samedi 20 février 2016

Les Bibliophiles sont en deuil


L'écrivain et philosophe italien Umberto Eco, auteur du célèbre roman Le Nom de la rose, est décédé à l'âge de 84 ans, hier vers 21 h. 30, à son domicile. L'écrivain, qui vivait à Milan, souffrait d'un cancer depuis longtemps.
Né à Alexandrie, le 5 janvier 1932, il a étudié la philosophie à l'Université de Turin et consacré sa thèse au Problème esthétique chez Thomas d'Aquin.
Première édition (1980)
Alors qu'il approchait de la cinquantaine, il réussit un coup de maître avec son premier roman publié en 1980 : Le Nom de la rose s'est vendu à plusieurs millions d'exemplaires et a été traduit en 43 langues. Il a été adapté au cinéma en 1986 par le Français Jean-Jacques Annaud, avec Sean Connery dans le rôle du frère Guillaume de Baskerville, l'ex-inquisiteur chargé d'enquêter sur la mort suspecte d'un moine, dans une abbaye du nord de l'Italie.



Umberto Eco et d'autres grands noms de la littérature italienne avaient décidé, en novembre dernier, de quitter leur maison d'édition historique Bompiani, récemment rachetée par le groupe Mondadori [propriété de la famille Berlusconi], pour en rejoindre une nouvelle et indépendante baptisée « La nave di Teseo » [Le bateau de Thésée, le mythique roi d'Athènes].
Umberto Eco était titulaire de la chaire de sémiotique et directeur de l'Ecole supérieure des sciences humaines à l'Université de Bologne, membre de l'Académie américaine des arts et lettres et de l'Académie royale de Belgique.

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mercredi 10 février 2016

Charpentier, sa bibliothèque, ses amis romantiques et naturalistes (1838-1896)



Descendant d'une famille de magistrats picards, Gervais-Hélène Charpentier est né le 2 juillet 1805, à Paris, rue des Poules [rue Laromiguière, Ve]. Il était destiné à suivre la carrière des armes. 

Voltigeur de la Garde impériale

Son père, Pierre Charpentier, parent du général Henri-François-Marie Charpentier (1769-1831), dont le nom figure sur le pilier sud de l'arc de triomphe de l'Étoile, était lieutenant du 2e régiment de voltigeurs de la Garde impériale : il mourut prématurément à la suite de ses blessures. Sa mère, Adélaïde Cailleux ( Paris, 17 septembre 1850), fut privée, à la Restauration, de l'emploi qu'elle tenait de sa qualité de veuve d'un officier de l'armée impériale.
Après sa sortie de l'école primaire à 14 ans, Gervais Charpentier fut donc empêché de poursuivre ses études et entra comme apprenti chez un tapissier. Mais les fardeaux qu'on lui faisait porter étant trop lourds pour son jeune âge, il se plaça comme garçon de salle chez un marchand de vin.

Ayant le goût des livres, il entra en 1821, comme commis, chez Jacques-Frédéric Lecointe et Étienne Durey, libraires, 49 quai des Augustins [VIe], éditeurs de la célèbre collection in-18 des « Résumés de l'histoire de tous les peuples » : ses appointements de 30 francs par mois lui permettaient de ne pas mourir de faim.

Hoffbauer. Paris à travers les âges. Paris, Firmin-Didot et Cie, 1885.

En 1823, Pierre-François Ladvocat (1791-1854), libraire au Palais-Royal, galerie de bois, n° 195, lui offrit une condition meilleure et les occasions de rencontrer l'élite des écrivains de l'époque. Maurice Dreyfous se trompe, quand il écrit « il entra comme petit commis, chez le célèbre éditeur Renduel. » (Ce qu'il me reste à dire. Paris, Paul Ollendorff, 1913, p. 191) : Eugène Renduel (1798-1874) ne s'est installé qu'en 1825, 20 rue du Battoir [rue de Quatrefages, Ve].

Ladvocat, était né à Caudebec-en-Caux [Seine-Maritime]. Il s'était installé à Paris dès 1813 et y avait épousé, en 1817, Constance-Sophie Aubé, divorcée de Jacques Courtois, propriétaire d'un cabinet de lecture au Palais-Royal. En avance sur son temps, Ladvocat lançait ses publications au moyen d'affiches. Il avait reçu, en 1824, le titre de libraire du duc de Chartres et était devenu le libraire à la mode.

Commis-voyageur de Ladvocat, Charpentier quitta son patron, qui l'avait abandonné à Lyon alors qu'il était tombé gravement malade. En 1828, Charles Mary, libraire-commissionnaire 69 rue et passage Saint-Antoine [IVe], céda à Rousselle et Charpentier son cabinet de lecture, situé à l'angle de la rue Saint-Antoine et du passage du Petit-Saint-Antoine : ce dernier reliait la rue du Roi-de-Sicile à la partie ouest de la rue Saint-Antoine [rue François Miron] et fut détruit à l'ouverture de la rue de Rivoli en 1856. Tout l'avoir des deux associés, en dehors des volumes in-8 reliés ou cartonnés, se limitait à des rayons de sapin, un poêle de faïence et ses tuyaux, une lampe Carcel et trois quinquets [lampes à huile]. Au printemps de 1829, on pouvait y souscrire aux premières livraisons du Panorama historique ancien et moderne, ou Collection de portraits des personnages célèbres de l'histoire, avec des notices rédigées par une société de gens de lettres.

« Un jour il [Charpentier] vit arriver un client fort jeune et qui paraissait très pauvre, et, comme lui-même ne l'était guère moins, on causa. Entre gens de même âge et de même indigence on se met facilement en confiance. Ce lecteur assidu ne fut pas long à confesser qu'il ne savait guère comment il pourrait payer le loyer de son garni. Il se trouvait justement quelques sous dans la caisse du cabinet de lecture, et le patron, pris de pitié pour son client, lui conseilla de se mettre dans ses meubles, puis, à cet effet, il lui offrit de lui payer un lit, un matelas, une table et deux chaises.
L'offre fut acceptée sans autre condition que celle de rembourser le plus tôt possible la somme avancée.
Celui auquel Charpentier procurait ainsi son premier lit et sa première chaise était un pauvre Savoyard venu à Paris pour y faire fortune. Il vivotait très misérablement des menus travaux d'imprimerie qu'il pouvait rencontrer de-ci de-là, mais il avait le sentiment de sa haute valeur et l'ambition des plus hautes destinées. Il n'avait point tort assurément, ce jeune homme. Il s'appelait Buloz [François Buloz (1803-1877), cofondateur de la Revue des deux mondes en 1829]. » (Maurice Dreyfous. Ce qu'il me reste à dire. Paris, Paul Ollendorff, 1913, p. 191-192)

Le 6 décembre 1829, Charpentier acquit la maison de détail de Ladvocat, mais la quitta en 1833 pour devenir exclusivement éditeur. Domicilié d'abord 4 rue Montesquieu [Ier], voisin du Bazar, en 1833-1834, puis 31 rue de Seine [VIe], de 1834 à 1837, il déménagea 6 rue des Beaux-Arts [VIe] en 1837.

Ses premières publications furent des éditions de cabinet de lecture : André Chénier. Poésies posthumes et inédites (Paris, Eugène Renduel et Charpentier, 1833, 2 vol. in-8) ; Atelier d'un peintre. Scènes de la vie privée (Paris, Charpentier et Dumont, 1833, 2 vol. in-8), par Madame Desbordes Valmore ; Angèle, drame en cinq actes (Paris, Charpentier, 1834, in-8), par Alexandre Dumas ; Œuvres complètes de Alex. Dumas (Paris, Charpentier, 1834-1836, 6 vol. in-8) ; Mémoires d'un officier d'état-major (Paris, Charpentier, 1835), par le baron Barchou de Penhoën ; Les Derniers Bretons (Paris, Charpentier, 1836, 4 vol. in-8), par Émile Souvestre ; Souvenirs et mémoires de Madame la comtesse Merlin (Paris, Charpentier, 1836, 4 vol. in-8) ; Le Salon de Lady Betty (Paris, Charpentier, 1836), par Madame Desbordes-Valmore ; Œuvres complètes de Lord Byron (Paris, Charpentier, 1836-1837, 4 vol. in-8), traduction nouvelle par Benjamin Laroche.

À cette époque, la librairie française, dite « de nouveautés », voyait ses ventes à l'étranger sans cesse diminuer ; les romans français à 7 francs 50 centimes le volume mal imprimé, aux interlignes exagérées, aux pages presque blanches, n'étaient lus à l'étranger que dans les contrefaçons bruxelloises de Adolphe Wahlen, imprimeur-libraire de la Cour, 22 rue des Sables, et de Louis Hauman et Compagnie, libraires.
Soucieux de concurrencer les cabinets de lecture et d'enrayer la contrefaçon belge, Charpentier eut l'idée de publier des romans d'un format très maniable, d'une présentation compacte, ce qui lui permettait de réduire les coûts et d'offrir des ouvrages bon marché : le fameux in-18 Jésus à 3 francs 50 centimes allait révolutionner l'édition. L'in-18 Jésus remplaça l'in-12 raisin : tous deux, pliés et brochés, avaient les mêmes dimensions [18,5 x 11,5 cm.] et furent appelés « format Charpentier ».




