jeudi 1 décembre 2022

Jean-François Charles (1812-1871), dit « de Labarthe », ethnographe polyvalent

  La reproduction des articles est autorisée à condition d'en citer l'origine.  

Rue des Cordiers, Paris
L'Univers illustré, 1883

Plan de Paris (Picquet, 1814)

Cadastre de Paris (1810-1836)
Archives de Paris

Jean-François Charles est né à Paris, le 27 mai 1812 dans le quartier de la Sorbonne, au domicile de ses parents, rue des Cordiers, située dans l’ancien XIe arrondissement [Ve] et supprimée en 1892 pour faire place à l’extension de la Sorbonne, au n° 23, dernier numéro impair de cette rue, à l’angle de la rue de Cluny [rue Victor Cousin depuis 1864], en face de l’hôtel Saint-Quentin [n° 14], où Jean-Jacques Rousseau avait rencontré sa futur épouse, Marie-Thérèse Levasseur (1721-1801).

Eauze, lieu-dit La Barthe (octobre 2021)

 
Archives de Paris

Son père était né à Eauze [Gers ; prononcez « éoze »], de parents inconnus, le 28 janvier 1785, et reçut le nom de « Charles », sans prénom. Étudiant en médecine à Paris, il avait épousé Adélaïde-Marie Vestier, née à Paris en 1780, le 8 janvier 1810. Charles mourut à Paris [ancien XIe], le 20 mai 1824 ; son épouse mourut à Villeneuve-Saint-Georges [Val-de-Marne], le 14 juin 1845.

 

Charles de Labarthe
Actes de la Société d'Ethnographie, 1875, t. VIII, Session de 1877, p. 366

« Je ne saurais me servir de la plume du brillant auteur des Mousquetaires, et le point de vue sous lequel je dois envisager surtout cet estimable savant, celui de l’ethnographie, exclut le charme d’une histoire anecdotique. Je renoncerai donc, non sans regret, à vous dépeindre les étonnantes péripéties de son enfance, son abandon fort jeune et sans guide sur la route tortueuse de la vie, ses efforts pour s’assurer une instruction en rapport avec la curiosité sans bornes de sa jeune intelligence, les aventures de son adolescence passée dans le contact des classes les plus humbles de la société, parfois même dans de véritables tannières [sic], au milieu des vagabonds et des bandits, le récit presque légendaire de ses premières amours, son affiliation et sa participation active aux principales sociétés secrètes de la Restauration et du règne de Louis-Philippe, ses serments jurés dans un souterrain pour la délivrance de la Pologne et l’établissement de la république universelle, sa vie fiévreuse dans les clubs de 1848, ses relations avec notre grand poëte [sic] Victor Hugo, ses prédications religieuses et, ce qui ne serait pas moins instructif, les années qu’il passa dans un état d’ascétisme contemplatif. On a dit que l’homme de génie était celui qui savait toucher, sans la franchir, la limite qui sépare la raison de la folie. Charles de Labarthe passa une grande partie de son existence à errer, pensif, sur la limite étroite de cette périlleuse frontière. Il a été accusé de mysticisme, de folie même par les uns ; il a reçu des autres le culte que l’homme n’accorde jamais, quoi qu’on dise, qu’aux fronts d’où s’échappent de lumineux rayons. Je l’ai beaucoup connu : avec ceux qui l’ont fréquenté comme moi, j’ai dû souvent combattre la tendance que je rencontrais presque toujours à ne voir en lui que d’immenses qualités ou d’immenses défauts. »

(Léon de Rosny. « Charles de Labarthe, l’un des fondateurs de la Société d’Ethnographie. Notice historique ». Actes de la Société d’Ethnographie, t. VIII, p. 362-363)

Orphelin de père à l’âge de 12 ans, des camarades dirent un jour à Jean-François Charles que son père s’appelait « de Labarthe » : il prit alors ce nom et le conserva pendant tout le reste de son existence.

Manuel du toiseur en batimens. Paris, Roret, 1832

Particulièrement doué pour les sciences mathématiques et doté d’une mémoire prodigieuse, Charles de Labarthe fit plusieurs années d’études, comme commis, chez un architecte de province, et devint toiseur en bâtiments.

