lundi 2 novembre 2020

Maurice Tourneux (1849-1917), bibliographe et homme de lettres

 La reproduction des articles est autorisée à la condition que l'origine en soit citée.

Brabant-le-Roi détruit en 1917

Descendant d’une famille originaire de Brabant-le-Roi [Meuse], Jean-Maurice Tourneux est né le 12 juillet 1849, 100 bis rue du Bac [110 depuis 1850], à Paris [VIIe], dans la maison où la comédienne Marie-Dorval (1798-1849) avait habité de 1839 à 1846 et où l’artiste peintre américain James Whistler (1834-1903) vivra de 1892 à 1901.

 

110 rue du Bac (mai 2019)

Maurice Tourneux était fils de Jean-François-Eugène Tourneux, artiste peintre, né à Bantouzelle [Nord], le 6 octobre 1809. Eugène Tourneux avait fait d’excellentes études classiques à Reims [Marne]. Pendant quelque temps, il avait cultivé la poésie et donné quelques volumes de vers, dont Chants et prières (Paris, Desessart, 1838), publié en collaboration avec son ami Charles de Maricourt. Élève de Laurent-Charles Maréchal (1801-1887), de Metz [Moselle], il s’adonna à la peinture de genre et surtout de pastel avec un certain succès, prenant part aux Salons de 1842 à 1866. Il avait épousé Aglaé-Laure Forest, le 19 avril 1845 à Paris [VIIe]. Il mourut 55 rue du Cherche-Midi, à Paris [VIe], le 26 juin 1867, d’une attaque d’apoplexie. 

Photographie BnF

Ses tableaux et études furent vendus à l’Hôtel Drouot, le 25 novembre 1867.


 

Maurice Tourneux était petit-fils de Jean-François Tourneux, ancien élève de l’École polytechnique et ingénieur des Ponts-et-Chaussées, né le 22 septembre 1779 à Brabant-le-Roi. D’abord attaché au canal de Saint-Quentin [Aisne], il fut appelé successivement dans les départements du Bas-Rhin, de la Marne et des Vosges, où il décéda, à Épinal, le 22 avril 1834. Il était chevalier de la Légion d’honneur.

Portrait de Maurice Tourneux, 14 ans, par son père (1863)
In Gazette des beaux-arts, janvier-mars 1917, p. 315

Maurice Tourneux fit ses études au lycée Louis-le-Grand, rue Saint-Jacques [Paris Ve]. Dès 1866, il entra à l’administration de la Compagnie des chemins de fer de Paris à Lyon et à la Méditerranée, dite « PLM », où il fut attaché au service des archives. Sa vocation de bibliophile et de curieux naquit cette même année 1866, de sa rencontre avec Charles Asselineau (1820-1874) et les frères Goncourt, Edmond (1822-1896) et Jules (1830-1870), qui lui ouvrirent leurs cabinets de travail. 

En 1869, Maurice Tourneux, « très-versé dans les mystères de la littérature contemporaine » (G. Brunet. « Préface ». Les Supercheries littéraires dévoilées. Paris, Daffis, 1869, t. I, 1re partie, p. VIII) collabora à la seconde édition de l’ouvrage de Joseph-Marie Quérard (1796-1865).

Par l’intermédiaire des frères Goncourt, Maurice Tourneux entra en relation avec Philippe Burty (1830-1890), qui lui ouvrit les portes de L’Art. Revue hebdomadaire illustrée et de La Nouvelle Revue.


 

Ayant fait la connaissance d’Étienne Charavay (1848-1899), Maurice Tourneux collabora à L’Amateur d’autographes. Son premier article, « Une collection d’ex libris » (Nos 214 et 215, avril 1872, p. 58-61), indique qu’il conçut de bonne heure pour ces vignettes un goût qu’il conserva toujours : « il est un autre plaisir que Nodier n’a pas décrit quoiqu’il l’ait connu ; celui d’apposer sa marque sur ses livres et d’attester ainsi que l’on fut un homme de goût et un lettré. » Dans les Archives de la Société française des collectionneurs d’ex-libris, on trouve des notes sur les ex-libris de Poulet-Malassis (6e année, N° 5, mai 1899, p. 69-71), de Francisque Sarcey (7e année, N° 11, novembre 1900, p. 163-165), de Philippe Burty (8e année, N° 11, novembre 1901, p. 164-166) et d’Aglaüs Bouvenne (11e année, N° 2, février 1904, p. 19-22).

Ce fut aussi dans L’Amateur d’autographes qu’il publia son premier travail consacré à l’histoire de l’art : « Les Portraits de Balzac » (janvier 1873, p. 2-3) ; suivirent « Les Portraits d’Alfred de Musset » (juin 1873, p. 93) et « Les Portraits de Sainte-Beuve » (juin-juillet 1874, p. 89-93).

En 1875, « Prosper Mérimée bibliophile » parut dans le Bulletin du bibliophile (p. 475-481).




L’année suivante, Maurice Tourneux publia Prosper Mérimée. Sa bibliographie (Paris, J. Baur, 1876, portrait par Frédéric Régamey, 100 exemplaires papier vergé et 6 Chine) et Théophile Gautier. Sa bibliographie (Paris, J. Baur, 1876, portrait par H. Valentin, 100 exemplaires papier vergé et 10 Chine).


