samedi 5 août 2023

Le « Manuel de linguistique » du marquis de La Ferté-Sénectère (1807-1886)

    La reproduction des articles est autorisée à condition d'en citer l'origine. 

Château de La Carte

D’une maison originaire d’Auvergne, Françoise-Charlotte de Saint-Nectaire [vulgairement de Sennecterre ou Senneterre] (1679-1745), dite « Mademoiselle de Mennetou » [Mennetou-sur-Cher, Loir-et-Cher], clavecinistre, resta seule héritière de sa famille par la mort de sa sœur aînée en 1713. Elle avait été mariée par contrat du 28 juillet 1698 à François-Gabriel Thibault († 1712), marquis de La Carte [Cherveux, Deux-Sèvres : le château de La Carte a appartenu à la famille Thibault de 1440 à 1730], d’une famille originaire du Poitou, capitaine des gardes de Philippe duc d’Orléans (1640-1701), frère unique du Roi, gouverneur de Joinville [Haute-Marne] pour le même prince en 1696.  

Château de La Ferté-Saint-Aubin 

Il avait été stipulé par le contrat de ce mariage que si le duc Henri-François de La Ferté (1657-1703) mourait sans enfants mâles, la terre de La Ferté [La Ferté-Saint-Aubin, Loiret] et les autres biens principaux de la Maison passeraient à François-Gabriel Thibault, sous la condition que ce gentilhomme ou l’aîné des enfants qui naîtraient de son mariage, porteraient le nom de La Ferté-Senneterre avec les armes des deux Maisons écartelées. 


C’est pourquoi à la mort du duc de La Ferté, il prit le titre de marquis de La Ferté qu’il a porté tant qu’il a vécu. Françoise-Charlotte de Saint-Nectaire sa femme est morte le 4 novembre 1745 à La Ferté-Saint-Aubin, paroisse Saint-Michel, ayant été remariée en 1729 à Jean-François de Malortie († 1747), marquis de Boudeville. Il n’y eut point d’enfants de ce second mariage.

Mais du premier était sorti Philippe-Louis Thibault de La Carte, né à Paris [Ier], rue de Richelieu, le 24 avril 1699, marquis de La Ferté après son père, seigneur de La Loupe [Eure-et-Loir] et autres domaines, fait colonel du régiment de La Marche en 1719, fonction qu’il résigna en 1729. 

Château de Rabodanges

Demeurant paroisse Saint-Jean de Chaumont-en-Vexin depuis 1730, il fut marié le 24 avril 1746, dans la chapelle du château de Rabodanges [Orne], à Marie-Anne-Pérette-Henriette de Rabodanges (1732-1810). En 1746, la terre de La Ferté, redevenue baronnie par extinction du duché-pairie, fut vendue 302.000 livres au maréchal Ulrich-Frédéric Woldemar, comte de Lowendal (1700-1755). 

Château de Montpoupon

Philippe-Louis Thibault de La Carte hérita de sa mère le château de Montpoupon [Céré-la-Ronde, Indre-et-Loire], qu’il revendit en 1763 au marquis Nicolas Tristan pour 60.000 livres. Il mourut le 10 septembre 1780 à La Loupe ; Marie-Anne de Rabodanges mourut à Senlis [Oise], place de Creil, le 12 décembre 1810.

 


Henri-François Thibault de La Carte, marquis de La Ferté-Sénectère, né le 18 février 1759, successivement capitaine d’infanterie au régiment de Bourbon, maître de camp du régiment d’Enghien et du régiment Colonel-Général, puis colonel du régiment de Perche en 1788, émigra à la Révolution et reprit du service à la Restauration, avec le grade de maréchal de camp. Il mourut à Versailles [Yvelines] le 11 janvier 1819, laissant cinq enfants de son mariage, le 24 avril 1780 dans l’église Saint-Sulpice de Paris, avec Jeanne-Marie Amelot, née en 1764 et morte à Versailles le 26 avril 1817, fille de Antoine-Jean Amelot (1732-1795), marquis de Chaillou [Vendée], secrétaire d’État à la Maison du Roi.