Photographie BnF

Intéressé par les études asiatiques, alors à leur début, il suivit les cours de Louis Bazin (1799-1862), titulaire de la chaire pour l’enseignement de la langue chinoise vulgaire depuis 1843 à l’École nationale et spéciale des langues orientales vivantes, fondée en 1795 par l’orientaliste Louis-Mathieu Langlès (1763-1824), dans un local de la Bibliothèque nationale.

7 rue du Petit Pont [point rouge]
Photographie Charles Marville (1866)

 
Rue du Petit Pont (juillet 2019)

Enfermé dans une mansarde au 4e étage du 7 rue du Petit Pont [Ve, ancien XIIe], en face de l’ancien hôtel de la marquise de Pompadour [n° 10, XIe, détruit en 1907], il y vivait dans une condition assez voisine de la misère, provoquée par son amour des livres et les exigences de ses études. Il s’imposait des privations continuelles dans l’intérêt de sa bibliothèque et de ses travaux : il lui arrivait de vendre ses modestes vêtements ou de renoncer à toute nourriture pour réunir la somme nécessaire à l’acquisition d’un ouvrage dont il avait besoin.

Il fut l’ami du mathématicien Josef Wronski (1776-1853), de l’astronome François Arago (1786-1853), du philosophe Auguste Comte (1798-1857), du Docteur Ferdinand Hoefer (1811-1878) et de Victor Hugo (1802-1885). Ce dernier l’engagea à se présenter aux élections du 23 avril 1848 pour l’Assemblée nationale constituante et fit les frais de sa candidature : Charles de Labarthe obtint un nombre de voix considérable, bien qu’insuffisant pour assurer son élection.


 

Au Conservatoire des arts et métiers, Charles de Labarthe donnait des cours de mathématiques à Léon de Rosny (1837-1914). Un jour de 1851, il lui parla de la Chine : l’adolescent enthousiasmé s’inscrivit à l’École impériale et spéciale des langues orientales vivantes.

Le 9 février 1856, Charles de Labarthe fut admis comme membre titulaire de la Société orientale de France, fondée en 1841, dont le bulletin était la Revue de l’Orient, de l’Algérie et des Colonies.  

Emblème de la Société américaine de France (1866)

Le 16 juillet 1857, il fut cofondateur de la Société américaine de France, parfois citée sous le nom d’une de ses composantes, le Comité d’archéologie américaine, fondé en 1863. L’emblème de la Société américaine de France porte « « TYPHISQUE NOVOS DETEGAT ORBES » [Et Typhis découvrira de nouveaux mondes], tirée de la tragédie de Sénèque, Médée [acte II, scène 3], où l’auteur a annoncé ainsi la découverte de l’Amérique 1.450 ans avant le temps [Typhis était le premier navigateur et pilote du navire Argo que monta Jason pour aller conquérir la Toison d’Or].

Emblème de la Société asiatique

En 1858, il fut admis comme membre de la Société asiatique, fondée en 1822, et, le 13 juillet 1860, il en fut élu bibliothécaire-adjoint.

Emblème de la Société d'Ethnographie américaine et orientale (1864)

En 1859, il fut un des fondateurs de la Société d’Ethnographie américaine et orientale, aux travaux de laquelle il collabora tout le reste de son existence, d’abord en qualité de membre ordinaire, plus tard comme secrétaire-adjoint. Cette nouvelle Société fit de la Revue orientale et américaine, créée l’année précédente par Léon de Rosny, son organe de presse primordial. 

Emblème de la Société d'Ethnographie (1864)

En 1864, la Société d’Ethnographie américaine et orientale prit le nom de Société d’Ethnographie et changea d’emblème, portant la devise « CORPORE DIVERSI SED MENTE FRATRES. » [Différents de corps mais frères par l’âme].

Origine de l'ex-libris (1854)


 

Devenu membre de la Société d’Ethnographie, Charles de Labarthe utilisa un ex-libris, qu’il avait imaginé dès 1854 : sur papier crème ou bleu, il porte la devise « Omnes in una » [Tout en un].