 

La même année 1876, grâce à l’intervention d’Auguste Poulet-Malassis (1825-1878), Maurice Tourneux fut chargé par les frères Garnier de l’achèvement de l’édition des Œuvres complètes de Diderot revues sur les éditions originales (1875-1876), commencée par Jules Assézat (1832-1876), dont il publia, après un voyage à Saint-Pétersbourg [Russie], les tomes XVII à XX (1877), qui contiennent des lettres inédites, une bibliographie des écrits perdus, une iconographie et une table. Il décida les mêmes éditeurs à entreprendre une réimpression de la Correspondance littéraire, philosophique et critique par Grimm, Diderot, Raynal, Meister, etc. et mena à bien ce travail en six années (1877-1882, 16 vol. in-8), après un voyage à Gotha [Allemagne].

Le 3 décembre 1877, à Paris [VIe], Maurice Tourneux, qui habitait alors 6 boulevard Morland [IVe], épousa Julie-Henriette Vapereau, née à Tauxigny [Tauxigny-Saint-Bauld, Indre-et-Loire] le 4 septembre 1855, fille de Louis-Gustave Vapereau (1819-1906), avocat, et de Émilie-Euphrasie Forest (1817-1905).

Dès lors, il collabora à la cinquième édition du Dictionnaire universel des contemporains (Paris, Hachette et Cie, 1880), par son beau-père ; les articles de L’Illustration, publiés sous la rubrique « Notes et impressions », et signés « G.-M. Valtour », furent de Gustave Vapereau et de son gendre.

Reprenant et complétant ses études sur Mérimée, Maurice Tourneux publia Prosper Mérimée, ses portraits, ses dessins, sa bibliothèque (Paris, Charavay Frères, 1879) et écrivit pour de nombreuses revues : L’Amateur d’autographes, Le Bibliophile français, Bulletin du bibliophile, Revue des documents historiques, L’Art, La Vie littéraire, L’Intermédiaire des chercheurs et curieux, Le Livre, L’Illustration, La Nouvelle Revue, Revue critique d’histoire et de littérature, Revue historique, Gazette des beaux-arts, Revue de l’art français ancien et moderne, Les Lettres et les Arts, Le Moliériste, L’Artiste, Revue rétrospective, Gazette anecdotique, Le Livre moderne, Revue encyclopédique, La Révolution française, Revue d’histoire littéraire de la France, La Revue de Paris, La Correspondance historique et archéologique, Revue des livres anciens, Le Bibliographe moderne, etc.

Il donna en outre de nombreux articles à La Grande Encyclopédie, aux Bulletin et Mémoires de la Société de l’histoire de Paris et de l’Ile-de-France, aux Archives de l’art français, à la Société d’iconographie parisienne, etc., fournissant les contributions les plus variées à l’histoire générale, à l’histoire littéraire et aux antiquités des XVIIIe et XIXe siècles.


 

La Gazette des beaux-arts, qui accueillit Maurice Tourneux le 1er juillet 1885, avec un article intitulé « La Tour chez ses notaires » (p. 74-84), publiera au total 39 de ses articles.

Maurice Tourneux donna une introduction et des notes pour la publication de l’Histoire journalière de Paris par Dubois de Saint-Gelais (1716-1717) (Paris, Société des bibliophiles françois, 1885, in-8), 


un avant-propos et des notes pour
Meusnier de Querlon. Les Soupers de Daphné et les Dortoirs de Lacédémone, (Paris, Librairie des bibliophiles, 1886, in-12, eau-forte par Adolphe Lalauze), une préface et des notes pour Montesquieu. Lettres persanes (Paris, Librairie des bibliophiles, 1886, 2 vol. in-12, pl. et portr.), un avertissement et des notes pour Les Promenades à la mode (Paris, Librairie des bibliophiles, 1888, in-12, eau-forte par Adolphe Lalauze).


Dans L’Âge du Romantisme (Paris, Ed. Monnier & Cie, 1887, gr. in-4), série d’études sur les artistes, les littérateurs et les diverses célébrités de cette période, Maurice Tourneux publia Gérard de Nerval. Prosateur et poète.


À l’occasion de l’Exposition universelle de Paris en 1889, le Conseil municipal de la capitale, sur la proposition de Léopold Delisle (1826-1910), administrateur général de la Bibliothèque nationale de France depuis 1874, confia à Maurice Tourneux la publication d’une Bibliographie de l’histoire de Paris pendant la Révolution française (Paris, Imprimerie nouvelle, 1890-1913, 5 vol. gr. in-8). Pour l’assister dans cette tâche, il trouva une collaboratrice dévouée en la personne de son épouse :

« Le cadre une fois tracé, il ne restait plus qu’à le remplir, et j’aurais peut-être succombé sous le faix si je n’avais trouvé à mon foyer même un dévouement que n’ont pas lassé un seul jour durant vingt ans les transcriptions de titres, les rapprochements et les identifications indispensables en pareille matière : tous les noms propres et tous les substantifs de nature à fournir une indication utile au lecteur ont été ainsi relevés sur des fiches dont le nombre primitif a largement dépassé trente mille, mais qui s’est nécessairement réduit quand j’en ai entrepris la revision avant leur répartition sous les rubriques auxquelles elles devaient s’adapter. »

(Maurice Tourneux. « Avertissement ». In Bibliographie de l’histoire de Paris, t. V, 1913, p. ij)

Cette publication lui valut la reconnaissance de l’Académie des Inscriptions dès 1894 et en 1913, et de l’Académie française en 1907.

« C’est que M. Tourneux a pris le soin si rare de reproduire ces titres au complet avec une exactitude scrupuleuse. C’est aussi et surtout qu’il n’a pas manqué de lire tous les livres qu’il signale, et, chaque fois que le titre ne donne pas une idée suffisante du contenu, il complète par une courte et complète analyse.