Augustin-Marie-Faustin Thibault de La Carte, marquis de La Ferté-Sénectère, est né à Paris [VIIe], 16 rue de Sèvres, le 18 juin 1807 [et non le 12 juin 1807 à Versailles, comme l’indique son acte de décès]. Le 8 février 1832, à Saint-Benoît-la-Forêt [Indre-et-Loire], il épousa Antoinette-Charlotte-Apolline de Chastenet de Puységur, née à Tours [Indre-et-Loire] le 17 avril 1811, fille de Anne-Jacques-Ladislas de Chastenet de Puységur (1787-1844) et de Pauline de Charitte (1792-1867). De ce mariage furent issus : Marie-Claire-Apolline, née à Tours le 30 novembre 1832 ; Jacques-Henri-Joseph, né à Tours le 23 juillet 1834 ; Maxime-Maurice-Antoine-Paul, né à Tours le 25 septembre 1836 ; René-Marie-Antoine, né à Saint-Benoît-la-Forêt, au lieu-dit Beugny, le 21 janvier 1840 ; Jacques-Marie-Georges, né à Tours le 23 janvier 1844 ; Marie-Madeleine-Jacqueline, née à Tours le 5 septembre 1848.

Château d'Alet

Augustin Thibault de La Carte fut admis comme membre de la Société asiatique en 1833. Il résidait le plus souvent à Tours ou au château d’Alet, sur le territoire de la commune de Civray-sur-Esves [Indre-et-Loire], acheté le 29 juin 1836 à René-Louis de La Poëze d'Harambure (1781-1851).


Il vendit sa bibliothèque à la Maison Silvestre, 28 rue des Bons Enfants, du mardi 15 au mercredi 30 avril 1873, en 14 vacations : Catalogue composant la Bibliothèque Linguistique de M. le Marquis de La Ferté-Sénectère, Membre de la Société Asiatique (Paris, Antonin Chossonnery, 1873, in-8, XVI-309-[1] p., 2.595 + 6 doubles [bis] = 2.601 lots), dont un « Avertissement » et Synglosse générale [13 lots = 0,49 %], Langues européennes [2.030 lots = 78,04 %], Langues asiatiques [477 lots = 18,33 %], Langues africaines [37 lots = 1,42 %], Langues océaniennes [19 lots = 0,73 %], Langues américaines [25 lots = 0,96 %].

Cette bibliothèque, composée de 1830 à 1845, se distingue par deux spécialités : la linguistique et la littérature européenne du XVe au XVIIe siècle. Augustin Thibault de La Carte s’est occupé seul de la classification, afin « de composer non seulement un catalogue, mais un livre utile, instructif, quelque chose comme un manuel de linguistique » (p. X), conformément au système suivi par Adrien Balbi (1782-1848) dans son Atlas ethnographique du globe, ou Classification des peuples anciens et modernes d’après leurs langues (Paris, Rey et Gravier, 1826), tout en ayant soin, dans le classement particulier à chaque langue, de se conformer aux usages et aux traditions bibliographiques.

Photographie BnF


24. Amorum Emblemata, figuris æneis incisa studio Othonis Væni batavo-lugdunensis. Anverpiæ, Venalia apud Auctorem, Prostant apud Hieronymum Verdussen, 1608, in-8 oblong, fig., parch.



87. Platonis opera quæ extant omnia. [Geneva], Henr. Stephanus, 1578, 3 tomes en 2 vol. in-fol., réglé, mar. r., fil., tr. dor.



117. Longi pastoralium de Daphnide et Chloë, libri quatuor. Lutetiæ Parisiorum [Amsterdam], In Gratiam Curiosorum, 1754, in-4, 29 fig., encadré, v. gr., fil. Exemplaire Fleurieu.



