dimanche 23 décembre 2012

Mises au point sur Diane de Poitiers

La mort de Diane de Poitiers arriva six mois après celle de Grolier, le 26 avril 1566, à Anet, dans le département d’Eure-et-Loir, âgée de 66 ans, 3 mois et 17 jours, selon l’inscription sur son tombeau : « Vixit an. LXVI, mens. III. dies XVII. Obiit an. Christo nato M. D. LXVI. VI calend. maii. » [Elle a vécu 66 ans, 3 mois 17 jours. Elle est morte l’an de Christ 1566 le 6 des calendes de mai].
Elle était donc née le 9 janvier 1500 [et non le 3 septembre 1499 suivant Dreux du Radier, ni le 14 mars 1500 comme l’avance Bayle, tous deux ayant mal lu l’épitaphe], à Saint-Vallier, dans le département de la Drôme.
Veuve de Louis de Brézé (1459-1531), comte de Maulévrier, gouverneur et grand sénéchal de Normandie, qu’elle avait épousé le 29 mars 1514, elle devint la favorite du Dauphin, le futur Henri II, qui lui donna le duché de Valentinois et lui fit construire le château d’Anet, où elle forma sa bibliothèque : on ignore où elle avait été installée, avant que d’être reléguée dans le deuxième étage qui fut créé en 1680.


Le château d'Anet vers 1730, par Jacques Rigaud

Les volumes provenaient surtout de la famille de Poitiers –  son grand-père était amateur de livres de luxe –  et de Louis de Brézé ; quelques-uns lui furent donnés par Henri II.
Ses livres étaient revêtus de reliures à ses armes, avec sa devise de veuve « Sola vivit in illa » [sous-entendu « memoria » : « Vivant seule dans son souvenir »], ou quelquefois la légende « Consequitur quodcumque petit » [Elle atteint tout ce qu’elle vise], ou ornés ou non de ses emblèmes, l’arc, le carquois et le triple croissant, et de son chiffre formé d’un double D.
Ceux qui lui ont été donnés par le roi portent en outre le chiffre formé du double D et H, ou le chiffre formé d’un double croissant enlacé à un H, ou le H couronné.
L’ornementation des reliures consiste dans des compartiments à entrelacs. Généralement, ces entrelacs sont noirs sur fond fauve, les croissants se détachent en blanc, peints ou argentés.


La terre d’Anet étant passée dans la Maison de Vendôme, ces princes augmentèrent la collection. En 1718, Anet entra dans la Maison de Condé. Ce ne fut qu’après la mort de la princesse de Condé, Anne de Bavière (1648-1723), épouse du fils du Grand Condé, que les livres manuscrits et imprimés furent catalogués sans beaucoup de soin dans le Catalogue des manuscrits [sic] trouvez après le décès de Madame la Princesse dans son château royal d’Anet (Paris, P. Gandouin, 1724, in-12, 49p. [37 p. plus une addition de 12 p.]) pour subir des enchères publiques, au mois de novembre 1724 : 171 numéros pour les manuscrits sur vélin, 81 pour ceux sur papier, 155 pour les livres imprimés, et une addition de 199 numéros pour plus de 600 volumes imprimés dans les formats in-folio, in-4, in-8 et in-12. Beaucoup de volumes furent achetés par Guyon de Sardière, plusieurs manuscrits furent adjugés à Cangé, à Lancelot et à d’autres amateurs, un certain nombre passèrent à l’étranger.
Le château d’Anet fut dévasté à partir de 1794 ; le corps du logis central et une partie de l’aile droite furent détruits en 1810. Le 29 mai 2010, les restes de Diane de Poitiers furent de retour dans son tombeau, après 213 ans au cimetière communal d'Anet.


samedi 22 décembre 2012

Mises au point sur Jean Grolier




« Le prince des bibliophiles passés, présents et futurs. » [J.-Ch. Brunet. Manuel du libraire et de l’amateur de livres. Paris, Firmin Didot frères, fils et Cie, 1860,   t. I, col. 141], Jean Grolier, seigneur vicomte d’Aguisy [aujourd’hui Villers-Agron-Aiguizy, Aisne], trésorier de France, mourut à Paris le 22 octobre 1565, âgé de 86 ans, dans l’hôtel de Lyon, qu’il avait fait construire rue de Buci (VIe), et fut inhumé dans l’église de l’abbaye de Saint-Germain-des-Prés, devant le grand autel, avec l’épitaphe suivante :

« Cy gist Messire Iehan Grollier en son viuãnt Chevalier, Seigneur Vicomte d’Aguisy, Thresorier de Milan & de France, en la charge & Thresorerie d’oultre Seine & Yonne, General des finances du Roy. Qui trespassa le 22. Octobre 1565. Priez Dieu pour luy. 

Et aux pieds de son effigie est insculpé.

Ioanni Grolerio, Insubriae dudum, Galliae nuper Quaestori Castiss. fideliss. Integer. VC. virtutum omnium litterarum comprimis, & venerandae antiquitatis Amantiss. Obseruantiss. Studiosiss. Anna & Iacobella filiae Anthonius & Petrus nepotes Parenti Cariss. MMM.PP. vixit annos LXXXVI. Obiit XI. Kal. Nouemb. »

(Jacques du Breul. Le Theatre des Antiquitez de Paris. Paris, Claude de la Tour, 1612, p. 310) 


Plan ancien et moderne de l'église de Saint-Germain-des-Prés
Jacques Bouillart. Histoire de l'abbaye royale de Saint Germain des Prez. Paris, Grégoire Dupuis, 1724


Sa tombe fut déplacée en 1704 dans la chapelle Saint-Casimir, située dans le bras de la croisée, à gauche du maître-autel.




Il naquit donc, à Lyon, en 1479, quoique puisse en penser Anthony Hobson [A. Hobson. Renaissance book collecting. Cambridge, University Press, 1999, p. 5], qui le fait naître dix ans plus tard, avec des arguments peu convaincants et sans aucune preuve : doit-on retenir l’hypothèse d’un historien du XXe siècle ou le témoignage d’un contemporain ?

Faute d’une étude sérieuse de la biographie de Jean Grolier, Wikipedia, le Grand Dictionnaire universel du XIXe siècle, le Grolier Club de New York, l’Encyclopédie Britannica et le British Museum, lui attribuent la baronnie de Servières [Monts-de-Randon, Lozère], qui n’a jamais été sa propriété : cette baronnie fut apportée le 9 décembre 1566 à son petit-cousin Antoine Grolier (1545-1610) par son épouse Philiberte Bonyn, fille d’Antoine Bonyn de Servières, contrôleur général des finances de Lyon.

Le 11 octobre 1520, à Lyon, Jean Grolier épousa Anne Briçonnet († 1545), fille du contrôleur général des finances de Bretagne et petite-fille du fameux cardinal de Saint-Malo, qui lui donna un fils, mort sans postérité, et quatre filles dont deux seront les seules de ses cinq enfants à lui survivre.

Jean Grolier chez Alde Manuce en 1504, par François Flameng (1856-1923)
Coll. Grolier Club de New York


Jean Grolier chez Alde Manuce en 1504
gravé par Léopold Flameng (1831-1911), d'après François Flameng (1856-1923) 



Jean Grolier chez Alde Manuce en 1504, par G. A. Lucas, d'après François Flameng. Coll. priv.

