mardi 12 mars 2013

Le Rémois Randon de Boisset

Longtemps oublié de toutes les biographies, on avait, pour conserver la mémoire de Randon de Boisset, que les anecdotes données par son ami l’expert Sireuil pour l’« Avertissement » du catalogue de sa vente de tableaux, un article nécrologique de l’Almanach historique et raisonné des architectes (Paris, veuve Duchesne, 1777) répétant à peu près cet avertissement, le passage d’une lettre de Diderot dans le « Salon de 1767 » (Œuvres de Denis Diderot. Paris, J. L. J. Brière, 1821, t. II, p. 443-444), et une ligne dans la Gazette littéraire de Grimm (Paris, Eugène Didier, 1854, p. 225). Il ne restait, pour sauver son nom de l’oubli, que son portrait par Jean-Baptiste Greuze, la représentation de sa galerie par Gabriel-Jacques de Saint-Aubin et deux catalogues de livres et d’œuvres d’art.



Portrait de Randon de Boisset, par J.-B. Greuze

Les « historiens » les plus récents persistant à ne pas remonter aux sources plutôt que de donner des dates fantaisistes, nous donnerons les transcriptions de son acte de baptême, en l’église Saint- Jacques de Reims (Marne), et de son acte d’inhumation, paroisse de Saint-Roch de Paris.

« Lan Mil Sept Cens Neuf le Vingt cinquieme jour du Mois Doctobre je Anthoine Curiot prètre docteur En Theologie Recteur de Luniversité de Reims et Curé de cette paroisse ay [baptisé] le fils de Monsieur Pierre Larandonniere Directeur des Aides de Lelection de Reims et de Madamme françoise Delacroix ses pere et Mere mariée Ensemble auquel on a imposé le nom de Pierre Louis Paul le parein a Eté Mr Paul Malin Receveur des dittes Aides a Reims et la Mareine Mde Louise Loyer Soussignés » [sic]
En marge est écrit qu’il se nomme Pierre Louis Paul Randon, suivant l’ordonnance du lieutenant général au bailliage de Vermandois, siège royal et présidial de Reims, du premier avril 1741.

Au sortir du collège, Randon de Boisset se destina au barreau et devint avocat au Parlement en 1736. Il finit par suivre l’intention de ses parents qui le destinaient aux affaires, et, après avoir été receveur des Aides à Épernay, il devint fermier général en 1757. Témoignant du peu de rapport qu’il y avait entre son mince travail et une aussi énorme masse d’argent qui lui revenait, il échangea sa place de fermier général avec le protégé de la marquise de Pompadour, Jean-Baptiste Darnay, et devint dès 1758 receveur général des finances de la généralité de Lyon : il eut alors plus de temps pour se livrer à son goût pour les lettres et pour les beaux-arts.
À partir de 1758, il demeura rue des Fossés-Montmartre, aujourd’hui rue d’Aboukir (IIe), près la place des Victoires, à Paris.
La recherche des livres, dès 1740, précéda celle des tableaux. Celle-ci le prit en 1752 au cours d’un premier voyage en Italie. Il ne cessa alors de se livrer conjointement à ces deux passions. C’est pendant ce voyage qu’il se lia avec le peintre Joseph Vernet. Il retourna une seconde fois en Italie en 1763, on ne sait dans quelles conditions. En 1766, il fit le voyage de la Hollande et de la Flandre, accompagné par le peintre François Boucher.
Ce fut donc dans son « Salon de 1767 » que Diderot écrivit, à propos d’un tableau de Philippe-Jacques de Loutherbourg (1740-1812) appartenant à Randon de Boisset :

« Cet honnête homme, honnête, et très-honnête, fait peu de cas du genre humain, et vit beaucoup pour lui. Il est receveur-général des finances. Il s’appelle Randon de Boisset. Vous ne verrez pas ses tableaux ; mais vous saurez une de ses actions, qui ne vous déplaira pas. Au bout de cinq à six mois de son installation dans la place de fermier-général, lorsqu’il vit l’énorme masse d’argent qui lui revenait, il témoigna le peu de rapport qu’il y avait entre son mince travail et une aussi prodigieuse récompense ; il regarda cette richesse si subitement acquise, comme un vol, et s’en expliqua sur ce ton à ses confrères, qui en haussèrent les épaules, ce qui ne l’empêcha pas de renoncer à sa place. Il est très-instruit. Il aime les sciences, les lettres et les arts. Il a un très-beau cabinet de peinture, des statues, des vases, des porcelaines et des livres. Sa bibliothèque est double. L’une, des plus belles éditions, qu’il respecte au point de ne les jamais ouvrir. Il lui suffit de les avoir et de les montrer. L’autre, d’éditions communes, qu’il lit, qu’il prête, et qu’on fatigue tant qu’on veut. On sait ces bizarreries ; mais on les pardonne à la probité, au bon goût, et au vrai mérite. »

En 1771, Randon de Boisset déménagea pour venir rue Neuve des Capucines, aujourd’hui rue des Capucines (Ier), près la place Vendôme, habiter un hôtel acquis en 1768 de la veuve du receveur général Dodun, réaménagé par Gabriel et devenu plus tard le siège du Crédit foncier de France. La maladie termina sa vie le 28 septembre 1776. Il décéda en un hôtel de la place Vendôme (actuel n° 18), dont il était locataire, sans avoir été marié ; sa fortune passa à ses deux neveux.

« L’an 1776, le 30 septembre, a été inhumé au cimetière le corps de messire Pierre-Louis-Paul Randon de Boisset, écuyer, conseiller du Roy, receveur général des finances de la généralité de Lyon, garçon, décédé avant-hier rue Neuve des Capucines en cette paroisse, âgé de soixante-huit ans.
Présents : Messire Jean-Louis Millon Dainval, receveur général des finances de la généralité de Lyon, et Augustin Millon Dailly, receveur général des domaines et bois de la généralité de Paris, ses neveux, qui ont signé avec nous, curé soussigné. »



Les ventes de Randon de Boisset se firent en sa maison de la rue des Capucines. Elles commencèrent le lundi 3 février 1777 et continuèrent jusque vers la fin du mois de mars.
Les livres furent vendus d’abord. L’« Avertissement » du Catalogue des livres du cabinet de feu M. Randon de Boisset, Receveur Général des Finances (Paris, Debure fils aîné, 1777, in-12, [2]-iv-6-188-28 p., 1.450 lots) est très court :

« La Collection des Livres de feu M. Randon de Boisset, mérite à tous égards l’attention des Amateurs. Chaque classe leur offrira les articles les plus curieux, tant par la rareté & le choix des éditions, la beauté des exemplaires qui sont pour la plûpart en grand papier, que par l’élégance & la richesse des reliures (*). Plusieurs voyages que M. de Boisset avoit faits en Italie pour y satisfaire son goût pour les Arts & pour augmenter son Cabinet, un des plus précieux qu’il y ait en Europe, en Tableaux, Bronzes, &c. lui avoient inspiré le goût de la Littérature italienne, & l’avoient mis à portée de rassembler les meilleurs Auteurs qui ont écrit en cette Langue. (*) La plus grande partie a été reliée par MM. de Rome pere & fils. » [sic]

Le catalogue ne donne aucun nom de relieur, ni aucune provenance :

124. Liber moralis, italica lingua scriptus, qui dicitur Luctus Christianorum. Venetiis, per Nic. Jenson, anno 1471, in-4. m. cit. Liber eximia raritatis. Voyez Bibliographie instructive N° 1.336. 360 liv.
158. Caii Plinii Secundi naturalis Historiae Libri XXXVII. Venetiis, Jenson, 1474, in-fol. m. r. 99 liv. 19 s.


190. Le diverse ed artificiose machine del Capitano Agostino Ramelli. Parigi, in-fol. v. f. 76 liv. 19 s.
193. Dictionnaire raisonné des Sciences, des Arts & des Métiers. Par. 1751, 28 vol. in-fol. gr. pap. fig. v. m.
194. Supplément au Dictionnaire des Sciences, des Arts & des Métiers.Paris, Panckoucke, 1776, 2 vol. in-fol. gr. pap. br. 3.220 liv. pour les deux lots 193 et 194.
211. Les édifices antiques de Rome dessinés & mesurés par Ant. Desgodets, Paris, Coignard, 1682, in-fol. m. r. 143 liv. 19 s.
223. Architecture Françoise, par Jac. Fr. Blondel. Paris, Jombert, 1752, 4 vol. in-fol. gr. pap. 2 vol. m. r. & 2 vol. en feuilles. 301 liv. 2 s.
229. Mes Rêveries, ouvrage posthume de Maurice, Comte de Saxe. Paris, Desaint, 1757, 2 vol. in-4. gr. p. m. r. fig. 62 liv. 19 s.
272. M. T. Ciceronis Opera omnia cum delectu Commentariorum, studio Josephi Oliveti. Paris. Coignard, 1740, 9 vol. in-4. ch. mag. m. v. l. r. 1.260 liv.
352. Pub. Virgilii Maronis Opera. Birminghamiae, Baskerville, 1757, 2 vol. in-4. m. r. à compartiments. On a joint à cet exemplaire les Figures d’Hollart & autres. 318 liv.
382. Les Métamorphoses d’Ovide, trad. par Ant. Banier, avec fig. de B. Picart. Amsterd. Wetstein, 1732, in-fol. très gr. pap. m. b. Ce Livre est très rare de ce format. 630 liv.
404. Valerii Martialis Epigrammata. Venetiis, Vindelinus de Spira, anno 1470, in-fol. m. bl. Editio primaria, & rarissima. 510 liv.
449. Les Fables de la Fontaine, avec les figures d’Oudry. Paris, Desaint, 1755, 4 vol. in-fol. très gr. p. m. r. 420 liv.
453. Les Œuvres de Nicolas Boileau Despréaux, avec des éclaircissements historiques donnés par lui-même, publiés par Cl. Brossette. Amst. Mortier, 1718, 2 vol. in-fol., m. viol. dent. fig. de B. Picart. 240 liv.
475. Œuvres de J. Bapt. Poquelin de Moliere. Paris, 1734, 6 vol. in-4. m. r. fig. 160 liv.
528. La divina Comedia di Dante Alighieri, col commento di Benevenuto da Imola, e la vita di Dante, scritta da Giov. Boccaccio. In Venetia, Vindeli de Spira, 1477, in-fol. m. r. 68 liv.
549. Rime di Franc. Petrarcha. In Venetia, Jenson, 1473, in-fol. m. r. Voyez Bibliographie Inst. n° 3.343. 153 liv.
864. Le Temple des Muses, avec des figures gravées par Bernard Picart. Amsterd. Chatelain, 1733, in-fol. m. bl. 143 liv. 19 s.
885. Les Etrennes de la S. Jean. Troyes, veuve Oudot, 1742, in-12. m. bl. imprimé sur vélin, avec des fermoirs d’argent. 150 liv.
891. Il medesimo Decamerone. In Firenze, Giunti, 1527, in-8. m. à compartimens, t. l. r. dans une boîte de m. r. Exemplar elegans. Editio originalis. 600 liv.
917.  Hieronymi Morlini Novellae, Fabulae & Comedia. Napoli, in aedibus Jo. Pasqueti de Sallo, 1520, in-4. m. à compartiments. Exemplar elegans libri rarissimi. 900 liv.
927. Les Amours pastorales de Daphnis & Chloé. Paris, 1718, in-8. m. à compartiments. 174 liv.
940. Les Aventures de Télémaque. Amsterdam, Wetstein, 1734, in-fol. m. viol. t. d. fig. de Bern. Picart. 500 liv.



Le Recueil des Histoires Troyennes
Recto du dernier feuillet

975. Le Recueil des Histoires Troyennes, contenant la Généalogie de Saturne & de Jupiter ; les faits & prouesses du vaillant Hercule, & la Réédification de Troyes. Paris, Vérard, in-fol. gothique, imprimé sur vélin avec miniatures. 760 liv. [vient de Gaignat, n° 2.340, 531 liv. 4 s.]
1.031. Œuvres diverses de M. Bern. le Bovier de Fontenelle. La Haye, Gosse, 1728, 3 vol. in-fol. très g. pap. m. r. t. d. fig. de Bern. Picart. 350 liv.




1.054. Cymbalum mundi, ou Dialogues sur divers sujets, par Bonaventure Desperiers, avec les Remarques de Prosper Marchand. Paris, 1732, in-12. fig. m. bl. Imprimé sur vélin. 160 liv.
1.102. Collectiones peregrinationum in Indiam Orientalem & Occidentalem, 25 partibus comprehensae, opus illustratum figuris fratrum de Bry & Meriani. Francofurti ad Moenum, 1590, 12 vol. in-fol. m. bl. Liber rarissimus. 1.002 liv. [imparfait]



1.139. Histoire de la Papesse Jeanne, trad. de Spanheim, par Jacq. Lenfant. La Haye, Scheurleer, 1720, 2 vol. in-12. m. viol. l. r. 271 liv.
1.200. Caii Julii Caesaris Commentariorum de Bello Gallico, Libri V, ex recognitione Jo. And. Episcopi Aleriensis. Romae, in domo Petri de Maximis, anno 1469, in-fol. m. r. Editio princeps Libri eximiae raritatis. 900 liv.
1.208. C. Cornelii Taciti Opera. 1468, in-fol. m. bl. t. d. Editio primaria & rarissima. 801 liv.
1.228. Leonardus Aretinus de bello Italico adversus Gothos. Romae, 1470, petit in-fol. m. r. t. d. Editio Princeps, Rarissima. 360 liv.
1.264. Jo. Simonetae Commentarii rerum gestarum Franc. Sfortiae Ducis Mediol. Mediolani, Zarotus, 1479, in-fol. ch. mag. m. bl. 120 liv.
1.274. Histoire de France, par François Eudes de Mezeray, avec les Portraits & les Médailles. Paris, Guillemot, 1643, 3 vol. in-fol. gr. pap. m. viol. 580 liv.



1.345. Histoire des Yncas du Pérou, trad. de Garcilasso de la Vega, par Jean Baudouin. Amsterd. Bernard, 1737, 2 vol. in-4. gr. pap. v. f. fig. de B. Picart. 96 liv.
1.352. Les Ruines de Palmyre, autrement dite Tedmor au desert, par Rob. Vood. Londres, Millar, 1753, in-fol. gr. pap. m. viol. 199 liv. 19 s.



1.367. Recueil de peintures antiques, imitées fidellement [sic] pour les couleurs & pour le trait, d’après les desseins coloriés, faits par Pierre Santi [sic] Bartoli, par MM. le Comte de Caylus & Mariette. 1757. La Mosaïque de Palestrine, avec des explications par M. l’Abbé Barthelemy. Paris, 1760, in-fol. gr. pap. m. l. r. 1.251 liv.
1.368. Le Pitture antiche e Bronzi d’Ercolano, incise, con qualche spiegazione. Napoli, nella Regia Stamperia, 1757, 7 vol. in-fol. br. en carton. 680 liv.
1.373. Traité des Pierres gravées, par M.Mariette. Par. Mariette, 1750, 2 vol. in-fol. m. r. t. d. 200 liv.
1.375. Musaeum Florentinum exhibens insigniora vetustatis Monumenta, cum observationibus Anton. Franc. Gorii. Florentiae, 1731, 10 vol. in-fol. v. 970 liv.
1.416. Probi Æmilii, liber de virorum excellentium vita. Venetiis, per Nic. Jenson, 1471, in-fol. m. r. Editio princeps, & exemplar elegans libri rarissimi. 186 liv.
1.443. Valerii Maximi, factorum & dictorum memorabilium, libri IX. Moguntiae, per Petrum Schoyffer de Gernsheym, anno 1471, in-fol. m. b. Editio princeps, & exemplar elegans libri rarissimi. 139 liv. 19 s.
1.449. Dictionnaire historique & critique, par Pierre Bayle. Rotterdam, Bohm, 1720, 4 vol. in-fol. gr. pap. m. viol. t. d. l. r. 751 liv.
       
La vente de cette bibliothèque fut l’une des ventes les plus importantes de la décennie 1770. Tous les bibliophiles connaissent ces beaux in-octavo reliés en maroquin rouge, bleu ou vert, par Derome père et fils ou par Padeloup : avec ses armes sur les plats – « D’azur, à la fasce d’or, chargée d’un cœur de gueules, et accompagnée en chef de deux gerbes du second, et en pointe d’une ancre d’argent » – ou une petite étiquette portant son nom sur le contreplat supérieur.



La vente de la bibliothèque produisit 64.631 liv. 2 s.
Les prix furent regardés comme excessifs. Le petit ouvrage de Charles de Fieux, chevalier de Mouhy, intitulé Opuscule d’un célèbre auteur égyptien, contenant l’histoire d’Orphée (Londres, 1752, in-12, mar. r.) fut vendu 11 livres et 19 sols (n° 1.007) : le libraire Mérigot fit aussitôt annoncer qu’il le vendait 2 livres broché.
Derome l’aîné a laissé sur cette bibliothèque la note suivante :
« La reliure d’un in-12 en veau fauve coûtait 3 livres à M. Randon de Boisset, et les autres formats en proportion. Cette reliure était travaillée et dorée avec une exactitude presque géométrique. M. Randon de Boisset achetait toujours six exemplaires en blanc du même ouvrage, pour en avoir un parfait. Il regardait le jour à travers toutes les feuilles et réformait impitoyablement celles qui avaient le moindre défaut. D’ailleurs ses exemplaires étaient ornés de tout ce qui était capable de satisfaire et d’instruire un curieux ; variantes, cartons, estampes rares, tout s’y trouvait réuni. Une addition non imprimée, comme tables, épigrammes, éloges, etc., y était faite de la main du fameux Monchausset [Étienne Monchaussé], copiste du La Fontaine de M. Gaignat. » 


La vente des tableaux et objets d’art vint ensuite : Catalogue des Tableaux & Desseins précieux des Maîtres célèbres des trois Ecoles, Figures de marbres, de bronze & de terre cuite, Estampes en feuilles & autres objets du Cabinet de feu M. Randon de Boisset, Receveur Géneral des Finances. Par Pierre Remy, On a joint à ce Catalogue celui des Vases, Colonnes de marbres, Porcelaines, des Laques, des Meubles de Boule & d’autres effets précieux, par C. F. Juliot (Paris, Musier père, 1777, in-12, xij-149-[1 bl.]- 158 p., 887 lots). Elle commença le jeudi 27 février 1777, se continua jusqu’au 25 mars et produisit 1.249.632 liv. 9 s.  

Randon de Boisset possédait toutes les qualités de l’amateur par excellence : le goût, l’instruction et la grande fortune.

vendredi 8 mars 2013

Dincourt d’Hangard n’était pas tout seul

Pierre-Antoine-François Dincourt, chevalier, seigneur d’Hangard (Somme) et autres lieux, naquit à Amiens le 16 octobre 1743.


Château de Hangard avant la Première Guerre mondiale

Avant la Révolution, il était domicilié à Paris, chez Didot, imprimeur, rue Pavée-Saint-André-des-Arts, 1ère porte cochère à droite, au second. « D’Hangard, amateur assez peu instruit, disait Renouard, s’avisa de faire vendre ses livres pour se donner le sot plaisir de voir comment on payeroit ses curiosités. » Il vendit donc sa bibliothèque, une des plus belles de son temps, à deux libraires du quai des Augustins, Jean-Baptiste-François Née de La Rochelle (1751-1838) et François Belin, dit « Junior » (v. 1760-1797), qui la livrèrent aux enchères publiques, en l’une des salles de l’hôtel Bullion, à partir du lundi 9 mars 1789 : Catalogue des livres choisis et bien conditionnés du cabinet de M *** (Paris, Née de La Rochelle et Belin Junior, 1789, in-8, ix-11 [chiffrées 10-20]-270-[2] p., 2.499 lots) ; certains exemplaires de ce catalogue comportent les prix imprimés à la fin et un supplément de 175 articles en 18 pages ; il a été tiré 25 exemplaires de ce catalogue en grand papier. L’ « Avertissement » des libraires fait l’apologie d’un goût qui se défend de lui-même :


Un des 25 exemplaires sur papier azur
New York, Christie's, 22 mars 2005, 2.040 $

« Lorsqu’une Bibliothèque réunit ce que la Littérature a de plus excellent, ce que la Presse a produit de plus beau, & ce que l’Art de la Relieure a exécuté de plus parfait, c’est un puissant motif de recommander aux Amateurs de jeter les yeux sur le Catalogue que l’on en publie. […]
Depuis long-temps il n’a point été vendu de collection plus importante que celle-ci, & qui fut plus digne de cette classe de curieux que l’on appelle les Gourmets de la Littérature. Elle est principalement remarquable par la quantité d’Auteurs classiques Grecs & Latins qu’elle renferme, par un bon choix d’Auteurs François, Italiens, Espagnols & Anglois les plus estimés. Les classes de Théologie, des Sciences, des Arts & de l’Histoire offrent un très grand nombre d’ouvrages rares ou utiles. Les Exemplaires en sont parfaits pour la plûpart, & si l’on observe que c’est ici le Cabinet d’un curieux qui a pu dîmer dans les Bibliothèques de MM. Le MariÉ [1776], Gouttard [1781], Randon de Boisset [1777], Mariette [1775], de la Valliere [1783], Paris de Mezyeux [1779], & dans les ventes les plus intéressantes qui se sont faites depuis plusieurs années ; que ce même curieux a fouillé les magazins les mieux assortis de la Librairie, qu’il a rassemblé à grands frais plusieurs belles éditions des Aldes & des Etiennes, presque toutes celles des Elzeviers ; les chef-d’œuvres d’Ibarra & ceux de Bodoni, les éditions si célèbres  de Baskerville, de Foulis, de Balfour & Ruddimann, & enfin toutes les belles productions des presses de MM. Didot & des plus célèbres Imprimeurs François, on se convaincra que les éloges que nous donnons à cette collection n’ont rien d’exagéré ni de suspect.
A la vue de tant de livres imprimés sur grand papier, & de plusieurs exemplaires d’une même édition exécutée en divers formats, soit sur des papiers plus beaux les uns que les autres, soit sur du velin d’Italie, nous entendrons peut-être renouveller les murmures de quelques hommes peu fortunés ou peu curieux, qui ne conçoivent pas que l’on puisse élever ses désirs au-delà des éditions de Quinet, de Sercy, de Ribou & de la veuve Oudot. Sans doute, ils vont nous demander à quoi bon toutes ces belles choses ? & ils ne manqueront pas de traiter de Bibliomanes tous ceux qui paroîtront vouloir les acquérir ; mais, nous leur répondrons que chacun est libre de boire des eaux de l’Hypocrène dans la coupe qui lui convient, & que pour qui veut s’enyvrer en homme délicat, mieux valent les vins de Tockai, de Pomare & de Lunelle, que ceux de Surenne ou de Pierrefitte. » [sic]

D’Hangard avait également acheté la bibliothèque de Naigeon qui connaissait alors des embarras pécuniaires et qui, comme en témoigne cette lettre du 4 décembre 1782, s’employa ensuite à recouvrer quelques livres d’affection, au nombre desquels se trouvait un exemplaire relié par Derome du Bayle de 1740 :

« Je compte toujours, Monsieur, sur la promesse que vous m’avez faite de me donner, à la nouvelle année, un sac de 1.200 livres. Cela vous liquidera toujours d’autant, et moi, cela me fera arranger mes petites affaires et me donnera le temps d’attendre la recette de mon petit revenu que je ne touche que tous les ans au quinze de may. Quelque important qu’il soit pour moi, vu ma position, d’avoir ces 1.200 livres vers la nouvelle année, ce n’est pourtant pas là, Monsieur, l’objet de ma lettre, car, comme vous m’avez promis formellement de me faire ce payement, j’y comptois, et ne vous aurois pas importuné d’une lettre pour une affaire que je regardois comme arrangée entre nous. Mais l’objet de ma missive est de vous prier de me céder au même prix le Bayle de 1740. J’ai à tout moment besoin de ce livre. Ce ne peut être pour vous un sacrifice, puisqu’on trouve en feuilles ce livre tant qu’on veut, et que, ne travaillant pas dessus comme moi, vous pouvez vous donner le loisir de le faire relier de même par Derome ; il sera même plus frais que le mien, dont je me suis uniquement servi pendant huit ans. Considérez, Monsieur, que la vie est un commerce réciproque de services rendus et reçus. Si ce livre étoit un ouvrage un peu rare, ou même difficile à trouver, je ne serois pas assez indiscret pour vous prier de me le céder, vous ayant vendu une fois ma bibliothèque. Pour moi qui travaille et qui ai besoin trois ou quatre fois par jour de ce livre, jugez si j’ai comme vous le temps d’attendre que Derome ou Chamon me relie cet ouvrage. Tout ce qui a pu vous faire plaisir et qui a dépendu de moi, je l’ai fait ; je vous ai prévenu et j’ai devancé vos désirs en vous promettant mes trois volumes de Sévigné sans cartons ; je vous les ai donnés avec plaisir pour un exemplaire cartonné. Je serai encore dans le cas de vous obliger de la même manière, et il me semble que ma conduite avec vous mérite de votre part quelque égard. J’ai même été plus loin : je vous ai offert de vous donner en troc, et comme un bon à compte, le Montesquieu, gr. p., relié magnifiquement par Baumgarten [le plus célèbre des relieurs anglais] : c’est le plus grand sacrifice que je puisse faire en ce moment, car j’aime ce livre comme mes yeux, et d’autant plus que le relieur est mort et n’en fera plus. Enfin, Monsieur, voilà le plaisir que je vous demande. Si vous me refusez, je ne vous cache pas que j’en serai profondément blessé, car je verrai alors que vous vous souciez fort peu de me faire de la peine. Encore un coup, je ne vous demande rien qui puisse être pour vous un sacrifice, et moi j’en ai fait un grand en vous offrant mon Montesquieu, qui est le livre le mieux relié que vous ayez dans toute votre bibliothèque. » [sic] (Robert Luzarche. Une lettre inédite de Naigeon. In Le Chasseur bibliographe. Paris, François, 1863, novembre, n° 11, p. 7-10)

Le catalogue ne donne pas de noms de relieurs français et cite deux relieurs anglais. Parmi toutes les provenances citées, toutes répertoriées ci-dessous, on remarque 18 lots provenant de la bibliothèque du comte d’Hoym et deux exemplaires ayant appartenu à Grolier :   
 
5. Nov. J. C. Testamentum, graecè, cum variantibus & paralipomenis Jo.Millii. Oxonii è Theatro Sheldoniano, 1707, in-fol. mar. violet aux armes du comte de Hoym.
15. Nov. J. C. Testamentum, latinè.Paris. T. R.. 1649, 2 vol. in-12, mar. violet, aux armes du comte de Hoym.
91. Traité des restitutions des Grands (par Cl. Jolly) avec une Lettre sur quelques points de la Morale chrétienne ; 1665, p. in-12, v. f. aux armes du comte de Hoym.
162. Les Pensées de Simon Morin, avec ses Cantiques & Pensées spirituelles ; sa déclaration après sa sortie de la Bastille, & l’Arrêt du Parlement qui condamne Morin à être brûlé vif ; 1647, in-8. mar. r. dent. exempl. de M. de Cangé, avec quelques notes de la main de ce curieux. On peut consulter la Bibliographie instructive sur la rareté de cet Ouvrage, N°. 845.
195. Observations sur un Livre intitulé de l’Esprit des Loix par M. Dupin. Paris, 3 vol. in-8. mar. r. Ouvrage dont on assure qu’il n’existe que six exemplaires que l’Auteur a distribué à ses amis. Voyez le Catalogue des Livres du Cabinet de M *** dont la vente a commencé le 19 Novembre 1787, par M. Debure l’aîné.


368. Il novo Cortegiano de vita cauta & morale. Senza l’anno, il nome della citta e del Tipografo, in-4. veau antiq. ex. de Grolier. Ce livre paroît avoir été imprimé vers 1530. Vendu 3 livres et 12 sous.
441. Hier. Cardani de subtilitate libri xxi. Norim. 1550, in-fol. v. f. aux armes du comte de Hoym.
591. Car. Clerck Icones Insectorum rariorum, eum nominibus eorum trivialibus, locisque è C. Linnaei systemate naturali allegatis ; Holmiae, 1759, in-4. avec les figures enluminées & relié en mar. viol. dent. doublé de tabis. Ce Livre est de la plus grande rareté, & l’exemplaire est connu pour sa perfection ; il vient de la belle collection de M. de Limare dont on peut consulter le Catalogue, n°. 782. Il fut acheté 720 liv. à cette vente.
592. Ejusdem Car. Clerck Aranei Suecici, descriptionibus & figuris aeneis illustrati, Suecicè & Latinè. Stockolmiae, Jo. Salvius, 1757, in-4. fig. enluminées, mar. viol. dent. doublé de tabis, exemplaire sur papier fort, d’un livre très-rare ; c’est celui de M. de Limare, sur lequel on peut consulter son Catalogue, n°. 783. Il a coûté 600 liv. à cette vente.



629. And. Baccii de naturali Vinorum historia, de Vinis Italiae & de conviviis antiquorum libri VII. Romae, Mutius, 1596, in-fol. v. f. f. d. s. tr. Exemplaire du comte d’Hoym. Ouvrage rare & très intéressant par son objet. Voyez la Bibliographie instructive, N°. 1.850.
802. Laurentii Vallae Elegantiarum libri sex, & de reciprocatione sui & suus Libellus. Venetiis, Aldus, 1536, gr. in-8. v. br. Exemplaire qui a été offert à François Ier. Roi de France, & qui porte ses armes & sa devise.
876. M. T. Ciceronis operum tomus primus ex Petri Victorii castigationibus. Lugduni, Gryphius, 1540, in-8. Exemplaire qui a appartenu à Jean Racine ; on y trouve des notes écrites par lui-même, & sa signature existe sur le titre.
991. Les Poésies d’Anacréon & de Sapho, trad. en françois, avec des remarques, par Mad. Dacier. Amst. 1699, p. in-8., v. f. Exemp. du comte de Hoym.
1.029. Lucrezio Caro, tradotto da Aless. Marchetti. In Londra, Pickard, 1717, in-8. gr. pap. Mar. citron, aux armes du comte de Hoym.
1.048. Virgilius ex recensione. Nic. Hem. Amster. apud Elzevirios, 1676, in-12, mar. violet. Ex. du comte de Hoym. Cette édition est l’une des plus correcte qui existent.


Sans lieu [Paris], sans date [1548]
Edition dite "à la tête de mort"

1.173. Theod. Bezae Poemata Juvenilia. Editio excusa ad insigne capitis mortui absque anno, in-16. mar. citron.
1.202. Merlini Coccaii (Theoph. Folengi) Opus Macaroricorum. Tusculani, per Alex. de Paganinis, 1521, in-12. v. f. Exemplaire aux armes du comte d’Hoym, très-complet, avec l’épître de l’Imprimeur Paganini. Voyez la Bibliographie instructive, N°. 2.951.
1.239. La Guirlande de Julie pour Madlle de Rambouillet, Julie-Lucine d’Angennes. In-8. relié en maroquin rouge, semé du chiffre de Madelle de Rambouillet. Cet ouvrage, écrit par Nicolas Jarry en 1641, offre un chef-d’œuvre de galanterie & le modèle de la plus parfaite écriture. Il ne passe que rarement dans les ventes publiques des articles aussi dignes de piquer la curiosité des amateurs.
1.251. Fables choisies, mises en vers, par de la [sic] Fontaine. Anvers, H. Van Dunewalt, 1688 & 1694, 5 part. reliées en 2 vol. in-12. fig. mar. r. aux armes du comte de Hoym.
1.307. Noei Borguignon de Gui Barozai (M. de la Monnoye). Ai Dioni, Abran Lyron de Modène, 1720, in-8. v. f. d. s. tr. pap. fin. C’est l’exemplaire de M. de la [sic] Monnoye, avec quelques corrections écrites de sa main.



Type de reliure par Edwards

1.397. Terentius. Birminghamiae, Typis Jo. Baskerville, 1772, in-8. dont la relieure peut passer pour un chef-d’œuvre. Elle est en velin blanc, orné d’une dentelle d’or très-légère. Sur un côté de la couverture on a peint la Muse de la Comédie, & sur l’autre côté se voit la Muse de la Poésie Pastorale. La tranche, quoique dorée, présente, lorsqu’on la fait jouer, une vue d’un château antique & du Paysage qui l’environne. Ce genre de relieure, inventé par un Artiste Anglois nommé Edwards [famille – le père et ses quatre fils – de relieurs et libraires originaire de Halifax (Yorkshire)], est aussi riche qu’agréable, & il ne se trouve en France pour le moment, qu’un bien petit nombre de livres reliés ainsi.



1.409. Rodogune, Princesse des Parthes, tragédie de P. Corneille. Au Nord, 1760, in-4. fig. br. Cette tragédie a été imprimée en partie par Madame de Pompadour, & en partie sous ses yeux dans son appartement.
1.444. Poesie dell’Abbate P. Metastasio. In Parigi, presso la Vedova Quillau, 1755, 10 vol. in-8. grand papier, mar. r. d. s. tr. Exemplaire de M. Randon de Boisset, où se trouve un carton, tom. 2, pag. 341 & 342, qui n’est dans aucun autre. On y a joint aussi l’extrait du Journal de Trévoux, avec des additions aux réflexions du Journaliste sur cette édition de Metastase.
1.588. Histoire de Primaleon de Grece, continuant le Discours de Palmerin d’Olive, trad. en franç. par François Vernassal. Paris, 1572, 4 vol. in-8. mar. v. Exemplaire du comte Hoym.
1.646. L’Heptameron, ou Histoire des Amans fortunés des nouvelles de très-illustre & très-excellente Princesse Marguerite de Valois, Reine de Navarre, remis en son vrai ordre, par Claude Gruget. Paris, 1567, in-16. mar. r. lavé, réglé. Exemplaire du comte d’Hoym.
1.697. Les Œuvres de maître François Rabelais. Lyon, Estiart, 1596, in-16. v. f. aux armes du comte d’Hoym.


1.714. L’Éloge de l’Yvresse, (par Sallengre). La Haye, 1715, in-12. v. f. Exemplaire du comte de Hoym.


1.718. Les Etrennes de la St. Jean, (par le Cte de Caylus, & autres) Troyes, veuve Oudot, 1742, in-12. v. f.
1.792. Philostratorum quae supersunt omnia, gr. & lat. edente Gotfrido Oleario. Lipsiae, 1709, in-fol. papier fin, v. br. Exemplaire de M. Gouttard.
1.807. Œuvres de M. de Montesquieu. Londres (Paris), 1777, 3 vol. in-4. grand papier v. m. dent. reliure de Baumgharten.
1.812. Tutto le opere di Nic. Machiavelli. In Firenze, 1550, in-4. v. f. fil. d. s. tr. Exemplaire de M. l’Abbé de Rothelin.
1.845. Des. Erasmi Colloquia. Lugd. Bat. apud Elzevirios, 1645, petit in-12. mar. violet, aux armes du comte de Hoym.
2.048. La Cyropédie de Xénophon. – De la Vie et Institution de Cyrus, roi de Perse, trad. du grec par Jacq. des Comtes de Vintimille. Lyon, de Tournes, 1555, in-4. mar. cit. Exemplaire qui a appartenu à Catherine de Médicis, femme de Henri II, à qui l’ouvrage est dédié.
2.088. Polybii historiarum libri qui supersunt, gr. & lat. cum notis Isaaci Casauboni. Paris, Drouard, 1609, in-fol. mar. cit. Exemplaire de M. de Boze. Voyez son Catalogue N°. 1.690.
2.108. Tacitus, cum notis H. Grotii. Lugd. Bat. apud Elzevirios, 1640, 2 vol. p. in-12. mar. rouge doublé de mar. lavé, réglé, aux armes du comte de Hoym.
2.130. Histoire de Dion Cassius de Nicée, abrégée par Xiphilin, & trad. en franç. par M. de B. G. (de Bois-Guillebert.) Paris, 1674, 2 vol. in-12. v. f. Exemplaire du comte d’Hoym.
2.168. De re vestiaria libellus ex Baysio excerptus. Lugd. Gryphius, 1536, in-8. veau antiqué, exemplaire de Grollier [sic].
2.227. Histoire de France, par Mezeray. Paris, Guillemot, 1643, & années suivantes, 3 vol. in-fol. fig. br. Exemplaire conforme à la description qui est consignée dans le Catalogue Gouttard, n°. 1.273. Remis en vente en 1812 (n° 1.272).
2.251. La vie & faits notables de Henri de Valois, tout au long, sans rien requérir ; où sont contenues les trahisons, perfidies, sacrilèges, exactions, &c. de cet hypocrite & apostat, ennemi de la religion catholique ; 1589, in-8. fig. mar. r. Livre rare, exemplaire de Gouttard.
2.328. Histoire de la véritable origine de la troisième race des Rois de France, par le Duc d’Espernon, publiée par de Prades. Paris, 1679, in-12. mar. r. Exemplaire aux armes de Mgr. le Dauphin, à qui il a été dédié.
2.358. Lettres & négociations de Jean de Witt. Amsterdam, Waesberge, 1725, 5 vol. in-12. v. f. Exemplaire du comte Hoym.
2.451. Dictionnaire historique & critique de Bayle. Rotterd. 1720, 4 vol. in-fol. Grand papier, mar. violet, avec dentelles & doublés de tabis. Magnifique exemplaire qui a appartenu à M. Randon de Boisset, & dans lequel se trouvent les vers à la louange de Philippe d’Orléans, Regent, & la vie de Bayle, en gr. pap.
2.458. Plutarchi omnia quae extant opera, gr. & lat. cum notis J. Rualdi. Paris. Typis Regiis, 1624, 4 vol. in-fol. charta magna, l. r. relié en peau de truie. Ce superbe exemplaire vient de M. Gouttard, voyez son Catalogue, n°. 1.555.

La vente de la bibliothèque rapporta 75.000 francs, mais il prêta l’entier produit de sa vente à une espèce de banquier qui, peu après, fit banqueroute. Entre-temps, il avait pris part aux assemblées de la noblesse tenues à Amiens, avant d’émigrer. Rentré à Paris, au 21 rue de l’Odéon, il « employa toutes les économies de son mince revenu à refaire un simulacre de la belle bibliothèque qu’il avoit perdue par sa faute » et qui fut vendue après sa mort : Catalogue des livres de la bibliothèque de feu M. Dincourt d’Hangard, la plupart rares, singuliers et d’une belle condition (Paris, Bleuet, successeur de Jombert, fils aîné, 1812, in-8, [4]-255-[1 bl.] p., 1.703 lots). La vente eut lieu en sa maison, du mercredi 1er au mardi 14 avril 1812, en 12 vacations :

147. Panégyriques et autres Sermons preschez par Mess. Esprit Fléchier. Paris, Jean Anisson, 1696, in-4°, v. fau. fil. b. b. d. s. tr. (Exempl. du comte d’Hoym et à ses armes).
155. Sermons du P. Ségaud ; (publiés par le P. Berruyer). Paris, H. L. Guérin, 1750, 6 vol. in-12, m. bl. fil. b. b. d. s. tr. aux arm. du R.
157. Sermons du P. Pierre-Claude Frey de Neuville l’aîné. Rouen, Laur. Dumesnil, 1778, 2 vol. in-12, papier d’Holl. aux arm. du R.
203. Pensées de Pascal, avec des notes ; (par Condorcet et Voltaire), et l’éloge de Pascal (par Condorcet). Londres, (Deux-Ponts) 1776, gr. in-8°, v. fau. fil. b. b. (rel. par Derome le jeune).
239. Opuscules de Bayle. Tous ces petits ouvrages de Bayle sont fort difficiles à recueillir et on les trouve rarement. Ils ont appartenu à Naigeon.
272. Le Corps politique, ou les Élem. de la loi morale et civile, avec des réflexions sur la loi de nature, sur les sermens, les pactes et les divers gouvernemens ; trad. de l’angl. de Th. Hobbes. Leyde, Elzevir, 1653, in-12, m. r. fil. b. b. d. s. tr. (Rel. par Derome le jeune).
279. Discours sur le Gouvernement ; par Algernon Sidney, trad. de l’angl. par P. A. Samson. La Haye, Van Dole, 1702, 3 vol. in-12, rel. en vél. (Exempl. chargé de notes manuscrites de Naigeon).
426. Flore française, ou Description succinte de toutes les plantes qui croissent naturellement en France ; par le chev. de La Marck. Paris, Impr. roy., 1778, 3 vol. in-8°, m. v. d. de tabis, d. b. b. d. sur tr. (Exempl. de Anisson fils, 1re édit.).
522. Litteratur der Mathematischen Wissenschaten ; von Fr. Wilh. Aug. Murhard ; id est, Fr. Wilh. Aug. Murhard Bibliotheca mathematica, lat. et germ. 1797 et 1798, 2 vol. in-8°, pap. fin, fil. b. b. d. s. tr. (Exempl. de la vente Renouard, en novembre 1804).
536. Pauli Frisii dissertationes variae. Lucae, apud Vincentium Junctinium, 1759-1761, 2 vol. in-4°, fig. br. en cart. (Exemplaire de d’Alembert, avec la signature autographe de P. Frisi).
539. Description et explication des globes qui sont placés dans les pavillons du château de Marly ; (par de La Hire). Paris, veuve Thiboust, 1704, in-8°, gr. pap. m. r. d. b. b. d. s. tr. aux arm. du Roi.
562. Table des équations, ou de la différence du temps vrai au temps moyen, pour tous les jours de l’année. In-18, m. bl. dent. tab. b. b. d. s. tr. (Manuscrit d’une belle exécution sur pap. fin, et entouré d’ornemens en or, exécuté pour Randon de Boisset, de chez lequel il vient).
759. Nic. Heinsii poematum nova editio auctior : Accedunt Joh. Rutgersii posthuma et adoptivorum carminumlib. II. Amstel. Dan. Elzevirius, 1666, p. in-8°, v. br. (Exempl. de de Thou à qui il a été donné par Nic. Heinsius).
800. Œuvres diverses du sieur R *** (J. B. Rousseau). Soleure, Ursus Heuberger, 1712, in-12, v. fau. b. b. (Edit. recherchée et rare, exemplaire de Soubise).
802. Odes Philippiques ; par La Granche-Chancel. Sans nom de lieu, ni d’imprimeur et sans date. In-12, v. m. (Exempl. de La Vrillière).
806. La Pucelle d’Orléans, avec figures. Paris (Amsterdam), 1775, in-12, m. r. fil. B. b. d. s. tr. (rel. par Derome). Cette édition est charmante et très-difficile à trouver. Elle contient dans les variantes les vers hardis sur Louis XV, le Roi de Prusse, Mme de Pompadour.
874. Tables alphabétiques et chronologiq. des pièces de l’anc. théâtre italien depuis son établissem. en 1697, avec des remarq. et une table alphabétique des auteurs ; par N. B. D. G. (N. B. du Gérard). Paris, Prault, 1750, in-8°, m. r. fil. b. b. d. s. tr. (Exempl. du duc de Fleury, et à ses armes).
875. Recueil de différentes pièces du théâtre franç., 9 vol. in-12, m. r. b. b. d. s. tr. (Exempl. du duc de La Vallière. Voyez le Catalogue de la vente faite en 1773, n° 1.184).
880. Œuvres de J. Racine. Paris, Cl. Barbin, (Hollande) ; 1697, 2 vol. in-12, fig. m. r. doub. de m. d. d. s. t. aux armes du duc d’Orléans.
942. Fables choisies, mises en vers ; par de La Fontaine ; (enrich. des fig. de Causse). Paris, Cl. Barbin, 1668, in-4°, m. r. fig. b. b. d. s. tr. aux armes du duc d’Orléans. Première édition rare et recherchée, quoiqu’elle ne contienne que les 6 premiers livres.
971. Histoire de Mélusine, princesse de Lusignan et de ses fils, desquels l’illustre Maison de Lusignan tire son origine ; (par Fr. Nodot). Paris, Cl. Barbin, 1700, 2 vol. in-12, v. br. (Exempl. du baron d’Heiss).
1.008. Daïra, histoire orientale ; (par de La Popelinière). Paris, imp. de Cl. Fr. Simon, gr. in-4°, m. r. dent. b. b. d. s. tr. (Avec le portrait et aux armes de l’auteur).
1.020. Œuvres de maître Franç. Rabelais, contenant la vie, faits et dits héroïques de Gargantua et de son fils Pantagruel. 1556, in-16, m. r. fil. b. b. d. s. tr. (Exempl. enrichi d’une table analytique manuscrite de Naigeon et de sa main).
1.126. Lettres choisies de Richard Simon, où l’on trouve un grand nombre de faits-anecdotes de littérature ; édit. revue, augm. d’un volume et de la vie de l’auteur ; par Bruzen de La Martinière. Amst. P. Mortier, 1730, 4 vol. in-12, v. fau. fil. b. b. (Exempl. Soubise).
1.135. Traité de géographie qui donne la connaissance et l’usage du globe et de la carte ; par P. Duval, rev. et augm. par le P. Placide. Paris, Mlle Duval, in-12, m. r. fil. b. b. d. s. tr. (Exempl. de Crozat et à ses armes, auquel on a ajouté le portrait de mademoiselle Crozat, à qui l’ouvrage est dédié).
1.213. Les Vies des Saints pour tous les jours de l’année, avec une prière et des pratiques à la fin de chaque vie ; (par Fr. Ph. Mesenguy). Paris, Phil. Nic. Lottin, 1737, 2 vol. in-12, m. r. fil. b. b. d. s. tr. (exempl. aux arm. de Madame).
1.242. Considérations sur les causes de la grandeur des Romains et de leur décadence ; (par Montesquieu). Amst. Jacq. Desbordes, 1734, p. in-8°, v. br. (Exempl. de Dortous de Mairan, non cartonné, avec quelq. remarques de lui). – Hist. des Révolutions arrivées dans le gouvernement de la Républ. Romaine ; par l’abbé de Vertot. Paris, Fr. Barrois, 1719, 3 vol. in-12, v. br. (Exempl. du comte d’Hoym et à ses armes).
1.299. Mém. du comte de Brienne. Amst. J.-F. Bernard, 1719, 3 vol. p. in-8°, v. b. (aux armes du duc de Mortemart).
1.300. Mém. De Guy-Joly, conten. l’Histoire de la Régence d’Anne d’Autriche. Amst. J. Fred. Bernard, 1738, 2 vol. p. in-8°, m. v. fil. b. b. d. s. tr. (Aux armes du Roi).
1.304. Vie du Dauphin, père de Louis XV ; par l’abbé Proyart. Lyon, Bruyset Ponthus, 1782, 2 vol. in-12, m. r. fil. b. b. d. s. tr. (Aux armes du Roi).
1.412. Hist. du card. Ximenes, arch. de Tolède et Régent d’Espagne ; par Marsollier. Paris, Grég. Dupuis, 1704, 2 vol. in-12, v. fau. fil. b. b. (Exempl. du comte d’Hoym).
1.451. Calendarium inclyti ordinis equestri de Huberto Sacro. 1761, in-12, fig. m. r. d. b. b. d. s. tr. (Aux armes de Charles Théodore, grand maître de l’ordre).
1.698. Dictionnaire Historique portatif, par l’abbé Ladvocat. Paris, Didot, 1752, 2 vol. in-8°, m. v. fil. b. b. d. s. tr. (aux armes de madame Victoire de France).    





Pierre-Antoine-François Dincourt, seigneur d’Hangard, mourut à Paris en 1811, au 21 de la rue d’Odéon (VI). Il était le fils de Pierre-François Dincourt (Amiens, 22 septembre 1713-9 mai 1760), chevalier, seigneur d’Hangard, Hourges, Abancourt et autres lieux, conseiller du Roy, lieutenant général de police, maire de la ville d’Amiens de 1757 à sa mort, marié en 1742 à Marie-Jeanne Boistel († 1783), demeurait à Amiens, rue et chaussée de Noyon, paroisse de Saint-Michel. Il possédait un ex-libris, aux armes « De gueules à un daim d’argent courant, les cornes d’or », qui se trouve sur le n° 1.718 de la bibliothèque de son fils vendue en 1789, aujourd’hui à la Bibliothèque municipale de Lyon : sa bibliothèque fut donc à l’origine de celle de son fils.