un a une idée de
l’ex-libris raturé, il peut me contacter.
Cela ne m’étonnerait pas qu’il
s’agisse d’un amateur dont la bibliothèque a été vendue vers 1706.
Bibliothèque Condé, à Chantilly
VI-I-003
Aucun ex-libris de « grand
curieux ».
Une reliure au décor
« Louis XIII et Anne d’Autriche avec chiffres » :
British Library C 7075
Aucun ex-libris de « grand
curieux ».
Une reliure avec un décor
reprenant les attributs de la famille de Maintenon avec des lions (on a
longtemps pensé que ces ouvrages provenaient de la bibliothèque de Madame de
Maintenon) :
Musée du Petit Palais,
Collection Dutuit 530
Ex-libris de Leriche.
A l’origine c’était une reliure
bleue, décolorée en vert avec le temps.
Une reliure au « petit
W » :
Vente Gicquello-Binoche du 8
juillet 2020, lot n° 150
Aucun ex-libris de « grand
curieux ».
Une autre reliure de la même série au « petit W » :
Aucun ex-libris de « grand
curieux » à priori.
Une reliure avec l’écusson de
« MARS 1696 » :
Vente Drouot du 07 novembre 2014, lot n° 137
Aucun ex-libris de « grand
curieux » à priori.
Une autre au décor « Louis XIII
et Anne d’Autriche », mais sans chiffres :
Vente Gicquello, « Une
bibliothèque Toulousaine », 16/10/2026, lot 82
Aucun ex-libris de « grand
curieux » à priori.
Et enfin deux exemplaires dont
l’emplacement actuel est inconnu.
Mais si quelqu’un a une piste,
l’information serait formidable !
L’exemplaire a figuré dans
Quentin-Bauchart comme étant un décor avec les chiffres d’Anne d’Autriche
(certaines séries de reliures « archaïsantes » n’ont que les chiffres
d’Anne d’Autriche).
Jacques-Charles Brunet (vente
1868, lot n°,275).
Figure au catalogue de la vente
Ganay de 1881, lot n°,184.
A priori, avec l’ex-libris de
Leriche.
Il y en a très certainement
d’autres, dont certaines ne sont pas répertoriées.
Je pense notamment à des titres
qui pourraient tout à fait correspondre avec l’esprit de ces trains de reliures
:





































