Dès son premier séjour milanais (1509-1513), il constitua une bibliothèque et collectionna les monnaies et les médailles antiques, devenant le mécène des savants, des lettrés et des artistes au cours de son second séjour (1515-1521).
Son ex-libris, « Io. Grolierii Lugdunensis et amicorum » [À Jean Grolier de Lyon et à ses amis], et sa devise, « Portio mea, Domine, sit in terra viventium » [Que ma part, Seigneur, soit sur la terre des vivants], furent d’abord manuscrits à l’intérieur des volumes de sa première bibliothèque, milanaise, et de sa deuxième bibliothèque, parisienne, constituée après son retour en France.
À la première bibliothèque appartiennent des ouvrages revêtus de reliures à plaquettes, aux armes de la famille Grolier peintes sur les tranches, en veau ou en maroquin, dont les encadrements dorés formés par la juxtaposition de petits fers entourent une médaille, imprimée en relief au centre des plats et rehaussée de peinture.
À la deuxième bibliothèque appartiennent des volumes dans des reliures en veau brun dont les décors dorés sont faits de filets et de fers pleins agencés au centre des plats ou disposés en encadrements.





En 1536, il dut vendre tous ses biens, résidence et bibliothèque, pour s’acquitter d’une dette importante et éviter l’incarcération. Il s’attacha alors à constituer une troisième bibliothèque et à faire construire une nouvelle résidence.
La majeure partie de cette bibliothèque d’environ 3.000 volumes était composée de livres grecs et latins ; elle contenait moins d’une vingtaine de manuscrits et aucun des grands livres illustrés français des xve et xvie siècles. Seuls 400 volumes environ sont recensés aujourd’hui, qui furent reliés dans plusieurs ateliers parisiens : d’abord celui du « relieur à la fleur de lis » [Étienne Roffet, dit« le Faulcheur » ?] en 1538, puis celui du « relieur de Antoine du Saix », surtout celui du « relieur aux entrelacs géométriques » [Jean Picard] de 1540 à 1547, celui du « relieur à l’arc de Cupidon » de 1548 à 1555, celui de Gomar Estienne au début des années 1550 et celui du « dernier relieur de Grolier » à la fin des années 1550. 
Les reliures sont en veau fauve, ou en maroquin pour les ouvrages les plus précieux ; les peaux en sont très écrasées. Le dos, presque toujours sans ornements, est à cinq ou six nerfs. Les tranches sont simplement dorées. La garde qui recouvre la reliure intérieurement est ordinairement en vélin. Sur les deux plats, des compartiments nombreux, tantôt or et noirs, tantôt verts, noirs et or, sur fond brun, mais plus volontiers à ornements très variés en or, avec filets et enroulements de même, sur fond vert, sont toujours combinés de manière à former au milieu de chaque plat, soit un carré, soit un losange, soit un écusson, où se trouvent inscrits, sur le plat supérieur, le titre de l’ouvrage, et sur le plat inférieur, la devise « Portio mea, Domine, sit in terra viventium » ; au bas du plat supérieur, généralement entre les filets qui forment encadrement, on lit « Io. Grolierii et amicorum. » Le titre, l’ex-libris et la devise sont imprimés avec des lettres d’or, en caractères romains.

Une partie de la bibliothèque fut dispersée après la mort de Grolier, comme en témoignent les exemplaires possédés par Jacques-Auguste de Thou, Paul Petau et Jean Ballesdens. 
La majeure partie échut par acquisition ou héritage à Méry de Vic, chevalier, seigneur d’Ermenonville [Oise], des Bergeries [Chartrettes, Seine-et-Marne], de Saint-Port [Seine-Port, Seine-et-Marne], et de Sainte-Assise [Seine-et-Marne], près Corbeil [Corbeil-Essonnes, Essonne]. Il était maître des requêtes du roi Henri III lorsque ce prince n’était encore que duc d’Anjou. Il le pourvût d’une charge de maître des requêtes de son hôtel par lettres du 26 novembre 1581. Méry de Vic fut reçu le 23 juin de l’année suivante, et l’exerça jusqu’en 1597 qu’il fut fait président au parlement de Toulouse et conseiller d’état. Il fut ensuite surintendant de la justice en Guyenne et rendit de notables services au roi Henri IV en la négociation du renouvellement d’alliance avec les Suisses, vers lesquels il avait été envoyé en ambassade. Le roi Louis XIII étant à Bordeaux, lui donna la charge de garde des sceaux de France par lettres du 24 décembre 1621. Il n’en jouit pas longtemps, car ayant suivi sa majesté au voyage de Montpellier, il mourut à Pignan [département de l’Hérault], entre cette ville et celle de Pézenas, le 2 septembre 1622. Son corps fut porté en sa terre d’Ermenonville proche Senlis, et y est enterré. 
La bibliothèque passa entre les mains de son fils Gédéon de Vic, seigneur d’Ermenonville, maréchal des camps et armées du roi, cornette de la compagnie des deux cents chevaux légers de sa garde ordinaire, qui mourut le 26 février 1636, laissant après lui cinq enfants dont le dernier, Dominique de Vic, seigneur d’Ermenonville, de Morand [Indre-et-Loire], d’Autrêches [Oise], du grand et petit Breuil, mourut au mois de février 1676, ayant eu sept enfants, dont cinq d’un premier lit et deux d’un second. C’est à la suite d’une licitation entre les enfants nés de ces deux lits que fut vendue la bibliothèque. Les monnaies et médailles antiques, transportées de Paris en Provence pour passer en Italie, furent rachetées par Charles IX, ou plutôt par sa mère Catherine de Médicis, et réunies aux collections royales.

Les livres de Grolier firent l’ornement des bibliothèques particulières jusqu’à la Révolution : Bibliotheca Thuanæ (1679), Bibliotheca Bigotiana (1701), Bibliothecæ Petaviana et Mansartiana (1722), Bibliotheca Fayana (1725), celles d’Esprit Fléchier (1725), de Hoym (1738), de Soubise (1788), de Lamoignon (1791), etc. De même au xixe siècle : celles du duc d’Aumale, de Coste, de Mac-Carthy Reagh, de Renouard, de Solar, de Yemeniz, etc. Des collections furent faites en Angleterre – celles de Clayton Mordaunt Cracherode (1730-1799), de Thomas Grenville (1755-1846) et de lord Gosford (1806-1864) à Londres, du duc de Marlborough au château de Blenheim – et en Allemagne – celle du baron de Hohendorf –, etc.

Le Cabinet de Marigues de Champ-Repus

Eugène-Gabriel Marigues de Champrepus, qu’on doit écrire « de Champ-Repus », est né à Fismes, département de la Marne, le 14 décembre 1828 :

« Le quatorze décembre mil huit cent vingt huit, heure de midi, […] est comparu Monsieur Marie Gabriel Marigues, âgé de trente un ans, receveur des Contributions indirectes, demeurant à Fismes, lequel nous a présenté un enfant du sexe masculin, né ce jourd’hui à huit heures du matin, de lui déclarant et de Dame Joséphine de Champrepus, âgée de dix huit ans et demi, son épouse ; auquel enfant il a déclaré vouloir donner les prénoms de Eugène Gabriel, les dites présentation et déclaration faites en présence des sieurs Jean Baptiste Alexandre Filloy, jurisconsulte, âgé de soixante sept ans, et Jean Baptiste Vimorel, chevalier de Saint Louis, âgé de soixante huit ans, demeurant tous deux en cette ville […] »

En marge de l’acte de naissance est écrit :

« Par décret impérial du quatorze novembre mil huit cent cinquante huit, M. Marigues (Eugène Gabriel) né à Fismes, le quatorze décembre mil huit cent vingt huit, d’après l’acte ci-contre, a été autorisé à ajouter à son nom patronymique celui de de Champrepus et s’appeler à l’avenir Marigues de Champrepus.
Mention faite par nous greffier du Tribunal civil de Reims, soussigné, à la requête dudit sieur Marigues, en exécution d’un jugement rendu par ledit Tribunal le vingt sept janvier mil huit cent soixante, conformément aux articles 49 et 101 du Code Napoléon. »

Après des études au lycée de Reims, il devint élève de l’école de Saint-Cyr. Ses débuts dans la carrière militaire furent rapides et brillants, successivement attaché à l’état-major de la place de Paris, capitaine, chevalier de la Légion d’honneur à 24 ans, décoré de l’ordre ottoman du Medjidié pour sa belle conduite en Crimée.
Il épousa, à Paris le 18 janvier 1858, Marie-Jenny David, fille de Louis-Charles David-Deschamps (1801-1865), avocat à la Cour d’appel de Paris et membre du Conseil général de l’Orne, où il représentait le canton d’Écouché, depuis député de l’Orne. À la mort de son beau-père, il le remplaça au Conseil général et ne cessa d’être réélu jusqu’à sa mort : Écouché devint sa résidence d’été, tandis que Paris était sa résidence d’hiver.