Emblème de l'Athénée oriental

En 1863 et 1864, il fut élu secrétaire du Comité d’archéologie américaine de Paris, qu’il avait contribué à fonder, et remplit, de 1867 à 1869, la même fonction à l’Athénée oriental, créé en 1864, dont l’emblème porte « SOL ORIENS DISCUTIT VMBRAS » [Le soleil levant chasse les ombres].

Plusieurs Sociétés savantes, notamment la Société havraise d’études diverses, fondée en 1833, et la Société de géographie de Genève, fondée en 1858, l’admirent au nombre de leurs correspondants.



Charles de Labarthe a beaucoup écrit, mais a peu publié : De l’écriture et des alphabets chez les différents peuples (Paris, Maisonneuve, 1854, in-8, 100 ex.), 



Précis de la langue Nouka-Hiva (Paris, Maisonneuve, 1855, in-8, 1 carte), « Études sur la constitution du Nouveau-Monde et sur les origines américaines » (Revue orientale et américaine, Paris, Challamel Aîné, 1859, in-8, t. I, p. 77-90), 



Documents inédits sur l’empire des Incas (Paris, Maisonneuve, 1861, in-8), « Aperçu général de la science ethnographique » (Revue orientale et américaine, Paris, Challamel Aîné, 1861, in-8, t. VI, p. 35-44 et 342-354), 

Photographie BnF


Annuaire de la Société d’ethnographie (Paris, Challamel Aîné, 1862, in-12), 



Rapport annuel sur les progrès de l’ethnographie orientale (Paris, Maisonneuve, 1862, in-8), « Les Sacrifices sanglants au Mexique » (Revue orientale et américaine, Paris, Challamel Aîné, 1862, in-8, t. VIII, p. 53-74, 1 pl. color.) 




et Les Sacrifices humains au Mexique (Paris, Société d’ethnographie, 1862, in-8, 1 pl. color.), ), « De la propriété et de l’esclavage au Mexique » (Revue orientale et américaine, Paris, Challamel Aîné, 1862, in-8, t. VIII, « Chronique orientale et américaine », p. 49-51), 



De l’état social et politique du Mexique avant l’arrivée des Espagnols (Paris, chez l’auteur, 1865, in-8 « Sur la menstruation dans les différentes races et sur quelques cérémonies pratiquées à l’époque de la puberté » (Mémoires de la Société d’ethnographie, Paris, Amyot, 1871, t. XI, p. 67-77 et 302-316 ; Paris, Maisonneuve, 1874, t. XII, p. 41-47 [article posthume]), « La Science des religions comparées » (Mémoires de la Société d’ethnographie, Paris, Maisonneuve, 1874, t. XII, p. 5-16 [article posthume]).

Il fut collaborateur assidu de plusieurs journaux, parmi lesquels La Civilisation. Journal ethnographique des deux-mondes, fondé en 1866, dont il fut un des gérants. 

Après avoir suivi, en 1869-1870, les cours de japonais que dispensait Léon de Rosny à l’École impériale et spéciale des langues orientales vivantes, Charles de Labarthe mourut en son domicile, le 20 juin 1871, six semaines après la fin de la guerre franco-allemande.

La Fosse commune au Père Lachaise. L'Illustration européenne, 10 juin 1871, p. 233

Honteusement abandonné, il fut inhumé dans la fosse commune du cimetière du Père Lachaise [83e division]. Cartonnière, sa jeune épouse, Eulalie-Henriette-Louise Tirmarche, née à Paris le 20 septembre 1838, lui survécut jusqu’au 12 septembre 1873 : fille de Louis-Marie-Désiré Tirmarche (° 1804), menuisier, et de Eulalie Robert († 23 janvier 1843), il l’avait épousée le 3 octobre 1861, à Paris [Ve], alors qu’elle était couturière ; ils n’avaient pas eu d’enfants.