Le 6 août 1838 paraissait le premier volume de la « Bibliothèque Charpentier » : Physiologie du gout [sic], ou Méditations de gastronomie transcendante. Ouvrage théorique, historique et à l'ordre du jour, dédié aux gastronomes parisiens, par un professeur, membre de plusieurs sociétés savantes (Paris, Charpentier, 1838), par Brillat-Savarin.



Ce volume fut suivi de la Physiologie du mariage ou Méditations de philosophie éclectique (Paris, Charpentier, 1838), par H. de Balzac, et en 1839, toujours au 6 rue des Beaux-Arts : Œuvres complètes du comte Xavier de Maistre ; La Peau de chagrin, par H. de Balzac ; Le Médecin de campagne, par H. de Balzac ; Le Père Goriot, par H. de Balzac ; Le Lys dans la vallée, par H. de Balzac ; Delphine, par Madame de Stael ; Corinne, ou l'Italie, par Madame de Stael ; De l'Allemagne, par Madame de Stael ; Manon Lescaut, par l'abbé Prévost ; Théâtre de Goethe, traduction nouvelle par X. Marmier ; Adolphe, par Benjamin Constant.



Charpentier fit exécuter sa collection par Maximilien Béthune et Henri Plon, imprimeurs 36 rue de Vaugirard [VIe]. La célèbre couverture jaune, à encadrement de feuilles d'acanthe, fut imprimée par Lacrampe et Compagnie, imprimeurs 2 rue Damiette [IIe].
Le nouveau format fut si bien apprécié qu'il fut rapidement adopté en 1840 par Charles Gosselin (1793-1859), 9 rue Saint-Germain-des-Prés [VIe], pour sa « Bibliothèque d'élite », collection à 3 francs et 50 centimes, et par Henri-Louis Delloye (1787-1846), 13 place de la Bourse [IIe], pour sa « Bibliothèque choisie », dont chaque volume ne coûtait que 1 franc et 75 centimes.

G.-H. Charpentier.
Le Livre. Bibliographie rétrospective
(Paris, Quantin, IXe année, 1888, p. 234)

Après avoir déménagé 29 rue de Seine [VIe], Charpentier épousa, le 24 septembre 1840, à Paris, Aspasie-Justine Générelly, née à Lyon le 26 octobre 1819. Les Charpentier déménagèrent ensuite 17 rue de Lille [VIIe] en 1845, dans un immeuble construit en 1700, puis, non loin de là, 39 rue de l'Université [VIIe] en 1854, dans un immeuble construit en 1830. Entre-temps, ils eurent un fils, mais sur le soupçon d'avoir été trompé et de ne pas en être le père, Charpentier se sépara de corps et de biens de sa femme, le 19 juillet 1855. Il déménagea l'année suivante 40 rue Bonaparte [VIe], puis en 1857, 28 quai de l'École, devenu quai du Louvre [Ier] en 1868.

En l'espace de 30 ans, 2.000 volumes ont paru dans la « Bibliothèque Charpentier ».
À côté d'ouvrages qui sont restés dans la collection, tels que les œuvres de Nodier, Mérimée, Théophile Gautier, Alfred de Musset, Auguste Barbier, Sainte-Beuve, Madame de Stael, Benjamin Constant, Aimé Martin, Émile Saisset, Saint-Marc Girardin, Édouard Laboulaye, Sandeau, Lanfrey, Mezières, d'autres ont figuré dans cette collection et, après y avoir reçu le baptême du succès, ont été enrichir d'autres collections. Telles sont les œuvres de Balzac, Victor Hugo, George Sand, Alfred de Vigny, Casimir Delavigne, Béranger, Henri Monnier, Madame de Girardin, de Barante, Guizot, Capefigue, Stendhal, Hégesippe Moreau, Edgar Quinet, Vitet, Victor Cousin, Buchez, Arsène Houssaye, Saintine.
À côté de la littérature moderne, la littérature française des XVe, XVIe, XVIIe et XVIIIe siècles, les classiques français, grecs ou latins, et les œuvres les plus estimées de la littérature étrangère, sont venus prendre place dans la « Bibliothèque Charpentier ». Les éditions des classiques français, annotées par Charles Louandre (1812-1882), ont eu dans le même format plusieurs imitateurs.
Aucune œuvre n'a obtenu un succès aussi grand que les Œuvres de Alfred de Musset. 

"Don Paez" (t. I, p. 9)
Gravure par Balin, d'après le dessin de Bida.

Charpentier en multiplia les éditions dans des formats variés, dont l'édition de bibliothèque, en 10 volumes in-8 cavalier vélin, ornée du portrait de Musset, gravé par François Flameng, d'après l'original de Charles Landelle, et de 28 dessins de Alexandre Bida, gravés sur acier par les premiers artistes (Paris, Charpentier, 1866), et une édition de poche, en 10 volumes in-32 Jésus, ornée du portrait de Musset, d'après l'original de Landelle, et de 28 dessins de Bida, réduits et reproduits par la photographie (Paris, Charpentier, 1867).

Charpentier était bon commerçant mais n'admettait pas les combinaisons d'affaires où chacun n'était pas normalement rétribué, ce qui ne permettait pas de réaliser des fortunes au détriment des auteurs à succès. Il n'eut donc jamais une grosse fortune, et son caractère irascible était probablement lié au fait de voir des auteurs de sa collection attirés par des confrères plus habiles.

Le 28 novembre 1855, Charpentier écrivit au directeur du Journal de la librairie :

« Le dernier numéro du Journal de la librairie donne les noms des libraires éditeurs de Paris auxquels le jury de l'Exposition a décerné une médaille de bronze et parmi ces noms j'y trouve le mien. Je suis dès lors obligé de recourir à la même publicité pour déclarer que je refuse cette distinction et pour en dire les motifs.
Quelque flatteuse qu'elle soit, je la trouve au-dessus ou au-dessous de mes travaux depuis dix-huit ans comme éditeur.
Si le jury a voulu, par cette médaille, reconnaître la bonne exécution matérielle de mes publications, il a été trop indulgent, car cette fabrication n'est pas supérieure à celle des publications de beaucoup de mes confrères qui n'ont pas même été nommés, entre autres de M. Chaix, dont le simple livret des chemins de fer est à mon avis un petit chef-d'oeuvre de bonne entente, d'ordre, de clarté, d'exécution typographique, eu égard à son prix.
Que si, au contraire, l'intention du jury a été de récompenser l'ensemble de mes travaux dans leur généralité, leur caractère large et élevé, la création d'un format nouveau, à la fois commode, élégant, portatif et à l'application que j'en ai faite pour la composition d'une vraie bibliothèque, réunissant ou pouvant réunir toutes les productions de l'esprit humain dans leur immense variété, établissant ainsi entre elles le lien puissant de l'unité, chaque ouvrage communiquant sa force aux autres et recevant la leur et dont l'ensemble est de nature à augmenter le goût des bons livres et d'élever le niveau des intelligences ;
A ces avantages que le public a reconnus depuis dix-huit ans par ses suffrages et qui ont été si appréciés que le format, auquel le public a donné mon nom, a été adopté partout où l'on imprime des livres, si l'on ajoute celui du bon marché en se reportant à l'époque où j'ai commencé et qui m'a permis de porter le premier aux contrefacteurs étrangers le coup qui a grandement contribué à les faire déchoir insensiblement, jusqu'au moment des traités pour la garantie de la propriété littéraire leur industrie de contrebande était à peu près éteinte ;
Si l'on ajoute, à ce que je viens de dire, les soins constants que j'ai apportés dans la composition de la Bibliothèque Charpentier, les nombreux travaux d'érudition, de recherches historiques, littéraires et autres que j'ai provoqués, inspirés, dirigés même quelquefois, auxquels j'ai aussi quelquefois un peu participé ; les traductions nouvelles que j'ai fait exécuter par les personnes les plus capables qui, souvent, n'y songeaient guère, de plus de cent ouvrages étrangers et des meilleurs, j'ose le dire, des littératures ancienne et moderne, traductions qui ont fait connaître en France l'esprit des littératures étrangères ;
Si c'est tout cela, je le répète, que le jury de l'Exposition a cru récompenser par une médaille de bronze, on m'excusera de croire qu'il a été trop économe à mon égard et que je n'ai peut-être pas tort de refuser son cadeau. »
(Louis de Hessem [i.e. Auguste Lavalle]. « Le Cinquantenaire de la Bibliothèque Charpentier (1838-6 Août-1888) » In Le Livre-Bibliographie rétrospective. Paris, Quantin, 1888, Neuvième année, p. 249)

L'entreprise de Charpentier ne tarda pas à s'affaiblir, à cause de la guerre de Crimée [1854-1855], qui avait gelé les exportations vers la Russie, et à cause de la concurrence de Hachette et de Michel Lévy.



De novembre 1858 à octobre 1860, Charpentier publia Le Magasin de librairie, qui eut un succès médiocre, malgré sa transformation en Revue nationale et étrangère, politique, scientifique et littéraire. Charpentier y fit paraître des articles signés de son nom ou de son pseudonyme « Georges Bernard ».
Charpentier a encore écrit diverses notices littéraires et des mémoires se rattachant à la profession d'éditeur, dont Du monopole de MM. Hachette et Cie pour la vente des livres dans les gares de chemin de fer (Paris, Charpentier, 1861), où il s'oppose au monopole de Hachette sur les bibliothèques de gares, et De la prétendue propriété littéraire et artistique (Paris, Charpentier, 1862), où il refuse la perpétuité du droit d'auteur.