Là ne se borne pas la tâche de ce parfait bibliographe. Pseudonymes, anonymes et supercheries sont ingénieusement dévoilés par lui, avec une science perspicace. Son œil exercé perce les masques, démêle les confusions, distingue les différences et va chercher dans le texte l’éclaircissement ou la correction du titre.

C’est en cela que M. Tourneux l’emporte sur les bibliographes ses prédécesseurs. Ceux-ci, même le bon Quérard, ne lisait d’un livre que l’intitulé et, parfois, la table des matières. Leur description bibliographique était tout extérieure. Non qu’ils fussent négligents ou paresseux, ces piocheurs célèbres : mais c’est qu’il leur manquait une culture assez générale et assez profonde pour prendre rapidement et sûrement connaissance de tant de livres divers. M. Tourneux, par une rencontre rare d’aptitudes variées, est à la fois littérateur, historien, philologue. Son esprit est ouvert et orné. Il aime les volumes comme s’il était bibliomane, et il sait lire les livres comme un critique. On le voyait bien à ses précédents travaux : celui-ci, qui est son œuvre capitale, mettra le sceau à sa réputation d’honnête homme qui sait, non pas un peu de tout, mais beaucoup de tout, et qui est aussi capable de s’élever aux vues générales que de regarder un bouquin à la loupe. »

(F.-A. Aulard. « Chronique & bibliographie ». In La Révolution française. Revue d’histoire moderne et contemporaine. Paris, Société de l’histoire de la Révolution, t. 19e, juillet-décembre 1890, p. 84-85)

Photographie Librairie du Cardinal

Entre temps, il avait publié : Mémoires de Marmontel (Paris, Librairie des bibliophiles, 1891, 3 vol. in-12), « Merceriana ou Notes inédites de Mercier de Saint-Léger » (Bulletin du bibliophile, 1892, p. 97-114, 251-268, 365-377, 432-444, 516-545), Procès-verbaux de la commune de Paris (10 août 1792-1er juin 1793) (Paris, Société de l’histoire de la Révolution française, 1894), une préface pour le Manuel de l’amateur de livres du XIXe siècle par Georges Vicaire (Paris, A. Rouquette, 1894, t. I, p. I-XIX),  Marie-Antoinette devant l’histoire. Essai bibliographique (Paris, Techener, 1895) [Seconde édition revue, très augmentée et ornée de gravures. Paris, Henri Leclerc, 1901), Table générale des documents contenus dans les archives de l’art français et leurs annexes (1851-1896) (Paris, Charavay Frères, 1897), 


La Bibliothèque des Goncourt. Étude suivie d’un Essai bibliographique sur l’œuvre des deux frères
(Paris, Techener, 1897, 50 ex. Extrait du Bulletin du bibliophile et du bibliothécaire, 15 septembre 1896), Les Sources bibliographiques de l’histoire de la Révolution française (Paris, Alph. Picard et Fils, 1898, extrait du Bibliographe moderne, 1897, nos 5-6), Tamizey de Larroque (1828-1898). Notice bio-bibliographique (Paris, Techener, 1898), Diderot et Catherine II (Paris, Calmann Lévy, 1899), « Étienne Charavay. Sa vie et ses travaux » (La Révolution française, 14 mars 1900, p. 193-233), Jean-Baptiste Perronneau (Paris, Gazette des beaux-arts, 1903), Eugène Delacroix (Paris, Henri Laurens, 1904), La Tour (Paris, Henri Laurens, 1904), Table générale de la Revue universelle des arts (1855-1866) (Chartres, Imprimerie Edmond Garnier, 1908, avec Gaston Brière et Henri Stein), Mes loisirs, par S.-P. Hardy. Journal d’événements tels qu’ils parviennent à ma connaissance (1764-1789) (Paris, Alphonse Picard et Fils, 1912, t. Ier publié avec l’historien Maurice Vitrac [1871-1948]).

(juillet 2019)
Et il avait quitté, en 1899, son appartement du 14 rue du Cardinal Lemoine [Ve], où il avait vécu pendant une vingtaine d’années, 

(juin 2019)
pour le 34 quai de Béthune [IVe], sur l’île Saint-Louis.

.
Maurice Tourneux en 1901, 34 quai de Béthune
In Gazette des beaux-arts, janvier-mars 1917, p. 321

L’avocat Henri Maistre (1875-1917) fit imprimer une Bibliographie des travaux de Maurice Tourneux (Paris, R. Paquet, 1910, in-4, H. C., tiré à petit nombre), contenant 413 numéros.

En 1914, Maurice Tourneux collabora à la Revue des livres anciens de Pierre Louÿs (1870-1925) et Louis Loviot (1885-1918), avec « Bibliothèques féminines au XVIIIe siècle » (t. I, p. 345-351).

(août 2012)
La même année, il déménagea au 16 quai de Béthune.

« A examiner d’ensemble l’œuvre si touffue et si variée de Tourneux, on peut la classer en un certain nombre de chapitres bien déterminés. A ses débuts, il s’occupe des écrivains du XVIIIe siècle, Grimm, Diderot, Marmontel. Puis il est absorbé par ses recherches sur les romantiques du siècle dernier. Viennent ensuite ses études sur les beaux-arts dont la Gazette renferme la partie la plus considérable.

