jeudi 21 mai 2026

La Bibliothèque du comte d’Antioche

Thonon-les-Bains au XVIIIe siècle

Henri de Poitiers (1210-1276), prince d’Antioche, ayant épousé en 1233 Isabelle de Chypre, dernière héritière de la maison de Lusignan, eut de cette alliance un fils, qui monta sur le trône de Chypre et prit le nom et les armes de Lusignan. 


Anne de Lusignan et Louis Ier de Savoie

Sa postérité régna à Chypre jusqu’à Anne de Lusignan (1418-1462), qui épousa Louis Ier (1413-1465), duc de Savoie, à Chambéry [Savoie] en 1434.

Le nom d’Antioche s’éteignit avec Pierre d’Antioche, qui avait suivi sa parente Anne de Lusignan en Savoie et qui mourut sans enfant en 1522. 



Château de Nernier avant réfection de la toiture et en 2024

Il avait testé en faveur de François de Saint-Jeoire († 1552), fils de son cousin germain, qui releva le nom d’Antioche et dont la fille, Percevaude de Saint-Jeoire († 1604), héritière du château de Nernier [Haute-Savoie], fut mariée en 1569 à Charles de Brotty († 1586), fils de Louis de Brotty, gouverneur du château de Ripaille [Thonon-les-Bains, Haute-Savoie].


Château de Ripaille avant les travaux sur la façade

La substitution avait été renouvelée en 1552 en faveur des descendants de François de Saint-Jeoire par acte qu’il avait signé et que répéta en 1571 son fils Jean-Jacques de Saint-Jeoire, qui demeura célibataire et transmit le nom d’Antioche aux enfants de sa sœur et de Charles de Brotty.

En 1588, les lettres patentes du duc de Savoie, entérinées au souverain sénat de Savoie en 1608, confirmèrent solennellement cette substitution en continuant à la maison de Brotty le nom et les armes de la maison d’Antioche.


 

Armes des Brotty

Armes d'Antioche

Les Brotty, originaires de Concise [hameau de Thonon], portaient « De gueules à trois sautoirs d’argent », armes qui furent remplacées par celles de l’ancienne maison d’Antioche : « De gueules, à une fasce d’or, accompagnée en chef de trois fleurs de lys de même ». 


Palais d'Antioche à Thonon

Au XVIIIe siècle, ils possédaient un château à Thonon, rue Vallon, démoli en 1967.

 

 Château de Thuyset

Maurice de Brotty, coseigneur de Nernier, capitaine aux gardes du prince Thomas, puis colonel d’un régiment de chevau-légers, épousa en 1618 Claudine-Gabrielle de Laudes de la Veillane, puis le 19 janvier 1632, dans la chapelle du château de Thuyset à Thonon, Marguerite du Nant de Grilly, veuve de Prosper de Thorens, qui fut inhumée à Thonon le 23 octobre 1648. Il fut inhumé à Thonon le 24 octobre 1648.

 Melchior-Maurice de Brotty, coseigneur de Nernier, épousa Louise-Françoise de Louÿs de Bonnevaux et fut inhumé à Thonon le 24 octobre 1700.

Jacques de Brotty fut le premier qui ajouta le nom « d’Antioche » au sien. Coseigneur de Nernier et Messery [Haute-Savoie], des rentes de Neuvecelle [Haute-Savoie] et de Bellegarde-sur-Valserine [Ain], colonel des quatre compagnies bourgeoises de la ville de Thonon, il y épousa, le 14 février 1700, Pierrette-Jacqueline de Compois, qui fut inhumée dans la même ville le 6 mars 1706. Il décéda à Thonon le 29 octobre 1748.

Joseph-François-Philippe de Brotty, coseigneur de Nernier, épousa Louise-Marie de Malivert de Conflans [Albertville, Savoie], née à Vieu [Ain] le 6 juin 1726, qui fut inhumée le 13 février 1754 à Thonon. Il mourut le 7 août 1751.

François-Gaspard de Brotty, premier comte de Brotty d’Antioche, mousquetaire dans la 2e compagnie de la garde ordinaire du roi de France, chevalier de l’Ordre des Saints Maurice et Lazare, né le 20 juin 1750 à Thonon, épousa le 17 janvier 1778 à Cruseilles [Haute-Savoie] Louise-Françoise-Adélaïde de Roget de Fesson, née à Bonneville [Haute-Savoie] le 23 novembre 1759 et décédée à Thonon le 26 mars 1786 et inhumée le surlendemain en la chapelle de l’église Saint-Jacques. Il mourut à Thonon le 5 janvier 1826.

 

Gaspard-Ferdinand de Brotty, comte de Brotty d’Antioche, chevalier de l’Ordre des Saints Maurice et Lazare, capitaine au régiment de Savoie, gentilhomme de la chambre du Roi, est né à Thonon le 26 octobre 1783. 


Cimetière de Nernier

Il épousa à Lyon, le 20 avril 1807, Françoise-Joséphine de Musy, née le 17 novembre 1786 à Couches [Saône-et-Loire] et décédée à Nernier le 18 octobre 1840. Il mourut à Thonon le 28 mars 1852.

 

Alphonse de Brotty d'Antioche

Charles-François-Alphonse de Brotty, comte de Brotty d’Antioche, est né à Thonon le 18 juillet 1813. Après des études à Turin [Italie], il devint ministre plénipotentiaire et ambassadeur extraordinaire du royaume de Savoie-Sardaigne à Naples [Italie], Lausanne [Suisse], Vienne, Bruxelles et Madrid. 


Thérèse de Hamal

Il épousa à Paris, où il habitait alors à l’hôtel de l’ambassade de Sardaigne, rue Saint-Dominique [VIIe], le 11 mai 1848, Ferdinande-Thérèse-Adilie de Hamal de Vierves [Vierves-sur-Viroin, Belgique], née à Sovet [Ciney, Belgique] le 29 mai 1827, qui demeurait alors à Paris, 3 rue de la Chaise. À l’annexion de 1860, il opta pour la France. 


Château de Selore

Commandeur de l’Ordre des Saints Maurice et Lazare, demeurant au château de Selore, à Saint-Yan [Saône-et-Loire], il mourut à Évian-les-Bains [Haute-Savoie], maison Schaeffler, le 16 août 1882. Sa veuve décéda à Saint-Yan le 14 janvier 1893.

 

Adhémar de Brotty d'Antioche
Par Félix de Chaumont Quitry (1852-1925)

Marie-Ferdinand-François-Adhémar de Brotty, comte de Brotty d’Antioche, est né à Bruxelles, 8 rue Montagne aux Herbes Potagères, le 9 novembre 1849. Il fit ses études à Paris, au Collège Stanislas, rue Notre-Dame-des-Champs [VIe], et passa ensuite une année à Arcueil [Val-de-Marne], au Collège Albert-le-Grand. Promu capitaine pendant la campagne de 1870, il fut blessé au cours d’une reconnaissance aux environs de Dijon [Côte-d’Or] en poursuivant un uhlan prussien. Le souvenir douloureux de la défaite de 1871 avait laissé en lui une empreinte ineffaçable. Aussi le vit-on partir à Bar-le-Duc [Meuse], malgré ses 64 ans, le 1er août 1914 comme capitaine a !’état- major du 6e corps d’armée. Affecté au 21e Dragons et envoyé à Noyon [Oise], son régiment quitta cette ville au moment de la retraite, quelques heures seulement avant l’arrivée des Allemands. Le 21e Dragons tint alors garnison à Saumur [Maine-et-Loire], et c’est là, en janvier 1916, que la limite d’âge rendit le comte d’Antioche à la vie civile.  

Secrétaire d’ambassade, il avait épousé à Saint-Yan, le 9 septembre 1884, Marie-Marguerite de Talleyrand-Périgord, née à Berlin le 22 mai 1863. Décédée à Paris, 18 rue Vaneau [VIIe], le 2 septembre 1890, son corps, qui fut déposé le lendemain dans les caveaux de Saint-François-Xavier, en fut extrait le 17 novembre pour être dirigé par la gare de Lyon sur Nernier, où il fut inhumé le 20 novembre. Lauréat de l’Institut, vice-président de la Société d’Histoire diplomatique et membre de la Société d’Histoire de France, de l’Académie chablaisienne et de diverses sociétés savantes, il avait publié un livre documenté sur le général Changarnier. Il s’est éteint brusquement le 1er octobre 1918, au château de Selore, laissant une fille unique, Simone de Brotty (1890-1922). Il était chevalier de la Légion d’honneur depuis 1901.