183. Corpus juris civilis. Amstelædami, Apud Ioannem Blæu, Ludov. et Dan. Elzevirios, et Lugduni Batavorum, Apud Franciscum Hackium, 1664, 2 vol. in-8, mar. r., dent., doub. de tabis et mors., tr. dor. (Simier). Ex. Châteaugiron.



209. Phædri, Augusti Cæsaris liberti, fabularum Æsopiarum libri quinque. Amstelodami, Apud Johannem Janssonium à Wæsberge, & Viduam Elizei Weyerstræt, 1667, in-8, fig., v. m. Fig. p. 276 et 279 intactes.



229. Declamatio Philippi beroaldi de tribus fratribus ebrioso : scortatore et lusore. [à la fin :] Impressa per industrium Iohannem Pruss Civem Argentineñ., 1501, pet. in-4, fig. sur bois, cart.

Photographie Rulon-Miller Books, St. Paul, États-Unis


233. Erotopægnion, sive Priapeia veterum et recentiorum. Lutetiæ Parisiorum, C.-F. Patris, An VI. 1798, pet. in-8, fig., br.



247. Opus Merlini Cocaii Poete Mantuani Macaronicorum, totu in pristinam formam per me Magistrum Acquarium Lodola m optime redactu in his infra notatis titulis divisum. [p. 272 :] Tusculani, Apud Lacum Benacensem, 1521, in-16, fig. sur bois, mar. vert, fil., tr. dor. Ex. Guyon de Sardière.



286. Laude de lo contemplativo et extatico B. F. Jacopone de lo ordine de lo Seraphico. S. Francesco. [à la fin :] Venetijs, per Bernardinũ Benalium Bergomensem, 1514, in-8, fig. sur bois, mar. vert, fil. et décorations, tr. dor. et cisel. (Mackensie).

Photographie Govi Rare Books, Modène


322. Chaos del tri per uno. [à la fin :] In Venegia per Giovann’ Antonio & Pietro fratelli de Nicolini da Sabio, 1546, pet. in-8, fig. sur bois, cart.



666. Libro de proprietatibus rerum en romance. [à la fin] Toledo, en casa de Gaspar de avila, ynpresor de libros, 1529, in-fol. goth. à 2 col., fig. sur bois, bas.

Photographie BnF


720. Le Tableau de la Croix representé dans les ceremonies de la S.te messe. Paris, F. Mazot, 1651, in-8, titre et texte gravés, fig., mar. r., fil., tr. dor. (Koehler).



721. Le Saint Voiage et Pelerinage de la cite saincte de Hierusalem. [Lyon, Gaspard Ortuin], [à la fin :] 1489, pet. in-fol. goth., fig. sur bois, mar. r., dent., tr. dor. (Rel. anglaise).



765. Les Faictz et Dictz de feu De bonne mémoire Maistre Alain chartier. Paris, Galliot du Pré, 1526, pet. in-fol. goth., v.

Photographie BnF


766. Les Faictz et Dictz de feu de bõne mémoire Maistre Jehan Molinet. Paris, Jehan Longis et Veufve Jehan Sainct Denys, 1531, pet. in-fol. goth., mar. r., fil., tr. dor.

Photographie BnF


768. Chantz Royaulx figurez morallement sur les mysteres miraculeux de nostre saulveur et redempteur Jesuchrist. Paris, Dudin Petit, [à la fin : privilège du 10 octobre 1527 pour quatre ans], pet. in-4 goth., 7 fig., demi-mar.

Photographie BnF


770. Les Eneydes de Virgille Translatez de latin en francois par messire octovian de sainct gelaiz. [à la fin :] Paris, Anthoine Verard, 1509, pet. in-fol. goth., fig. sur bois, mar. viol., fil., tr. dor. et ciselées (Rel. anglaise).

Photographie BnF


815. Meliadus de Leonnoys. Paris, Denys Janot, [à la fin :] 1532, pet. in-fol. goth., v. violet, fil., tr. dor.

Photographie Maggs Bros


819. Histoire de Palmerin d’Olive. Paris, Galliot du Pré, 1573, 1 tome en 2 vol. pet. in-8, mar. vert, fil., tr. dor. (Padeloup). Aux armes du comte d’Hoym.