A une série spéciale appartiennent ses travaux sur la Révolution française, qui occupèrent toute la seconde partie de sa vie, ayant pour couronnement cette bibliographie de l’histoire de Paris pendant la Révolution avec sa table monumentale. […]

Plusieurs voyages furent consacrés à des recherches littéraires dans les bibliothèques étrangères. Nous avons parlé de sa mission officielle pour recueillir les manuscrits de Grimm et de Diderot et de son voyage à Gotha en 1875. Neuf ans plus tard, il partait pour la Russie et s’arrêtait en cours de route à Upsal et à Stockholm dont les bibliothèques lui fournirent de nouvelles découvertes. Enfin il se rend à différentes reprises à Londres pour cataloguer les ouvrages sur la Révolution française conservés au British Museum.

De la même époque date une série de conférences à l’Université d’Oxford sur les sources manuscrites de l’histoire de la Révolution. Un dernier voyage en Amérique, en 1912, avait pour but de rechercher des documents sur les peintures françaises, et en particulier sur celles de l’école romantique, conservées dans les collections particulières de New York. »

(Jules Guiffrey. « Maurice Tourneux (1849-1917) ». In Gazette des beaux-arts, janvier-mars 1917, p. 324-326)

Prospectus de la librairie Leclerc, par François Courboin (1906).
De gauche à droite : Lacombe,Tourneux, Vicaire, Courboin, Gruel et Leclerc

Membre en particulier de la Société de l’histoire de l’art français, de la Société de l’histoire de Paris et de l’Île-de-France et de la Société de l’histoire de la Révolution française, Maurice Tourneux fut un bibliophile passionné.

Maurice Tourneux dans sa bibliothèque, 34 quai de Béthune (1912)

Télégramme de Maurice Tourneux à Adolphe Durel,
libraire expert pour la vente Crampon, à l'Hôtel Drouot, le 12 avril 1897.
Photographie Librairie Trois Plumes

Il réunit une bibliothèque sur l’histoire, les arts et la littérature dans son appartement du quai de Béthune et dans sa maison de campagne du clos de la Guérinière, à Morsang-sur-Orge [Essonne].


 

Il utilisa un fer de reliure et deux ex-libris, qui portent la devise « IN ANGULO CUM LIBELLO » [Dans un coin avec un petit livre] : 



l’un [120 x 51 mm], gravé par François Courboin (1865-1926), le représente lisant un livre, assis sur la dernière marche d’une échelle de bibliothèque ; 



l’autre [62 x 62 mm], gravé par Aglaüs Bouvenne (1829-1903) en 1871, donne son monogramme « MT » sur un fond azuré, dans un encadrement à enroulements.

Maurice Tourneux en 1914
In Gazette des beaux-arts, janvier-mars 1917, p. 314

Maurice Tourneux tomba malade peu de temps après la publication du dernier volume de la Bibliographie de l’histoire de Paris : on a prétendu que la grande fatigue intellectuelle entraînée par un labeur écrasant avait contribué à hâter sa fin. Il mourut le 13 janvier 1917, après une longue et douloureuse maladie. Il était chevalier de la Légion d’honneur depuis 1891 et avait été promu officier en 1913, à l’occasion du bicentenaire de la naissance de Diderot. Ses obsèques eurent lieu le 16 janvier 1917, en l’église Saint-Louis-en-l’Île.

« Mme Tourneux a entrepris le catalogue de la collection de son mari ; elle a eu en outre l’excellente et touchante pensée de conserver une image de cette belle bibliothèque de travail. Dans ce but elle a fait appel au talent d’un ancien ami de son mari, M. Frédéric Régamey.

Cet artiste a composé avec le plus grand soin, la plus scrupuleuse exactitude, un charmant pastel représentant une partie importante de la bibliothèque, avec le maître faisant le geste de sortir un livre de son rayon. »

(Camille Beaulieu. Vie et travaux de Burgaud des Marets. La Rochelle, Éditions Rupella, 1928, p. 14)

Le cabinet de Maurice Tourneux resta en l’état, jusqu’à la publication du Catalogue of the private library of Maurice Tourneux, historian, art critic and bibliographer (1849-1917) (New York, The United French Publishers, 1932), avec une préface par Marcel Bouteron (1877-1962), bibliothécaire à la Bibliothèque de l’Institut.

Madame Tourneux mourut le 20 janvier 1935, 16 quai de Béthune, et fut inhumée dans le caveau de famille à Morsang-sur-Orge.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

mardi 20 octobre 2020

Les Éditions illustrées de Charles Furne (1794-1859)

 La reproduction des articles est autorisée à la condition que l'origine en soit citée.


« Furne a été et restera un homme à part, une figure exceptionnelle, qui ne ressemblait à aucune autre ; sa physionomie était à la fois très-accentuée et très-mobile ; il avait le front élevé, le crâne d’une conformation étrange et accidenté de toutes les saillies phrénologiques de l’intelligence ; son visage, sérieux au repos, s’épanouissait au feu de la conversation ; il devenait, selon la circonstance, indulgent ou sévère, grave ou enjoué, bienveillant ou caustique. Ses yeux, malgré sa myopie, jetaient un vif éclat, et il savait donner à son regard tantôt une puissance extraordinaire, tantôt une douceur pleine de charme. »

(Rosseeuw Saint-Hilaire. Notice sur Charles Furne. Paris, J. Claye, 1860, p. 21)

 


Charles Furne est né le 6 décembre 1794, à Paris, rue Saint-Denis [IIe], au coin de la rue Guérin-Boisseau. Il fut le fils unique de Charles-Joseph Furne (1760-1814), marchand de vins, et de Marie Tournier, qui s’étaient mariés à Paris, le 16 juillet 1793.

 

Alors qu’il fréquentait l’école de son quartier, dirigée par Bontems, Charles Furne reçut d’un ami de ses parents, le bouquiniste Letinne, un Ovide en latin avec la traduction de l’abbé Pierre-François Guyot Desfontaines (1685-1745) : ce fut le premier livre de sa bibliothèque.