Après la vente du château de Nernier, son dernier propriétaire, Dominique de Leusse de Syon, avocat parisien, fit vendre le mobilier et les objets d’art du château, les 23 et 24 septembre 2024, à l’Hôtel Drouot : la vente rapporta 1.083.417 €.


Bibliothèque du château de Nernier

Les 50 lots de la bibliothèque, qui contenait plus de 3.200 volumes, furent vendus le 23 septembre, salle 4. 




Le comte d’Antioche utilisait deux ex-libris héraldiques : l’un d’eux porte la devise « NESCIT LABES VIRTUS » [La vertu ignore la souillure].

1.     Capitoli di dogana. Turin, Giovanni Battista Valetta, 1721, in-fol., parchemin rigide, dos muet. Recueil de mesures fiscales prises par le duc de Savoie Victor-Amédée II. 845 €



2.     Francisco-Maria Ferrerro. Augustæ regiæque Sabaudæ domus arbor gentilitia. Turin, Johannis Baptistæ Zappatæ, 1702, ill., in-fol., demi-veau fauve, dos orné. Généalogie de la maison de Savoie. 1.039 €



3.     Antoine Arnauld. Le Magnifique Triomphe de Saint François de Sales. Paris, Gilles Tompere, 1680, portr., in-8, mar. tabac, double filet à froid, dos à nerfs, tr. dor. 910 €



4.     Saint François de Sales. Pièce autographe signée. Annecy, 11 juin 1621, in-fol., encadrée. 3.331 €



5.     Saint François de Sales. Lettre autographe. S. l., s. d., in-4, encadrée. 3.460 €



6.     Samuel Guichenon. Histoire généalogique de la royale maison de Savoie. Turin, Jean-Michel Briolo, 1778-1780, 4 vol. in-fol. sur 5, ill., demi-basane fauve à coins, dos à nerfs, tr. rouges. Ex-libris. 1.299 €



7.     Alexandre Jolly. Compilation des anciens édits des princes de la royale maison de Savoye. Chambéry, Estienne Riondet, 1679, in-fol., parchemin rigide, dos à nerfs. 910 €



8.     Charles-Auguste de Sales. Le Pourpris historique de la maison de Sales de Thorenc en Genevois. Annessy, Jacques Clerc, 1679, in-fol., parchemin semi-rigide. 2.819 €



9.     Æneas Anderson. Relation de l’ambassade du lord Macartney à la Chine. Paris, Denné jeune, An VI-1797, in-8, portr., basane brune, dos à nerfs, double filet encadrant les plats, tr. mouchetées. Joint : François Levaillant. Voyage dans l’intérieur de l’Afrique. Paris, Leroy, 1790, 2 vol. in-8, pl., basane brune. 845 €



10.  Catalogue des Livres de M. Larcher. Paris, 1738, manuscrit in-fol., veau brun, dos à nerfs, triple filet doré encadrant les plats, aux armes de Michel Larcher (1714-1772), marquis d’Arcy, conseiller au Parlement de Paris. Contient la bibliothèque de Michel Larcher, les ouvrages acquis par son fils, Michel-François-Louis Larcher (1754-1804) et ceux acquis par Alphonse-Charles de Brotty (1813-1882), comte d’Antioche, conservés alors au château de Selore. Ex-libris. 4.485 €



11.  Nicolas Sanson. L’Europe. Paris, Pierre Mariette, v. 1660, in-4, pl., veau brun, dos à nerfs. Ex-libris. 650 €



12.  Eugénie de Guérin. Reliquiæ. Caen, A. Hardel, 1855, in-16, parchemin rigide, dos lisse, filets dorés cloisonnant le dos et encadrant les plats. Exemplaire de Jules Barbey d’Aurevilly, avec ses initiales dorées dans un médaillon au centre du plat supérieur. Un des 50 ex. sur Hollande, hors commerce. Ex-libris. 4.485 €