Photographie BnF

822. Le Recueil des hystoires Troyennes. Paris, Denis Janot, 1532, pet. in-fol. goth., fig. sur bois color., v. br.



874. Dialogue tres elegant intitule le Peregrin. Paris, Jehan Petit, 1540, pet. in-8 goth., fig. sur bois, mar. bl., fil., tr. dor. (Smith).




928. Les Cronicques du feu roy Charles septiesme de ce nom. Paris, Jehan Longis, [à la fin :] 1528, pet. in-fol. goth., 3 fig. sur bois, mar. r., dent., tr. dor. (Rel. anglaise).

Photographie B. M. Besançon


988. La Jaquemardade, poëme epi-comique en dialogue de Besançon. Dole, J. B. Tonnet, [à la fin :] 1753, pet. in-12, mar. bl., fil. (Thouvenin). Ex. Nodier.

Photographie BnF


1.030. Prologue faict par un messager savoyard, sur le [sic] rencontre de trois nymphes, prisonnieres par trois Mores. S. l., 1596, pet. in-8, mar. vert doublé de mar. r., dent. (Koehler). Ex. Nodier.

Photographie BnF


1.051. Psaumes de David viratz en rhythme gascon per Pey de Garros Laytores. Tolosa, Iacques Colomes, 1565, pet. in-8, mar. vert, fil., tr. dor. (Duru). Ex. Nodier.

Photographie BnF


1.348. Sagan Landnama Um fyrstu bygging Islands af Nordmönnum. Skalholte, Hendrick Kruse, 1688, pet. in-4 goth., mar. r., fil. (Simier). Première saga islandaise imprimée en Islande.



1.500. Die Emeis. Dis ist das büch von den Omeissen, vund auch, Her der künnig ich diente gern. [à la fin :] Strasburg, Johannes Grüninger, 1516, pet. in-fol., fig. sur bois, cart.

Augustin Thibault de La Carte fit donation partage de ses biens à ses enfants le 15 juin 1878 et mourut à Tours, 6 rue Sainte-Marthe [rue de la Barre depuis 1905], le 18 avril 1886 ; son épouse mourut au même domicile, le 22 février 1900.

 

  

 

 

 

 

 

 

 

 

mardi 1 août 2023

Charles Jourdain (1817-1886), philosophe catholique, bon connaisseur de l’histoire de l’Université

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Ecole de Droit, place du Panthéon, Paris. Lithographie de Provost (1840)

Fils de Bernard Bréchillet, dit « Jourdain », bourgeois de Paris, Bernard-Germain Jourdain fut procureur en la Chambre des comptes de Dijon [Côte-d’Or], où il épousa, en l’église Notre-Dame, le 19 février 1719, Marie Fromageot, fille d’un marchand épicier. De retour à Paris, il devint secrétaire du généalogiste Louis-Pierre d’Hozier (1685-1767).



 

Leur fils Anselme-Louis-Bernard Jourdain, naquit à Paris [IIIe], rue Pastourelle, le 26 décembre 1734. Il commença ses études au collège d’Harcourt, rue de la Harpe [Paris Ve] et les acheva chez les Jésuites à Rouen [Seine-Maritime], rue du Maulévrier. Placé chez un procureur, il préféra se livrer à la chirurgie et fut remarqué par Jean-Nicolas Moreau (1701-1786), alors chirurgien en chef de l’Hôtel-Dieu. 

Le Dentiste, par J.P. Le Bas, d'après D. Teniers (1760). Photographie BnF

Il se destina plus particulièrement à l’art du dentiste, entra chez le fameux Louis Lécluse (1711-1792) et fut reçu dentiste le 7 juin 1755. Il exerça quai des Grands Augustins [VIe] et acquit une grande réputation, inventa quelques instruments, écrivit plusieurs ouvrages, dont un Traité des maladies et des opérations réellement chirurgicales de la bouche (Paris, Valleyre l’aîné, 1778, 2 vol., 7 pl.). Il mourut le 7 janvier 1816, 11 rue du Jardinet [VIe].