« Par le fait de sa négligence à consigner par écrit le vœu de toute sa vie, cette bibliothèque, dont la plupart des volumes portaient la trace de ses études et de ses idées, a été vendue par lots, presque sans publicité et absolument sans catalogue, à l’hôtel des commissaires-priseurs, où elle a été disséminée entre des mains pour la plupart ignorante des véritables trésors qu’elle renfermait. Quelques-uns de ses anciens amis se sont rendus adjudicataires de plusieurs de ces lots, et se sont efforcés de racheter les meilleurs volumes de sa collection qu’ils ont pu rencontrer depuis lors dans les librairies ; ils se sont attachés surtout à sauver de la destruction tout ce qu’ils ont pu acquérir des manuscrits et des notes de ce savant philosophe. »

(« Notice sur Charles de Labarthe et sur sa bibliothèque ». Catalogue d’un choix de livres d’ethnographie et de linguistique. Paris, Antonin Chossonnery, 1872, p. VII-VIII)


Le reste de sa bibliothèque fut vendue le vendredi 10 et le samedi 11 mai 1872, 28 rue des Bons Enfants, maison Silvestre, salle n° 1 : Catalogue d’un choix de livres d’ethnographie et de linguistique, livres orientaux, chinois, japonais, siamois, etc., imprimés et manuscrits, provenant de la bibliothèque De feu Charles de Labarthe, secrétaire-adjoint de la Société d’ethnographie, ancien secrétaire de l’Athénée oriental et du Comité d’archéologie américaine, ancien bibliothécaire-adjoint de la Société asiatique, correspondant de la Société havraise d’études diverses et de la Société de géographie de Genève, etc. (Paris, Antonin Chossonnery, 1872, in-8, VIII-52-[4] p., 378 + 1 double [bis] = 379 lots), dont Philosophie [3 lots = 0,79 %], Sciences exactes et naturelles [13 lots = 3,43 %], Ethnographie [28 lots = 7,38 %], Linguistique [34 lots = 8,97 %], Histoire, géographie, voyages [20 lots = 5,27 %], Littérature – Ouvrages divers [20 lots = 5,27 %], Périodiques, bibliographie [10 lots = 2,63 %], Ouvrages divers [4 lots = 1,05 %], Langues sémitiques [4 lots = 1,05 %], Hiéroglyphes égyptiens – Cunéiformes [6 lots = 1,58 %], Arabe – Turc - Persan [32 lots = 8,44 %], Sanscrit – Inde [10 lots = 2,63 %], Siamois [9 lots = 2,37 %], Chinois, Mandchou, Cochinchinois, Tibétain [39 lots = 10,29 %], Japonais [36 lots = 9,49 %], Langues diverses [6 lots = 1,58 %], Ouvrages orientaux [34 lots = 8,97 %], Amérique – Archéologie américaine [7 lots = 1,84 %], Ouvrages divers [45 lots = 11,87 %], Ouvrages de M. de Labarthe – Recueils [19 lots = 5,01 %].

 


2. Mystères du sommeil et du magnétisme. Par A. Debay. Paris, Moquet et Challamel, 1845, 4e édition, in-12, 2 pl. dessinées par Alphonse Farcy.



31. Ethnogénie gauloise ou Mémoires critiques sur l’origine et la penté des Cimmériens, des Cimbres, des Ombres, des Belges, des Ligures et des anciens Celtes, par Roget, BON de Belloguet. Paris, Benjamin Duprat, 1861-1868, 2 vol. in-8, t. II et III, fig.



37. Traces de buddhisme [sic] en Norvège, avant l’introduction du christianisme. Par M. C. A. Holmboe. Paris, Imprimerie Simon Raçon et CIE, 1857, in-8, 1 fig., 2 pl.



44. Progrès et position actuelle de la Russie en Orient ; ouvrage traduit de l’anglais. Paris, Truchy et Le Doyen, décembre 1836, in-8, 1 carte color.



53. Les Ecritures figuratives et hiéroglyphiques des différents peuples anciens et modernes. Par Léon de Rosny. Paris, Maisonneuve et Cie, 1870, in-4, pl. color.



82. Des nobles Rois de l’Epinette ou Tournois de la Capitale de la Flandre française, par Lucien de Rosny. Lille, Typographie de Reboux-Leroy, 1836, in-8, titre et 6 pl. gravés, 200 ex.



84. Histoire de l’abbaye de N.-D. de Loos, par Lucien de Rosny. Lille, Leleu et Petitot, et Paris, Techner [sic], 1837, in-8, pl., 250 ex., demi-v. corinthe.