13.  Abraham Bosse. Manière universelle De MR. Desargues pour praticquer la Perspective par petit pied Comme le Geometral. Paris, Pierre Des-Hayes, 1647, pl. Moyen universel de pratiquer la perspective sur les tableaux, ou Surfaces Irrégulières. Paris, Bosse, 1669, pl. Deux ouvrages reliés en un vol. in-8, veau fauve glacé, dos lisse avec armes de la famille Larcher, triple filet doré encadrant les plats avec fleurons d’angle. 1.153 €



14.  Terriers des seigneuries de Selore, La Brosse et Puthière. Manuscrits, 2 vol. in-fol., parchemin rigide. Ex-libris. 1.409 €



15.  Terriers de la seigneurie d’Arcy. Manuscrits, 2 vol. in-fol., basane brune. Livre des domestiques de MR. Le MQUIS. D’Arcy. Manuscrit, parchemin rigide. Livre de comptes de la marquise douairière d’Arcy. Manuscrit in-fol., basane brune. Ex-libris. 705 €



16.  Généalogie de la maison de Larcher et ses alliances, par Jacques Chevillard, historiographe de France et généalogiste du Roi, novembre 1716. Panneau mural manuscrit, papier sur toile [2,14 x 2,93 m]. 4.869 €



17.  Documents historiques et divers. Environ 60 lettres et pièces conservées dans un portefeuille de maroquin bordeaux aux armes des comtes d’Antioche et environ 160 photographies conservées dans 5 albums reliés. 1.794 €



18.  François Robichon de La Guérinière. Ecole de cavalerie ; contenant la connoissance, l’instruction et la conservation du cheval. Paris, la Compagnie, 1756, 2 vol. in-8, 36 pl., rel. usagée. Ex-libris. 769 €



19.  Charles-Joseph de Ligne. Coup-d’œil sur Belœil et sur une grande partie des jardins de l’Europe. Belœil, et se trouve à Bruxelles chez F. Hayez, 1786, in-8, veau glacé bordeaux, dos à nerfs cloisonné et fleuronné, plats encadrés de filets dorés et motifs végétaux et animaliers dorés, aux armes de Brotty d’Antioche, tête dorée. Ex-libris. 2.435 €



20. Paullo Leardi. In funere Ludovici XVI. Romæ, Lazarinos, 1793, in-4, ill., veau brun, dos lisse orné d’une roulette dorée entre filets dorés, large encadrement doré sur les plats, coupes ornées, tranches dorées. 1.025 €



21.  Mémoires du maréchal Marmont, duc de Raguse. Paris, Perrotin, 1856-1857, 9 vol. in-8, ill., demi-basane bleue, dos lisses filetés avec frise d’hermines dorée en queue. Ex-libris. 448 €



22. Exercice de l’infanterie ordonné le 20 mars 1764. Paris, Lattré, in-12, 69 pl. en couleurs, basane brune marbrée, dos à nerfs cloisonné et fleuronné, coupes filetées, tranches rouges. Ex-libris. 650 €



23. Codice diplomatico del sacro militare ordine Gerosolimitano oggi di Malta. Lucca, Salvatore e Giandomenico Marescandoli, 1733-1737, 2 vol. in-fol., ill., basane fauve marbrée, dos à nerfs cloisonnés et fleuronnés, coupes filetées. Ex-libris. 1.234 €



24. Recueil choisi des plus belles vues des palais, châteaux et maisons royales de Paris et des environs, par Jacques Rigaud. Paris, Auteur, [XVIIIe siècle], in-plano oblong, 31 pl., chagrin bordeaux, dos lisse fileté à froid, encadrement de filets à froid et dorés avec larges fleurons d’angles, titre doré au centre du premier plat et armoiries dorées du comte d’Antioche au centre du second. Ex-libris. 1.429 €



25. François Soulès. Histoire des troubles de l’Amérique anglaise. Paris, Buisson, 1787, 4 vol. in-8, 3 cartes, veau fauve marbré, dos à nerfs cloisonnés et fleuronnés. Ex-libris. 1.102 €



26. Jacob Spon. Histoire de Genève. Genève, Fabri et Barrillot, 1730, 2 vol. in-4, 15 pl. sur 16, veau brun granité, dos à nerfs cloisonnés et fleuronnés. 364 €