Les fréquentations mondaines de son fils, surnommé « Zizi » à cause de son zézaiement, déplaisaient à Charpentier, au point qu'il s'était associé avec son vieil employé Alphonse-Alexandre Toussaint (né à Paris, le 3 janvier 1826) et qu'il désigna, dans son testament de 1870, Charles-Edmond Villetard (1828-1889), mari de sa nièce Aline-Lucie Charpentier, pour gérer son fonds de librairie après sa mort, n'assurant à son fils qu'une rente annuelle de 3.000 francs à partir de sa quarantième année.

Gervais Charpentier mourut brusquement le 14 juillet 1871, en son domicile du 28 quai du Louvre. Il fut inhumé au cimetière de Montparnasse.
Après négociations, sa succession fut liquidée le 15 avril 1872 : les Villetard se désistèrent et les divers légataires furent indemnisés ; son épouse, qui habitait alors Versailles [Yvelines], conserva la propriété des murs de la librairie et de l'immeuble du 28 quai du Louvre, dont elle percevrait les loyers ; son fils reçut le fonds de commerce, la marchandise et les contrats.

               À la mort du fondateur de la maison Charpentier, son fils, Georges-Auguste Charpentier, qui était né à Paris, 17 rue de Lille, le 22 décembre 1846, quitta le journalisme pour lui succéder. Il avait été attaché par son père à la rédaction de la Revue nationale et étrangère, puis avait collaboré au Gaulois et au Paris-Journal, tous deux fondés par le journaliste Henri de Pène (1830-1888), et au Journal des débats. Il avait épousé, le 24 août 1871, Marguerite-Louise Lemonnier, fille d'un joaillier de la place Vendôme [Ier], née le 1er mars 1848.

Georges Charpentier

D'abord associé pour cinq ans avec son ami Maximilien-Maurice Dreyfous (1843-1924), qui fondera ensuite sa propre maison d'édition, Georges Charpentier voulut transformer l'entreprise paternelle en une maison d'avant-garde et changer les rapports entre l'éditeur et les auteurs.
C'est ainsi qu'il alla trouver Émile Zola (1840-1902), sans éditeur depuis la faillite d'Albert Lacroix (1834-1903), l'éditeur des exilés politiques et des républicains, pour lui proposer un nouveau contrat, après le rachat à Lacroix des droits de rééditer les deux premiers volumes de Les Rougon-Macquart. Il fit de même avec Gustave Flaubert (1821-1880), qui qualifia sa démarche, inhabituelle à l'époque, de « Procédé inouï de la part de ses pareils ».

En 1875, la librairie et le domicile déménagea dans des locaux plus grands, 13 rue de Grenelle-Saint-Germain [rue de Grenelle, VIIe].

En quelques années, les grandes œuvres de l'époque entrèrent au catalogue de Georges Charpentier : 

Maison de Zola, à Médan

celles d'Émile Zola, qui devint son ami intime et le parrain de son fils Paul-Émile-Charles, né à Neuilly-sur-Seine [Hauts-de-Seine], le 10 juillet 1875 ; 



Cabinet de travail de Flaubert, à Croisset.
Dessin de Caroline Commanville.
Catalogue Drouot, 18-19 novembre 1931.

de Gustave Flaubert, qui le recevait à Croisset [hameau de Canteleu, Seine-Maritime, détruit] et qui fut le parrain de son fils Marcel-Gustave, né à Paris [Ier], le 7 janvier 1874, et décédé à Paris [VIIe], le 15 avril 1876 ; 

Maison des Goncourt
67 boulevard de Montmorency (Paris XVIe)

d'Edmond de Goncourt (1822-1896), en deuil de son frère Jules depuis 1870, qui l'accueillait à Auteuil [Paris XVIe] dans son « Grenier » et qui fut le parrain de sa fille Jane-Blanche-Edmée, née à Paris [VIIe], le 11 janvier 1880 ; 

Maison de Daudet, à Champrosay

d'Alphonse Daudet (1840-1897), qui l'invitait à Champrosay [commune de Draveil, Essonne].

Il se déclara l'éditeur de l'école naturaliste dont Zola s'était fait le théoricien, et dont le recueil intitulé Les Soirées de Médan constitua le manifeste. 





Exemplaire n° 3, des 10 sur papier de Chine, de Madame Zola.
Envoi autographe signé par les auteurs.
Reliure de Pougetoux, relieur de Huysmans.
Paris, Sotheby's, 29 novembre 2007 : 96.250 €

Ce recueil collectif de six nouvelles, qui fut publié en avril 1880 par Georges Charpentier, est animé par l'antimilitarisme et a pour sujet la guerre de 1870 : L'Attaque du moulin par Émile Zola, Boule de suif par Guy de Maupassant (1850-1893), Sac au dos par Joris-Karl Huysmans (1848-1907), La Saignée par Henry Céard (1851-1924), qui faisait ici ses débuts, L'Affaire du grand 7 par Léon Hennique (1851-1935), entré depuis peu comme lecteur à la librairie Charpentier, et Après la bataille par Paul Alexis (1847-1901). 

Les Charpentier chez les Zola, à Médan

Ces amis étaient reçus par Zola dans sa maison d'été de Médan [Yvelines], qui y avait fait construire pour son éditeur une annexe dite le « Pavillon Charpentier ».
À la collection des romans, Charpentier joignit celles d'historiens, de critiques, d'auteurs dramatiques, d'épistoliers, de poètes et de philosophes.

Georges Charpentier

Georges Charpentier fut aussi le mécène des artistes impressionnistes, notamment d'Auguste Renoir (1841-1919), lequel fit le portrait de Madame Charpentier, qui est au Louvre, et celui de Georgette-Berthe Charpentier, née à Neuilly-sur-Seine le 30 juillet 1872, sur une chaise, qui appartient à une collection privée new-yorkaise. 

De gauche à droite : Georgette, Paul et Madame Charpentier

Le peintre triompha au Salon de 1879 avec Madame Charpentier et ses deux premiers enfants, qui est au Metropolitan Museum of Art de New York.



La Librairie Charpentier, 13 rue de Grenelle, la veille de l'émission de Nana, par G. Bigot.
On reconnait Zola, discutant avec Charpentier : le personnage entre eux deux n'est pas Fasquelle, qui n'arriva qu'en 1886.
 In La Vie moderne, N° 8, 21 février 1880, p. 128 Fasquelle n'arriva qu'en 1886.

Cette même année 1879, sur une idée du journaliste Émile Bergerat (1845-1923), Georges Charpentier créa un journal illustré hebdomadaire, littéraire et artistique, intitulé La Vie moderne, qu'il revendit en 1883.

Pendant ce temps, quand elle ne s'occupait pas de diverses œuvres sociales, Madame Charpentier tenait salon quai du Louvre, puis rue de Grenelle-Saint-Germain, et recevait, outre les auteurs de la maison et les artistes, les hommes politiques les plus en vue du moment tels que Jules Ferry, Georges Clemenceau ou Léon Gambetta.

Villa "Le Paradou", à Royan

En 1886, Georges Charpentier fit construire à Royan [Charente-Maritime] une villa baptisée « Le Paradou », en souvenir de l'un des lieux du roman de Zola intitulé La Faute de l'abbé Mouret. Il y passa ses vacances jusqu'en 1893, entouré de ses amis des arts et des lettres. Cette villa fut scandaleusement rasée une nuit de novembre 1978.
Sa mère mourut le 10 juin 1887, chez elle, 9 rue de Grenelle. 




En 1896, ses deux fils étant décédés, Georges Charpentier céda sa librairie à Eugène Fasquelle (1863-1952), qui était devenu son secrétaire en 1886, puis son associé en 1890.

Librairie Marpon et Flammarion, sous les arcades de l'Odéon (Paris VIe)

Fasquelle avait épousé à Paris [IXe], le 24 octobre 1887, Jeanne-Léonie-Marie Marpon, fille de l'éditeur Charles Marpon (1838-1890), associé de Jules-Ernest Flammarion (1846-1936) depuis 1875.  
Fidèle aux traditions de la maison, Fasquelle conserva la célèbre couverture jaune de la Bibliothèque Charpentier, ainsi que l'amitié de Zola.

À la mort de sa femme, le 30 novembre 1904, Georges Charpentier quitta son domicile du 3 avenue du Bois de Boulogne [avenue Foch, XVIe] pour s'installer chez sa fille Jane, 48 avenue Victor Hugo [XVIe]. Il y mourut brutalement et prématurément le 15 novembre 1905.