Dans les loisirs de sa vie militaire, il fut membre de la Société des Antiquaires de Normandie et publia deux ouvrages se rattachant à son nom de Champrepus, commune du département de la Manche :
-          Viridovix, chef des Unelliens, et Sabinus, lieutenant de César (Paris, Librairie centrale, 1862, in-8, 38 p., carte), où il soutient que la rencontre de Viridovix et de Sabinus aurait eu lieu à Champrepus.
-          Œuvres poétiques de Jacques de Champ-Repus, gentilhomme bas-normand (Paris, Bachelin-Deflorenne, 1864, in-8, 4-XXXIII-184 p., 200 ex.). Réimpression, sous ce titre, de deux ouvrages introuvables : Ulysse, tragédie française (Rouen, Théodore Reinsart, 1603, exemplaire Soleinne) et Églogue enrichie de trente anagrammes sur cet illustre nom, Marguerite de Valois (Rouen, Jean Petit, 1609, exemplaire Cigongne, acheté par le duc d’Aumale).  

Pendant la guerre de 1870-1871, il reprit du service, fut fait prisonnier à Metz et emmené en captivité en Allemagne. Rentré en France, il fut nommé officier de la Légion d’honneur et quelque temps après chef d’escadron d’état-major. Il prit sa retraite en 1873, avec le grade de lieutenant-colonel du 32e régiment de l’armée territoriale. Séparé de son épouse, il mourut presque subitement le 7 mars 1892, à 1 h. 30 du matin, en son domicile, 8 rue de l’Arcade (VIIIe), frappé d’une congestion en sortant du cercle des Champs-Élysées, dont il était un habitué.

Sa bibliothèque fut dispersée les 24 et 25 janvier 1893, à l’Hôtel Drouot.
Le Catalogue d’un choix de livres rares & précieux […] composant le cabinet de feu M. Marigues de Champ-Repus (Paris, A. Claudin, 1893, in-8, XII-108 p., 309 lots) montre, qu’après avoir commencé une collection d’Elzévirs, il avait bien été un bibliophile de la période 1870-1880, recherchant essentiellement les impressions gothiques, les livres à gravures sur bois, les poètes du xvie siècle, les éditions originales des classiques du xviie et les livres à figures du xviiie. Sa collection, réduite mais de qualité, ne comprend pas un seul volume de l’époque romantique. Son ex-libris, circulaire et armorié, « D’azur coupé d’argent, à la fasce en devise d’or, accompagnée en chef d’une levrette courante colletée et testée d’or, en pointe une hermine de sable. », porte en périphérie « Ex libris + Marigues de + Champ Repus » 

Le produit de la vente atteignit 52.658 fr. Parmi les adjudications les plus intéressantes :
Heures à l’usage de Toul (n° 8 : Simon Vostre, alm. de 1515 à 1530, in-8, sur vélin, mar. doublé de Duru, 896 fr.) ;
La Practique et Enchiridion des causes criminelles (n° 20 : Louvain, E. Wauters et J. Bathen, 1554, in-4, fig. sur bois, mar. rouge ancien, 210 fr.) ; passé dans les bibliothèque Paillet, puis Robert Hoe ; aujourd’hui au catalogue Patrick Sourget (23.000 €) ;
Ars moriendi (n° 39 : Nuremberg, v. 1504, in-4, 13 fig. sur bois, mar. brun de Cuzin, 581 fr.) ;
Le Pastissier françois, exemplaire Lebeuf de Montgermont adjugé 4.550 fr. en 1876 (n° 50 : Amsterdam, Louys et Daniel Elzevier, 1655, in-12, mar. doublé de Trautz-Bauzonnet, 3.020 fr.) ; Les Œuvres feu maistre Alain Chartier, exemplaire Firmin-Didot vendu 520 fr. en 1879 (n° 82 : Paris, Galliot du Pré, 1529, in-8, mar. olive doublé de mar. rouge par Bauzonnet, 205 fr.) ;
Le Grand Testament, de François Villon, très rare (n° 83 : Pierre Le Caron, v. 1490, in-4, mar. de Chambolle, 730 fr.) ;
Le Séjour d’honneur, par Octavien de Saint-Gelais, exemplaire de Nodier, puis de Lacarelle, vendu 265 fr. en 1888 ( n° 86 : Paris, Antoine Vérard, 1519, in-8, mar. brun « à la fanfare » de Thouvenin, 403 fr.) ;
Fables choisies, mises en vers par M. de la [sic] Fontaine, exemplaire Lacarelle adjugé 515 fr. en 1888 (n° 141 : édition originale de Paris, Claude Barbin, 1668, in-4, mar. bleu de Trautz, 490 fr.) ;
Les Baisers, de Dorat (n° 148 : La Haye et Paris, Lambert et Delalain, 1770, in-8, mar. bleu de Lortic, grand papier, 705 fr.) ;
Fables nouvelles, de Dorat, exemplaire [médiocre] Desbarreaux-Bernard, vendu 1.150 fr. en 1879 (n° 149 : La Haye, et Paris, Delalain, 1773, in-8, demi-rel., grand papier, 615 fr.) ;
Choix de chansons mises en musique par M. de la Borde, exemplaire Quentin-Bauchart vendu 1.200 fr. en 1872 (n° 150 : Paris, de Lormel, 1773, 4 tomes en 2 vol. in-8, mar. rouge aux armes de J.-B. Sahuguet, baron d’Espagnac, 3.200 fr.) ;
Le Théâtre de P. et Th. Corneille, exemplaire de Paillet payé 3.000 fr. en 1887 (n° 166 : Amsterdam, Abraham Wolfgang, 1664-1678, 10 vol. in-16, mar. rouge doublé de Cuzin, 1.120 fr.) ;
Les Amours pastorales de Daphnis et Chloé, édition dite du Régent (n° 185 : Paris, Quillau, 1718, in-8, mar. rouge ancien, 425 fr.) ;
Chronique du règne de Charles IX, par Prosper Mérimée (n° 211 : Paris, 1876, première publication de la Société des Amis des Livres, in-8, mar. doublé, 550 fr.).
  

mercredi 19 décembre 2012

L’Impressionnante Bibliothèque Descamps-Scrive

Nul n’est prophète en son pays. La Bibliothèque municipale de Lille ne possède rien sur son illustre enfant :

« L’an mil huit cent cinquante trois, le vingt neuf décembre, à deux heures du soir […], a comparu Auguste Adolphe Descamps, négociant, âgé de vingt-cinq ans, né à Lille y domicilié rue des Fleurs, 14, lequel nous a présenté un enfant du sexe masculin, né ce jour à six heures du matin, de lui déclarant et de Léonie Rose Crespel son épouse, âgée de vingt-trois ans, née à Lille, auquel enfant il a déclaré donner les prénoms de René Léon, en présence d’Edmond Jules Descamps, négociant, oncle paternel âgé de vingt-sept ans, et d’Edouard Victor Groulois, rentier, âgé de vingt-huit ans, tous deux domiciliés à Lille »

Mineur quant au mariage et sans profession, il épousa à Lille, le 29 janvier 1877, Claire-Sophie-Léonie Scrive, née le 14 décembre 1857 à Lille, y demeurant rue Princesse, 21, fille d’un négociant. Un contrat de mariage a été passé le 24 janvier 1877 devant Maître Paul Deledicque, notaire à Lille.