27. De l’Allemagne, par MME la baronne de Staël Holstein. Paris, H. Nicolle et Mame frères, 1814, 3 vol. in-8, demi-basane verte, dos lisses filetés et fleuronnés. Ex-libris. 513 €



28. De l’influence des passions sur le bonheur des individus et des nations. Par Mad. la Baronne Stael de Holstein. Lausanne, Jean Mourer, Hignou et Compe, 1796, in-8, veau raciné glacé olive, dos lisse cloisonné et fleuronné avec pièce de titre grenat, frise de palmettes dorées encadrant les plats, filet ondé doré sur les coupes, roulette intérieure dorée, tranches marbrées. Ex-libris. 410 €



29. Explication des tableaux de la galerie de Versailles, et de ses deux sallons. Versailles, François Muguet, 1687, in-4, maroquin grenat, dos à nerfs cloisonné avec chaînette de motifs géométriques en tête et en queue, encadrement de filet doré sur les plats, aux armes de Louis XIV, tranches dorées. 1.025 €



30. Recueil de pièces concernant les droits du comte Philippe de Hamal, baron de Vierves. Manuscrit, 1780, in-fol., basane brune. Ex-libris. 910 €

31.  à 50. Environ 3.165 livres d’histoire et de littérature, reliés pour une grande partie d’entre eux aux armes du comte d’Antioche, présentant parfois des incomplétudes, manques et défauts, vendus en l’état. 33.025 €

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


 

mardi 5 mai 2026

De la Bibliophilie, par Léon de Duranville (1872)


Vue générale de Bézancourt [Seine-Maritime]



La famille Le Vaillant, originaire de Bézancourt [Seine-Maritime], était avec celles des Bongars, des Caqueray et des Brossard, une des quatre grandes familles de gentilshommes verriers de Normandie, qui avaient le privilège exclusif de la fabrication du verre à vitres, réservées exclusivement aux grosses verreries de la province.


Elle a formé de très nombreux rameaux, qui ont été maintenus dans leur noblesse le 10 février 1669 et qui portaient « D’azur, au dextrochère paré de gueules, mouvant d’une nuée d’argent et tenant une épée en pal aussi d’argent garnie d’or ». La branche de Duranville s’est éteinte avec Joseph-Léon Le Vaillant.

Nicolas Le Vaillant, sieur de Bergicourt [Somme], fils de Damien Le Vaillant de Bergicourt et de Marguerite de Bongars du Landel [Bézancourt], mariés en 1643, est né à Bézancourt le 25 janvier 1648, épousa le 21 février 1677 à Sommery [Seine-Maritime] Marguerite de Monsures et fut inhumé à Bézancourt le 12 août 1686 ; sa veuve mourut à Bézancourt le 20 septembre 1706, âgée de 47 ans.

Leur fils, Jean Le Vaillant, sieur de Valdolé [Bézancourt], est né le 10 septembre 1679 à Bézancourt et fut baptisé le 23 septembre en l’église Saint-Aubin. Le 6 octobre 1715, il épousa Marthe Le Cat en l’église Saint-Pierre de Gerberoy [Oise].

Pierre-François Le Vaillant, sieur de Valdolé et seigneur du Plix [Serqueux, Seine-Maritime], a été baptisé le 2 mars 1720 en l’église Saint-Aubin de Bézancourt et a épousé, le 28 novembre 1753, en l’église Saint-Jacques de Neufchâtel-en-Bray [Seine-Maritime], Suzanne de Béthencourt, née à Serqueux le 4 octobre 1731, dont le prénom a été remplacé par celui de Marie-Catherine, par décision du tribunal civil de Rouen le 2 fructidor An IX [20 août 1801], soit après sa mort, arrivée à Rouen [Seine-Maritime], le 26 floréal An IX [16 mai 1801]. Il décéda à Rouen le 7 avril 1808.

Pierre-Ferdinand Le Vaillant, sieur de Duranville [Eure], né le 13 mai 1757 à Neufchâtel-en-Bray, fut baptisé le lendemain en l’église Saint-Jacques. Le 24 septembre 1789 il épousa, en l’église Notre-Dame de Neufchâtel-en-Bray, Marguerite-Félicité de Dampierre, née le 21 décembre 1764 à Neufchâtel-en-Bray et décédée, veuve, le 28 mai 1849 à Rouen, 17 rue du Champ des Oiseaux.