« Dans la soirée d'avant-hier, il avait pris gaiement congé de quelques amis, et paraissait en excellente santé. En se réveillant hier, il se sentit vaguement indisposé ; il se plaignait d'un peu d'oppression. Un médecin fut appelé ; quand il arriva, Georges Charpentier ne respirait plus qu'avec peine. Il essaya de se soulever sur son lit, et retomba mort dans les bras du médecin. Une crise d'angine de poitrine l'avait tué, sans souffrance, en quelques minutes. Il avait cinquante-neuf ans. » (Em. B. « Georges Charpentier ». In Le Figaro, jeudi 16 novembre 1905, p. 2)

Les obsèques eurent lieu au cimetière Montparnasse.








lundi 1 février 2016

Une famille de libraires érudits sur le quai des Augustins (1761-1868)


Ancienne inscription sur la façade du 33 quai des Grands-Augustins
(angle rue Séguier)









       

       
Né à Paris vers 1735, Jean-Baptiste Gogué fit son apprentissage chez Pierre-Guillaume Simon (1722-1787), imprimeur du Parlement, rue de la Harpe [Ve].
Nommé libraire le 8 juin 1761, il s'installa sur la partie ouest du quai des Augustins [quai des Grands Augustins, VIe], à l'un des deux coins de la rue Pavée, à l'enseigne de Saint Hilaire. L'autre coin était occupé par le libraire Jean-Baptiste-Guillaume Musier (v. 1735-1810), dit « Musier fils » , à l'enseigne de Saint Étienne.

Plan de Michel-Etienne Turgot (1739)

En 1767, Gogué épousa sa cousine Louise-Anne Gogué (Paris, 13 mars 1730-12 mars 1792), veuve de François Née de La Rochelle, avocat au Parlement de Paris décédé prématurément le 17 avril 1756, et mère de Jean-François Née de La Rochelle, né à Paris en 1751.
En 1770, il déménagea près le pont Saint-Michel, rue du Hurepoix, nom de la partie est du quai des Augustins, comprise entre le pont Saint-Michel et la rue Gît-le-Cœur. L'adresse est complétée du n° 13 à partir de 1785.
Le 3 juillet 1777, il devint adjoint au syndic de la librairie.



Dès le début de ses activités, il se fit éditeur : Régime de Pythagore, traduit de l'italien du Docteur Cocchi (La Haye, et Paris, Gogué et Dessain Junior, 1762) ; La Consolation de la philosophie de Boece. Traduction nouvelle par M. C*** [Colesse] dédiée aux malheureux (Paris, Gogué, 1772) ; Hamlet, tragédie, imitée de l'anglois, en cinq actes et en vers, par Monsieur Ducis (Paris, Gogué, 1778) ; Le Guide des humanistes, ou premiers principes de gout [sic] (Paris, Gogué, 1780) ; Essai d'une théorie sur la structure des crystaux [sic] appliquée à plusieurs genres de substances crystallisées [sic], par l'abbé Haüy (Paris, Gogué et Née de La Rochelle, 1784) ; Le Porte-Feuille des enfans (Paris, Gogué et Née de La Roclelle, Nyon, Chéreau, et Versailles, Blaizot, 1784-1786)

Il rédigea quelques catalogues de ventes, mais dès 1771, une association de fait s'établit avec son beau-fils, Née de La Rochelle, qui eut la plus grande part dans leur rédaction :

Catalogue des livres de la bibliothèque de la Maison Professe [aujourd'hui Lycée Charlemagne, IVe] des ci-devant soi-disans Jésuites (Paris, Pissot et Gogué, 1763, in-8, xx-[2]-448-59-[1 bl.] p., 7.252 lots).



Catalogue des livres de la bibliothèque de feu M. Sandras, avocat en Parlement, au nombre de dix mille volumes, la plupart rares & singuliers (Paris, Gogué, 1771, in-8, [2]-viij-248 p., 2.682 + 13 lots). Vente en la maison du défunt, rue de la Femme-sans-Tête, au coin du quai de Bourbon, île Saint Louis, à partir du 12 novembre 1771.

« Monsieur Sandras étoit un franc Picard qui, jouissant de quelque bien, et de la Métairie de Boitron, non loin de Paris, s'étoit retiré dans cette ville pour y contenter plus facilement son goût pour les livres. […]. M. Sandras étoit né vers le commencement de notre siècle, […] [le catalogue] de M. Sandras, que je fis en 1773, pour M. Gogué, mon beau-père, n'est qu'un extrait informe de cette bibliothèque, dont je ne connoissois pas tout le mérite ; car j'étois fort jeune alors, et très-novice en bibliographie. Mais je possède le catalogue manuscrit de cette bibliothèque en quatre volumes petit in-4°., avec une table formant un cinquième volume, le tout écrit de la main de M. Sandras ; et c'est par ce moyen que j'ai su combien il avoit été fin connoisseur. Il m'est aussi tombé dans les mains beaucoup de ses notes et papiers relatifs aux Ouvrages qu'il avoit possédés. Il y a long-temps que je choisis et mis à part quelques-unes de ces notes qui me parurent les meilleures ; mais les occupations sans cesse renaissantes de mon commerce, et des travaux plus particuliers que j'entrepris, m'empêchèrent pendant long-temps de m'en occuper. La Révolution françoise m'ayant fait penser à la retraite, je les reprends à la campagne où je vis ; et j'espère en offrir quelque jour les plus importantes au public, sous le titre de Sandrasiana. » [sic]
(J. Fr. N. D. L. R. « Avertissement au lecteur » In Les Fredaines du Diable. Paris, Merlin, 1797, An V, p. 5-18).

N. B. : Gatien de Courtilz de Sandras (Montargis, Loiret, 1644-Paris, 1712) n'a jamais été Picard, n'a jamais possédé de métairie à Boitron [Seine-et-Marne], n'est pas né au début du XVIIIe siècle, n'a pas laissé de catalogue manuscrit de sa bibliothèque et n'a jamais été avocat en Parlement !

Notice des livres du cabinet de feu M. de Beauvillier, abbé & comte de Lagny (Paris, Gogué, 1773, in-8, 16 p.). Vente à partir du 15 octobre 1773, en sa maison rue Porte-Foin, au Marais.

Catalogue des livres de la bibliothèque de Monsieur de *** [Girard de Villars] (Paris, Gogué, 1773, in-8, viij-110 p., 1.533 lots). Vente en une maison sise rue de la Harpe, même maison du marchand « fayancier », du 22 novembre au 11 décembre 1773.

Photographie Pierre-Yves Erbland



Quand Née de La Rochelle fut reçu libraire, le 31 décembre 1773, Gogué le prit comme associé de droit :

Catalogue des livres de la bibliothèque de feu M*** [Léopold-Charles de Choiseul, archevêque de Cambrai] (Paris, Gogué et Née de La Rochelle, 1775, in-8, [2]-72 p., 831 lots). Vente à partir du lundi 6 février 1775, enclos de l'Arsenal.

Notice des livres de feu M. de Mascrany, chevalier, comte de Château-Chinon (Paris, Gogué et Née de La Rochelle, 1775, in-8, 28 p.).

Notice des livres de la bibliothèque de feu M. l'abbé Dazy, docteur de Sorbonne, sous-doyen de l'église de Bayeux (Paris, Gogué et Née de La Rochelle, 1775, in-8, 20 p.). Vente le 28 août 1775.

Notice des livres du cabinet de feu M. Héron, contrôleur général des finances de Bretagne (Paris, Gogué et Née de La Rochelle, 1775, in-8, 15-[1] p.).

Notice des livres du cabinet de feu Monsieur Daguin de Launac, maitre des comptes (Paris, Gogué, 1775, in-8, 7 p.).



Catalogue des livres et estampes de la bibliothèque de feu Monsieur Perrot, maître des comptes ; disposé dans un ordre différent de celui observé jusqu'à ce jour (Paris, Gogué et Née de La Rochelle, 1776, in-8, [1]-[1 bl.]-[2]-8-xxxij-382 p., 4.542 + 51 lots). Vente en la maison du défunt, rue et île Saint Louis, la première porte cochère au-dessus de la rue Regratière, en entrant du côté du Pont-Rouge, du lundi 22 janvier au vendredi 22 mars 1776, en 50 vacations.

Catalogue des livres de la bibliothèque de feu M. le duc de Saint-Aignan [Paul-Hippolyte de Beauvilliers (1684-1776)], l'un des quarante de l'Académie française & académicien honoraire de celle des Inscriptions & Belles-Lettres (Paris, Gogué et Née de La Rochelle, 1776, in-8, [2]-97-[1 bl.] p., 1.247 lots). Vente rue Sainte-Avoye, en l'hôtel de Beauvilliers, le mardi 7 mai 1776 et jours suivants.

Notice des principaux articles de la bibliothèque de feu M. Thierry, commissaire au Châtelet (Paris, Gogué et Née de la Rochelle, 1776, in-8, 14 p.). Vente les mercredi 18 et jeudi 19 décembre 1776, dans sa maison, quai d'Orléans, île Saint-Louis, près du pont de la Tournelle.

Catalogue des livres de la bibliothèque de feu M. Boullenois [Adrien Boullenois (1689-1778)], substitut de Monsieur le procureur général (Paris, Gogué et Née de La Rochelle, 1778, in-8, [2]-69 p.). Vente en la maison du défunt, rue d'Enfer, près la place Saint-Michel, du 9 au 17 mars 1778.

Catalogue des livres de la bibliothèque de feu M. Ollivier [Jacques-David Ollivier], receveur général des finances (Paris, Gogué et Née de La Rochelle, 1778, in-8, 42 p.). Vente du lundi 23 au 30 mars 1778, en sa maison place Vendôme, la première porte cochère à gauche en entrant par la rue Saint-Honoré.