(Cliché B. Hugonnard-Roche)


À partir de 1880, René Descamps-Scrive constitua une des plus belles bibliothèques existant en Europe, décrite par Léopold Carteret :

« Les livres anciens et modernes de tous les genres y sont représentés par des exemplaires de choix – depuis le Livre d’Heures, manuscrit ou imprimé, du xve siècle, jusqu’au volume contemporain illustré par Maurice Denis – depuis les éditions originales d’un Ronsard jusqu’à celles d’un Paul Claudel – depuis les reliures précieuses exécutées pour Grolier et ses amis, jusqu’aux merveilleuses mosaïques de Marius Michel et aux créations hardies de Legrain. […]
Grand amateur de reliures du xixe siècle, M. Descamps fut peut-être un des premiers à en réunir des séries vraiment représentatives. […]
La condition des exemplaires est parfaite : pas un livre qui présente le moindre défaut ; la plus petite tare suffisait à faire écarter impitoyablement le volume le plus intéressant.
Les livres illustrés, qui forment la base solide de cette collection, sont uniformément superbes d’épreuves ; chaque fois qu’il a existé des épreuves d’état, eaux-fortes, avant lettre ou tirages hors texte, l’amateur a fait l’impossible pour se les procurer […]
Ne pouvant tout acquérir, ne le désirant d’ailleurs pas, M. Descamps-Scrive a porté son choix sur un nombre restreint de volumes, mais d’une importance capitale et dont chacun caractérise à merveille un style et une époque. »

René Descamps-Scrive a aussi publié, à ses frais, une édition de luxe des Trophées (1907, in-4, 175 ex.), de José-Maria de Heredia (1842-1905), illustrée par Luc-Olivier Merson (1846-1920).
Membre de plusieurs Sociétés de bibliophiles, il utilisait un ex-libris discret : une étiquette, qui porte « Ex libris R. Descamps Scrive » dans une couronne de lierre. Il mourut à Lille le 20 octobre 1924. Son épouse lui survivra jusqu’au 23 novembre 1926.
 La bibliothèque Descamps-Scrive, qui contenait « des joyaux d’une rareté et d’une perfection telles que les amateurs ne les peuvent rencontrer plus d’une fois au cours d’une génération », fut dispersée à Paris, à la Galerie Georges Petit, 8 rue de Sèze (IXe), en 1925, par le ministère de Maître Fernand Lair-Dubreuil, commissaire-priseur, assisté de Léopold Carteret, libraire à Paris, 5 rue Drouot, et de Émile Raoust-Leleu, libraire à Lille, 11 rue Neuve. Trois catalogues in-4 furent rédigés par Léopold Carteret : VI-98 p. et 245 lots, 203 p. et 574 lots, VI-247 p. et 738 lots.


La vente de la première partie comprenait les livres anciens, éditions originales et livres illustrés des xve, xvie et xviie siècles, très beaux livres à figures du xviiie siècle, exemplaires richement reliés.

La salle fut envahie de bonne heure, ce samedi 21 mars 1925. Des fauteuils avaient été réservés aux bibliophiles connus, mais beaucoup se firent remplacer. On notait cependant la présence de Tristan Bernard, Beraldi, Paul Villeboeuf, Bordes, de Bormans, le duc de Grammont, la princesse d’Arenberg. Parmi les enchères les plus importantes : un manuscrit sur vélin, exécuté au quinzième siècle, qui atteignit 26.200 fr. ; La Passion de Jésus-Christ, gravée sur cuivre par Albert Dürer, 19.200 fr. ; La Vie de la Vierge, La Passion de N. S. J. C. et L’Apocalypse, gravés sur bois, d’après les dessins d’Albert Dürer, 56.200 fr. ; les Heures de Rome, dans une somptueuse reliure d’un des frères Ève, 34.000 fr. ; les Œuvres de Clément Marot, exemplaire de Sainte-Beuve, dans une riche reliure de Boyet, 19.000 fr. ; un superbe exemplaire de Roland furieux, d’Arioste, dans une reliure de Derome, 45.500 fr. ; un exemplaire du Decameron de Boccace, provenant des bibliothèques de Pixerécourt et de lord Gosford, 32.000 fr. ; Les Tourterelles de Zelmis, de Dorat, 42.000 fr. ; Les Baisers, de Dorat, 45.000 fr. ; Les Fables nouvelles, de Dorat, avec les illustrations de Marillier, 56.000 fr. 
Enfin, Les Estampes de Freudeberg et de Moreau, pour le Monument du costume physique et moral de la fin du dix-huitième siècle – le premier volume contenant la suite de Freudeberg en épreuves à la tablette blanche, avec son texte et avant les numéros, le second volume contenant le texte des trois parties avec la série complète des 36 planches ; aucun des 18 exemplaires connus ne réunissait ces particularités ; cette pièce unique fut adjugée 432.000 fr. au Docteur Abraham-Simon-Wolf Rosenbach (1876-1952) de New York et de Philadelphie ; elle fut poussée jusqu’à 431.000 fr. par Daulos  pour le compte d’un amateur français, mais celui-ci dut céder devant la puissance des dollars. Cette première journée atteignit, pour les 125 numéros vendus, la somme de 1.678.610 fr., auxquels il y a lieu d’ajouter 19,50 % de droits.

L’assistance était moins élégante le lundi 23 mars, pour la deuxième journée de la vente. Parmi les bibliophiles connus, on pouvait citer Vever, Georges-Emmanuel Lang, Leclerc, Tristan Bernard, Garnier, de Samblaux, Bouilly. Cette journée était réservée aux livres à gravures du xviiie siècle qui jouissaient à l’époque d’une vogue particulière.
Parmi les enchères les plus importantes : Formule de cérémonies et prières pour le sacre de S. M. Louis XVI, dans une superbe reliure du dix-huitième siècle aux armes de Marie-Antoinette, 35.000 fr. ; le Choix de chansons de La Borde, exemplaire en premier tirage dans une reliure de Derome, 51.000 fr. ; les Fables choisies de La Fontaine avec les planches de Oudry et Cochin, exemplaire sur Hollande, dans une somptueuse reliure de Padeloup, les plats ornés d’une large dentelle, 101.000 fr. ; les Contes et Nouvelles de La Fontaine, édition des Fermiers généraux, exemplaire dans la reliure dite « de présent », exécutée par Derome, provenant des bibliothèques Destailleur et Thévenni, 41.000 fr. ; les Contes et Nouvelles en vers de La Fontaine, exemplaire contenant le fleuron par Choffard, la suite des 20 figures du premier volume en deux états,eaux-fortes pures et épreuves avant les numéros, 81.000 fr. ; Œuvres de Molière, exemplaire du 1er tirage de l’édition de 1734 (Prault), dans un maroquin ancien de Anguerrand, relié pour le président de Lamoignon, 81.000 fr. ; les Métamorphoses d’Ovide, exemplaire (1767-1771) contenant la suite des estampes de Moreau, Boucher, Eisen, Monnet, etc., reliure de Padeloup, 41.000 fr. ; les Œuvres de Rabelais, exemplaire sur grand papier (1741, Jean-Frédéric Bernard), reliure de Padeloup, 76.000 fr. ; les Œuvres de Regnard (Didot, 1789), exemplaire sur papier fin avec les figures en épreuves à la lettre grise dans une reliure du dix-huitième siècle, à dentelles, 80.000 fr. ; Paul et Virginie de Bernardin de Saint-Pierre (1806), exemplaire tiré sur papier vélin avec les figures en trois états, reliure mosaïquée de Simier, aux armes de la duchesse de Berry, 54.000 fr. ; les Georgiques de Virgile (C. Bleuet), sur hollande, provenant de la bibliothèque de L. de Montgermont, 31.000 fr. ; les Estampes destinées à orner les éditions de M. Voltaire, édition imprimée à Kehl par les soins de Beaumarchais en 1785, reliure de Bradel-Derome, 60.000 fr. Le total de la journée a atteint la somme de 1.753.390 fr.  