 


Léon de Duranville

Joseph-Léon Le Vaillant de Duranville naquit le 12 messidor An XI [1er juillet 1803] à Rouen, 11 rue des Champs Maillets. A son mariage, le 24 avril 1839 à Saint-André-sur-Cailly [Seine-Maritime], il demeurait à Saint-Martin-Osmonville [Seine-Maritime] : il épousa Marie-Emmanuelle-Alphonsine de Valori, née le 15 décembre 1810 au château du Mesnil-Varin, à Saint-Paër [Seine-Maritime], qui demeurait alors au château du Bout Levet ; elle mourut à Rouen, 3 rue Alain Blanchard, le 2 septembre 1862. Lui-même décéda, sans postérité, le 31 janvier 1882 à Rouen, 3 rue Alain Blanchard.


Château du Bout Levet, à Saint-André-sur-Cailly [Seine-Maritime]

II avait légué sa bibliothèque au Petit Séminaire du Mont-aux-Malades [Mont-Saint-Aignan, Seine-Maritime] : plus de 4.500 livres y entrèrent ainsi en 1882.

Membre de plusieurs Sociétés savantes, dont l’Académie des Sciences, Belles-Lettres et Arts de Rouen, la Société libre d’Émulation de Rouen, la Société impériale académique de Cherbourg, la Société des Antiquaires de Normandie, la Société des Bibliophiles normands et la Société rouennaise des Bibliophiles, l’Athénée du Beauvaisis, Léon de Duranville se spécialisa dans l’histoire de la Normandie et rédigea de nombreux articles pour la Revue de Rouen et de Normandie.


Tiré à part (1873)

Il publia en outre « De la Bibliophilie », dans le Précis analytique des travaux de l’Académie des Sciences, Belles-Lettres et Arts de Rouen pendant l’année 1871-72 (Rouen, H. Boissel et Paris, E. Derache, 1872, p. 439-483), tiré à part à 60 exemplaires, qui donne aux bibliophiles quelques conseils venant « d’autorités plus ou moins fortes » :

« La salle Sylvestre [i. e. Silvestre] est le théâtre de véritables combats, pour lesquels chaque parti prend ses dispositions par avance ; on y lutte avec acharnement, et souvent le vaincu ne cède le terrain qu’après l’avoir défendu par tous ses efforts ; quant au vainqueur, son succès est à ses yeux un véritable triomphe, dont il s’applaudira toute sa vie. Les succès sont quelquefois enregistrés par la presse et divulgués par les cent bouches de la renommée. Le haut prix auquel certains livres sont adjugés flatte l’amour-propre des acheteurs, qui n’ont pas reculé devant une forte dépense ; ils y trouvent matière à vanité, tandis que, devant le tribunal des rigoristes, ils sont taxés de folie.

[…] le bibliophile n’est pas l’amateur de livres ; il est une variété de l’amateur de livres, il tient le milieu entre le savant et le bibliomane ; il n’a pas l’austérité du premier, il n’a pas non plus la folie du second. C’est une chose utile que d’être amateur de livres et c’est une bonne chose que d’être bibliophile ; cette seconde qualité est moins importante que la première. […]

Ce serait un tort que de flétrir un penchant qui, tout en pouvant aller jusqu’à l’abus, n’en est pas moins susceptible d’amener d’utiles résultats. Les bibliomanes, en faisant quelquefois les dépenses les plus folles, peuvent rendre de véritables services en conservant des livres qui auraient disparu complètement […]

La préoccupation de la reliure, lorsqu’elle n’est pas intelligente, et qu’on fait plus de cas de l’extérieur que du mérite intrinsèque de l’ouvrage, ne saurait valoir à qui que ce soit l’épithète de bibliophile. […]

D’Alembert a dit que : “ l’amour des livres, quand il n’est pas guidé par la philosophie et par un esprit éclairé, est une passion des plus ridicules ; ce serait à peu près la folie d’un homme qui entasserait cinq ou six diamants sous un monceau de cailloux.” […]