Notice des livres de la bibliothèque de feu M. l'abbé de Saint-Point, abbé commendataire de S. Basle (Paris, Gogué et Née de La Rochelle, 1778, in-8, 16 p.). Vente le lundi 11 mai 1778 et jours suivants, dans une maison sise Cour des Princes, en l'abbaye Saint-Germain-des-Prés.

Catalogue des livres de la bibliothèque de feu M. Durand, ancien maitre des comptes (Paris, Gogué et Née de La Rochelle, 1778, in-8, 42 p.). Vente le lundi 3 août 1778 et jours suivants, en la maison du défunt, rue du Sentier, près le boulevard.

Catalogue des livres de la bibliothèque de feu M. Rotrou, avocat (Paris, Gogué et Née de La Rochelle, 1778, in-8, 43 p., 503 lots). Vente le mercredi 26 août 1778 et jours suivants.

Notice des livres, tableaux, estampes, et autres effets, provenans du cabinet de feu M. Taitbout [Julien Taitbout (1690-1779)] , greffier en chef de la ville (Paris, Gogué et Née de La Rochelle, 1780, in-8, 19-[1 bl.] p., 152 + 36 lots). Vente le jeudi 3 au samedi 5 février 1780, en 3 vacations, en la maison du défunt, place des Victoires, au coin de la rue des Fossés-Montmartre.

Catalogue des livres de la bibliothèque de feu M. l'abbé Maudoux [Louis-Nicolas Maudoux (1724-1778)], confesseur du Roi Louis XV (Paris, Gogué et Née de La Rochelle, in-8, 30 p.). Vente le jeudi 1er mars 1781 et jours suivants, en l'une des salles des Grands Augustins.

Catalogue de livres rares et singuliers, et des registres manuscrits du Parlement (Paris, Gogué et Née de La Rochelle, 1781, in-8, 4-99-[1 bl.] p., 792 + 7 + 7 lots). Vente à l'hôtel de Bullion, rue Plâtrière, du mardi 27 mars au mercredi 4 avril 1781, en 8 vacations.

Catalogue des livres de la bibliothèque de feu M. Pichault de La Martinière [Germain Pichault de La Martinière (1697-1783)], conseiller d'État, premier chirurgien du Roi (Paris, Gogué et Née de La Rochelle, 1784, in-8, [2]-43-[1] p., 528 lots). Vente du 1er au 6 avril 1784, en sa maison, rue de la Sourdière.

Catalogue des livres de la bibliothèque de M. G.... contenant près de 20,000 volumes, la plûpart [sic] bien conditionnés (Paris, Gogué et Née de La Rochelle, 1785, in-8, [2]-122 p., 5.940 lots). Vente du lundi 24 janvier au samedi 5 février 1785, chez les deux libraires, 13 quai des Augustins, près le pont Saint Michel.
Ce catalogue marqua la cession du fonds de la librairie de Gogué à Née de La Rochelle et la fin de leur association.

Catalogue des livres imprimés et manuscrits, de la bibliothèque de feu Monsieur d'Aguesseau [Jean-Baptiste-Paulin (1701-1784)], doyen du Conseil, commandeur des Ordres du Roi (Paris, Gogué et Née de La Rochelle, 1785, in-8, xxxvj-366 -80 p., 5.583 lots). Vente en l'hôtel du défunt, rue Saint-Dominique, faubourg Saint-Germain, près les Jacobins, du lundi 14 février au 2 mai 1785.

Catalogue des livres rares et singuliers du cabinet de feu M. l'abbé Aubry [Jean-Thomas Aubry (1714-1785)], curé de la paroisse S. Louis en l'Isle (Paris, Gogué et Née de La Rochelle, 1785, in-8, 4-92 p., 974 lots). L'abbé Aubry adopta une devise qui se voyait collée sur tous les livres de sa nombreuse bibliothèque, « Ite ad vendentes , et emite vobis » [Allez vers ceux qui en vendent, et achetez en pour vous-mêmes ] : fort charitable, il n'aura voulu que se soustraire à l'inexactitude, péché des emprunteurs de livres. Vente en la maison presbytérale du défunt, rue et près de l'église Saint-Louis-en-l'Île, du lundi 20 juin au samedi 2 juillet 1785, en 10 vacations.

Rue Saint-Antoine
par Carlo Bossoli (1815-1884)
Gogué mourut le 27 novembre 1786, à Paris, rue Saint-Antoine [IVe], sur la paroisse Saint-Paul [Saint-Paul-Saint-Louis]. Dans le cours de ses travaux, il avait entrepris de réunir toutes les pièces, livres ou documents pouvant intéresser sa profession, collection qu'il transmit à Née de La Rochelle, son successeur.


          Les Née de La Rochelle descendaient de Pierre Née, juge au XVIe siècle à Druyes-les-Belles-Fontaines [Yonne], en Bourgogne, village natal du capitaine Coignet (1776-1865). Ils s'étaient installés au XVIIe siècle à une douzaine de kilomètres au sud-est, à Clamecy [Nièvre], en Nivernais. Leurs études et leurs alliances les fixèrent à Paris au siècle suivant.
Jean-François Née de La Rochelle naquit à Paris le 9 novembre 1751. Il commença son apprentissage en 1765 chez Jean-Baptiste Gogué, son futur beau-père, et le poursuivit chez le voisin d'en face, Jean-Baptiste-Guillaume Musier.
S'occupant avec ardeur de bibliographie, il fut très tôt associé aux travaux de son beau-père et découvrit combien la bibliographie était encore éloignée de la perfection. Il tenta d' inaugurer, mais sans succès, un nouveau système de classification, dans le Catalogue des livres et estampes de la bibliothèque de feu Monsieur Perrot (Paris, Gogué et Née de La Rochelle, 1776) :

« Ce n'a pas été sans quelque peine que nous avons mis en ordre le Catalogue d'une Bibliothéque de vingt & un mille volumes, mais plus nous y avons éprouvé de difficultés, plus nous avons senti croître en nous le desir de le faire de maniere à satifaire les Connoisseurs & notre inclination particuliere. Les préjugés littéraires sur l'arrangement des Catalogues, n'ont pas été les moindres écueils sur lesquels notre patience auroit échouée, si nous n'avions enfin pris le parti de secouer le joug auquel nous nous étions soumis d'abord. Nous pouvons assurer que ce n'a point été pour nous distinguer de nos Confreres, que nous avons entrepris de réformer le Systême dont ils se sont servis pendant plus de soixante ans avec une patience méritoire ; & s'ils n'ont pas fait connoître le dégoût qu'ils ont dû ressentir d'associer des Classes, des Divisions, des Sciences & des Arts qui n'avoient souvent ensemble que des rapports très-éloignés ; pourra-t-on trouver mauvais que nous ayons été moins scrupuleux qu'eux à l'égard d'un Systême dont ils ne sont même pas les Auteurs ? Nous les respectons comme nos premiers Maîtres, & comme les Créateurs de la Science Bibliographique ; mais nous nous sommes néanmoins permis de publier des idées qui, loin de pouvoir nuire à la Société, à la Religion & aux Mœurs, ne doivent leur existence qu'à notre envie d'être utiles au Public & de concourir à la perfection de notre Art ; trop heureux si nos foibles efforts peuvent y contribuer en quelque chose. » [sic] (« Avertissement », p. ij-iij)

Il devint libraire de la Grande-Prévôté de Paris en 1779 et succéda à son beau-père en 1786, au même endroit : « rue du Hurepoix, près du Pont Saint-Michel, n°. 13 ».


Il publia, comme auteur ou éditeur, un grand nombre d'ouvrages : Vie d'Étienne Dolet, imprimeur à Lyon dans le seizième siècle ; avec une Notice des libraires & imprimeurs auteurs que l'on a pu découvrir jusqu'à ce jour (Paris, Gogué et Née de La Rochelle, 1779) ; Bibliographie instructive ; tome dixième, contenant une Table destinée à faciliter les recherches des livres anonymes qui ont été annoncés par M. De Bure le Jeune dans sa Bibliographie instructive […]. Précédée d'un Discours sur la science bibliographique & sur les devoirs du bibliographe (Paris, Gogué et Née de La Rochelle, 1782) ; Clarisse Harlove [sic], drame en trois actes et en prose (Paris, Imprimerie de Monsieur, Née de La Rochelle, 1786) ; Œuvres complettes de M. Marmontel, historiographe de France (Paris, Née de La Rochelle, 1787-1788, 17 vol. in-12) ; Voyage en Barbarie, ou Lettres écrites de l'ancienne Numidie pendant les années 1785 & 1786 (Paris, J. B. F. [sic] Née de La Rochelle, 1789, 2 vol.), par l'abbé Poiret ; Essai sur l'histoire naturelle du Chili (Paris, Née de La Rochelle, 1789), par l'abbé Molina ; 

Histoire des naufrages (t. III, p. 194)
Histoire des naufrages, ou Recueil des relations les plus intéressantes des naufrages (Paris, Née de La Rochelle, 1788-1789, 3 vol.), par M. D... A... [Deperthes] ;

Il rédigea aussi plusieurs catalogues importants :

Catalogue des livres, tableaux et estampes de feu M. le président de La Briffe [Pierre-Arnaud de la Briffe (1739-1788)] (Paris, Delalain l'aîné & fils, et Née de La Rochelle, in-8, [3]-16-191-[1] p.). Vente en son hôtel [détruit en 1828], quai des Théatins [3 quai Voltaire, VIIe], le lundi 18 août 1788 et suivants.