La seconde partie de cette collection comprenait les livres de l’époque romantique : éditions originales des grands écrivains, illustrés du xixe siècle, livres anglais illustrés, albums de costumes et caricatures. Outre le catalogue de luxe, Carteret imagina un catalogue résumé, plus maniable et laissant une grande marge destinée aux observation et aux prix d’adjudication.

Parmi les amateurs présents, ce lundi 25 mai 1925, on remarquait Leclerc, Pradeau, Bloch-Levalois, de Bormans, Seymour de Ricci, Georges-Emmanuel Lang, Gaston Scrive, de Meulenaere. Les enchères les plus importantes : Les Œuvres du cardinal de Bernis (N. Delangle, 1825), exemplaire sur vélin, dans une reliure mosaïquée par Simier, 25.500 fr., adjugé à Blaizot ; Les Œuvres complètes de Cervantès, traduites de l’espagnol par H. Bouchon-Dubournial (Paris, Méquignon-Marvis, 1821), exemplaire avec les figures avant la lettre, dans une reliure de Thouvenin, au même ; Œuvres de Delille (Giguet et Michaud, 1804), exemplaire recouvert d’une curieuse reliure au vernis Martin portant cette étiquette « Brevet d’invention, reliures en vernis sans odeur établies au Grand Châtelet, quai de la Mégisserie », 19.000 fr. ; La Reliure, poème en six chants, par Lesné (Renouard, 1827), exemplaire provenant de la bibliothèque A. Rouart, reliure mosaïque de Masquillier, 23.500 fr. ; Œuvres choisies de Marot (Paris, Janet et Cotelle, 1826), exemplaire sur vélin, ex-libris H. Beraldi, reliure mosaïquée de Vogel, 30.000 fr. à Giraud-Badin ; Œuvres choisies de Parny (Paris, Lefèvre, 1827), exemplaire sur vélin, reliure de Simier, relieur du Roi, 30.000 fr. ; Œuvres complètes de Racine (Furne, De Bure, 1829), reliure mosaïque par Scharge, relieur belge, 23.000 fr. ; Émile, par J.J. Rousseau, tomes I à III des Œuvres complètes (Paris, Dalibon, 1824-1825), trois volumes avec les figures sur Chine, reliure de Thouvenin, 24.100 fr. ; Mémorial de Sainte-Hélène, par Las Cases (Ernest Bourdin, 1842), deux volumes sur Chine, reliure du temps, 28.000 fr., adjugé à Meynial ; le Journal de l’expédition des Portes de Fer, par Charles Nodier (1844), exemplaire sur Chine (il n’en existe que cinq), provenant de la bibliothèque Jules Brivois, contenant quelques lettres autographes dont une du baron de Claye, relative à l’ouvrage et à cet exemplaire, 35.000 fr. à Carteret.

Les deux dernières vacations des mardi 26 et mercredi 27 mai attirèrent le groupe habituel des bibliophiles connus : Robert de Machiels, Fernand Vaudiseur, le marquis de Jessé, Sacha Guitry, Martineau, Georges-Emmanuel Lang, Pradeau, Leclercq, Maître Dorville. Les prix les plus importants atteints durant ces deux journées : Les Contes drolatiques de Balzac (Paris, Bureaux de la Société Générale de Librairie, 1855), exemplaire contenant 330 fumés sur Chine d’après les bois des vignettes de Gustave Doré, reliure Cuzin, 26.000 fr. ; La Caricature, journal fondé et dirigé par Charles Philipon (1830-1835), cinq années en 10 volumes, reliure de Carayon, 21.000 fr. ; Faust de Goethe (Paris, Ch. Motte et chez Sautelet, 1828), exemplaire avec les figures sur Chine, on y avait ajouté un portrait de Delacroix par Lenoir, reliure du temps, 11.500 fr. ; Office de la Quinzaine de Pâques (Louis Janet, 1826), reliure de présent enrichie de pierreries, signée Sinicer, 13.100 fr. ; Cérémonies des gages de bataille (Paris, Crapelet, 1830), reliure somptueuse de Thouvenin, 20.500 fr. ; Histoire et cronicque du Petit Jehan de Saintré (Firmin-Didot frères, 1830), exemplaire colorié, dans une reliure triplée de Duplanil (1834), 26.100 fr. ; Les Roses, par J. P. Redouté (Paris, P. Dufart, 1828), 3 tomes en 2 volumes, exemplaire sur vélin, reliure doublée et mosaïquée de Duplanil, 51.000 fr. ; Mosaïque par P. Mérimée (H. Fournier jeune, 1833), édition originale, reliure mosaïquée de Cuzin, 11.026 fr. ; Le Rouge et le Noir, Stendhal, édition originale (A. Levavasseur, 1831), 2 volumes, reliure de Mercier, 15.150fr. ; La Chartreuse de Parme, par Stendhal, édition originale, reliure de Mercier, 15.200 fr. ; Le Bon Genre, observations sur les modes et les usages de Paris (Crapelet, 1822), reliure de l’époque, 20.000 fr.
Ces trois journées ont produit le total de 2.212.000 fr., lesquels augmentés des droits, font plus de 2.600.000 fr.

Les livres modernes furent l’objet de la troisième partie : éditions originales d’auteurs contemporains, très beaux livres illustrés modernes, dessins et aquarelles originales, très riches reliures mosaïquées.