 

Photographie NumisBids

Fils du précédent, Amable-Louis-Marie-Michel Jourdain est né quai des Grands Augustins, le 25 janvier 1788. Faute de pouvoir les financer, il ne put terminer ses études et fut placé chez un notaire. En 1805, il quitta le notariat pour l’École spéciale de langues orientales, installée depuis sa fondation en 1795 dans un petit local de la Bibliothèque nationale : ses maîtres furent Louis Langlès (1763-1824) et Antoine-Isaac Silvestre, dit « de Sacy » (1758-1838). La place de secrétaire adjoint de l’École spéciale des langues orientales fut créée pour lui à la demande de Langlès. Il épousa, le 19 septembre 1812, Philotine-Marie-Anne Rougeot, née le 21 vendémiaire An III [12 octobre 1794] à Vendeuvre-sur-Barse [Aube], fille d’Antoine Rougeot (1762-1841), docteur en médecine. 

Tombe Bréchillet-Jourdain. Cimetière du Père Lachaise

Il mourut prématurément le 19 février 1818 et fut inhumé au cimetière du Père Lachaise [11e division]. Son œuvre capitale, couronnée par l’Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, fut publiée après sa mort : Recherches critiques sur l’age [sic] et l’origine des traductions latines d’Aristote, et sur des commentaires grecs ou arabes employés par les docteurs scholastiques (Paris, Fantin et C.e, Delaunay, 1819). Philotine Rougeot mourut le 5 novembre 1862 chez son fils Charles.

Cul-de-sac Sourdis. Cadastre de Paris par îlot (1810-1836), 14e quartier, Louvre, îlot 13

Charles-Marie-Gabriel Jourdain est né le 24 août 1817 à Paris [Ier], 1 cul-de-sac Sourdis [disparu en 1853 lors de l’extension de la place du Louvre, baptisée rue Perrault en 1867. Ne pas confondre avec la ruelle Sourdis, IIIe]. Déjà licencié en droit, il fut docteur ès lettres en 1838 et agrégé de philosophie en 1840. Il fut nommé professeur de philosophie à Reims [Marne] en 1841, puis regagna Paris, où il enseigna au collège Stanislas de 1842 à 1847, au collège Bourbon en 1847 et au collège Bonaparte en 1848.

Il demeurait 8 rue des Fossés-Saint-Germain-l’Auxerrois [rue de Rivoli, Ier] quand il épousa, le 4 octobre 1847, Élisabeth Meunier, née à Paris le 15 août 1825, fille de Jean-Auguste Meunier, notaire, 27 rue Coquillière [Ier], qui lui donna quatre filles : Marthe-Marie, le 23 octobre 1848, et Charlotte-Marie, le 24 janvier 1850, nées 8 rue des Fossés-Saint-Germain-l’Auxerrois ; 

Rue Neuve-de-Luxembourg (1846)

Marie, le 21 août 1851, et Élisabeth-Marie, le 6 octobre 1856, nées 21 rue Neuve-de-Luxembourg, ou rue de Luxembourg [rue Cambon à partir de 1879, Ier]. 

Charles Jourdain, par Jean-Nicolas Truchelut. Coll. Musée Getty

En 1849, il sortit de l’enseignement pour devenir chef de cabinet du comte Alfred de Falloux (1811-1886), ministre de l’Instruction publique et des Cultes, et eut une grande part à l’élaboration de la loi du 15 mars 1850, dite « loi Falloux », qui établissait la liberté d’enseignement, laissant une place ample à l’enseignement confessionnel. Chef de la division de la comptabilité générale au ministère de l’Instruction publique en 1852, il fut nommé inspecteur général de l’Instruction publique pour l’enseignement supérieur en 1869, fut secrétaire général du ministère de l’Instruction publique en 1875 et 1876, et fut mis à la retraite le 15 avril 1879 avec le titre d’inspecteur général honoraire. Veuf depuis le 3 mars 1868, Charles Jourdain demeurait toujours 21 rue Cambon : 


après une maladie qui dura plusieurs mois, il mourut le 20 juillet 1886 à Taverny [Val-d’Oise], 41 rue de l’Église, dans sa résidence secondaire [détruite]. 