Catalogue de la bibliothèque de feu M. Baron [Hyacinthe-Théodore Baron (1707-1787)], premier médecin des camps & armées du Roi en Italie & en Allemagne, ancien doyen de la Faculté de médecine de Paris (Paris, Née de La Rochelle, 1788, in-8, [2]-xx-339-[1 bl.]-142 p., 6.506 lots). Vente en sa maison, rue Culture Sainte-Catherine, vis-à-vis le jardin de l'hôtel de Lamoignon.

Catalogue des livres choisis et bien conditionnés du cabinet de M *** [Pierre-Antoine-François Dincourt d’Hangard (1743-1811)] (Paris, Née de La Rochelle et Belin Junior, 1789, in-8, ix-11 [chiffrées 10-20]-270-[2] p., 2.499 lots). Vente en l'hôtel Bullion, à partir du lundi 9 mars 1789.

Catalogue de livres hébreux, syriaques, arabes, latins et en tous genres provenant de la bibliothèque de M. de Boissy [Louis-Michel de Boissy (1725-1793)] (Paris, Née de La Rochelle, 1792, 79 p.).

Catalogue des livres de feu M. L'Héritier, membre du Collège & de l'Académie de chirurgie (Paris, Née de La Rochelle, 1792, in-8, [1]-[1 bl.]-56 p., 839 lots). Vente du lundi 11 au mardi 19 juin 1792, en 8 vacations, en sa maison, 36 rue du Roule.

Catalogue de la bibliothèque de feu M. Louis [Antoine Louis (1723-1792)], secrétaire perpétuel de l'Académie de chirurgie (Paris, Née de La Rochelle, 1793, 162 p.). Vente dans une salle du Collège de chirurgie, rue des Cordeliers, à partir du lundi 7 janvier 1793.

Ayant conçu des craintes devant les avancées de la Révolution, Née de La Rochelle se retira dans le Nivernais, après avoir cédé, au mois de juin 1793, le fonds de sa librairie à son beau-frère, Jacques-Simon Merlin.

G. Touchard-Lafosse. La Loire historique pittoresque et biographique 
(Tours, Lecesne, 1851, t. III, p. 80)
Il fut nommé vers 1802 juge de paix du canton de La Charité-sur-Loire [Nièvre]. Son épouse, Marie-Madeleine Foy, mourut à La Charité-sur-Loire, le 21 septembre 1814, âgée de 58 ans. Il se démit de sa place en 1828 pour s'occuper de la rédaction de ses nombreux manuscrits, en particulier : Les Fredaines du Diable (Paris, Merlin, 1797, An V), Le Guide de l'histoire, à l'usage de la jeunesse (Paris, Bidault, an XI-1803, 3 vol. in-8), 

Eloge historique de Jean Gensfleisch dit Guttenberg 
Frontispice

Éloge historique de Jean Gensfleisch dit Guttenberg [sic] (Paris, D. Colas, 1811) et Recherches historiques et critiques sur l'établissement de l'art typographique en Espagne et en Portugal (Paris, Merlin père et fils, 1830). Il fit réimprimer, avec des corrections et des additions, les Mémoires pour servir à l'histoire du Nivernais et du Donziois (Paris, Moreau, 1747, in-12), par Jean-Baptiste Née de La Rochelle (Clamecy, 8 mars 1692-24 décembre 1772), son grand-père, sous le titre nouveau de Mémoires pour servir à l'histoire civile, politique et littéraire, à la géographie et à la statistique du département de la Nièvre, et des petites contrées qui en dépendent (Bourges, J. B. C. Souchois et Paris, J. S. Merlin, 1827, 3 vol. in-8).
Née de La Rochelle n'avait pas négligé d'enrichir la collection de documents professionnels de son beau-père.

Jean-François Née de La Rochelle décéda le 16 février 1838, à son domicile, 10 quai Neuf [quai Foch], à La Charité-sur-Loire, laissant de nombreux ouvrages manuscrits. Il possédait une bibliothèque nombreuse et choisie, dont le catalogue fut publié, précédé d'une notice sur sa vie et ses ouvrages, par Romain Merlin, son neveu : 


Catalogue des livres composant la bibliothèque de feu M. Née de La Rochelle, ancien libraire, auteur de plusieurs ouvrages d'histoire, de bibliographie (Paris, R. Merlin, 1839, in-8, [4]-XII-212 p., 2.452 lots). Elle fut vendue à la Maison Silvestre, du lundi 14 janvier au mercredi 6 février 1839, en 20 vacations.


          Fils de Jacques-Remacle Merlin, maître en chirurgie demeurant à Château-Porcien [Ardennes], Jacques Simon Merlin naquit le 4 janvier 1765, fit ses études au Collège de Reims, puis fut reçu avocat. Après plusieurs années de cléricature à Paris, la Révolution modifia ses projets. 



Il se retira alors à Montfort-l'Amaury [Yvelines], où il exerça les fonctions d'avoué auprès du Tribunal du district, avant d'être nommé procureur de la commune ; il y demeura, rue de la Minotte, jusqu'à son départ, pour des raisons politiques.

De retour à Paris, il acquit en 1793 le fonds de commerce de son beau-frère, bien que ne sachant pas distinguer les formats des livres. Avec le fonds, Merlin reprit la collection de documents sur la profession, commencée par Gogué. 

Plan de X. Girard (1830)

Grâce à son aptitude et son ardeur pour le travail, il devint en peu d'années le digne successeur de Née de La Rochelle, au 13 rue du Hurepoix, puis au 29 quai des Augustins, enfin au 7 quai des Augustins, à partir de 1818.
Outre la vente des livres nouveaux, le libraire faisait les prisées, catalogues et ventes de bibliothèques, les souscriptions aux journaux ; son fonds de librairie ancienne était composé de plus de 20.000 volumes reliés neufs et de hasard, dans les différentes langues et dans toutes les classes.
Propriétaire des Œuvres de Marmontel, suivant la cession à lui faite par actes des 26 mars 1786 et 20 septembre 1793, Merlin intenta un procès pour contrefaçon aux libraires Barba, Dufart et Garnery en 1798, et aux libraires Silvestre, Rigot et Ponthieu en 1799, qui furent condamnés à plusieurs milliers de francs de dommages-intérêts, avec confiscation des exemplaires.
Merlin a publié, en 1831, un Mémoire sur procès pour repousser une demande de dommages-intérêts intentée contre lui par Charles Motteley (1778-1850), sous prétexte d'une prétendue perte causée par la révolution de 1830 à la suite d'un délai apporté à une vente.

Il dressa, en société avec son fils, plus de 200 catalogues :
Catalogue de la bibliothèque de feu M. By [Guillaume-Charles By (1747-1809)], membre des ci-devant Collège et Académie de chirurgie (Paris, Merlin, décembre 1809, in-8, xv-[1 bl.]-211-[1 bl.] p., 2.079 lots). Vente du 15 janvier au 8 février 1810.


Catalogue des livres de la bibliothèque de feu M. Maloët [Pierre-Marie Maloët (1730-18110)], docteur-régent de la ci-devant Faculté de médecine de Paris, et médecin-consultant de Sa Majesté impériale et royale (Paris, Mérigot et Merlin, 1810, in-8, [1]-[1 bl.]-64 p., 1.009 lots).

Catalogue des livres imprimés et manuscrits composant le restant de la librairie ancienne de J. G. Mérigot [Jean-Gabriel Mérigot (1738-1818)] (Paris, J. G. Mérigot et Merlin, [1811], in-8, [4]-236 p., 3.220 lots), tiré à 525 exemplaires. Vente du 4 au 11 juin 1811.

Catalogue des livres de la bibliothèque de feu M. Duval (d'Alençon) [Henri-Auguste Duval (1777-1814)], docteur en médecine de la Faculté de Paris (Paris, Gabon et J.-S. Merlin, 1814, in-8, [2]-55-[1] p., 857 lots). Vente du mardi 27 décembre 1814 au samedi 7 janvier 1815, en 9 vacations, 33 rue des Noyers.

Catalogue des livres composant la bibliothèque de feu M. le comte Lagrange [Giuseppe Lagrange (1736-1813)], sénateur, membre de l'Institut de France et du Bureau des Longitudes (Paris, J.-S. Merlin, 1815, in-8, [2]-IV-62 p.). Vente à partir du lundi 1er mai 1815, en la salle basse, 30 rue des Bons-Enfants.

Notice de bons livres provenant de la bibliothèque de M. de Ch*** [François-René de Chateaubriand (1768-1848)] (Paris, J.-S. Merlin, 1817, in-8, 21-[1] p.). Vente à partir du lundi 28 avril 1817 à la Maison Silvestre.
Catalogue des livres de la bibliothèque de M. B. P. [Blanchon et Philippe-Laurent Pons (1759-1844)] (Paris, J.-S. Merlin, 1817, in-8).