Le lundi 23 novembre 1925, à quatorze heures précises, Maître Lair-Dubreuil gravit alertement la chaire présidentielle. Dans la salle, on reconnaissait le duc de Massa, le commandant Lefébure, Henri Leclerc, Joseph Descamps, Franz-Bemelmans, Borderel, Guerquin, Henri Prost, Garnier, Achalme, Villeboeuf, Hinstin, Lange.
Parmi les livres illustrés les plus disputés : Antar, exemplaire sur Japon, contenant une aquarelle originale de Dinet (Piazza et Cie, 1898), reliure de Cuzin, 11.200 fr., acquis par Blaizot ; Histoires et Aventures, d’Andersen, exemplaire unique, sur papier du Japon, orné des 52 aquarelles de Lunois, reliure de Mercier, adjugé 25.500 fr. à Giraud-Badin ; Eugénie Grandet (Société des Amis des Livres, 1883), exemplaire unique, contenant les dessins originaux de Dagnan-Bouveret, 11.500 fr. à Giraud-Badin ; Les Amours d’un poète, de Louis Barthou, exemplaire auquel on avait joint un album contenant les 11 dessins originaux de Legrand, 10.100 fr. à de Semblanc ; Les Sept Discours touchant les dames galantes et la suite complète des 9 dessins originaux illustrant cette édition (Jouaust, 1882), reliure de Marius Michel, 26.100 fr. à Carteret ; Aventures du dernier Abencérage, de Chateaubriand, exemplaire sud Chine, reliure mosaïquée de Mercier, 13.600 fr. ; Les Liaisons dangereuses, de Choderlos de Laclos (Carteret, 1914), exemplaire unique sur vélin, contenant, rehaussés d’aquarelle, tous les dessins originaux de Jeanniot, reliure de Noulhac, 31.000 fr. à Carteret ; Petites Fleurs de Saint François d’Assise, des Fioretti (Jacques Beltrand, 1913), illustrations de Maurice Denis, reliure somptueuse de Marius Michel, 19.300 fr. à Blaizot.
Parmi les éditions originales : Les Amoureuses, d’Alphonse Daudet, exemplaire enrichi de 68 aquarelles de Giacomelli, ont atteint 5.720 fr. ; Les Épaves, de Baudelaire (Amsterdam, à l’enseigne du Coq – Bruxelles, Poulet-Malassis, 1866), exemplaire sur Chine, provenant de la bibliothèque Latombe, 4.620 fr. ; Les Fleurs du mal, seconde édition, sur Chine, contenant le manuscrit de la pièce Obsession, exemplaire provenant de la bibliothèque Parrau, 8.005 fr. ; Les Fleurs du mal, édition originale (Poulet-Malassis et de Broise, 1857), exemplaire auquel on avait ajouté un sonnet autographe de Baudelaire, Épigraphe pour un livre condamné en 1857, 4.510 fr. à Dechenne. Le clou de la journée fut Les Fleurs du mal, édition originale, exemplaire sur Hollande, ayant appartenu à Poulet-Malassis, contenant des notes autographes et une lettre de deux pages de Baudelaire, reliure de Lortic : ce volume mis en vente à 25.000 fr. et poussé successivement par Josky, Davis, Carteret et Camille Bloch, fut finalement adjugé à ce dernier, moyennant 48.020 fr.

Le lendemain, mardi 24 novembre, la lutte fut encore plus chaude que la veille, et les enchères firent des bonds impressionnants. Ce fut le triomphe du maître relieur Marius Michel. On reconnaissait, parmi les fervents bibliophiles : le comte Recoppé, le dessinateur Hansi, Seymour de Ricci, de Bormans, Georges Esnault, Duclos, le docteur Lereboullet, Emile Prat, Tauber, de Galard, Lefebvre, Marcel Gerbidon, René Charles Philippe.
Parmi les livres illustrés : Bouvard et Pécuchet, de Flaubert (Piazza et Cie, 1904), un des 30 exemplaires, auquel on avait ajouté une aquarelle originale de Huard et 4 feuilles de croquis au crayon, reliure de Gruel, fut adjugé 13.500 fr. à Carteret ; La Légende de saint Julien l’Hospitalier, suite complète des 26 dessins originaux de Luc-Olivier Merson, exécutés pour l’édition Ferroud, en 1895, reliure de Mercier père, décorée d’un grand cuir incisé de Lepère, 43.600 fr. à Blaizot ; La Fille Élisa, d’Edmond de Goncourt (Paris, Testard, 1895), exemplaire unique, imprimé sur vélin, contenant les dessins originaux de Jeanniot et 47 croquis à la plume ayant servi à ces compositions, reliure de Marius Michel, 29.100 fr. à Giraud-Badin ; L’Œuvre de Ed. Hédouin, recueil de l’œuvre dessinée et gravée par cet artiste, contenant 170 planches, dont 9 croquis de personnages, reliure mosaïquée de Marius Michel, 15.200 fr. à Carteret ; À rebours, de Huysmans (Les Cent Bibliophiles, 1903), un des 130 exemplaires contenant une très rare suite des fumés des bois, reliure doublée de Mercier, 22.100 à Blaizot ; La Cathédrale, de Huysmans (A. Blaizot et Kieffer, 1909), exemplaire sur Japon contenant composition originale de Jouas et la suite complète unique des croquis et études de cet artiste, reliure de Marius Michel, 49.100 fr. à Blaizot ; Le Livre de la jungle, de Kipling (Le Livre contemporain, 1919), exemplaire auquel on avait ajouté une suite d’épreuves d’artistes, reliure de Marius Michel décorée d’une plaquette en argent, œuvre originale de Jouve, 33.100 fr. à Blaizot.



Enfin, le numéro sensationnel de la vacation (n° 137) : Les Trophées, véritable monument élevé par les soins de Descamps-Scrive à la gloire de José-Maria de Heredia, un exemplaire unique de cet ouvrage (Paris, 1907), orné d’une aquarelle originale de Luc-Olivier Merson, auquel on avait joint les 194 croquis de cet artiste et 3 volumes contenant les 50 dessins originaux exécutés pour cette édition, le tout relié somptueusement par Marius Michel, reliure mosaïquée en maroquin vert, au chiffre de Descamps-Scrive inséré dans les entrelacs du décor, fut acquis pour la somme de 70.000 fr. par Carteret. On retrouve cet exemplaire dans la bibliothèque d’Henri Petiet (Picard, 11 mai 1993, 52.000 F), puis dans la bibliothèque d’un amateur japonais (Alde, 18 avril 2009, 12.600 €).
Parmi les éditions originales : Madame Bovary, de Gustave Flaubert (Michel Lévy, 1857), exemplaire imprimé sur papier fort, contenant une lettre de Flaubert, reliure de Marius Michel, 35.100 fr. à Carteret ; Dominique, de Fromentin (Hachette et Cie, 1863), exemplaire sur Hollande, reliure de Lortic, 21.000 fr. à Carteret ; le même, dans une reliure de Marius Michel, 10.000 fr. à Carteret ; À rebours, de Huysmans (Charpentier, 1884), exemplaire sur Hollande portant la mention manuscrite « Exemplaire de l’auteur, J.-K. Huysmans », 9.000 fr. à Carteret.

Le mercredi 25 novembre, même affluence qu’aux deux précédentes vacations, même défilé et même lutte ardente pour les acquisitions : Le Jeu de l’amour et du hasard, de Marivaux (L. Conquet, 1894), exemplaire orné de 16 aquarelles originales de Maurice Loir, reliure somptueuse de Mercier, 29.500 fr. ; Colomba, de Mérimée (L. Carteret, 1904), un des deux exemplaires sur satin, reliure de Mercier, 16.100 fr. ; La Jacquerie, de Mérimée (Blaizot, 1909), exemplaire sur vélin, avec les figures en un état, le dessin original de Luc-Olivier Merson pour la vignette de la couverture, trois états des gravures, reliure de Mercier, 8.100 fr. ; Lettres persanes, de Montesquieu (Jouaust, 1886), exemplaire sur Whatman, reliure de Mercier, 11.000 fr. ; Scènes de la vie de bohème, de Murger (Romagnol, 1902), exemplaire sur vélin contenant trois états des gravures et une lettre autographe de Murger, reliure de Gruel, 41.500 fr. ; Les Nuits, de Musset (Meynial), exemplaire unique sur Japon mince, contenant les dessins originaux de Luc-Olivier Merson et l’album renfermant la série complète des 33 dessins originaux pour l’édition publiée aux frais de Couderc de Saint-Chamand, reliures mosaïquées de Marius Michel, 30.000 fr. ; Contes, de Perrault, deux volumes (Boussod, Valadon, 1886-1887), édition ornée d’aquarelles d’Édouard de Beaumont, reproduites en fac-similé, auxquels on avait joint un exemplaire unique de Barbe-Bleue et La Belle au bois dormant, contenant 41 aquarelles originales d’Édouard de Beaumont, reliures de Marius Michel, 40.100 fr. ; La Cité des eaux, d’Henri de Régnier (Auguste Blaizot et Kieffer, 1912), un des 20 exemplaires sur vélin contenant trois états des illustrations, 74 dessins originaux de Ch. Jouas, et une suite unique des eaux-fortes sur peau de vélin, reliure de Marius Michel, 23.000 fr.