Ses études terminées au pensionnat de la rue de Thorigny [IIIe], Charles Furne entra en 1813 à l’administration des douanes.

Deux ans plus tard, il épousa Victoire-Françoise Cartault (1797-1836), une orpheline que sa mère, alors lingère 289 rue Saint-Denis, avait en pension. Des onze enfants du jeune couple, seul le neuvième survécut : Charles-Paul Furne (1824-1875).

Hôtel de Villayer (avril 2019)

 

La passion des livres prit le jeune employé des douanes : ses minces économies étaient dépensées en particulier chez le libraire Antoine-Augustin Renouard (1765-1853), installé depuis 1798 dans l’hôtel de Villayer, 55 rue Saint-André-des-Arts [VIe, aujourd’hui n° 47].

Après une tentative d’installation sans lendemain comme libraire, Charles Furne se décida à donner sa démission d’employé des douanes le 1er avril 1826. Le 31 octobre suivant, il acheta un brevet de libraire, succédant à Charles-Nicolas Mahieux, démissionnaire à la suite de la dissolution de son association avec Philippe-François Peytieux le 21 octobre.

 

Furne ouvrit sa librairie chez sa mère, 289 rue Saint-Denis, avant de s’installer, dès la fin 1826, sous la raison sociale « Furne, Libraire-Éditeur », au 37 quai des [Grands] Augustins [VIe], dans une boutique avec deux magasins et deux chambres à l’entresol. Doué pour les affaires, il acquit les fonds de quelques autres librairies, dont celle de Théodore Desoer (1788-1823), 12 rue des Poitevins [VIe], et, après des débuts difficiles, sa librairie prit de l’importance.

 

Furne fut en rapport avec tous les dessinateurs célèbres de son époque et attacha son nom à des éditions illustrées passant en librairie pour de véritables monuments.

 

« Furne voulut illustrer les livres pour tout le monde, comme les grands libraires du siècle dernier illustraient leurs précieuses éditions pour un petit nombre de privilégiés. Il ne comprenait que la gravure en taille-douce, la gravure délicate et finie qui forme un tableau en regard de la page où le poëte retrace un épisode, où le romancier décrit une scène. […]

L’histoire, qui joue le plus illustre rôle dans la littérature du XIXe siècle, avait toute la sympathie de Furne, et une partie notable de sa vie a été employée à mettre au jour les Histoires de M. Thiers, d’Augustin Thierry, d’Henri Martin et de Louis Blanc. Les dessins de Raffet [Auguste Raffet (1804-1860)], pour la Révolution française de ce dernier, sont le plus souvent, dans leur petit cadre, d’une beauté vraiment épique. Autant il y avait de charme et d’élégance dans les vignettes de Gravelot [Hubert-François Bourguignon d’Anville, dit « Gravelot » (1699-1773)], autant celles-ci sont frappantes par un caractère élevé, sérieux et profond. Aussi Furne n’avait-il pas de plus vive admiration que Raffet, ni de meilleur ami. »

(Charles Blanc. « Charles Furne ». In Gazette des beaux-arts, 15 août 1859, p. 244)

 

La maison Furne fut en outre une des premières qui adopta la vente des ouvrages par livraisons.

 

Pour ses éditions, Furne s’associa souvent à des confrères, dont les premiers furent Auguste Sautelet (1800-1830), place de la Bourse, et Jean-Baptiste Ladrange (1793-1879), 19 quai des [Grands] Augustins : 



Lettres sur les révolutions du globe, par Alexandre Bertrand (1826, seconde édition, avec le nom de l’auteur), 



Œuvres complètes de Beaumarchais (1826, 6 vol.) ; 



Œuvres posthumes de Florian (1829, Nouvelle édition) ; 



Correspondance littéraire, philosophique et critique de Grimm et de Diderot, depuis 1753 jusqu’en 1790 (1829, Nouvelle édition). 



Furne édita aussi les Œuvres complètes de Millevoye (1827), 






Paul et Virginie, par Bernardin de Saint-Pierre (1829), 






les Œuvres complètes de Gresset (1830).

 

En 1830, après la révolution de juillet, Furne déménagea la librairie au 39 quai des [Grands] Augustins et publia : 




Tome XVIII


Œuvres de Walter Scott (1830) ; 





Essais de Montaigne (1831), avec Laurent De Bure (1775-1864), 30 rue de Bussy [rue de Buci, VIe] ; 



Œuvres de M. de Lamartine (1832), avec Charles Gosselin (1795-1859), 9 rue Saint-Germain-des-Prés [partie de la rue Bonaparte, VIe] ; 





Chefs-d’œuvre de Pierre et Thomas Corneille (1832) ; 





Messéniennes et poésies diverses de M. C. Delavigne (1833) ; 



Histoire de Napoléon, par Jacques de Norvins (1833) ; 



Œuvres de Millevoye (1835, avec Ladrange) ; 







Œuvres de Fenimore Cooper (1835) et Œuvres de Walter Scott (1835), avec Charles Gosselin et Charles-Arthur Perrotin (1796-1866), 1 rue des Filles-Saint-Thomas [IIe] ; 





Œuvres complètes de Voltaire (1835) ; 





Tom Jones. Histoire d’un enfant trouvé (1835) ; 



Jocelyn, par Alphonse de Lamartine (1836), avec Charles Gosselin ; 





Histoire universelle par le comte de Ségur (1836), avec Pierre-Denis-Charles Fruger et Jean-François Brunet, 30 rue Mazarine [VIe] ; 





Œuvres complètes de M. le vicomte de Chateaubriand (1837), avec Charles Gosselin ; 



Annales historiques et philosophiques de la Restauration, par Antoine-Toussaint d’Esquiron de Saint-Agnan (1838) ; 



Œuvres complètes de Buffon (1838) ; 





Œuvres de Barthélemy et Méry (1838).