Catalogue des livres de la bibliothèque de feu M. P.-L. Ginguené [Pierre-Louis Ginguené (1748-1816), domicilié 19 rue du Cherche-Midi], membre de l’Institut royal de France (Paris, Merlin, 1817, in-8, xxiv-352 p., 2.686 + 1.675 + 10 lots). Vente du 2 mars au 9 avril 1818.

Catalogue des livres et manuscrits de la bibliothèque de feu M. Moreau de Saint-Méry [Médéric-Louis-Élie Moreau de Saint-Méry (1750-1819)], ancien administrateur général des états de Parme (Paris, Merlin, novembre 1819, in-8, [2]-viij-109-[1 bl.] p., 1.320 lots). Vente du 15 au 30 décembre 1819.
Catalogue des livres composant la bibliothèque de feu M. Edme-Bonaventure Courtois [1754-1816] (Paris, J.-S. Merlin, 1819, in-8, xij-444 p., 3.723 articles). Cette bibliothèque fut dispersée en 35 vacations du 3 janvier au 12 février 1820, rue Dauphine n° 20, près le Pont-Neuf.

Catalogue des livres composant la bibliothèque de feu M. M.-J. Hurtault [Maximilien-Joseph Hurtault (1765-1824)], architecte du Roi (Paris, J.-S. Merlin, 1824, in-8, [6]-14-[2]-166 p., dont un portrait en frontispice, 1.349 lots). Vente du 12 au 31 janvier 1825.

Catalogue des livres imprimés et manuscrits, composant la bibliothèque de feu M. Louis-Mathieu Langlès [1763-1824] (Paris, J.-S. Merlin, 1825, in-8, [4]-xviij-558-[2]-lxxxix-[1 bl.] p., 4.364 lots). Vente du 24 mars au 30 mai 1825.
Catalogue des livres la plupart rares et précieux, et tous de la plus belle condition, faisant partie de la bibliothèque de M. le marquis de CH*** [Hippolyte de Châteaugiron (1774-1848)] (Paris, J.-S. Merlin, 1827, in-8, [4]-iv-360 p., 2.754 lots). Vente du 2 avril au 10 mai 1827.


Catalogue d’une partie de livres rares, singuliers et précieux dépendant de la bibliothèque de M. Charles Nodier [1780-1844], homme de lettres (Paris, J.-S. Merlin, 1827, in-8, [2]-ij-58-[2] p., 399 lots). Vente du 6 au 9 juin 1827.

Catalogue de livres, la plupart sur les beaux-arts et sur la littérature italienne, provenans de la bibliothèque de feu M. Morel d'Arleux [Louis-Marie-Joseph Morel d'Arleux (1755-1827)], conservateur des dessins et de la calcographie du Musée royal, et Notice d'antiquités (Paris, J.-S. Merlin et L.-J.-J. Dubois, 1828, in-8, [2]-84 p., 792 + 46 lots). Vente au domicile du défunt, 10 rue Bertin-Poirée, du mardi 29 janvier au jeudi 7 février 1828, en 9 vacations, pour les livres, et le vendredi 8 février 1828 pour les antiquités.

Catalogue des livres imprimés et manuscrits, composant la bibliothèque de feu M. L.-M.-J. Duriez (de Lille) [Louis-Marie-Joseph Duriez (1753-1825)], membre de la Société des Bibliophiles français (Paris, J.-S. Merlin, 1827, in-8, x-530-[2] p., 5.245 lots). Vente du 22 janvier au 1er avril 1828.
Catalogue d’une collection d’éditions elzeviriennes et d’autres bons livres dépendans [sic] de la bibliothèque de M. A.-A. R. [Antoine-Augustin Renouard (1765-1853)] (Paris, J.-S. Merlin, 1829, in-8, viij-332 [i.e. 132] p., 1.397 lots). Vente du 26 janvier au 10 février 1829.
Catalogue des livres, la plupart rares et précieux, et de la plus belle condition, et d’une suite de grands ouvrages à figures, composant la bibliothèque de M. *** [Gilbert de Chabrol de Volvic (1773-1843)] (Paris, J.-S. Merlin, 1829, in-8, viij-192 p., 1.963 lots). Vente du 9 mars au 3 avril 1829.

Catalogue des livres composant la bibliothèque de M. B***** [Auguste-Simon-Louis Bérard (1783-1859)], membre de la Société des Bibliophiles français (Paris, J.-S.Merlin, 1829, in-8, vij-[1 bl.]-234 p., 2.197 lots). Vente du 7 mai au 4 juin 1829.


Catalogue des livres curieux, rares et précieux, plusieurs sur peau de vélin, et sur papier de Chine, uniques avec dessins originaux, tous de la plus belle condition, composant la bibliothèque de M. Ch. Nodier [Charles Nodier (1780-1844)], homme de lettres (Paris, J.-S. Merlin, 1829, in-8, IV-130-[2] p., 917 lots). Vente du 28 janvier au 8 février 1830.

Catalogue des livres imprimés et manuscrits composant la bibliothèque de feu M. le comte Daru [Pierre Bruno, comte Daru (1767-1829)], pair de France (Paris, J.-S. Merlin, 1830, in-8, [4]-173-[3] p., 1.709 lots). Vente du 24 février au 17 mars 1830.

Catalogue des livres, la plupart sur les arts et à figures, composant la bibliothèque de feu M. Louis Le Masson [1743-1829], ingénieur en chef des ponts-et-chaussées (Paris, J.-S. Merlin, 1830, in-8). Vente à partir du 22 mars 1830, en sa demeure, 14 rue du Regard.

Catalogue de livres grecs, latins, arabes, espagnols, etc., beaucoup en éditions des xve et xvie siècles […] composant la bibliothèque de feu M. L. J. Gohier [Louis-Jérôme Gohier (1746-1830)], ancien membre du Directoire exécutif (Paris, J.-S.Merlin, 1831, in-8, [4]-256-[4] p., 2.508 lots). Vente du 14 mars au 19 avril 1831.

Catalogue des livres imprimés et manuscrits et des autographes, composant le cabinet de feu M. de Bruyères Chalabre [Jean-Marthe-Félicité de Bruyères (1785-1832), marquis de Chalabre] (Paris, J.-S. Merlin, 1833, in-8, [2]-4-136 p., 920 lots de livres et 570 lots d’autographes). Vente du 6 au 25 mai 1833. C'est Merlin qui le premier, dans ce catalogue, a classé méthodiquement les autographes. Il y eut un supplément à ce catalogue, sous le titre de Notice de livres et d’autographes dépendans du cabinet de feu M. de Bruyères-Chalabre (Paris, J.-S. Merlin, 1833, in-8, [2]-9-[1 bl.] p., 35 lots d’imprimés et 87 lots d’autographes), dont la vente se déroula les 31 mai et 1er juin 1833.

Catalogue des livres, imprimés et manuscrits, composant la bibliothèque de feu M. J.-P. Abel-Rémusat [Jean-Pierre Abel-Rémusat (1788-1832)], professeur de langue et de littérature chinoise et tartare mandchoue au Collège royal de France (Paris, J.-S. Merlin, 1833, in-8, [4]-4-196 p., 1.682 lots ). Vente du 27 mai au 15 juin 1833.

Catalogue des livres de la bibliothèque de feu M. le baron N.-D. Marchant [Nicolas-Damas Marchant (1767-1833)] (Paris, Merlin, 1834, in-8, [4]-84 p., 850 lots). Vente du 26 février au 7 mars 1834.

Vente de livres, la plupart rares et d’une belle condition [Bourdillon Jean-Louis (1782-1856)] (Paris, Merlin, 1834, in-8, 18 p., 171 lots). Vente les 26 et 27 janvier 1835.

Le soin et la conscience que Merlin apportait dans ses travaux bibliographiques se firent également remarquer dans les publications qui portent son nom comme éditeur : Satires de Juvénal, traduites par J. Dusaulx (Paris, Merlin, An XI-1803, 2 vol. in-8), une des éditions qui ont commencé la réputation de l'imprimerie de Crapelet ; Dictionnaire universel de botanique (Paris, Merlin, An XIII-1804, 3 vol. in-8), par J.-C. Philibert ; Histoire du règne de Philippe II, roi d'Espagne (Paris, J. S. Merlin, 1809, 4 vol. in-8), par Watson ; Collection des romans grecs traduits en français (Paris, J. S. Merlin, 1822 et suivantes, 15 vol. in-16) ; Recherches sur le culte de Bacchus (Paris, J. S. Merlin, 1824, 3 vol. in-8), par P. N. Rolle ; Mœurs, institutions et cérémonies des peuples de l'Inde (Paris, Imprimerie royale et J. S. Merlin, 1825, 2 vol. in-8), par l'abbé J. A. Dubois ; Histoire numismatique de la Révolution française (Paris, J. S. Merlin, 1826, 2 vol. in-4), par M. H..... [Hennin] ; Manuel de numismatique ancienne (Paris, Merlin, 1830, 2 vol. in-8), par M. Hennin.

Jacques-Simon Merlin mourut le 28 janvier 1835. Son fils continua la librairie, 7 quai des Augustins.