93. Variétés orientales. Par Léon de Rosny. Paris, Maisonneuve et CIE, 1869, in-8, pl.



159. Monumens [sic], arabes, persans et turcs, du cabinet de M. de Blacas et d’autres cabinets. Par M. Reinaud. Paris, Imprimerie royale, 1828, 2 vol. in-8, 10 pl.



189. Voyage de Siam, des Peres Jesuites, Envoyez par le Roy aux Indes & à la Chine. Paris, Arnould Seneuze et Daniel Hortemels, 1686, in-4, cartes et gravures, v. ant.



228. Tableau de la Cochinchine, rédigé sous les auspices de la Société d’ethnographie par MM. E. Cortambert et Léon de Rosny. Paris, Armand Le Chevalier, 1862, in-8, cartes, plans et gravures.



255. Introduction à l’étude de la langue japonaise par L. Léon de Rosny. Paris, Maisonneuve et Cie, 1856, in-4, pl., demi-mar. vert.



267. Traité de l’éducation des vers à soie au Japon. Traduit du Japonais par Léon de Rosny. Seconde édition, revue et corrigée. Paris, Maisonneuve et Cie, 1868, in-8, front. en coul., 12 pl.



287. Le Mont Hor, le Tombeau d’Aaron, Cadès. Étude sur l’itinéraire des Israélites dans le désert, par le CTE de Bertou. Paris, Benjamin Duprat, 1860, in-8, carte, pl.



314. Lettre de Christophe Colomb sur la découverte du Nouveau-Monde. Traduite en Français par Lucien de Rosny. Paris, Jules Gay, 1865, in-8, n° 95/125.

Le mardi 21 juillet 1885, l’Alliance scientifique universelle, fondée en 1878 par Léon de Rosny pour « faciliter les relations des ethnographes disséminés dans toutes les contrées du globe », a tenu en son hôtel, 28 rue Mazarine [VIe], sa séance publique annuelle au cours de laquelle fut inaugurée, dans la salle des séances, le buste en bronze de Charles de Labarthe, œuvre du statuaire Wladislas Hégel.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

mardi 22 novembre 2022

Jean-Claude Maisonneuve (1813-1884), libraire-éditeur pour les langues orientales

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Saint-Pal-de-Chalençon, Haute-Loire

Le Cros [point vert] et Trespeyres [point rouge]

La famille Maisonneuve est originaire du hameau Le Cros, sur la commune de Merle [Merle-Leignec, Loire]. Elle a formé un grand nombre de branches, dont l’une a habité le village de Trespeyres, où ses membres furent laboureurs : sous l’Ancien Régime, ce village dépendait de la commune d’Apinac [Loire] ; après la création des départements en 1790, il s’est trouvé sur le territoire de la commune de Saint-Pal-de-Chalençon [Haute-Loire], officiellement « municipalité de Montalet, ci-devant Saint-Pal-de-Chalençon » de la fin 1793 au printemps 1795.



La branche de Trespeyres remonte au moins au XVIIe siècle. Mathieu Maisonneuve épousa Marcelline Peyroche à Boisset [Haute-Loire], le 30 juin 1705.

Guillaume Maisonneuve, né à Trespeyres le 26 août 1706, y est mort subitement le 11 mai 1734, à peine six mois après avoir épousé Marie Petit à Apinac, le 17 novembre 1733.

Jacques Maisonneuve fut le premier à savoir écrire. Né et mort à Trespeyres, respectivement le 28 septembre 1734 et le 23 avril 1785, il épousa Jeanne Filiol à Apinac, le 16 septembre 1766.

Né à Trespeyres le 6 juillet 1767, Étienne Maisonneuve, cultivateur à Trespeyres, puis au village Le Mas, commune de Bas-en-Basset [Haute-Loire], se maria à Saint-Pal-de-Chalençon, le 2 pluviôse An II [21 janvier 1794], avec Catherine-Rose Joanilion, née le 5 février 1776 au village Aubissoux [Craponne-sur-Arzon, Haute-Loire]. Prématurément veuf le 20 juin 1805, Étienne Maisonneuve épousa en secondes noces, le 15 novembre 1806 à Saint-Pal-de-Chalençon, Agathe Maisonneuve, née au village Les Horts, commune de Apinac, le 9 mai 1769, fille de Pierre Maisonneuve et de Marie Giraud, mariée une première fois et devenue veuve. Étienne Maisonneuve décéda le 11 février 1840 au Mas, chez son neveu Jean-Claude Ribeyrou ; Agathe Maisonneuve mourut aux Horts le 25 novembre 1843.