Tombe Bréchillet-Jourdain. Cimetière de Montmartre

Il fut inhumé au cimetière de Montmartre [21e division], rejoignant son épouse, Élisabeth Meunier, décédée en 1868 ; sa mère, Philotine Rougeot, décédée en 1862 ; sa fille Charlotte, décédée en 1856 ; sa tante, Catherine Jourdain, décédée en 1845 ; son grand-père maternel, Antoine Rougeot, décédé en 1841.

Charles Jourdain avait été fait chevalier de la Légion d’honneur le 8 mai 1850, officier le 12 août 1865 et commandeur le 11 janvier 1876, et avait été élu membre de l’Académie des Inscriptions et Belles-Lettres le 11 décembre 1863. Il avait été également membre du Comité des travaux historiques du ministère de l’Instruction publique, de la Commission du catalogue général des manuscrits des bibliothèques des départements, du Conseil de perfectionnement de l’École des chartes, de la Société de l’histoire de France, de la Société de l’histoire de Paris, de l’Association pour l’encouragement des études grecques et du Comité d’histoire et d’archéologie du diocèse de Paris.

Parmi les très nombreux travaux qui firent sa réputation, on retiendra particulièrement : Le Budget de l’Instruction publique et des établissements scientifiques et littéraires, depuis la fondation de l’Université impériale jusqu’à nos jours (Paris, L. Hachette et Cie, 1857) ; La Philosophie de Saint Thomas d’Aquin (Paris, L. Hachette et Cie, 1858, 2 vol.), couronnée par l’Académie des sciences morales et politiques ; l’Histoire de l’Université de Paris au XVIIE et au XVIIIE siècle (Paris, L. Hachette et CIE, 1862), continuation de l’Historia Universitatis Parisiensis (Paris, Franciscum Noel, [puis :] Petrum de Bresche et Iacobum de Laize-de-Bresche, 1665-1673, 6 vol.) de César Égasse du Boulay ; Index chronologicus chartarum pertinentium ad historiam Universitatis Parisiensis (Venit Parisiis, L. Hachette et Socios, 1862).


Sa bibliothèque fut vendue du lundi 7 au samedi 12 mars 1887, en 6 vacations, 28 rue des Bons Enfants, Maison Silvestre, salle n° 1 : Catalogue des livres anciens et modernes composant la bibliothèque de feu M. Charles Jourdain, membre de l’Institut, ancien inspecteur général de l’enseignement supérieur, ancien secrétaire général du ministère de l’Instruction publique, des cultes et des beaux-arts, membre du Conseil de perfectionnement de l’École des chartes, commandeur de l’Ordre de la Légion d’honneur. Précédé d’une Notice par M. Léopold Delisle, membre de l’Institut, administrateur de la Bibliothèque Nationale (Paris, VVE Adolphe Labitte, 1887, in-8, [3]-[1 bl.]-VIII-146 p., 1.126 + 2 doubles [bis] = 1.128 lots), dont Théologie [31 lots = 2,74 %], Jurisprudence [33 lots = 2,92 %], Sciences et Arts [187 lots = 16,57 %], Beaux-Arts [43 lots = 3,81 %], Belles-Lettres [164 lots = 14,53 %], Histoire [670 lots = 59,39 %].

Cette bibliothèque est essentiellement de documentation contemporaine ; elle contient de nombreux ouvrages avec envoi autographe de l’auteur ; elle contient néanmoins quelques ouvrages publiés avant la Révolution :

 


31. Iulii Cæsaris Vanini Neapolitani Theologi, Philosophi, & Iuris utriusque Doctoris. Lutetiæ, Adrianum Perier, 1616, in-8, mar. vert, fil., tr. dor. (Rel. anc.).