Il faut louer l’amateur qui recherche les éditions princeps : on y voit les pensées premières des auteurs, pensées qu’ils ont peut être [sic] modifiées plus tard […]. Un bibliophile de bon goût doit accorder quelque prédilection aux ouvrages du XVIe siècle et du commencement du XVIIe : on ne peut bien saisir toutes les délicatesses de notre langue qu’en examinant le travail de sa formation. […]

Après le choix des ouvrages, le bibliophile doit s’attacher à la correction du texte, ainsi qu’à l'exécution typographique. […] Mieux vaux le goût des belles marges ; il se comprend aisément, et les belles marges valent au texte ce que le cadre vaut au tableau.

Que dire de ceux qui, loin d’exclure de leurs bibliothèques les livres obscènes, les ornent d’une couverture remarquable, tout en les isolant peut- être sur quelques rayons moins en évidence que les autres, ou qui même leur accordent une place de choix, parce qu’ils sont rares ! Il est des gens qui en font leur spécialité. Ces possesseurs exclusifs d’objets fangeux ne méritent pas le nom de bibliophiles, auquel ils feraient honte. L’amour de l’utile, l’amour de l’honnête et l’amour du beau sont les qualités essentielles d'un bibliophile : celui qui ne possède pas les deux premières n’est qu’un bibliomane, et celui qui a l’amour du déshonnête mérite un tout autre nom.

[…] à part les exagérations, la belle reliure, décernée d’une manière équitable, est un hommage aux bons livres, un acte de reconnaissance pour le plaisir ou l’avantage que ces livres ont procuré. En prolongeant la durée de l’objet matériel, elle assure la durée de l’œuvre de l’esprit. […]

Lorsque les livres sont en bon nombre, il faut les cataloguer de telle sorte que l’étude en soit facile. […]

D’Alembert enjoignait le prêt des livres. Mais un bibliophile a dit que, si l’on reconnaît ordinairement trois ennemis d’une bibliothèque, l’humidité, les vers et la poussière, il faut y ajouter les emprunteurs, ennemis aussi dangereux que les trois autres, pour ne pas dire encore plus dangereux […] que les emprunteurs soient bibliophiles, et les bibliophiles ne se montreront pas difficiles sur le prêt. »

Cet article se termine par la présentation de quelques ouvrages bibliographiques anciens et contemporains : Manuel du Libraire et de l’Amateur de Livres (Paris, Firmin Didot Frères, Fils et Cie, 1860-1865, 6 vol.), de Jacques-Charles Brunet ; Oratio De Bibliothecis, Earumque Origine, Necessitate & usu (Halae Saxonum, Christophori Bismarci, 1615), de Johann Olearius ; Musei, sive Bibliothecæ tam privatæ quam publicæ Extructio, Instructio, Cura, Usus. Libri IV (Lugduni, Jacobi Prost, 1635), du Père Claude Clément ; Advis pour dresser une Bibliothèque (Paris, François Targa, 1627), de Gabriel Naudé ; Conseils pour former une Bibliothèque peu nombreuse mais choisie (Berlin, Ambr. Haude et J. C. Spener, 1746), de Johann-Heinrich-Samuel Formey ; Philobiblion (Spire, 1483), de Richard de Bury ; De la Bibliomanie (La Haie, 1761), de Louis Bollioud-Mermet ; Dictionnaire Bibliographique, ou Nouveau Manuel du Libraire et de l’Amateur de Livres (Paris, Ponthieu, 1824, 2 vol.), de Étienne Psaume ; Manuel du Libraire, du Bibliothécaire et de l’Homme de Lettres (Paris, Emler Frères, 1828), de Pierre Chaillot ; Mélanges tirés d’une petite bibliothéque [sic], ou Variétés littéraires et philosophiques (Paris, Crapelet, 1829), de Charles Nodier ; Mémoires d'un Bibliophile (Paris, E. Dentu, 1861), de Jean-Baptiste Tenant de Latour ; Voyages littéraires sur Les Quais de Paris. Lettres à un Bibliophile de Province (Paris, A. Durand, 1857), de Adolphe de Fontaine de Resbecq ; Ma République (Paris, Adolphe Delahays, s. d. [1861]), de P.-L. Jacob.