Jean-Claude Maisonneuve
Coll. Claire Maisonneuve

 

Fils d’Étienne Maisonneuve et d’Agathe Maisonneuve, Jean-Claude Maisonneuve est né le 12 juin 1813 à Trespeyres. Après des débuts obscurs, entre colportage et voyages jusqu’en Russie, dit-on, la librairie Maisonneuve aurait été fondée à Paris en 1835 : information non documentée, publiée par ladite maison dans l’Almanach catholique français pour 1923 (Paris, Bloud et Gay, 1923, p. 132).

En réalité, Jean-Claude Maisonneuve fit ses débuts dans le commerce de la librairie à Lyon, en entrant comme associé dans une maison importante de cette ville, « B. Cormon et Blanc ».

Cette maison ètait née en 1798, rue Saint-Dominique, de l’association de Jacques-Louis-Barthélemy Cormon (Neuilly, Yonne, 24 août 1769 – La Croix Rousse, Rhône, 28 février 1833) et de Joseph Blanc (° Nantua, Ain, 14 septembre 1778). Elle était passée rue et vis-à-vis de l’Archevêché en 1807, rue d’Auvergne en 1812, rue Sala en 1820 et 1 rue Roger [partie de la rue Jarente] en 1830. En 1842, la maison « B. Cormon et Blanc » devint « Blanc et Hervier », 1 rue Roger, avec un dépôt à Paris [VIe], 23 rue des Grands-Augustins. En 1844, la raison sociale devint « Saint-Hilaire Blanc et Cie », avec un dépôt parisien 8 rue Richelieu [Ier] ; en 1846, « Saint-Hilaire Blanc et Cie » déménagea 2 place d’Ainay, le dépôt parisien étant transféré 26 rue Dauphine [VIe].



En 1848, Jean-Claude Maisonneuve entra dans la Librairie étrangère et française « Blanc, Maisonneuve et Cie », en s’associant avec Jean-Hilaire Blanc (Lyon, Division du Midi, 8 floréal An XIII [28 avril 1805] – Cannes, Alpes-Maritimes, 22 août 1890), fils de Joseph Blanc et auteur de plusieurs dictionnaires et grammaires sous le nom de « Saint-Hilaire Blanc ».

Dès le début de l’année 1849, le dépôt parisien fut transporté quai Voltaire [VIIe], à la Librairie étrangère et orientale, « À la Tour de Babel », ancien magasin de librairie de Louis-Théophile Barrois (Paris, 10 octobre 1780 – 27 janvier 1851), qui était à louer depuis un an.

En 1851, à la mort de Théophile Barrois, Maisonneuve se rendit acquéreur de ses principales publications de linguistique arabe, persane et turque. 



Il finit par quitter définitivement Lyon en 1854, pour s’installer « À la Tour de Babel », 15 quai Voltaire, dans sa « Librairie pour les langues orientales, étrangères et comparées ». Son associé lyonnais, « S. H. Blanc et Cie », rue de Bourbon [rue Victor Hugo], trouva un autre associé en 1855, Nicolas Scheuring, qui lui succéda l’année suivante et s’installa 9 rue Boissac.



 
Photographie BnF

En peu d’années, « À la Tour de Babel » devint la plus importante librairie de linguistique orientale et américaine de Paris.




Jean-Claude Maisonneuve devint le libraire de « L’Athénée oriental », Société fondée en 1864 pour la décentralisation des études asiatiques, africaines et océaniennes en France, dont l’emblème portait la devise « SOL ORIENS DISCUTIT UMBRAS » [le soleil levant chasse les ombres].

En 1867, une spécialité nouvelle fut introduite dans la librairie « Maisonneuve et Cie » : des ouvrages relatifs à l’histoire et à la linguistique des deux Amériques. 