65. Iacobi Bruckeri. Historia critica philosophiæ. Lipsiæ, Hæred. Weidemanni et Reichii, 1767, 6 vol. in-4, vél.

Photographie Sequitur Books, Boonsboro


90. Arisotelis Operum. Authore Guillelmo du-Vallio. Lutetiæ Parisiorum Typis Regiis, 1619, 2 vol. in-fol. à 2 col., mar. r., fil., tr. dor. (Rel. anc. fatiguée).



110. Fratris Rogeri Bacon ordinis minorum opus majus ad Clementem IV pontificem maximum. Venetiis, Apud Franciscum Pitteri, 1750, pet. in-fol., demi-rel. v. f.



122. La Vie de Monsieur Des-cartes [sic]. Paris, Daniel Hortemels, 1691, 2 tomes en 1 vol. in-4, portr., v. ant. gran.

Photographie BnF


124. Philosophia nominalium vindicata. Authore Ioanne Salabert. Parisiis, Sebastianum Cramoisy et Gabrielem Cramoisy, 1651, in-8, cart. perc., mouillures.



133. Gothofredi Guillelmi Leibnitii, opera omnia. Genevæ, Fratres de Tournes, 1768, 6 vol. in-4, gr. pap. non rogné, demi-rel. bas.



179. Nemesius Emesenus De natura hominis græce et latine. Halæ Magdeburgicæ, Joan. Jac. Gebauer, 1802 [et non 1702], in-8, v. f., dos orné, dent., tr. dor. (Bozerian Jeune).

Photographie Librairie Abélard, Montolieu


185. Discours de la connoissance des bestes. Par le P. Ignace Gaston Pardies. Paris, Sebastien Mabre-Cramoisy, 1678, in-12, v. ant. gran.

Photographie Librairie Le Feu Follet


191. De la Sagesse, trois Livres par Pierre Charron. Leide, Iean Elsevier, s. d. [1656], in-12, front., mar. r., dos orné, fil., tr. dor. (Rel. anc.).



201.
Le Prince de Nicolas Macchiavelli. Paris, Hierosme de Marnef & Guillaume Cavellat, 1572, in-16, paginé 611-777, v. ant. marb.



221. Theophrasti De historia, et causis plantarũ, Libri Quindecim. Theodoro Gaza interprete. Parisiis, Christianum Wechel, 1529, 2 parties en 1 vol. pet. in-8, car. ital., v. br., comp. (Rel. époque).



232. Recherches critiques et historiques sur l’origine, sur les divers états et sur les progrés [sic] de la chirurgie en France. Paris, Charles Osmont, 1744, in-4, fig., v. ant. marb.



279. Labyrinte [sic] de Versailles. Paris, Imprimerie royale, 1679, in-8, fig. de Sébastien Le Clerc, mar. r., comp. à la Duseuil, tr. dor. Chiffre et armoiries royales sur les plats (Rel. anc.).



350. Les Œuvres de G. de Saluste SR. du Bartas. Paris, Toussainctz du Bray, 1611, in-fol., titre gravé, fig., mar. r., fil., tr. dor. (Rel. anc.).



376. Les Philosophes, comédie, en trois actes, en vers. Par M. Palissot de Montenoy. Paris, Duchesne, 1760, in-8, cart. perc. Édition originale.

Photographie Antiquariaat Fragmenta Selecta, Amsterdam


483. Sulpitii Severi opera omnia quæ exstant. Amstelodami, Ex officina Elzeviriana, 1656, in-12, titre gravé, mar. r., fil., tr. dor. (Bradel).

Photographie BnF


487. Histoire ecclesiastique. Par Monsieur l’Abbé Fleury. Paris, Emery, Saugrain Père et Pierre Martin, 1722-1738, 36 vol. in-4, mar. bleu, dos orné, fil., tr. dor. (Rel. anc.).