          Né à Montfort-l'Amaury, rue de la Minotte, le 13 mars 1793, Romain Merlin fit de fortes études et fut lauréat du concours général. Il semblait plutôt destiné à la carrière des lettres. Tout en secondant son père dans sa librairie et dans ses ventes publiques, il trouvait du temps pour cultiver les lettres grecques et publia la traduction des Aventures d'amour de Parthénius, et choix des narrations de Conon (Paris, J. S. Merlin, 1822), dans la « Collection des romans grecs » dont son père était l'éditeur. Il rédigea seul plus de 80 catalogues de bibliothèques, parmi lesquels ceux des bibliothèques de Klaproth, de Poncelet et de Silvestre de Sacy :

Catalogue des livres composant la bibliothèque de feu M. Arnault [Antoine-Vincent Arnault (1766-1834)], secrétaire perpétuel de l’Académie française (Paris, Merlin, 1835, in-8, [2]-51-[1] p., 791 lots). Vente du 22 au 30 avril 1835.

Catalogue des livres composant la bibliothèque de feu M. A. de Canazar [pseudonyme de Guglielmo de Libri (1803-1869)], collection remarquable (Paris, Merlin, 1835, in-8, X-127-[1] p., 1.496 lots). Vente du 9 au 26 décembre 1835.

Catalogue de bons livres de théologie, sciences et arts, belles-lettres et histoire, de la bibliothèque de feu M. l’Abbé Le Gris (Paris, Merlin, 1836, in-8, VI-29-[1] p., 374 lots). Vente du 24 au 27 février 1836.

Catalogue des livres la plupart richement reliés par Bozérian, Thouvenin, Simier, Purgold, Bibolet, Carroll, Doll, etc., composant la bibliothèque de M. Fauconnier (Paris, Merlin, 1836, in-8, [3]-[1 bl.]-[4]-187 [i.e. 143]-[1] p., 1.641 lots). Vente du 8 au 26 avril 1836.

Catalogue des livres imprimés et manuscrits, grecs, hébreux, arabes, persans et turcs, composant la bibliothèque de feu M. Caussin de Perceval [Jean-Jacques-Antoine Caussin de Perceval (1759-1835)], ancien garde des manuscrits de la Bibliothèque du Roi (Paris, Merlin, 1836, in-8, [6]-188 p., 2.258 lots). Vente du 19 avril au 18 mai 1836.

Catalogue des livres composant la bibliothèque de M. le docteur Gottl. Hulsmann. (Paris, Merlin, 1837, in-8, [8]-192 p., 2.544 + 127 lots). Vente du 27 novembre au 26 décembre 1837.

Catalogue des livres relatifs pour la plupart aux sciences et aux arts, composant la bibliothèque de feu M. Dufresne de N*** (Paris, Merlin, 1838, in-8, [2]-60-[2] p., 785 lots). Vente du 6 au 13 novembre 1838.



Catalogue des livres imprimés, des manuscrits et des ouvrages chinois, tartares, japonais, etc., composant la bibliothèque de feu M. Klaproth [Jules Klaproth (1783-1835)] (Paris, R. Merlin, 1839, in-8, XII-308-[2] et XII-80 p., 1.937 + 293 lots). Vente du lundi 16 mars au mercredi 15 avril 1840, en 25 vacations, rue des Bons-Enfants.

Catalogue des livres d'histoire naturelle et principalement d'entomologie composant la bibliothèque de feu M. Victor Audouin [1797-1841], membre de l'Académie des sciences (Paris, Merlin, 1842, in-8, [4]-171-[1 bl] p., 2.250 lots). Vente du mardi 10 au mercredi 25 mai 1842, en 14 vacations, au Jardin des plantes, bâtiment de l'ancienne bibliothèque.


Bibliothèque de M. le baron Silvestre de Sacy [Antoine-Isaac Silvestre de Sacy (1758-1838)], pair de France (Paris, Imprimerie royale, 1842-1847, 3 vol. in-8, 12-LXIV-434-[2], [3]-[1 bl.]-XXIII-[1 bl.]-414-[2] et [3]-[1 bl.]-XXXI-[1 bl.]-471-[1] p., 1.795 + 2.115 [chiffrés 1.796-3.910] + 2.112 [chiffrés 3.911-6.022] = 6.022 lots). Vente au domicile du défunt, 10 rue Hautefeuille, du mardi 18 avril au mardi 9 mai 1843 en 18 vacations, du lundi 6 au mercredi 29 avril 1846 en 18 vacations et du lundi 15 novembre au samedi 4 décembre 1847 en 18 vacations.
Le catalogue des manuscrits a été rédigé par Jean-Baptiste-André Grangeret de Lagrange (1790-1859), orientaliste, conservateur-adjoint à la Bibliothèque de l'Arsenal : Bibliothèque de M. le baron Silvestre de Sacy, pair de France (Paris, Imprimerie royale, 1842, in-8, [1]-[1 bl.]-[3]-[1 bl.]-63-[1 bl.] p., 364 lots).
Dans une longue note, Merlin s'insurge, avec humour, contre la confiscation de son système bibliographique par J. F. M. Albert dans ses Recherches sur les principes fondamentaux de la classification bibliographique (Paris, chez l'auteur, 1847) :

« Je n'attache pas à mon système une importance exagérée, et pour peu que cela soit agréable à M. Albert, j'admettrai avec lui qu'il ne s'est pas inspiré de mes idées, et qu'il est parvenu aux mêmes résultats que moi, par ses propres réflexions ; en résumé, ce que j'ai fait en 1840, un autre le pouvait faire en 1847 ; mais je crois que, s'il avait apporté dans l'examen des catalogues que j'ai publiés depuis sept ans cet esprit d'analyse dont il a donné des preuves dans sa brochure, il ne prendrait pas aujourd'hui un brevet d'invention pour l'application d'un principe qui fait depuis si longtemps la base de la classification de tous mes catalogues. » (Bibliothèque de M. le baron Silvestre de Sacy. Paris, Imprimerie royale,1847, t. III, p. XX-XXIV)

Catalogue des livres rares et curieux, composant la bibliothèque de feu M. Decroix (de Lille) (Paris, R. Merlin, 1843, in-8, xij-212 p., 2.447 lots). Vente à la Maison Silvestre, du mardi 21 mars au mercredi 12 avril 1843, en 20 vacations.


Catalogue des livres composant la bibliothèque de feu M. F. Fréd. Poncelet [François-Frédéric Poncelet (1790-1843)], […], avocat à la Cour royale (Paris, J. F. Delion, 1844, in-8, XIX-[1 bl.]-430 p., 3.222 lots). Vente du lundi 3 juin au samedi 6 juillet 1844, en 30 vacations, à l'Ėcole de droit, 2 bis rue Soufflot.

Romain Merlin avait l'amour des livres, mais aucun goût pour le négoce. En 1843, il céda la librairie à Jean-François Delion (1807-1868), élève de Merlin père et commis sous Merlin fils, et devint conservateur du Dépôt de la librairie et sous-bibliothécaire au ministère de l'Intérieur. En 1852, il fut nommé conservateur des souscriptions au ministère d'Ėtat, et fut décoré de la Légion d'honneur en 1855.
Il publia des Réflexions impartiales sur le catalogue des livres imprimés de la Bibliothèque royale (Paris, Imprimerie de Mme Ve Bouchard-Huzard, 1847), rédigea la Table systématique du Journal de la librairie pour 1848 et le rapport sur les travaux concernant la calligraphie, la gravure, la reliure, la reliure des registres, les industries auxiliaires de la reliure et les cartes à jouer, dans Exposition universelle de 1855 - Rapports du jury mixte international (Paris, Imprimerie impériale, 1856, t. II, p. 599-656).
En 1863, grâce à la libéralité de Pierre-Paul Didier (1800-1865), libraire membre du Cercle, et Eugène Roulhac († 1869), marchand de papier et président du Cercle de la librairie, la collection de pièces, livres et documents intéressant la librairie, l'imprimerie et la papeterie sont devenus la propriété du Cercle de la librairie : 66 pièces rares relatives à la papeterie, 28 pièces concernant la librairie, 135 pièces dans un recueil « Règlement pour la librairie et l'imprimerie » et 107 volumes.



Peu de temps avant sa mort, Merlin publia un ouvrage considérable sur l'Origine des cartes à jouer, recherches nouvelles sur les naïbis, les tarots, et sur les autres espèces de cartes, avec un album de soixante-quatorze planches offrant plus de 600 sujets (Paris, chez l'auteur, 1869).
Célibataire, Romain Merlin décéda à Paris, en son domicile, 46 rue des Écoles [Ve], le 4 février 1871. Sa collection de cartes à jouer fut confiée au Cabinet des estampes de la Bibliothèque nationale. Ses collections de livres et de lettres autographes firent l'objet de deux ventes :

Catalogue de la belle collection de lettres autographes composant le cabinet de feu M. R. Merlin (Paris, Charavay, 1871, in-8, 19 p., 158 lots). Vente rue des Bons-Enfants le 31 octobre 1871.

Catalogue des livres et manuscrits, gravures, dessins originaux, cuivres gravés, livres en nombre, composant la bibliothèque de feu M. R. Merlin, ancien libraire, chef de bureau au ministère d'Ėtat (Paris, Labitte, 1871, in-8, 38 p., 354 lots). Vente du 12 au 14 octobre 1871.