vendredi 18 janvier 2019

Introduction à l’histoire méconnue d’Alexandre Hatier (1856-1928)


En France, le visage définitif de l’édition scolaire s’est constitué dans le courant du XIXe siècle : aux anciennes maisons Belin et Mame, se sont ajoutées les librairies Hachette en 1826, Larousse en 1852, Delagrave en 1865, Armand Colin en 1870, Henry Vuibert en 1876, Alexandre Hatier et Fernand Nathan en 1881.

Eglise Saint-Bénigne d'Ambonville

D’une famille originaire d’Ambonville [Haute-Marne], dont les membres signaient « Hastier » tout au long du XVIIIe siècle, François-Alexandre Hatier y est né le 9 juillet 1856, fils de Marguerite-Élisabeth Hatier (1829-1901), qui épousa Jean-Baptiste-Félix Persin, sabotier, à Beurville [Haute-Marne], le 26 janvier 1863, sans reconnaissance de l’enfant.


Alexandre Hatier vint à Paris à l’âge de 14 ans, pour travailler successivement chez des libraires du VIe arrondissement : Abel Pilon, 33 rue de Fleurus, de 1870 à 1876 ; L. Schulz & Fils, 12 rue de Seine, de 1876 à 1878 ; Alphonse Pigoreau, 9 quai des Grands-Augustins, de 1878 à 1880.

Au mois de décembre 1880, Hatier fonda sa propre maison d’édition, en reprenant le fonds de la « Librairie d’Éducation » d’Amable Rigaud, 33 quai des Grands-Augustins.

Jean-Amable Rigaud, fils d’Antoine Rigaud, ancien garde magasin général de l’armée d’Italie devenu maître d’école, et de Rose Chiesa, mariés à Milan [Italie] le 16 avril 1797, était né à Déville [Seine-Maritime] le 12 juillet 1810.
Amable Rigaud avait été commis libraire, avant de devenir gérant de la maison de Madame Deschamps, 5 et 7 galerie Vivienne [IIe], à laquelle il avait succédé vers 1840. Il avait déménagé 50 rue Sainte-Anne vers 1855, puis 33 rue des Grands-Augustins [ancienne maison Féréol-Alexis-Joseph Vermot (1828-1893)] en 1869.


Devenu, en 1856, propriétaire du Journal des enfants et Conseiller des enfants, il y avait écrit sous les pseudonymes de « Charles de Ribelle » et « Céline d’Ornans », puis avait publié plusieurs ouvrages, sous les dits pseudonymes, qui eurent quelque succès : 


La Morale en action (1858), Histoire des animaux célèbres (1859), Le Livre des jeunes personnes vertueuses (1859), Le Monde et ses merveilles (1859), Les Récits amusants (1859), Les Fêtes de l’enfance (1859), La France. Types, mœurs et merveilles de la nature (1859), Les Fastes de la marine française (1860), Les Voyages de mon oncle Vincent (1860), Histoire des siècles et des principales inventions et découvertes (1860), Les Aventures du cousin Simon (1861), Les Récits du père François (1861), La Morale amusante (1861), La Jeune Fille chez tous les peuples (1862), L’Œuvre de Dieu (1862), Le Grand Livre des petits chérubins (1862), Histoire de la famille à Riquiqui et du fameux Gargantua (1863), Les Infortunes de ma tante Josuette et du cousin Bernard (1863), Voyage à travers le monde et l’industrie des nations (1863), Les Confidences de Gribouille (1864), Histoires pour rire (1865), Mémoires et souvenirs de Cadet-Roussel et de son ami Dumolet (1865), Les Métamorphoses de Gringalet (1865), La Civilité honnête, instructive et amusante (1866), Les Trente-Six histoires du père Laridon (1867).


Le 25 septembre 1883, Hatier épousa, à Neufchâtel-sur-Aisne [Aisne], Marie-Alphonsine Lefèvre, née le 30 avril 1858, fille de Auguste-Adolphe Lefèvre, négociant, et de Célinie Nottellet.


La librairie Hatier fut orientée, dès sa création, vers l’édition scolaire. Après les livres de prix, reliés en percaline rouge riche en dorures, 


les fameux manuels de Pierre-Albert Brémant (1855-1908), fils d’instituteur et directeur des cours de l’École d’horlogerie de Paris, destinés à l’enseignement primaire, furent, à partir de 1884, un des grands succès de la maison.



L’Histoire de la littérature française, par Charles-Marc Des Granges (1861-1944), professeur au lycée Henri IV, connut 50 éditions entre 1910 et 1958 ; la même année 1910 parut ses Morceaux choisis des auteurs français.

A l'angle de la rue Séguier

En 1910, les inondations de la capitale submergèrent magasins et bureaux, anéantissant les stocks. 


La librairie émigra alors vers le 8 rue d’Assas [VIe], propriété de la baronne de Grovestins. Au siècle précédent, ces locaux étaient occupés par la Société Fée et Cie, brocheur en livres. La librairie Hatier s’étendra progressivement, en traversant le bloc d’immeubles jusqu’aux 59 et 63 du boulevard Raspail d’une part, en englobant le 6 de la rue d’Assas d’autre part.




Dès 1912, Charles Georgin (1868-1932) publia chez Hatier son Manuel latin en vue de la traduction.
En 1913, Hatier racheta les droits d’éditer le Dictionnaire des huit mille verbes usuels de la langue française, dont la 1ère édition était de 1843, par les frères Louis-Nicolas Bescherelle (1802-1883) et Henri-Honoré Bescherelle (1804-1887).

Le 16 juillet 1913, à Chaillenois [Aisne], Blanche-Marie-Augustine-Élisa Hatier, née à Paris le 24 juin 1884, épousa Adrien-Paul-Marie Foulon (1875-1931).
Le 25 février 1916, à Nevers [Nièvre], Jean-Marie-Alexandre-Julien Hatier, né à Paris le 20 mai 1890, épousa Aimée-Rose-Honorine-Hélène Collin (1891-1980). 


Sous-lieutenant au 122e régiment d’infanterie, il fut tué au Mort-Homme, sur la commune de Chattancourt [Meuse], le 20 août 1917.

En 1917, Charles Georgin publia chez Hatier Œdipe-Roi de Sophocle.


En 1925, parut La Littérature anglaise par les textes, par Georges Guibillon.

Alexandre Hatier mourut à Trélissac [Dordogne], le 15 juillet 1928 : son acte de décès mentionne « fils des défunts Jean Baptiste Hatier et de Elisabeth Hatier » … En vertu d’un arrêt rendu le 5 juin 1923 par la Cour d’appel de Dijon [Côte-d’Or], Alexandre Hatier avait été adopté par son oncle Jean-Baptiste-François Hatier. Alexandre Hatier fut inhumé au cimetière du Montparnasse le 18 juillet.
Son épouse Marie-Alphonsine Lefèvre lui succéda, jusqu’à son décès, le 21 février 1931 à Bordeaux [Gironde], puis ce fut sa fille Blanche Foulon qui dirigea la maison jusqu’à son décès, à Paris, le 15 novembre 1934.

Marque de la Librairie Alexandre Hatier
" Je sers le lecteur "


Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire