mercredi 13 juillet 2022

Victor Audouin (1797-1841) : la plus riche bibliothèque entomologique de Paris

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Palluau-sur-Indre


D’une famille originaire de Palluau-sur-Indre [Indre], passée à Tours [Indre-et-Loire] au milieu du XVIIIe siècle, Jean-Victor Audouin est né à Paris, le 8 floréal An V [27 avril 1797], troisième des sept enfants d’un avocat peu fortuné.


 

Ce père, Victor-Joseph Audouin, né le 15 octobre 1762 à Tours et baptisé le même jour en l’église Saint-Hilaire, habitait rue des Juifs à Paris [rue Ferdinand Duval, IVe] quand il épousa, le 24 juillet 1792, en l’église Saint-Étienne-du-Mont [Ve], Jeanne-Marie-Pierrette Énée, née le 14 juillet 1770 à Choisy-le-Roi [Val-de-Marne], fille d’un ancien entrepreneur des bâtiments du Roi, demeurant rue des Maçons-Sorbonne [rue Champollion, Ve]. Pierrette Énée mourut en son domicile de Sèvres [Hauts-de-Seine], 88 rue Royale, le 22 mai 1837, Victor-Joseph Audouin mourut à Paris, le 27 mars 1848.

Son grand-père, Claude-Étienne Audouin, fils de notaire à Palluau-sur-Indre, lui-même procureur au bailliage de Tours, naquit à Palluau-sur-Indre où il fut baptisé le 29 décembre 1728. Il épousa Marie Bujon, fille d’un marchand carrier, née le 16 août 1721 à Tours, et baptisée le lendemain en l’église Saint-Hilaire. Il mourut à Tours, 2 rue Descartes, le 16 prairial An VII [4 juin 1799].

Entrée de l'ancien lycée de Reims, rue de l'Université
Prosper Tarbé. Reims. Essais historiques sur ses rues et ses monuments.
Reims, Quentin-Dailly, 1844, p. 220


Audouin commença ses études en 1807 au lycée de Reims [Marne], - ouvert depuis le 1er vendémiaire An XIII [23 septembre 1804] dans l’ancien collège des Bons-Enfants, rue de l’Université -, les poursuivit à Paris au Lycée impérial [lycée Louis-le-Grand, rue Saint-Jacques, Ve] en 1809, passa en 1812, grâce à la protection d’un parent, au collège principal de Lucques [Italie], et reprit ses études au lycée Louis-le-Grand en 1814. Son séjour en Italie avait développé en lui le goût des sciences naturelles, mais son père voulut lui faire embrasser sa profession, exigea qu’il fît son droit et le plaça chez un avoué.

En 1816, se livrant à la chasse des insectes dans le bois de Meudon [Hauts-de-Seine], il rencontra le minéralogiste Alexandre Brongniart (1770-1847), qui le prit comme secrétaire et aide naturaliste au Jardin du Roi, moyennant 600 francs par an : ses parents lui permirent alors de quitter le droit pour la médecine.

Le 2 juillet 1816, sa sœur aînée, Catherine-Alexandrine Audouin, née à Paris le 5 frimaire An IV [26 novembre 1795], demeurant chez ses parents 9 rue des Maçons-Sorbonne, épousa Charles-Prosper Dehansy, libraire, né à Paris, paroisse Saint-Jacques-le-Majeur [dite de la Boucherie, IVe], le 19 février 1776, veuf de Marguerite-Françoise Delaunay, demeurant 1 rue de la Sorbonne [Ve].  

Audouin entra chez un pharmacien, puis il servit d’aide au préparateur des cours de l’École de pharmacie, Heinrich-August Vogel (1778-1867), futur professeur de chimie à Munich [Allemagne]. Pendant ce temps, de 1818 à 1824, il publia neuf mémoires concernant l’entomologie, ce qui lui valut d’être reçu membre de la Société d’histoire naturelle de Paris le 16 mars 1821, de la Société philomathique de Paris, « pépinière de l’Académie des sciences », le 19 mai 1821, de l’Académie des sciences naturelles de Philadelphie, de la Société de physique et d’histoire naturelle de Genève et de la Société des curieux de la nature de Moscou. 



Nommé sous-bibliothécaire de l’Institut royal de France en 1823, il fonda l’année suivante, avec ses futurs beaux-frères, Adolphe Brongniart (1801-1876) et Jean-Baptiste Dumas (1800-1884), les Annales des Sciences Naturelles. En 1825, il remplaça « le prince des entomologistes », Pierre-André Latreille (1762-1833), malade, pour faire son cours au Muséum national d’histoire naturelle [rue Buffon, Ve]. Cette même année, il fut chargé par le Muséum et la Commission des sciences et des arts pour l’ouvrage sur la Description de l’Égypte de compléter la légende des planches relatives aux invertébrés, que le naturaliste Marie-Jules-César Savigny (1777-1851) n’avait pu achever, étant devenu aveugle, ce qui lui valut d’être nommé chevalier de l’Ordre royal de de la Légion d’honneur, par une ordonnance du Roi du 25 janvier 1826.


 

Il fut reçu docteur en médecine le 22 août 1826, après avoir soutenu une thèse intitulée Prodrome d’une histoire naturelle, chimique, pharmaceutique et médicale des cantharides.

De 1826 à 1829, il s’attacha à l’étude des invertébrés marins sur les côtes, à Granville et aux îles Chausey [Manche], et à Saint-Malo [Ille-et-Vilaine], avec son confrère Henri-Milne Edwards (1800-1885), dit « Henri Milne-Edwards ». 

Photographie Karine Lerissel

En 1826, un oiseau lui fut dédié : le goéland d’Audouin [Ichthyætus audouinii].

Victor Audouin

 
Mathilde Brongniart

Le 6 décembre 1827, en l’église Saint-Thomas d’Aquin [VIIe], il épousa Mathilde-Émilie Brongniart (1808-1882), fille de Alexandre Brongniart et de Cécile Coquebert de Montbret (1782-1862). De cette union naquirent deux garçons, dont l’aîné mourut en bas âge, et une fille.

Audouin devint aide-naturaliste d’entomologie au Muséum en 1830, fut l’un des fondateurs de la Société entomologique de France en 1832 et succéda en 1833 à Latreille comme professeur au Muséum. 

Situation de la maison de Buffon [76] au Jardin des Plantes
Boitard et J. Janin. Le Jardin des Plantes. Paris, Gustave Barba, 1851, p. 40



Il habita dès lors au Jardin des Plantes, dans la maison dite « de Buffon », pavillon à l’angle de la rue Buffon et de la rue du Jardin du Roi [rue Geoffroy Saint-Hilaire, Ve].


 

En 1832, alors qu’il n’avait jamais pratiqué la médecine, Audouin n’hésita pas à payer de sa personne lors de l’épidémie de choléra, accompagnant Louis-François-Emmanuel Rousseau (1788-1868), médecin et aide naturaliste au Muséum, dans ses visites aux malades de l’ancien XIIe arrondissement. Il reçut de la ville de Paris une médaille portant « GÉNÉROSITÉ DÉVOUEMENT ».

Audouin fut reçu membre de la Société royale et centrale d’Agriculture en 1834. En 1837, le ministre de l’agriculture et du commerce, informé des ravages que faisait dans les vignobles du Mâconnais la pyrale de la vigne, le chargea de se rendre sur les lieux pour indiquer les moyens de s’y opposer. S’étant acquitté de cette tâche, il fut élu à l’Académie des sciences le 5 février 1838.

Après plusieurs voyages dans diverses parties de la France, dans le but d’étudier les insectes nuisibles à l’agriculture, il fut brutalement terrassé par un accident vasculaire cérébral le 9 novembre 1841, de passage à Saint-Mandé [Val-de-Marne], 14 chaussée de l’Étang, à l’âge de 44 ans. 



Il fut inhumé au cimetière du Père Lachaise [Division 11].

Jean-Victor Audouin était aussi membre de la Société royale académique de Caen, des Sociétés linnéennes de Bordeaux et du Calvados, des Sociétés académiques de la Loire-Inférieure et d’Arras, de l’Académie des sciences d’Aix, de la Société des sciences de Lille, de la Société philomathique de Perpignan, des Sociétés d’agriculture de la Drôme, de la Marne, de Lyon, de la Charente-Inférieure, du département de Seine-et-Oise et d’Aurillac, du Cercle médical de Vassy, de l’Académie de médecine de Marseille ; de l’Académie des sciences de Stockholm, de l’Académie royale de Turin, du Lycée des sciences naturelles de New York, des Sociétés géologique et entomologique de Londres, des Sociétés d’histoire naturelle de Hartford, de l’ile Maurice et de Hall, de l’Académie des géorgophiles de Florence, de la Société d’agriculture de Turin et de la Société de médecine de Gand.  

Photographie BnF

 

Son ouvrage majeur, Histoire des insectes nuisibles à la vigne, et particulièrement de la pyrale qui dévaste les vignobles […] ; avec l’indication des moyens qu’on doit employer pour la combattre (Paris, Fortin, Masson et Cie, 1842, in-4, 23 pl.), dont la première livraison est parue en 1840, fut publié après sa mort, par ses amis Henri Milne-Edwards et Émile Blanchard (1819-1900), sous les auspices du ministre de l’agriculture et du commerce et des conseils généraux des départements ravagés.


 

Sa riche bibliothèque entomologique fut dispersée du mardi 10 au mercredi 25 mai 1842, en 14 vacations, au Jardin des Plantes, dans le bâtiment de l’ancienne Bibliothèque : Catalogue des livres d’histoire naturelle et principalement d’entomologie Composant la Bibliothèque de feu M. Victor Audouin, membre de l’Académie des sciences, professeur d’entomologie au Muséum d’histoire naturelle (Paris, Merlin, 1842, in-8, [4]-171-[1 bl.] p., 2.250 + 18 doubles [bis] = 2.268 lots, nombreuses erreurs de numérotation), dont Sciences en général [61 lots = 2,68 %], Histoire naturelle en général [76 lots = 3,35 %], Anatomie et physiologie animale [40 lots = 1,76 %], Anatomie et physiologie de divers organes en particulier [130 lots = 5,73 %], Zoologie générale [90 lots = 3,96 %], Animaux vertébrés en général et mammifères en particulier [44 lots = 1,94 %], Oiseaux [16 lots = 0,70%], Reptiles [27 lots = 1,19 %], Poissons [19 lots = 0,83%], Entomologie générale [352 lots = 15,52 %], Insectes en particulier [627 lots = 27,64 %], Arachnides [53 lots = 2,33 %], Crustacés [72 lots = 3,17 %], Cirripèdes [4 lots = 0,17 %], Annélidés [36 lots = 1,58 %], Helminthes [34 lots = 1,49 %], Mollusques [87 lots = 3,83 %], Zoophytes [38 lots = 1,67 %], Animaux fossiles [40 lots = 1,76 %], Botanique [83 lots = 3,65 %], Géologie [60 lots = 2,64 %], Minéralogie et exploitation des mines [16 lots = 0,70 %], Chimie et eaux minérales [13 lots = 0,57 %], Physique – Astronomie et mathématiques [37 lots = 1,63 %], Médecine [42 lots = 1,85 %], Agriculture [53 lots = 2,33 %], Voyages, géographie et statistique [26 lots = 1,14 %], Littérature [14 lots = 0,61 %], Supplément [78 lots = 3,43 %].


 

504. De animalibus insectis libri septem. Cum singulorum iconibus ad vivum expressis. Autore Ulysse Aldovrando. Bonon. Apud Clementem Ferronium, 1638, in-fol., fig., rel.



573. Bibliographie entomologique, Par Charles Nodier. Paris, Moutardier, An IX. « Essai fort imparfait, mais fort rare, d’un écolier de quatorze ans. J’étais propriétaire de l’édition, et je l’ai détruite avec tant de soin, qu’il n’en reste certainement pas quatre exemplaires. » [Bibliothèque de M. G. de Pixerécourt, 1838, p. 325, n° 2.191]



811. La Structure du ver à soye, et de la formation du poulet dans l’œuf. Contenant deux dissertations de Malpighi. Paris, Maurice Villery, 1686, in-12, 5 pl., rel.



1.030. Tratado de las langostas muy util y necessario. Compuesto por el doctor Ivan de Quiñones. Madrid, Luis Sanchez, 1620, in-4.



1.078. Traité de la culture du nopal, et de l’éducation de la cochenille Dans les Colonies Françaises de l’Amérique ; Précédé d’un voyage à Guaxaca, Par M. Thiery de Menonville. Le Cap-Français, veuve Herbault, Paris, Delalain, Bordeaux, Bergeret, 1787, 2 vol. in-8, 4 pl., rel.



1.095. Ephemeri vita or the Natural History and anatomy of the ephemeron, A fly that Lives but five hours. By Jo. Swammerdam. London, Henry Faithorne et John Kersey, 1681, 8 pl., br.



1.332. Le Gouvernement admirable ou la République des abeilles. Nouvelle édition. Par M. J. Simon. Paris, Thiboust, 1742, in-8, pl. et fig., rel.



1.385. Traité sur la culture des muriers blancs, la manière d’élever les vers-à-soie, et l’usage qu’on doit faire des cocons. Par M. Pomier. Orléans, Couret de Villeneuve, 1763, 7 pl., rel.



1.470. A natural history of spiders, and other Curious insects, by Eleazar Albin. London, printed by John Tilly, 1736, in-4, 53 pl., rel.



1.537. Considérations générales sur la classe des crustacés. Par Anselme-Gaetan Desmarest. Paris et Strasbourg, F. G. Levrault, 1825, in-8, 56 pl., rel.



1.675. Observationes circa viventia, quae in rebus non viventibus reperiuntur. Romæ, Typis Dominici Antonij Herculis, 1691, in-4, 44 pl., rel.



1.687. Histoire abrégée des coquillages de mer, de leurs mœurs, et de leurs amours. Par S. L. P. Cubières, l’aîné. Versailles, Ph.-D. Pierres, An VIII, in-4, 21 pl., rel.




1.756. Recherches et observations naturelles De Monsieur Boccone Gentilhomme Sicilien ; Touchant Le Corail, la Pierre Etoilée, les Pierres de figure de Coquilles […]. Amsterdam, Jean Jansson à Waesberge, 1674, in-12, pl., rel.  

Victor Audouin, par Léon Blanchot (1868-1947)
Muséum d'histoire naturelle

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

mardi 5 juillet 2022

Louis-Guillaume Le Monnier (1717-1799), botaniste et médecin, aussi charitable que désintéressé

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Louis-Guillaume Le Monnier, associé de l’Institut, membre de l’Académie des Sciences, conseiller d’État honoraire et premier médecin du Roi, naquit à Paris, le 27 juin 1717. Sa famille, originaire de Champ-du-Boult [Calvados], à une douzaine de kilomètres au sud-ouest de Vire, était passée en 1612, à l’occasion d’un mariage, à Saint-Sever-Calvados [Noues-de-Sienne], à dix kilomètres à l’ouest de Vire.




Son père, Pierre Le Monnier, né en 1675 à Saint-Sever-Calvados, professeur de philosophie au Collège d’Harcourt et membre de l’Académie des Sciences, est l’auteur d’un cours qui servait autrefois de livre élémentaire dans les collèges :
Cursus philosophicus ad scholarum usum accomodatus (Paris, Louis Genneau et Jacques Rollin, 1750, 6 vol. in-12, fig.). Il mourut à Saint-Germain-en-Laye [Yvelines] le 26 novembre 1757.

Son frère aîné, Pierre-Claude, dit « Pierre-Charles », décédé à Hérils [Calvados, village rattaché à Maisons en 1830] le 10 germinal An VII [30 mars 1799], membre de l’Institut, et l’un de nos plus célèbres astronomes, avait été, pendant cinquante-deux ans, de cette même Académie. Le père et les deux fils y siégèrent ensemble pendant quatorze ans : Pierre Le Monnier avait été nommé adjoint-géomètre en 1725 et associé vétéran en 1736 ; Pierre-Claude Le Monnier avait été nommé en 1735 ; Louis-Guillaume Le Monnier fut nommé adjoint-botaniste le 3 juillet 1743, associé le 14 mars 1744 et pensionnaire le 5 août 1758.

Expérience faite en 1746 par Le Monnier, dans le couvent des Chartreux, pour apprécier la vitesse de l'électricité. Louis Figuier. Les Merveilles de la Science. Paris, Jouvet et Cie, 1867, t. I, p. 465

Le jeune Louis-Guillaume Le Monnier se livra d’abord à la physique. Ses découvertes, aujourd’hui vulgaires, étaient alors des découvertes réelles, et Joseph Priestley, dans son Histoire de l’électricité (Paris, Hérissant le fils, 1771, t. I), leur assigne la place qu’elles méritent. Les articles « Aimant », « Aiguille aimantée » et « Electricité » de l’Encyclopédie (Paris, Briasson, David l’aîné, Le Breton et Durand, 1751, t. I, et 1755, t. V), sont de Le Monnier.

Mais l’histoire naturelle eut bientôt une grande part à ses affections, et finit par l’emporter. Lorsque César-François Cassini de Thury (1714-1784) et Nicolas-Louis de La Caille (1713-1762) allèrent, en 1739, dans le midi de la France pour y prolonger la Méridienne de l’Observatoire de Paris, Le Monnier fut envoyé avec eux pour recueillir les observations qui se présenteraient sur leur route : il décrivit les mines de l’Auvergne, les eaux minérales du Mont-Dore [Puy-de-Dôme], les mines du Roussillon, examina les eaux minérales de Barèges [Hautes-Pyrénées], et fit connaître les mauvaises qualités de certains champignons.



Après la soutenance, le 4 décembre 1738, de sa première thèse - An Musculorum Momentum à longitudine & dispositione Fibrarum ? -, il avait été placé, dès l’année suivante, comme médecin de l’hôpital de la Charité de Saint-Germain-en-Laye. 

Maison de Claude Richard à Trianon

Il se lia d’amitié avec le jardinier Claude Richard (1705-1784), qui cultivait dans ses serres chaudes des plantes et des fleurs exotiques alors inconnues en France ; il lui apprit la botanique et le latin, et le recommanda à Louis de Noailles (1713-1793), duc d’Ayen [Corrèze], qui fit son éloge au roi Louis XV : en 1750, le roi l’appela pour créer le jardin botanique du Petit Trianon, domaine du parc du château de Versailles.

Le Monnier publia une nouvelle édition, revue, corrigée et augmentée de la Pharmacopée royale, galénique et chymique, par Moyse Charas (Lyon, Frères Bruyset, 1753, 2 vol. in-4).

Le duc d'Ayen présente Le Monnier à Louis XV
P.-A. Cap. Le Muséum d'histoire naturelle. Paris, L. Curmer, 1854, p. 33

 

En 1757, pendant la guerre de Sept Ans, Le Monnier fut premier médecin de l’armée de Bavière, puis de l’armée du prince de Soubise. En 1758, il fut nommé professeur de botanique au Jardin des Plantes, succédant à Antoine de Jussieu (1686-1758).

Nommé médecin ordinaire du Roi en 1761, il fut appelé aux fonctions de premier médecin près de Louis XV en 1770.

Bacopa monnieri

 

Le Monnier partageait son temps entre les secours qu’il donnait aux infortunés, la jouissance d’une riche bibliothèque qu’il n’a cessé d’accroître, et les soins assidus de ses collections végétales. Le botaniste Fusée Aublet (1723-1778) dédia à La Monnier le genre « Monniera », de la famille des Rutacées.

« Lemonnier a puissamment contribué à l’acclimatation, en France, des beaux arbres et des belles fleurs. Il les répandit non-seulement dans les jardins de Saint-Germain, de Trianon, de Bellevue, d’Auteuil et de Paris, mais il les distribuait aux amateurs, et chercha à en peupler nos champs et nos forêts. Il fit planter des cèdres du Liban dans le Roussillon, des pins de Weymouth à Fontainebleau, des pins maritimes et des pins du Nord dans les environs de Rouen et du Mans. Il proposa aussi de planter des pins de Riga, si précieux pour la marine et qui réussiraient très-bien dans certaines localités. Quant aux fleurs et aux arbres d’ornement, c’est à lui que l’on doit la belle de nuit à longues fleurs, l’acacia à fleurs roses, l’amandier à feuilles satinées ; il a multiplié les kalmias, les rhododendrons et les beaux arbustes de l’Amérique septentrionale. C’est lui qui a introduit l’usage du terreau de bruyère, si utile pour la culture des plantes du Cap et de l’Amérique. »

(P.-A. Cap. Le Muséum d'histoire naturelle. Paris, L. Curmer, 1854, p. 34).

Le 2 octobre 1773, à Notre-Dame de Versailles, Le Monnier épousa Marie-Ursule Durant Demonville (1727-1793), veuve de André Martin (1725-1762), commissaire des guerres, première femme de chambre de Madame Victoire de France (1733-1799), fille de Louis XV.

Maison des Italiens, à Montreuil

 

En octobre 1776, Le Monnier acheta à la comtesse de Marsan, gouvernante des Enfants de France, la maison dite à tort « Maison des Italiens », 18 rue Michel de Montaigne [15 rue Champ Lagarde], à Montreuil [rattaché à Versailles en 1787], ancienne « folie » de la comtesse d’Argenson.

Louis-Guillaume Le Monnier

 

Le Monnier devint premier médecin des Enfants de France, de la Chambre de Monsieur et Madame en 1781, et du roi Louis XVI en 1789. Dévoué à son souverain, Le Monnier continua de le visiter dans sa prison jusqu’au moment fatal.

Dans la nuit du 10 août 1792, un ancien militaire fit sortir Le Monnier du château des Tuileries, où il occupait une chambre au pavillon de Flore, et le conduisit jusqu’à son logement au quartier du Luxembourg [VIe] : Le Monnier réussit à sortir de Paris et se réfugia à Montreuil. Si la Révolution l’avait épargné physiquement, elle lui avait retiré ses revenus : il installa alors une boutique d’herboriste sur l’avenue de Saint-Cloud.

Membre de l’Académie des Sciences depuis 1743, de la Royal Society of London depuis 1745 et de l’Académies de Berlin, Le Monnier fut élu membre associé non résidant de la 1ère classe de l’Institut national – section de botanique et physique végétale –, le 14 ventôse An IV [5 mars 1796].

Le 26 pluviôse An VI [14 février 1798], à Versailles, il se remaria avec l’une de ses nièces, Renée-Michelle Le Monnier (1769-1820), dans l’unique intention de lui laisser sa fortune.

Après une longue et douloureuse maladie, Louis-Guillaume Le Monnier mourut en sa maison du quartier de Montreuil, à Versailles, le 21 fructidor An VII [7 septembre 1799].


 

Sa bibliothèque et son cabinet furent vendus en la Salle de vente qui se trouvait 19 et 36 rue des Bons Enfants, en face de l’entrée de la cour des Fontaines, du lundi 11 nivôse au vendredi 6 pluviôse An XII [2 au 27 janvier 1804], en 23 vacations :  Catalogue des livres de la bibliotheque, et Notice d’instruments de physique, d’astronomie, etc. provenants du cabinet de feu L. G. Le Monnier, Docteur régent de la Faculté de Médecine de Paris, Membre de l’Académie des Sciences de Paris, et autres, Premier Médecin de Louis XVI (Paris, Gaudefroy, An XII-1803, in-8, xxij-[1]-[1 bl.]-226-4 p., 2.176 + 21 + 19 doubles [bis] = 2.216 lots), dont Théologie [48 lots = 2,16 %], Jurisprudence [7 lots = 0,31 %], Sciences et Arts [1.486 lots = 67,05 %], Belles-Lettres [149 lots = 6,72 %], Histoire [365 lots = 16,47 %], Addition [140 lots = 6,31 %], Instruments précieux [21 lots = 0,94 %].

Photographie BnF

 

14. Heures à l’usaige de Rome imprimées à la requeste et dévotion de Messire Claude Gouffier, chevalier de l’ordre du Roy, comte de Caravas et de Mauleurier, seigneur de Boysi, grand escuyer de France, capitaine de cent gentilshommes de la Maison du Roy. Paris, Michel de Vascosan, 1558, in-8, réglé, imprimé sur vélin, initiales enluminées, 4 miniatures en pleines pages avec écusson aux armes de Claude Gouffier au bas de chacune d’elles, mar. r. 24 fr. 5.



154. Caroli Linnæi […]. Species plantarum. Holmiæ, Laurentii Salvii, 1753, 2 vol. in-8, v. m. 27 fr.



177. The Civil and Natural History of Jamaica. London, T. Osborne et J. Shipton, 1756, in-fol., b. en cart., 50 fig. [la fig. 50 manque presque toujours]. 30 fr. 5.



211. L’Histoire naturelle éclaircie dans une de ses parties principales, l’oryctologie, qui traite des terres, des pierres, des métaux, des minéraux, et autres fossiles. Paris, De Bure l’Aîné, 1755, gr. in-4, v. m., fig. 12 fr. 50.



252. Conradi Gesneri medici Tigurini Historiæ Animalium lib. I. [-III-IV-V]. Tiguri, Christ. Froschoverum, 1551-1555-1558-1587, 4 vol. in-fol., v. f., fig. 24 fr.



253. Ulyssis Aldrovandi Opera omnia. Bononiæ, 1599-1668 [première édition, sauf le vol. De Quadrupedibus Solipedibus qui est daté 1648, alors que sa première édition est de 1616], 13 vol. in-fol., mar. r., fig. Ex. du comte d’Hoym. 253 fr.



289. Histoire des insectes de l’Europe, Dessinée d’après nature & expliquée par Marie Sibille Merian. Traduite du Hollandois en François Par Jean Marret, Docteur en Medecine. Amsterdam, Jean Frédéric Bernard, 1730, gr. in-fol., v. f., fig. 16 fr. 5.



290. Mémoires pour servir à l’histoire des insectes. Par M. de Réaumur, de l’Académie Royale des Sciences. Paris, Imprimerie Royale, 1734, 6 vol. in-4, v. b., fig. 53 fr. 95.



321. Josephus Gaertner. De fructibus et seminibus plantarum. Stutgardiæ, Typis Academiæ Carolinæ, 1788, et Tubingæ, Typis Guilielmi Henrici Schrammii, 1791, 2 tomes, 4 vol. in-4, carta densa, demi-rel., 180 fig. 82 fr. 95.



359. Histoire des plantes de Dauphiné. Par M. Villars, Médecin de l’Hôpital Militaire de Grenoble. Grenoble, Lyon et Paris, 1786, 3 vol. gr. in-8, demi-rel., fig. 34 fr. 95. 



396. Hortus Indicus Malabaricus. Amstelodami, Joannis van Someren et Joannis van Dyck, 1676-1703, 12 vol. in-fol., v. b., fig. 741 fr.



401. Flora Atlantica, sive Historia Plantarum, quæ in Atlante, agro tunetano et algeriensi crescunt. Auctore Renato Desfontaines. Parisiis, L. G. Desgranges, An VI [1798], 2 vol. in-4, 1 des 50 sur pap. vélin, 261 fig. par P. J. Redouté, premières épreuves. 395 fr.



414. Histoire des plantes de la Guiane françoise. Par M. Fusée Aublet. Londres et se trouve à Paris, Pierre-François Didot Jeune, 1775, 4 vol. in-4, gr. pap., v. m., fig. 72 fr.

Photographie BnF


418. [Recueil des plantes dessinées et gravées par ordre du roi Louis XIV]. Paris, Imprimerie Royale, 1701, 3 vol. in-fol. atlantique, v. éc., tr. dor. Sans front. 212 fr. 5.



454. Stirpes novæ, aut minus cognitæ, quas descriptionibus et iconibus illustravit Carolus-Ludovicus L’Héritier, Dom. De Brutelle. Parisiis, Philippi-Dyonisii Pierres, 1784, in-fol. maj. 40 fr. [avec le suivant]

Photographie BnF


455. Car. Lud. L’Héritier, Dom. De Brutelle. Sertum anglicum, seu Plantæ rariores quæ in hortis juxta Londinum, imprimis in horto regio Kewensi excoluntur. Parisiis, Petri-Francisci Didot, 1788, in-fol. maj., fig. 40 fr. [avec le précédent]



463. Iacobi Christiani Schaefferi Fungorum qui in Bavaria et Palatinatu circa Ratisbonam nascuntur Icones nativis coloribus expressæ. Editio tertia. Impensis auctoris. Ratisbonæ, 1780, 4 tomes en 2 vol. in-4, mar. r., 330 fig. 102 fr. 50.  



464. Historia Muscorum in qua circiter sexcentæ species veteres et novæ ad sua genera relatæ describuntur et iconibus genuinis illustrantur. Opera Jo. Jac. Dillenii. Oxonii, E theatro Sheldoniano, 1741, in-4, v. m., fig. Un des 25 ex. de la première édition. 410 fr. 10.



479. Leonardi Plukenetii, M. D. Opera Omnia Botanica. Londini, sumptibus autoris, 1691-1692-1696-1700-1705, 6 tomes, 4 vol. in-fol., v. b., 454 fig. 149 fr. 95.



567. Commentarii de rebus in scientia naturali et medicina gestis. Lipsiæ, 1752-1787, 33 vol. in-8, v. j. [manque le tome 30] 65 fr.



1.172. Traité d’Ostéologie, traduit de l’anglois de M. Monro, Professeur d’Anatomie, et de la Société Royale d’Edimbourg. Paris, Guillaume Cavelier, 1759, 2 parties en 1 vol. gr. in-fol., demi-rel., fig. anciennes et belles épreuves. 30 fr.



1.271. Deux livres des venins, Ausquel il est amplement discouru des bestes venimeuses, theriaques, poisons & contrepoisons : Par Iaques Grevin de Clermont en Beauvaisis, Medecin à Paris. Anvers, Christofle Plantin, 1568, in-4, vél. Lav., régl., dor. sur tr., fig. 4 fr.


Photographie Bibliothèque de Genève

1.535.
Lexicon græcolatinum Rob. Constantini. Genevæ, Hæredes Eustathii Vignon & Iacobus Stoer, 1592, 2 tomes en 1 vol. in-fol., v. b. 24 fr.



1.630. Œuvres de Jean Racine, avec des commentaires, Par M. Luneau de Boisjermain. Paris, Louis Cellot, 1768, 7 vol. in-8, pap. de Hollande, mar. bleu, fig. avant la lettre. 140 fr.



1.683. Strabonis rerum geographicarum Libri XVII. Amstelædami, Joannem Wolters, 1707, 2 tomes en 1 vol. in-fol., vél. 63 fr. 5.



1.708. Le Neptune oriental, dédié au Roi, par M. d’Après de Mannevillette. Paris, Demonville, et Brest, Malassis, 1775, in-fol. atlantique, v. m. 56 fr. 95.



1.720. Danubius pannonico-mysicus, Observationibus geographicis, astronomicis, hydrographicis, historicis, physicis, perlustratus Et in sex Tomos digestus ab Aloysio Ferd. Com. Marsili. Hagæ Comitum, P. Gosse, R. Chr. Alberts, P. de Hondt, et Amstelodami, Herm. Uytwerf, Franç. Changuion, 1726, 6 vol. in-fol. atlant., v. m. f., fig. 160 fr.



1.735. Relation des voyages entrepris par ordre de sa majesté britannique, actuellement regnante ; Pour faire des Découvertes dans l’Hémisphère Méridional, Et successivement exécutés par le Commodore Byron, le Capitaine Carteret, le Capitaine Wallis & le Capitaine Cook, dans les Vaisseaux le Dauphin, le Swallow & l’Endeavour. Traduit de l’anglois [par J. B. Suard]. Paris, Saillant et Nyon, Panckoucke, 1774, 4 vol. in-4 - Voyage dans l’hémisphère austral, et autour du monde, Fait sur les vaisseaux de [sic] roi, l’Aventure & la Résolution, en 1772, 1773, 1774 & 1775 ; écrit par Jacques Cook, Commandant de la Résolution. Traduit de l’anglois. Paris, Hôtel de Thou, 1778, 5 vol. in-4 - Troisième voyage de Cook, ou Voyage à l’Océan Pacifique, ordonné par le roi d’Angleterre, Pour faire des Découvertes dans l’Hémisphère Nord, pour déterminer la position & l’étendue de la Côte Ouest de l’Amérique Septentrionale, sa distance de l’Asie, & résoudre la question du Passage au Nord. Traduit de l’anglois, par M. D******** [Demeunier]. Paris, Hôtel de Thou, 1785, 4 vol. in-4. Ensemble 13 vol. in-4, v. m., fig. 190 fr. 



1.835. A Voyage To the Islands Madera, Barbados, Nieves, S. Christophers and Jamaica, with the Natural History […]. By Hans Sloane, M. D. London, 1707, 2 vol. in-fol., mar. r., fig. 291 fr. 

Photographie Donald A. Heald Rare Books


1.982. Antiquitès etrusques, grecques et romaines. Tirées du cabinet de. M. Hamilton envoye extraordinaire et plenipotentiaire de. S. M. britannique en cour de Naples. Naples, [François Morelli], 1776 [1767], 2 vol. gr. in-fol., bas., fig. 78 fr.



2.093. Florilegium Emanuelis Sweerti Septimonti Batavi, Amsteledami Com̃orantis, Tractans de variis florib., et aliis Indicis plãtis ad vivum delineatum in duabus Partib., et quatuor Linguis concinnatum. Francfort-sur-le-Main, Antoine Kempner et Erasme Kempffer, 1612, in-fol., vél. 9 fr. 5.

Photographie BnF

2.095. Collection Précieuse et Enluminée des Fleurs, Les plus Belles et les plus Curieuses, Qui se cultivent tant dans les Jardins de la Chine, que dans ceux de l’Europe. Paris, Debure l’aîné, 1776, gr. in-fol., b. 45 fr. 5.


 

. Un magnifique Microscope de Dellebare, selon sa dernière Amélioration, et d’après les nouvelles Combinaisons. 205 fr.



. Un superbe télescope de Nairne, monté en cuivre, portant 18 pouces de longueur. 99 fr. 95.