Premier numéro

 

Furne s’était associé en septembre 1833 avec Charles Gosselin et Henri Fournier (1800-1888), 16 rue de Seine [VIe], pour lancer le périodique illustré intitulé Magasin universel. 

 

Victoire Cartault était morte prématurément le 2 octobre 1836. Ne supportant pas la solitude, Furne s’était remarié, le 28 octobre 1837, sous le régime de la communauté des biens, à une jeune veuve, Anne Violette.

 

En 1838, la librairie devint « Furne et Cie, Libraires-Éditeurs », avant de déménager au 55 rue Saint-André-des-Arts et de publier : 





Voyages de Gulliver dans des contrées lointaines, par Jonathan Swift (1838), avec Henri Fournier ; 



Histoire physique, civile et morale des environs de Paris, par Jacques-Antoine Dulaure (1838).

 

L’union avec Anne Violette ne dura malheureusement que deux ans et demi, et un seul des deux enfants du couple survécut : Marie-Charlotte Furne, née le 5 septembre 1839.

 

Travailleur infatigable, Furne poursuivit ses publications : 





Histoire naturelle de Lacépède (1839) ; 



Histoire d’Angleterre, par David Hume (1839) ; 



Histoire d’Espagne, par Charles Romey (1839) ; 



Histoire de Napoléon (1839) ; 





Histoire des républiques italiennes du Moyen Âge, par Jean-Charles-Léonard Simonde de Sismondi (1840), avec Jean-Georges Treuttel (1744-1826) et Jean-Godefroy Wurtz (1768-1841), 17 rue de Lille [VIIe]; 



Œuvres de Victor Hugo (1840) ; 





Œuvres complètes de M. Eugène Scribe (1840), avec Aimé André (1783-1865), 1 rue Christine [VIe] ; 



La Sainte Bible traduite par Lemaistre de Sacy (1841). Furne pratiquait peu la religion, mais la vénérait profondément.

Victoire Perrin (1827)

 

Le 10 février 1842, voulant donner une mère à sa fille de 29 mois, il épousa, sous le régime de la séparation de biens, Marthe-Victoire Perrin (1799-1882), originaire de Bordeaux [Gironde], veuve depuis 1830.

Premier volume

 

Le numéro 15 du Feuilleton de la Bibliographie de la France du samedi 9 avril 1842 annonça, page 4, la parution, pour le mardi 12 avril, de la première livraison des Œuvres complètes de M. de Balzac. La Comédie humaine (1842-1848, 17 vol. in-8), première édition originale de La Comédie humaine, éditée par Furne, 55 rue Saint-André-des-Arts, J.-J. Dubochet et Cie, 33 rue de Seine, J. Hetzel et Paulin, 33 rue de Seine, accompagnée de 116 gravures hors-texte par Antoine dit « Tony » Johannot (1803-1852), Ernest Meissonier (1815-1891), Alcide-Joseph Lorentz (1813-1889), Pierre-Étienne dit « Petrus » Perlet (1804-1843), Jean-Gérard-Alfred Séguin dit « Gérard-Séguin » (1804-1872), Sulpice-Guillaume Chevalier dit « Gavarni » (1804-1866), Charles-Albert d’Arnoux dit « Bertall » (1820-1882), Charles-Joseph Traviès (1804-1859), Henry Monnier (1799-1877), Célestin Nanteuil (1813-1873), Gustave Staal (1817-1882), Honoré Daumier (1808-1879), Louis Français (1814-1897), Charles Jacque (1813-1894), Jacques-Adrien Lavieille (1818-1862), Louis Marckl (1807-1890), « CH. CH. » non identifié ; sept dessins ne sont pas signés par leurs auteurs.

Le nom de Paulin ne figure que sur les deux premiers volumes parus en 1842, celui de Furne reste seul en 1848 sur le dix-septième volume.

Après avoir acquis la part de Hetzel et Dubochet, ses co-associés dans la publication de La Comédie humaine, Furne céda, le 27 juillet 1846, à Alexandre Houssiaux (1817-1859), son commis, le stock des 16 volumes de la première édition de La Comédie humaine : Houssiaux les remit en vente en y ajoutant un dix-septième volume sous le seul nom de son patron. En 1855, Houssiaux, breveté depuis le 24 novembre 1849, éditeur 3 rue du Jardinet-Saint-André-des-Arts [VIe], ajouta 3 volumes : Études de mœurs. Troisième partie. Études analytiques (18e vol.), Théâtre de H. de Balzac (19e vol.), Les Contes drolatiques (20e vol.). L’édition définitive comprend 154 illustrations. 