Photographie Livre Rare Book


655. Satyre Menippée, de la vertu du catholicon d’Espagne, et de la tenue des etats de Paris, A laquelle est ajoûté un Discours sur l’interpretation du mot de Higuiero del Infierno, & qui en est l’Auteur. Ratisbone [sic], Heritiers de Mathias Kerner, 1726, 3 vol. in-8, v. f. ant.



704. Censures et conclusions de la sacrée Faculté de théologie de Paris. Paris, Jean-Baptiste Delespine, 1720, in-4, v. ant.



719. Plan de Paris. Commencé l’Année 1734. Dessiné et Gravé, sous les ordres de Messire Michel Etienne Turgot. Achevé de Graver en 1739. Levé et Dessiné par Louis Bretez. Gravé par Claude Lucas. Et Ecrit par Aubin. In-fol., 20 pl., mar. r., dent., tr. dor. Aux armoiries de la ville de Paris.



722. Le Theatre [sic] des antiquitez de Paris. Par le R. P. F. Iacques du Breul Parisien. Paris, Pierre Chevalier, 1612, in-4, fig., vél.



723. Histoire et recherches des antiquités de la ville de Paris. Par Me Henri Sauval. Paris, Charles Moette et Jacques Chardon, 1724, 3 vol. in-fol., v. ant. marb.



724. Histoire de la ville de Paris, composée par D. Michel Felibien, reveue, augmentée et mise au jour Par D. Guy-Alexis Lobineau. Paris, Guillaume Desprez et Jean Desessartz, 1725, 5 vol. in-fol., front., plans, fig., carte, v. ant. marb.

Photographie I. N. H. A.


725. Description historique de la ville de Paris et de ses environs. Par feu M. Piganiol de la Force. Paris, Libraires Associés, 1765, 10 vol. in-12, fig., v. ant. marb.

Photographie Librairie de l'Escurial, Nice


727. Dictionnaire historique de la ville de Paris et de ses environs. Par MM. Hurtaut & Magny. Paris, Moutard, 1779, 4 vol. in-8, demi-rel., v. f.

Photographie BnF

728. Recherches critiques, historiques et topographiques sur la ville de Paris. Avec le PLAN de chaque Quartier. Par le Sr. Jaillot. Paris, Le Boucher, 1782, 5 vol. in-8, v. ant. marb.



972. Compendium recenter editum de multiplici parisiẽsis universitatis magnificentia. [à la fin :] Impressũ in alma parisiorum universitate p Toussano denis librario. 1517, in-4 goth., mar. noir jans., dent. int., tr. dor. (Duru-Chambolle).

Photographie Librairie les mains dans les poches, Tourbes


974. Histoire de l’Université de Paris. Par M. Crevier. Paris, Desaint & Saillant, 1761, 7 vol. in-12, v. f. ant.



977. Advertissements Sur sur la reformation de l’Université de Paris. [Paris], [à la fin :] André Wechel, 1562, in-8, mar. r. jans., tr. dor. (C. Hardy).



978. Reformation de l’Université de Paris. Paris, Claude Thiboust, 1667, in-8, bas.

Photographie BnF

980. Recueil des privileges de l’Université de Paris. Paris, Veuve Thiboust et Pierre Esclassan, 1674, in-4, v. ant. granit.



997. Memoire historique & littéraire sur le Collége [sic] royal de France ; Par M. l’Abbé Cl. P. Goujet. Paris, Augustin-Martin Lottin, 1758, 3 vol. in-12, v. f. ant. marb.



1.022. Academiarum orbis christiani libri duo. Authore Iacobo Middendorpio. Coloniæ, Maternum Cholinum, 1572, pet. in-8, parch.



1.047. Diogenis Lærtii de vitis, dogmatibus et apophthegmatibus clarorum philosophorum libri X. Græce et latine. Amstelædami, Henricum Wetstenium, 1692, 2 vol. in-4, front., v. ant. marb. Exemplaire Victor Cousin.