Dernière vacation le jeudi 26 novembre 1925. Comme aux vacations précédentes, les enchères furent chaudement disputées et quelques-unes d’entre elles dépassèrent de beaucoup toutes les prévisions.
Avec son autorité coutumière, Maître Lair-Dubreuil présida cette journée de gala, assisté de Léopold Carteret, expert, et de son précieux auxiliaire, le crieur Heibel.
Parmi les prix les plus élevés obtenus par les livres illustrés : Een mei van Vroomheid, de Maurits Sabbe, exemplaire unique tiré sur grand papier et enrichi de 101 aquarelles originales de Albert Gendens, reliure de De Samblaux, imitant les reliures romantique genre Thouvenin, adjugé 11.100 fr. à de Samblanc ; Aux flancs du vase, d’Albert Samain (Le Livre d’Art, 1898), exemplaire avec une suite à part des compositions originales de Gaston La Touche, reliure de Marius Michel, 12.600 fr. ; Hyalis, d’Albert Samain (Blaizot et Kieffer), exemplaire unique sur vélin, orné de 36 aquarelles originales de Malassis, reliure somptueuse de Mercier, 33.000 fr. à Carteret ; Sonnets et eaux-fortes (Lemerre, 1869), exemplaire sur Chine, admirable spécimen de reliure mosaïquée de Marius Michel, 19.000 fr. à Meynial ; Nos oiseaux, d’André Theuriet (Launette et Cie, 1887), exemplaire sur Japon, enrichi de 84 aquarelles originales de Giacomelli, sonnet autographe de Theuriet, reliure de Marius Michel, 12.100 fr. à Blaizot ; Le Jardin des caresses, de Franz Toussaint (Piazza, 1914), exemplaire sur Japon, contenant une aquarelle originale de Léon Carré, un état en couleurs des gravures sur Japon, sans cadre, et un état en noir sur vélin, avec cadre, reliure de Mercier fils, 11.880 fr. ; Nouveaux Contes à Ninon, d’Émile Zola (L. Conquet, 1886), exemplaire sur vélin blanc, contenant trois états des gravures dont l’eau-forte pure et enrichi des aquarelles originales de Giacomelli, reliure mosaïquée de Marius Michel, 12.500 fr. à Giraud-Badin.

Le clou de la journée : Zadig ou la Destinée, de Voltaire (Société des Amis des livres, 1893), exemplaire sur vélin contenant la série complète des dessins originaux de l’édition, dont les quatre de Félicien Rops ; on y avait joint une suite de gravures dans tous les états et la décomposition des tirages successifs et épreuves terminées, avant le filet d’encadrement, reliure très riche, de style oriental, mosaïquée, de Lortic fils, 77.600 à Carteret.
Parmi les éditions originales : Mon frère Yves, de Loti, exemplaire sur Hollande, renfermant la page 15 du manuscrit, 5.200 fr. ; La Maison Tellier, de Maupassant, exemplaire sur Hollande avec envoi à Maizeroy, 9.000 fr. ; Les Romanesques, d’Edmond Rostand, exemplaire sur Hollande, avec envoi à Hartog, 4.400 fr. ; Fêtes galantes, de Verlaine, exemplaire sur Chine, reliure de Marius Michel, 10.020 fr. ; La Bonne Chanson, de Verlaine, exemplaire sur Chine, 5.000 fr. ; Claudine à Paris, Claudine en ménage et Claudine s’en va, exemplaires sur Hollande contenant, le premier, quelques pièces manuscrites, le second, une lettre autographe de l’auteur, et le troisième une lettre autographe de Colette Willy, ensemble 10.600 fr.

Aucune bibliothèque française n’avait jamais atteint, en vente publique, le total de celle-ci.

samedi 15 décembre 2012

La Bibliothèque Courtois, ou Les Origines suspectes d'une riche bibliothèque révolutionnaire

Toute biographie devrait commencer par un acte de naissance.
En effet, ici, comme trop souvent, ceux qui se disent « biographes » ont fait naître, sans preuve, Edme-Bonaventure Courtois à Arcis-sur-Aube, dans le département de l’Aube, en 1753 ou en 1754. Vérification faite aux Archives départementales, Edme Courtois est né à Troyes, sur la paroisse Saint-Jean :

« Le 15 juillet 1754. Edme fils de Pierre Courtois me boulanger et de Nicole Bezange sa légitime épouse, né aujourd’hui, a été baptisé le même jour ; le parrain Edme Bouillerot me boulanger et la marraine Anne Donceron épouse de Michel Bezange, lesquels ont signé. »

Reste à trouver d’où vient le second prénom qu’il s’est attribué.

Après avoir fait ses humanités au collège Pithou, dirigé par les Oratoriens de la ville de Troyes, il épousa une Arcisienne en 1776, fixa sa résidence à Arcis-sur-Aube et vendit des sabots chez son beau-père. Quand sa femme mourut en 1787, la rumeur publique l’accusa de l’avoir empoisonnée. Rapidement remarié, il se déclara partisan de la Révolution et parvint à devenir receveur du district d’Arcis. Il commença alors à s’enrichir.
Monté à Paris, il fut employé au garde-meuble de la couronne, avant d’être élu député de l’Aube à l’Assemblée législative en 1791, puis renommé membre de la Convention en 1792. En 1793, il vota la mort de Louis XVI, sans appel, ni sursis.
Après la mort du Roi, Courtois semble être passé en silence à travers les orages de la Révolution, mais n’oublia pas de profiter de certaines situations. Fixé auprès de l’armée du Nord en juin 1793, il  en revint rapidement, accusé de dilapidations et d’avoir chargé son beau-père de fournir frauduleusement des bœufs pour l’approvisionnement de l’armée. Envoyé dans les départements de l’Indre et du Cher au début de l’année 1794, il fit fermer les églises et éloigner les prêtres de leurs fonctions. Compatriote et ami de Danton, donc opposé à Robespierre, il fut chargé de l’examen des papiers de ce dernier, après sa chute le 9 thermidor an II [27 juillet 1794], et rendit en janvier 1795 un très long et très violent rapport, chef-d’œuvre d’enflure et de mauvais goût. Chargé d’une mission dans les départements de la Meurthe et des Vosges, il fit libérer les détenus politiques, mais continua de poursuivre les prêtres. Il entra alors au Comité de sûreté générale, qui remplaça celui de la Terreur, puis passa en octobre 1795 au Conseil des anciens, comme ex-conventionnel. Il fut réélu par le département de l’Aube en 1798, puis une seconde fois en 1799. Il prit une part très active aux événements du 18 brumaire an VIII [9 novembre 1799] et dénonça Barthélemy Aréna (1765-1829) comme ayant voulu assassiner le général Bonaparte, ce qui lui valut d’entrer au Tribunat.