Charles-Alfred Leclerc (1843-1889) publia alors sa Bibliotheca americana.

Le samedi 8 juin 1867, à Paris [VIIe], Jean-Claude Maisonneuve épousa Aimée-Florence Leclerc, née à Courpalay [Seine-et-Marne] le 10 avril 1824, fille de Pierre-Amable-Félix Leclerc, maçon en plâtre, et de Marie-Louise Vilpelle. Aimée-Florence Leclerc était la mère de Charles Leclerc, né de père inconnu, le 2 avril 1843, sur l’ancien XIIe arrondissement de Paris.  

Photographie BnF



Jean-Claude Maisonneuve fut le libraire du Congrès des Orientalistes et du Congrès des Américanistes, dont il publia les travaux : Congrès international des orientalistesCompte-rendu de la première session, Paris-1873 (1874-1876, 3 vol. in-8) et Congrès international des américanistesCompte-rendu de la première session, Paris-1875 (1875, 2 vol. in-8).



L’achat des collections basque et patoises de Henri Burgaud des Marets (1806-1873) en 1873 vint s’ajouter aux différentes branches de l’établissement.








À partir du 1er janvier 1876, la Librairie orientale de « Maisonneuve et Cie » fut transférée au 25 quai Voltaire. Charles Leclerc fonda en 1881 la collection Les Littératures populaires de toutes les nations et épousa, le 1er mars 1883 à Paris [VIe], Thérèse-Mathilde Lacave, née le 12 septembre 1848 à Bordeaux [Gironde] ; le couple légitima le même jour leur fille Marguerite-Berthe-Thérèse, née sur le même arrondissement le 14 octobre 1881. Veuf depuis le 5 février 1878, Jean-Claude Maisonneuve décéda en son domicile le 30 janvier 1884.

Jean-Victor Maisonneuve
Coll. Claire Maisonneuve

 


Par suite de ce décès, ses neveux, Georges-Victor Maisonneuve et Jean-Victor [dit « Jean »] Maisonneuve, et son beau-fils, Charles Leclerc, formèrent, le 1er mars 1884, une Société pour la continuation de la Librairie orientale et américaine de Maisonneuve & Cie, sous la raison sociale « Maisonneuve Frères et Ch. Leclerc », 25 quai Voltaire et 5 quai Malaquais [VIe].

Fils de Pierre Maisonneuve (1816-1896), cultivateur, et de Marguerite Thiolière (1826-1851), sa première épouse, Georges-Victor Maisonneuve était né au village Les Horts, commune de Apinac, le 23 juillet 1848 ; il avait épousé, le 24 mai 1879 à Paris [VIIe], Clarisse Leclerc, née à Rozay-en-Brie [Seine-et-Marne], fille de Henri-Félix Leclerc, maçon, et de Angélina Richer. Fils de Pierre Maisonneuve et de sa seconde épouse, Jeanne-Marie Vignal (1823-1887), Jean-Victor Maisonneuve était né à Apinac le 6 janvier 1860.


 

Après le décès prématuré de Charles Leclerc, le 9 janvier 1889, dans sa 46e année, Jean-Victor Maisonneuve resta seul. Le 30 octobre 1890, à Saint-Bonnet-le-Château [Loire], il épousa Elisa Cussonnet, née au même lieu le 23 août 1870, fille de Claude Cussonnet, négociant, et de Mariette Bret. 



Le 1er janvier 1895, il transféra la Librairie orientale et américaine au 6 rue de Mézières [VIe] et 26 rue Madame [VIe].

Le 15 février 1900, dans le but d’étendre les affaires de la librairie, Jean-Victor Maisonneuve s’associa avec Louis Marceau, ancien imprimeur orientaliste à Chalon-sur-Saône [Saône-et-Loire], dans la Société « J. Maisonneuve & L. Marceau ». Mais cette Société fut dissoute dès le 4 avril suivant et Jean-Victor Maisonneuve redevint seul propriétaire de la Librairie orientale et américaine. 



À la fin de l’année 1903, E. Guilmoto succéda à Jean-Victor Maisonneuve.