 

Suivirent d’autres éditions : 





Fables de La Fontaine (1842) ; 





Histoire des ducs de Bourgogne de la maison de Valois, par Prosper de Barante (1842) ; 



Œuvres complètes de lord Byron (1842), avec Charles Gosselin ; 





Histoire de l’Algérie ancienne et moderne, par Léon Galibert (1843) ; 





Œuvres complètes de J. Racine (1844), avec Jean-Jacques Lefèvre (1779-1858), 6 rue de l’Éperon [VIe] ; 



Musée de Versailles, par Théodose Burette (1844) ; 





Histoire des villes de France par Aristide Guilbert (1844), avec Perrotin et Fournier ; 



Voyages de Gulliver (1845), avec Henri Fournier, déménagé 7 rue Saint-Benoît [VIe] ; 





Œuvres de Molière (1845), avec Jean-Jacques Lefèvre ; 



Histoire de Paris et de ses monuments, par Jacques-Antoine Dulaure (1846) ; 





Discours sur l’Histoire universelle par J.-B. Bossuet (1847) ; 



Histoire des Girondins par M. A. de Lamartine (1847), avec Wilfrid Coquebert (1804-1849), 48 rue Jacob [VIe] ; 



Histoire de France par M. Henri Martin (1847) ; 



Histoire de la République de Venise par M. Léon Galibert (1847).

 

Les travaux incessants de Furne ne diminuèrent en rien sa passion des voyages : en Espagne - à quatre reprises -, en Suisse, en Allemagne et en Hollande, en Algérie, en Italie, à Londres.

 

Traversant une phase difficile après la révolution de février 1848, Furne chargea Pierre Maubanc (1802-1864) de la direction intérieure de sa maison.

 

En 1849, la librairie « Furne et Cie, Libraires-Éditeurs » déménagea au 45 rue Saint-André-des-Arts [VIe, aujourd’hui Lycée Fénelon, construit en 1894] :


 



« Le numéro 45 de la rue Saint-André-des-Arts est un de ces antiques hôtels, occupé aujourd’hui par une étude de notaire, un magasin de papier et une librairie : la librairie Furne et Jouvet. Cette maison s’élève sur l’emplacement de l’hôtel de Jacques Coyctier, médecin de Louis XI, qui s’y était installé en quittant la cour [la plaque marquant l’emplacement de la maison « de l’éléphant », construite par Coyctier en 1489, a été apposée sur la façade du 51 rue Saint-André-des-Arts]. […]

Le 12 mars 1853, le docteur Orfila mourait au numéro 45 de la rue Saint-André-des-Arts. […]

Le fondateur de la librairie, M. Charles Furne, s’établit au rez-de-chaussée de cette maison presque historique. Les magasins donnent sur un vaste jardin rempli de fleurs et d’arbres séculaires ; au fond est une grotte en rocaille, du sommet de laquelle s’échappe de l’eau qui tombe en filets d’argent sur les rochers qui forment les murs. L’été, dans ce frais coin de verdure, à l’ombre des grands arbres, on se croirait loin de Paris. C’est à peine si les bruits de la rue arrivent aux oreilles des promeneurs. Aussi fait-il la joie des nombreux artistes chargés d’illustrer les livres publiés par la maison Furne et des littérateurs qui se promènent pendant la belle saison sous le feuillage qui sert d’abri à d’innombrables oiseaux remplissant l’air de leurs chants. »

(Auguste Lepage. Les Boutiques d’esprit. Paris, Théodore Olmer, 1879, p. 222-224)

 

Les éditions se succédèrent : 



Géographie universelle, par Malte-Brun (1850) ; 



Histoire de la Restauration par A. de Lamartine (1851), avec Antoine-Laurent Pagnerre (1805-1854), 14 rue de Seine [VIe], et Victor Lecou, 10 rue du Bouloi [Ier] ; 



Histoire de la Révolution française, par M. Louis Blanc (1852), avec Louis Langlois et Leclercq, 99 rue de la Harpe [Ve], Pagnerre, et Perrotin, déménagé 3 place du Doyenné [Ier] ; 



Les Français peints par eux-mêmes, publication collective (1853) ; 



Œuvres complètes de M. Augustin Thierry (1853) ; 



Histoire illustrée de l’Exposition universelle, par Charles Robin (1855) ; 





Histoire de la Révolution française par M. A. Thiers (1857) ; 



Exemplaire de Jean-Bernard-Marie Lafon, dit "Mary-Lafon" (1810-1884), homme de lettres


L’Ingénieux Chevalier Don Quichotte de la Manche (1858, 2 vol. in-8), traduction par Furne ; 





Histoire de la conquête de l’Angleterre par les Normands, par Augustin Thierry (1859).

 

En 1854, Furne tomba sérieusement malade pour la première fois de sa vie : une affection du larynx dura plusieurs mois, nécessitant des cures aux eaux du Mont-Dore [Puy-de-Dôme].

 

Un mois après son retour d’un voyage en Italie, où il était allé pour assister au triomphe de nos armées, il sortit dans la matinée, le jeudi 14 juillet 1859, selon son habitude journalière :

 

« Après quelques visites, il voulut prendre un bain, à quelques pas de chez lui, au passage du Commerce. Il était dans la baignoire depuis peu d’instants, lorsque la maîtresse de l’établissement l’entendit frapper à la cloison. “ Vite, appelez votre mari, lui dit Furne ; je suis un homme perdu ! ” En effet, au milieu d’un violent accès de toux, un vaisseau s’était rompu dans sa poitrine : il vomissait le sang. Il put cependant se vêtir lui-même, et on le ramena chez lui, en le soutenant sous les bras. En traversant son jardin, il fut pris d’un second vomissement de sang plus considérable. A peine rentré dans son salon, on le coucha sur un canapé, où il reçut les soins de sa femme et de sa fille. Mais il était atteint mortellement. “ Je suis perdu, répéta-t-il encore ; Dieu me pardonnera mes fautes ! Adieu ! ” Ces mots furent les seuls qu’il put prononcer. Quelques instants après, il s’éteignait doucement dans les bras de sa famille. »

(Rosseeuw Saint-Hilaire. Notice sur Charles Furne. Paris, J. Claye, 1860, p. 29-30)

 

Ses obsèques eurent lieu le samedi 16 juillet, en l’église Saint-Sulpice. Après la cérémonie religieuse, le convoi se dirigea vers le cimetière du Père-Lachaise [Division 6]. Son père, Charles-Joseph Furne, y avait été inhumé le 25 février 1814. Son vieil ami l’imprimeur Jules Claye (1806-1886) prononça sur sa tombe quelques paroles, au nom de la librairie, de l’imprimerie, de la papeterie et de ses collègues du Cercle.