Fortune rapidement faite, il était devenu un des riches propriétaires de Paris : il avait acheté un des plus beaux hôtels du faubourg Saint-Honoré, ayant un magnifique jardin sur les Champs-Élysées, et posséda un moment le château de Montboissier, dans le département de l’Eure-et-Loir, qui appartenait à la fille de Malesherbes, un des défenseurs de Louis XVI à son procès. « Qu’on me méprise, pourvu que je dîne », disait-il, ce qui suffit pour donner une idée de sa moralité. Des accusations de malversations l’obligèrent à sortir du Tribunat en 1802. Un de ses contemporains, qui croyait qu’il était mort depuis quelques années, écrivait en 1815 : « Il possédait tout ce qui fait envie dans le monde, hors ce qui honore. »
Courtois se retira dans son château de Rambluzin, aujourd’hui détruit, à 20 km. au nord-ouest de Saint-Mihiel, dans le département de la Meuse, qu’il avait acheté en 1801. Il s’occupa alors de belles-lettres et d’agriculture, sans abandonner la politique : il devint conseiller municipal et maire de Rambluzin en 1812, conseiller général du canton de Souilly (Meuse) de 1813 à 1815. Au second retour des Bourbons, Courtois tombait sous le coup de l’article 7 de la loi dite « d’amnistie » du 12 janvier 1816, qui excluait de l’amnistie les régicides qui avaient accepté des emplois de « l’usurpateur » Napoléon. Sur le bruit qu’il détenait des effets précieux appartenant à la couronne, il avait eu droit, dès le 9 janvier, à une perquisition de la gendarmerie, qui fut infructueuse. Le jour même du décès de sa seconde femme, le 25 janvier 1816, il tenta d’éviter le bannissement en écrivant au conseiller d’État Louis-François Becquey (1760-1849) pour lui faire connaître qu’il possédait des pièces intéressant la famille royale, trouvées dans les papiers de Robespierre et qu’il offrait au Roi : des lettres, dont une lettre écrite par Marie-Antoinette à sa belle-sœur Madame Élisabeth au moment d’aller au supplice, dite « le testament de la Reine », dont on ignorait totalement l’existence ; un gant ayant appartenu au Dauphin ; un petit paquet de cheveux de Marie-Antoinette. Son entreprise fut vaine, et le 9 février suivant, la gendarmerie fit une nouvelle perquisition chez lui et se fit remettre les pièces, qui furent expédiées à Paris : le 12 février 1816, Louis XVIII faisait officiellement lire le testament de la Reine, simultanément à la Chambre des députés par le comte Élie Decazes, ministre de la Police, et à la Chambre des pairs par le duc de Richelieu. Courtois quitta la France le 20 février 1816 pour Namur, d’où il obtenait le 15 novembre suivant l’autorisation de se rendre à Bruxelles pour raison de santé. Il y mourut presque subitement le 6 décembre 1816.

Edme Courtois possédait une des bibliothèques les plus considérables de France, contrairement à ce qu’il écrivait, le 12 février 1816, au préfet de la Meuse : 

« Ma collection ne contient en grande partie que des ouvrages classiques, grecs et latins, imprimés la plupart en Allemagne, en Hollande, en Angleterre ; en un mot, ce que les littérateurs distingués appellent entr’eux des petits livres, voilà ce qui compose mon trésor, qui me coûte des recherches infinies. »  

Cette bibliothèque fut dispersée en 35 vacations du 3 janvier au 12 février 1820, rue Dauphine n° 20, près le Pont-Neuf, avec un Catalogue des livres composant la bibliothèque de feu M. Edme-Bonaventure Courtois (Paris, J.-S. Merlin, 1819, in-8, xij-444 p., 3.723 articles) :

« Nous ne pouvons nous dispenser d’indiquer parmi une suite fort étendue de beaux classiques grecs et latins, et dans les éditions les plus estimées, le Platon, le Lucien et le Thucydide des Deux-Ponts, papier fort, le Polybe de Schweighæuser, papier de Hollande, la collection des petits géographes grecs, un très-bel exemplaire en mar., de la collection des Œuvres de Cicéron, c. n. variorum, etc. Les volumes sur peau de vélin, de la collection de Didot aîné, dite du Dauphin, nous paraissent aussi dignes d’une mention particulière.
Mais, ce qui distingue plus particulièrement la bibliothèque de M. Courtois, c’est la classe des poètes latins modernes [numéros 1.021-2.161, p. 112-277, collection peut-être unique], que le zèle et l’infatigable patience du propriétaire ont élevée au-dessus de ce que les plus belles bibliothèques des particuliers ont offert jusqu’à présent. […]
Il nous paraît inutile d’appeler particulièrement l’attention sur le n°. 3039 [i.e. 3089] du Catalogue : une suite de lettres autographes et confidentielles de Voltaire, à une personne de la profession de Mademoiselle Quinault, ne peut manquer d’intérêt. » 

Cette vente, dirigée par l’un des plus savants libraires de la capitale, Jacques-Simon Merlin (1765-1835), attira le bibliomane anglais Richard Heber (1773-1833) qui se trouvait alors à Paris.

Ce qui frappe d’emblée le lecteur du catalogue, c’est l’existence d’une collection considérable de reliures de Bozerian « aîné » : 529 lots ! On note en outre 117 reliures de Derome « le jeune », 35 reliures de Bradel « aîné » et 8 reliures de Padeloup.
On découvre aussi 14 reliures d’un nommé Mouillié, relieur ignoré de Fléty, qui était installé dans l’hôtel de la Couture, rue Saint-Jacques. Il fut un des rares relieurs de la période révolutionnaire qui travaillait comme sous l’Ancien Régime. Ses reliures, parfois un peu lourdes, sont généralement bien traitées, et rares à trouver aujourd’hui.

On trouve dans la collection de Courtois 39 exemplaires du xvie ayant appartenu à Jacques-Auguste de Thou († 1617), 5 exemplaires aux armes du comte d’Hoym († 1736), 2 exemplaires de Claude Gros de Boze († 1753), 2 exemplaires de Louis-Jean Gaignat († 1768), 1 exemplaire de Colbert († 1683), 1 exemplaire de l’abbé de Saint-Léger († 1799), 1 exemplaire de l’helléniste Richard-François-Philippe Brunck († 1803)  et 1 exemplaire de la bibliothèque des Rohan-Soubise, livrée aux enchères publiques en 1788.
On trouve aussi, sous le n° 1.383, Sannazarii Opera omnia (Venise, Alde, 1535, in-8), exemplaire de Grolier dans une reliure de Bozerian « aîné » en maroquin rouge, tranches dorées.

Le n° 949 du catalogue, Silii Italii de bello Punico secundo XVII (Lyon, S. Gryphe, 1551, in-16), veau fauve, tranches rouges, aux armes du comte d’Hoym, qui portait le n° 2.050 dans le catalogue Hoym, est aujourd’hui à la British Library.

Enfin, les 37 lettres de Voltaire à Mademoiselle Quinault (n° 3089) ont été achetées par le libraire Antoine-Augustin Renouard (1765-1853), qui les a publiées pour la première fois dans ses Lettres inédites de Voltaire (Paris, Renouard, 1822, in-8).
C’est chez la comédienne Jeanne-Françoise Quinault (1699-1783), dite « Quinault cadette » et que Voltaire appelait « Thalie », que se réunissaient, sous le nom de « Société du bout de banc », Voltaire, d’Alembert, d’Argental, Pont-de-Veyle, Destouches, Marivaux, Moncrif, Crébillon fils, Caylus, Voisenon, Duclos, Maurepas, le marquis d’Argenson, Mademoiselle de Lubert, etc.