 

« Suivant acte sous signatures privées fait quadruple à Paris, le treize août mil huit cent cinquante-neuf ; et suivant acte passé devant Me Lindet et son collègue, notaires à Paris, les quatre et six octobre mil huit cent cinquante-neuf, rendant définitives les conventions qui faisaient l’objet du premier, aussi enregistré. Mme Marthe-Victoire PERRIN, veuve de M. Charles FURNE, et avant, veuve en premières noces de M. Joseph-Marie COULLET, rentière, demeurant à Paris, rue Saint-André-des-Arts, 45 ; M. Charles-Paul FURNE, photographe, demeurant à Paris, mêmes rue et numéro ; Mlle Marie-Charlotte FURNE, demeurant aussi à Paris, mêmes rue et numéro, mineure émancipée assistée de son curateur ; et M. Pierre MAUBANC, employé supérieur dans la maison de commerce FURNE, demeurant à Paris, rue du Cherche-Midi. 117, ont établi entre eux les conditions d’une société en nom collectif pour la continuation de la maison de commerce de librairie FURNE et Cie, dont les magasins sont situés à Paris, rue Saint-André-des-Arts, 45. Aux termes de ces actes, il a été stipulé : Que la durée de cette société serait de trois années à compter du quatre octobre mil huit cent cinquante-neuf. Que son siège serait rue Saint-André-des-Arts, 45. Que la raison et la signature sociales seraient FURNE et Cie. Que MM. Maubanc et Furne gèreraient ladite société. Que M. Maubanc aurait seul la signature scciale sans pouvoir en user autrement que pour les opérations sociales. » [sic]

(Gazette des tribunaux, 13 octobre 1859, p. 992)

 

« Suivant acte sous seings privés, en date à Paris du trente et un août mil huit cent soixante-deux, enregistré,

M. Charles-Paul FURNE, libraire éditeur, demeurant à Paris, rue Saint-André-des-Arts, 45 ;

M. Pierre MAUBANC, même profession, demeurant à Paris, rue Bréa, 22 ;

Mme Marthe Victoire PERRIN, veuve de M. Charles FURNE, rentière, demeurant à Paris, rue Bréa, 22 ;

M. Julien MOREL, ancien libraire, demeurant à Paris, passage du Commerce, n. 19,

Cessionnaires de partie des droits de M. Charles-Paul Furne ;

Et la commanditaire dénommée audit acte ;

Ont dissous, à partir du premier février dernier, la société existant entre eux sous la raison sociale : FURNE et Compagnie, pour l’exploitation d’une maison de librairie sise à Paris, rue Saint-André-des-Arts 45, connue sous le nom de : Maison FURNE. […]

 

Suivant acte sous seings privés en date à Paris du trente et un août mil huit cent soixante-deux,

M. Charles-Paul FURNE, libraire éditeur, demeurant à Paris, rue Saint-André-des-Arts, 45 ;

M. Pierre MAUBANC, libraire-éditeur, demeurant à Paris, rue Bréa, 22,

Et les commanditaires dénommés audit acte,

Ont formé entre eux une société ayant pour objet la continuation de l’exploitation de la maison de commerce de librairie connue sous le nom de : Maison FURNE et sise à Paris, rue Saint-André-des-Arts, 45.

Il a été dit :

Que cette société serait en nom collectif à l’égard de MM Furne et Maubanc, et en commandite pour les autres associés ;

Que ladite société avait commencé le premier février mil huit cent soixante-deux, et finirait le premier février mil huit cent soixante-sept ;

Que son siège serait à Paris, rue Saint-André-des-Arts, 45 ;

Que la raison sociale serait : FURNE et Cie ;

Que les commanditaires apportaient en société, par la réunion de leurs apports, une somme totale de deux cent soixante-deux mille francs ;

Que M. Maubanc aurait la direction principale des affaires de la société et seul la signature sociale ; mais qu’il ne pourrait en faire usage que pour les besoins de la société. » [sic]

(Gazette des tribunaux, 13 septembre 1862, p. 898)

Maubanc étant décédé le 30 octobre 1864, à Paris [VIe], Jean-Baptiste-Alexandre Jouvet (1833-1912), né le 6 août 1833 à Blainville-sur-Mer [Manche], fils d’un cultivateur, s’associa dès 1865 à la maison Furne, qui devint « Furne, Jouvet et Cie, Libraires-Éditeurs ». Le 22 juin 1869, à Paris [IXe], Jouvet épousa Marie-Louise Boivin (1849-1922), née le 5 avril 1849 dans la capitale, puis déménagea la librairie au 5 rue Palatine [VIe]. 



Il fut mis en liquidation judiciaire le 30 septembre 1897 et mourut le 4 novembre 1912, en son château des Forges, à Linverville [Gouville-sur-Mer, Manche].



La librairie devint « Ancienne Librairie Furne, Combet & Cie Éditeurs » en 1898, 

Photographie Pierre Brillard


puis fut rachetée en 1906 par Léon Boivin (1863-1937).